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Hélène Morita (Traducteur)
EAN : 9782842612450
213 pages
Éditeur : Le Serpent à plumes (24/01/2001)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 23 notes)
Résumé :
Les Ours de la montagne Nametoko, La Grue et les Dahlias, Le Quatre du mois des narcisses, Place de Pollanno...
À qui sait suivre les traces des ombres dans la neige, percevoir les appels des renards, des forêts et des fleurs, se laisser éblouir et guider par la lumière des plaines, est ouverte l'écriture "citoyenne de l'Univers" de Kenji Miyazawa, bouddhiste fervent, musicien, agronome et paysan.
Déployant un monde d'images et de sensations, mettant ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Erik35
  02 septembre 2018
LA FONTAINE CHEZ LES NIPPONS.
Étonnante et fulgurante destinée que celle de Kenji Miayazawa. Né en 1896 dans la préfecture d'Iwate - une province froide et pauvre du nord-est du Japon - qu'il ne quittera presque pas afin d'y aider par ses connaissances les paysans de cette région, il y décédera trente sept années plus tard, en 1933, atteint d'une pleurésie mal soignée, n'ayant alors publié que deux de ses textes (à compte d'auteur) tandis que les seize volumes de ses oeuvres en font, aujourd'hui, l'un des plus grands écrivains japonais de cette époque, à la manière d'une sorte de Vincent van Gogh des lettres nippones !
Écrivain, nouvelliste, fabuliste, poète, essayiste, assurément Kenji Miayazawa fut cela, mais cela serait par trop résumer l'homme - et l'artiste - que de le réduire à cela. Car il fut aussi un bouddhiste convaincu, adhérant aux enseignements de la secte Nichiren (du nom d'un moine érudit du XIIIème siècle), ce qui ne fut pas d'ailleurs sans poser quelques problèmes avec sa famille, son père en particulier, qui, à l'exception de la soeur cadette adorée, pratiquait un bouddhisme bien plus modéré. Artiste complet, il fut aussi un excellent et très subtil musicien, pratiquant ainsi l'orgue et le violoncelle. de même s'adonna-t-il à sa passion pour les langues, s'intéressant en particulier à l'espéranto. Enfin, et autre motif important de fâcherie d'avec son géniteur qui espérait qu'il reprendrait le petit commerce de vêtements d'occasion familial et sa fonction d'usurier local, Kenji Miayazawa manifesta très tôt de vraies dispositions pour les études, les sciences en particulier, qui lui permirent de suivre de brillantes études au cours desquelles il se spécialisa en agronomie, devenant ainsi ingénieur spécialiste des problèmes de fertilité, soucis crucial des paysans de sa région dont les terres n'assuraient guère le rendement nécessaire à leur survie. Il était par ailleurs passionné de géologie, entamant très jeune une collection de minéraux !
S'il est indispensable d'en passer par ces quelques explications biographiques avant d'évoquer son oeuvre, c'est que, comme le signale Hélène Morita dans sa post-face à ce beau recueil de nouvelles «Traversée de la neige», il fut indissociablement «poète, bouddhiste, scientifique». Précisant même dans la foulée que ce sont là «trois axes fondamentaux de sa conduite, inséparables, inextricables, au point que tout examen de l'un bute immédiatement sur l'autre, ou l'autre encore.»
Il faudrait aussi ajouter, pour être complet sur le personnage que, malgré sa courte existence, Kenji Miayazawa fut un individu socialement engagé, principalement auprès de cette paysannerie pauvre qui lui importa tant, créant ainsi un genre d'université populaire afin de lui faire profiter de son savoir. Par ailleurs, en tant que professeur, il avait des méthodes d'enseignements aussi originales qu'ouvertes en faveur de ses étudiants, favorisant, entre autre, la création de troupes de théâtres afin que ces jeunes gens puissent représenter leurs propres oeuvres !
Ainsi a-t-on souvent pu évoquer, s'agissant de l'homme tout autant que de l'oeuvre d'une écriture "citoyenne de l'univers".
Ce que l'on retrouvera, à n'en point douter, tout au long des sept nouvelles rassemblées ici, et dont les titres sont déjà en soit une invitation au mystère, à la fable, à la poésie et à la terre :
- Les ours de la montagne Nametoko
- le cyprès et les pavots sauvages
- La grue et les dhalias
- le quatre du mois des Narcisses
- La poire sauvage
- Traversée de la neige
- Place de Pollanno
D'une écriture très ramassée, jamais gratuite, toujours intensément délicate et poétique et qui établie un lien direct tant avec la nature qu'avec les hommes, les nouvelles de Kenji Miayazawa sont autant de fables sur le monde, sur la beauté ainsi que la dureté de cet environnement sauvage (plaines, montagnes, neige, forêts, faune et flore), n'hésitant pas, à la manière d'un Jean de la Fontaine ou d'un Ésope nippon, à donner la parole à ces petits êtres fragiles ou forts, à ces fleurs tour à tour timides ou orgueilleuses, à ces virils animaux.
Son "réalisme magique", pour reprendre une expression qui a fait florès depuis Cent ans de solitude, n'est jamais alourdi par d'imposantes descriptions. Au contraire, à la manière de l'évocation sobre et raffinée de mère nature dans l'art de l'estampe, Kenji Miayazawa dresse en quelques mots le portrait de cette nature sauvage qu'il appréciait tant, à l'aide d'une langue très personnelle, s'aidant parfois d'onomatopées de son invention. Ses personnages (humains, plantes ou animaux) sont à l'encan. Bien que peu soit évoqué d'eux, cela suffit amplement au lecteur à se faire une idée ramassée mais précise de leur caractère, de leurs intentions, de leur force intérieure. de leur karma, pourrait-on sans mal ajouter, eût égard à la profonde réflexion bouddhiste de leur créateur sur le monde.
Ainsi, ce chasseur d'ours qui ressemble tant à un autre, le Dersou Ouzala de l'auteur russe Vladimir Arseniev et magnifié au cinéma par l'immense réalisateur japonais - tiens, tiens ! - Akira Kurosawa (Les ours de la montagne Nametoko). Ou encore, cette fleur, un dahlia rouge, qui, à l'instar d'une certaine grenouille souhaitant se faire plus grosse que le boeuf, souhaite non seulement devenir la reine de ses semblables mais aimerait avoir un éclat plus vif que celui du soleil (La grue et les dahlias) ! Plus loin, c'est à une scène digne des plus beaux moments du réalisateur des magnifiques films d'animation, Hayao Miyazaki, et de ses personnages souvent étranges et magiques, humains ou animaux anthropomorphisés qui se décident à aider les plus faibles, les plus innocents des êtres face à la brutalité du monde (La poire sauvage). Encore du Miazaki avant l'heure, mais aussi un peu de Dino Buzzati avec quelques décennies d'avance dans cette très longue nouvelle - presque un petit roman - intitulée Place de Pollanno et qui occupe plus de la moitié de ce délicieux petit livre proposé par les toujours bienvenues éditions du Serpent à Plumes, dans sa collection "motifs". On y croise un drôle de petit fonctionnaire curieux et original, deux jeunes adolescents (frère et soeur) exploités par un patron paysan sans méchanceté gratuite mais sans vergogne ni tendresse non plus ; on y aperçoit un homme d'affaire excentrique, inquiétant et bientôt ruiné ; un vieil homme politique douteux et qui mène campagne, le tout dans une plaine étrange, autour d'une place de village quasi mythique (que les "héros" de cette étonnante histoire parviendront, non sans peine, à retrouver) ainsi que des rêves de coopérative et de partage de leurs humbles richesses, le tout accompagné de chansonnettes tour à tour poétiques, ironiques ou tendres.
Lorsqu'on achève ce recueil, deux constats : D'abord, l'envie d'aller voir plus loin dans ce monde bizarre, un peu déroutant, sans doute très référencé et donc difficile d'accès au lecteur occidental qui n'aurait - comme votre humble serviteur - pas toutes les clefs mais toutefois suffisamment beau et intrigant pour nous encourager à pousser encore un peu plus cette porte tout juste entrouverte.
Enfin, la certitude d'avoir passé un moment d'une richesse envoûtante, d'une délicatesse telle que l'on peine à en sortir violemment par le seul geste d'en refermer le volume. Et de se laisser bercer, encore un peu, par les mots mêmes de cet auteur découvert par le plus grand des hasards - et la gentillesse d'une libraire prompte à proposer de bons livres ! -. Écoutons donc encore quelques instants Kenji Miyazawa, cet auteur contemplatif et actif tout à la fois, réaliste et mystique dans les mêmes moments, amoureux de la nature brute mais aimant les hommes et leurs subtilités dans un même geste :
« Ce que je raconte, je l'ai reçu des forêts, des champs et des lignes de chemin de fer, ou bien encore de l'arc-en-ciel et de la lumière de la lune. Vraiment, quand, seul, on traverse le crépuscule bleuté des forêts de hêtres et qu'en octobre, on se tient, tremblant, dans le vent de montagne, quoi qu'on fasse, on ne peut qu'avoir ces sensations. Vraiment, quoi qu'on fasse, il semble bien qu'on ne puisse que ressentir ces choses… Il y a certainement des passages qui vous sembleront incompréhensibles, mais ces passages, moi non plus, je ne les comprends pas. Ce que je souhaite profondément, c'est que ces courts récits, en fin de compte, soient pour vous une nourriture pure et véritable. »
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ASAI
  05 mars 2020
Traversée de la neige est un recueil de six contes d'une dizaine de pages chacun et une histoire d'une centaine de pages. Les six contes sont poétiques, magiques, fantastiques. La nature en est l'héroïne. L'ours moraliste, les oeillettes coquettes, les dahlias, les renards, les crabes. Kenji écrit les couleurs et le blanc (la neige, les nuages) merveilleusement, fantastiquement.
Il est gentiment moqueur : le Cyprès et les Pavots sauvages, et aussi La Grue et les Dahlias.
Il est également drôle : le conte La Poire sauvage avec les petits crabes est adorable et amusant et peut être lu à des enfants.
Une lecture qui souffle grâce et lumière.
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Heleniah
  01 août 2015
Ce tout petit livre au format original m'a séduit, de même que le titre. J'ai donc plongé dans ces nouvelles rafraîchissantes puisque la plupart ont, comme le précise le titre, un rapport avec la neige, l'hiver.
Certaines de ces nouvelles m'ont beaucoup plût, les descriptions sont vraiment très poétiques et nous transportent dans une nature sauvage et chatoyante. J'ai beaucoup aimé le Quatre du mois des Narcisses, qui m'a fait pensé au conte de la Reine des Neiges. La Poire Sauvage m'a également séduit, puisqu'on se retrouve à l'intérieur d'une rivière et le jeu des lumières était fabuleusement rendue à travers la plume de l'écrivain.
J'ai été plus dubitative sur certaines autres nouvelles, peut-être parce qu'il me manque certaines références, mais j'aurais aimé plus de notes si possible, sur ces univers oniriques, parce qu'il y a certaines nouvelles dont je n'ai pas compris la finalité…
Un petit livre plaisant, plein de poésie et de mystère, à découvrir de toute urgence !
Lien : https://girlkissedbyfire.wor..
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lehibook
  21 mai 2019
Amateurs des films d'Ayao Miyazaki ce recueil de petits récits est fait pour vous : vous y retrouverez la féérie d'un monde magique en lisière du nôtre . On y parle aux ours , on est invité par des renards à une séance de lanterne magique , les esprits des neiges protègent les enfants perdus ,on court la campagne à la recherche d'un bal dont l'adresse s'inscrit au coeur des fleurs …. le tout dans un Japon rural et hivernal modelé par les croyances ancestrales . Un moment de rêverie …
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   02 septembre 2018
La forêt tout entière hurlait alors, l'ours s'écroulait lourdement, un flot de sang rouge sombre s'écoulait de son museau et il mourait, alors qu'il essayait de le ravaler. Kojûrô posait son fusil contre l'arbre, il s'approchait prudemment de l'ours et lui disait :
«Ours ! Ne croit pas que je t'aie tué par haine. Je dois faire mon travail, toi, il te faut mourir pour cela. Ce serait bien que je fasse un métier différent qui ne réclame pas de sang, mais je n'ai ps de champ, les arbres, il a été dit qu'ils appartenaient au gouverneur, et quand je vais au village, on ne me regarde même pas. Je n'y puis rien, je suis un chasseur. Ton destin a voulu que tu naisses ours, et le miens, c'est d'effectuer ce commerce de peaux. Voilà, la prochaine, fois, ne renaît pas sous cette forme !»
Dans ces moments-là, le chien restait assis, ses yeux se faisaient plus étroits et il avait un air de grande désolation.

[Extrait de la nouvelle "Les ours de la montagne Nametoko]
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Erik35Erik35   09 septembre 2018
Chanson de la place de Pollanno

Les lampes des farouches illuminent
La place la nuit
Entonnant à plusieurs voix
un largo d'aautrefois
Le chant ébranle jusqu'aux nuages
Nous oublions dans le vent
qu'à la saison des foins
la moisson soit abondante

La vigueur des serments justes
Au milieu des querelles
Nous fait rire ensemble
Au-delà de la Voix lactée
Tous les tracas
Qu'un feu de bois
Comme des bûches
les consume
Nous faisons ensemble
Un monde éclatant
+ Lire la suite
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Erik35Erik35   05 septembre 2018
Les deux frères en sont restés figés, sans voix.
Le père crabe est apparu.
«Que se passe-t-il ? Qu'avez-vous à trembler ainsi ?
- Père, il vient d'arriver une chose curieuse.
- Quelle chose ?
- Une chose bleue, qui brillait, l'extrémité noire, très pointue. Quand ça a surgi, le poisson a été tiré vers le haut.
- Cela avait des yeux rouges ?
- Je ne sais pas.
- Voyons... Oui, ce doit être un oiseau. On le surnomme martin-pêcheur. Tout va bien, rassurez-vous. Il ne s'intéresse pas à nous autres.
- Père, où s'en est allé le poisson ?
- Le poisson ?... Le poisson est parti dans un lieu inquiétant.
- Ça fait peur, père !
- Mais non, mais non, tout va bien. Ne vous faites pas de soucis. Oh !... Des fleurs de cerisier de montagne... Elles flottent ! Regardez ! C'est beau !»
Accompagnées de bulles, des pétales de fleurs blanches de cerisiers s'étaient éparpillés au plafond.
«Père, ça fait peur !» a dit à son tour l'aîné des crabes.
La nasse de lumière ondulait, se balançait, elle s'allongeait et se rapetissait, les ombres des pétales de fleurs glissaient doucement sur le sable.

[Extrait de "La poire sauvage"]
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Erik35Erik35   07 septembre 2018
Tous les trois en dansant sont entrés peu à peu au milieu des bois. Les boutons des magnolias, façonnés en cire à cacheter rouge, scintillaient et étincelaient dans les souffles du vent, les ombres indigos des arbres tendaient des filets sur toute l'étendue de la neige, au cœur du bois, aux endroits éclairés par le soleil, on aurait dit que fleurissaient des lys d'argent.

[Extrait de "traversée de la neige"]
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Erik35Erik35   04 septembre 2018
Alors, du ciel sans nuage, d'un bleu intense, pour ainsi dire poli, de la neige semblable à des plumes d'aigrette commença de tomber partout à la fois. Sur la neige de la plaine en contrebas, dans la lumière de bière du soleil et les cyprès brunis, l'averse emplit ce pur et calme dimanche d'une beauté inégalée.

[Extrait de "Le quatre du mois des narcisses"]
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Vidéo de Kenji Miyazawa
Ryoko Sekiguchi Patrick Honoré le Club des gourmets et autres cuisines japonaises. Traduire. Où Ryoko Sekiguchi et Patrick Honoré tentent de dire de quoi est composé "Le Club des gourmets et autres cuisines japonaises", présenté par Ryoko Sekiguchi, et comment a été traduit du japonais ce recueil de Kôzaburô Arashiyama, Osamu Dazai, Rosanjin Kitaôji, Shiki Masaoka, Kenji Miyazawa, Kafû Nagai, Kanoko Okamoto, Jun?ichirô Tanizaki traduits par Ryoko Sekiguchi et Patrick Honoré, à l'occasion de sa parutuion en #formatpoche aux éditions P.O.L et où il est question notamment de la traduction à deux mains, de Patrick Chamoiseau et de mangas,et des mots pour dire la nourriture et la cuisine. "Si le Japon est connu comme un pays de fine gastronomie, sa littérature porte elle aussi très haut l'acte de manger et de boire. Qu'est-ce qu'on mange dans les romans japonais?! Parfois merveilleusement, parfois terriblement, et ainsi font leurs auteurs, Tanizaki, Dazai, Kafû du XIIe siècle à nos jours, dix gourmets littéraires vous racontent leur histoire de cuisine."
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