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Léo Lack (Autre)
ISBN : 2070377881
Éditeur : Gallimard (13/01/1987)

Note moyenne : 3.76/5 (sur 81 notes)
Résumé :
Etsuko est une jeune femme japonaise qui vient de perdre son mari. Les sentiments qu’elle éprouve à l’égard de cette disparition sont confus. Jalouse à l’extrême, son mariage était, jusqu’à la maladie de son mari, pour elle une source d’inquiétude et de souffrance, persuadée comme elle l’était que son mari la haïssait et la trompait. Etrangement, et bien qu’ayant accompagné son mari jusqu'à la fin de son agonie, jusqu’au pavillon des contagieux, Etsuko ne souhaitait... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
le_Bison
  06 avril 2017
Une femme du nom d'Etsuko, encore jeune je suppose malgré son récent veuvage, habite chez son beau-père, Yakichi. Étrange cohabitation, où ils logent au premier étage, le fils ainé et sa femme au second, idem pour le fils cadet qui doit être sur une autre aile de cette maison bourgeoise entourée de vignes à l'abandon, de serres à l'abandon, des fleurs, des champs, un jardinier homme à tout faire, une femme jeune et servante.
S'est-elle réjouie de la mort de son mari ? Un mari qui allait voir ailleurs quand bon lui semblait. Etsuko, l'amante passive de son beau-père, qui écrit sur son journal faussement intime une attirance physique pour S. qui n'est autre qu'un domestique de la maison.
Les histoires d'un autre temps, l'opposition ville campagne et la hiérarchie sociale dans un Japon d'après-guerre qui panse ses pénuries. Les aristos sont devenus risibles auprès des paysans, la stature des hommes a changé. L'homme n'est plus un samouraï, il est déchu de son titre de noblesse et presque de respect. Mais la jalousie reste. Etsuko, la femme déchue et la femme jalouse tour à tour des maitresses de son mari puis de Miyo, l'autre domestique enceinte de S. Mais point n'en faut, je m'arrête là, ne te racontant pas toute l'histoire comme le fait le 4ème de couverture de cette vieille édition que je découvre à postériori (heureusement d'ailleurs que je ne l'ai pas lu ; mon avis : tu veux connaitre l'histoire sans lire le livre, plonge direct sur ce quatrième, tout est dit, en quatre phrases, du premier chapitre au dernier).
Ce roman est l'histoire de cette jalousie disséquée et analysée. de ses prémices à ses dernières secousses, finement, lentement, irrémédiablement, l'histoire Etsuko avance entraînant dans sa chute, celle de son mari, de son beau-père, du domestique...
Lien : https://memoiresdebison.blog..
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Iansougourmer
  21 août 2014
J'avis une soif de bonne littérature. Comme ça tombe bien, j'avais Une soif d'amour dans mon sac ! Mishima est mon écrivain préféré : l'assurance d'un bon moment !
Etsuko, jeune veuve vit chez son beau père Yoshiki avec lequel elle a une liaison, par commodité matérielle et sans passion de son côté. Mais le coeur de la jeune femme va s'éveiller à l'amour au contact du jeune domestique Saburo....
Ce roman commence lentement, par la vie quotidienne de Etsuko et de sa famille, mais on ne s'ennuie pas, bien au contraire. Il y a quelque chose d'indéfinissable qui tient en haleine, un vague pressentiment, une tension quasi imperceptible. D'habitude, Mishima organise ainsi ses livres, à travers une tension psychologique qui monte entre les personnages, cependant, Une soif d'amour est différent, car la montée de tension est ici à sens unique : il n'y a qu'Etsuko qui est prise dans l'étau de plus en plus oppressant de sa passion. Saburo, lui ne ressent rien. Il semble être l'incarnation de ces personnages que Mishima voue à être des objets esthétiques pour le lecteur, les autres personnages et lui même. Sauf que Yuichi dans Les amours interdites, Senkitchi dans L'école de la chair pour ne citer que ces deux livres se révèlent de redoutables manipulateurs, ou des héros dans le tumulte des flots... Rien de cela chez Saburo, placide paysan de bout en bout.
Et juste au moment où le lecteur sent poindre l'impatiente, parce que les deux se tournent autour depuis deux cents pages, la scène de fin, vingt pages, dénoue la situation. Brillant pendant violent à la quiétude du reste du récit, il déchire cet équilibre qu'on sentait condamné depuis le début et dénoue l'intrigue par l'explosion de la passion chez une Etsuko qui en perd tout contrôle d'elle même et en devient le jouet, et par la manifestation chez Saburo d'un instinct animal primaire. Je n'en dirait pas plus pour vous mettre l'eau à la bouche ....
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andman
  23 février 2013
Etsuko est la jeune veuve de feu Ryosuké, le fils cadet de Yakichi Sugimoto
Yakichi, rustre propriétaire d'un lopin de terre dans la région d'Osaka est lui aussi veuf depuis peu et abrite sous son toit outre sa belle-fille Etsuko, ses deux autres fils avec femme et enfants, ainsi que les deux domestiques Saburo et Miyo.
La présence de la belle Etsuko au sein d'une telle promiscuité, chez un beau-père aux mains baladeuses, à de quoi surprendre ; à moins que secrètement elle ne soit amoureuse du beau Saburo.
Mais le domestique ne brille pas par son intelligence et privilégie le plus court chemin, c'est-à-dire la chambre de Miyo située en face de la sienne. Cette dernière tombe bien sûr enceinte et rend Etsuko jalouse comme une tigresse. Une soif d'amour inextinguible transformera peu à peu cette jalousie en démence incontrôlable et finalement tragique.
Dans ce huis-clos lancinant Mishima réussit avec brio à mettre en évidence les travers de la nature humaine au moyen de personnages pour la plupart frustes.
Heureusement avec Mishima la poésie n'est jamais loin ! Celle-ci permet une lecture agréable de ce court roman et contrebalance la noirceur des protagonistes.
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isabelleisapure
  08 novembre 2014
Plus qu'une ou des histoires d'amour ce roman est plutôt le roman de la jalousie.
Etsuko est une femme de la ville, peu chagrinée à la mort de son mari elle s'installe chez Yakichi son beau-père dont elle devient rapidement la maîtresse.
Yakichi, le patriarche, ancien industriel à la retraite, attaché à ses racines paysannes règne sur sa maisonnée auprès de ses fils, belles-filles et domestiques.
Peu à peu Etsuko va tomber éperdument amoureuse de Saburo, le beau jardinier et sera prête à tour pour arriver à ses fins.
Dans une langue somptueuse Mishima brosse une peinture sans concession de la société rurale d'après-guerre.
Toute la beauté de ce roman réside dans la description minutieuse des personnages, Mishima réussi là une galerie de portraits saisissants de réalisme.

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lafilledepassage
  03 octobre 2018
Je t'imagine, Etsuko, sur la colline, épiant le retour du jeune serviteur à travers les rizières, bouillonnante de désir.
Je t'imagine, Etsuko, frémissante de dégoût sous les caresses de ton beau-père, ce vieillard squelettique et égoïste.
Je t'imagine, Etsuko, ignorant les sarcasmes de ton beau-frère et les attaques de ta belle-soeur, tous les deux unis dans leur impossibilité d'aimer, de vivre.
Estuko, rongée par la jalousie. Oui, rongée, c'est le mot, car on ne peut s'empêcher de penser à des petits rongeurs malfaisants qui sans répit te consomment, te consument.
Etsuko, héroïne malgré elle, ou victime, d'une tragédie universelle, avec la mort comme seule libération.
Ecriture à l'économie, rêche, ce qui rend le drame encore plus poignant, encore plus puissant. Car comme le dit Mishima, à la toute fin de son roman, depuis les grandes tragédies grecques, « …. Rien n'avait changé ». Pauvre humanité !
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Citations et extraits (51) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   11 avril 2017
Osaka inspirait à Etsuko, née et élevée à Tokyo, une terreur irraisonnée. C’était une ville de magnats du commerce, de vagabonds, d’industriels, d’agents de change, de prostituées, de trafiquants d’opium, d’employés de bureau, de camelots, de banquiers, de fonctionnaires, de chanteurs populaires de gidayu, de femmes entretenues, de petits épargnants, de journalistes, d’artistes de music-hall, de barmaids, de cireurs de chaussures. Mais ce n’était pas là ce qu’Etsuko redoutait le plus. N’était-ce rien d’autre que la vie elle-même ? La vie, cette mer complexe, illimitée, pleine d’un assortiment d’épaves flottantes, roulant de violentes et capricieuses vagues dont les verts et les bleus, cependant, restaient toujours limpides.
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le_Bisonle_Bison   12 avril 2017
Quand Yakichi était jeune, il faisait fièrement part à ses amis de sa trouvaille : la santé des femmes, disait-il, était faite de plusieurs maladies. L’une de ses connaissances, par exemple, avait épousé une femme affligée de mystérieuses douleurs d’estomac. Peu de temps après leur mariage, les douleurs disparurent. Mais lorsque leur mariage perdit de son charme, elle devint sujette à de fréquentes migraines qui ennuyèrent beaucoup son mari et le firent se tourner vers d’autres femmes en guise de consolation. Quand sa femme le découvrit, ses migraines disparurent. Toutefois, les douleurs d’estomac reparurent et, au bout d’un an, elle mourut d’un cancer. On ne peut jamais, lorsqu’une femme est malade, faire la part de la vérité et du mensonge. Quand on penche pour le mensonge, elle a un enfant ou meurt subitement.
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le_Bisonle_Bison   01 avril 2017
Etsuko s’abandonna à ses pensées.
« Le bruit de la pluie est pareil aux voix de dizaines de milliers de moines lisant des sutras. Yakichi bavarde, Kensuké bavarde, Chiéko bavarde… Ah, que les mots sont inutiles ! Quelle insignifiance ! Quelle futilité ! Quelle duperie que cet affairement perpétuel, cette dépense d’énergie pour une activité dépourvue de sens !« Nulle parole ne saurait rivaliser avec cette puissante et implacable pluie. La seule chose qui puisse rivaliser avec le bruit de cette pluie, qui puisse briser ce mortel mur de son est le cri d’un homme qui refuse de s’incliner devant ce bavardage, le cri d’une âme simple qui ignore la parole. »
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le_Bisonle_Bison   07 juin 2017
La figure toute rouge de Miyo était pleine d’effroi. C’était le visage banal d’une campagnarde. Il y avait quelque chose de laid dans ces traits inondés de larmes. Ses joues rougies et gonflées faisaient penser à des kakis mûrs qui, si on les pressait, s’écraseraient ; ses sourcils étaient pauvres, ses grands yeux lourds sans expression, son nez quelconque. Seules ses lèvres ennuyaient un peu Etsuko. Elles étaient assez minces. Ces lèvres humides et brillantes de larmes, que les sanglots faisaient frémir, avaient tout juste la rondeur voulue et évoquaient une petite pelote à épingles d’un rouge vermeil.
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FlorelFlorel   15 octobre 2010
"Une trop longue souffrance rend stupide, mais celui que la souffrance a rendu stupide peut encore connaître la joie."

« Où en es-tu ? Ton bateau est sur le point de sombrer. Et tu n’as pas encore appelé au secours ? Ce bateau, tu l’as cruellement malmené et t’es ainsi privée de port. L’heure est venue où il te faut nager de tes propres forces. Tout ce qui t’attend est la mort. Est-ce là ce que tu souhaites ? »

Seule le souffrance peut ainsi servir d’avertissement. A sa dernière extrémité, son organisme avait tendance à perdre son support mental. Son désespoir était pareil à un mal de tête qui lui martelait le crâne comme s’il allait éclater, pareil à une grosse bille de verre qui, de sa poitrine, remonterait vers sa gorge. « Je n’appellerai jamais au secours », pensa-t-elle.

En dépit de tout, Etsuko avait besoin d’une dure logique. Elle l’aiderait à édifier une assise, qui lui permettrait de se dire heureuse.

Etsuko poursuivait le cours de ses pensées.

« Il me faut tout absorber… il me faut tout absorber les yeux fermés… Cette souffrance, je dois apprendre à la savourer… Le chercheur d’or ne saurait s’attendre à ne trouver que de l’or. Il doit ramasser le sable au hasard au fond de la rivière. Il n’a pas le privilège de savoir à l’avance s’il réussira. Il se peut qu’il n’y ait pas d’or du tout et il se peut qu’il y en ait. Mais une chose est certaine : celui qui ne va pas à le recherche de l’or ne fait jamais fortune. »
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Vidéo de Yukio Mishima
Yukio Mishima 4/4 : Pour en finir avec le japonisme (France Culture / La compagnie des auteurs). Par Matthieu Garrigou-Lagrange. Avec la collaboration de Corinne Amar, Didier Pinaud, Anne-Vanessa Prévost. Réalisation : Laurence Millet. Diffusion sur France Culture le 20 avril 2017. Photographie : Yukio Mishima en novembre 1968 lors d'un discours à Tokyo • Crédits : CRÉDITKEN INAMURA / YOMIURI / THE YOMIURI SHIMBUN -AFP. Le Japon ne peut penser à Mishima sans une forme de gêne. Auteur d’un des premiers romans gay de la littérature, il prédit son suicide dans une de ses nouvelles, geste « pur » du seppuku qu’il réalisera par la suite. René de Ceccatty évoque la place de cet écrivain dans la littérature de son pays.
Invité :
René de Ceccatty, écrivain, traducteur et éditeur, auteur d'un article “Pour en finir avec le japonisme” évoque avec nous l’œuvre de Yukio Mishima et sa place dans la littérature japonaise et mondiale.
Musique générique :
Ouverture : “Panama”, de The Avener(Capitol)
Fin : “Dwaal” de Holy Stays (Something in Construction).
Musique chronique : “Self portrait” de Chilly Gonzales (Gentle threat).
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