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Critique de PoisonLady


PoisonLady
  26 janvier 2017
Retour à Whitechapel n'est pas un mauvais roman. Plongée bien documentée dans le Londres miteux de la fin du XIXe siècle, l'ouvrage de 414 pages décortique minutieusement l'affaire de Jack l'Eventreur, "à travers l'enquête de la fille fictive de Mary Jane Kelly, la dernière des victimes", environ 50 ans après les faits, en pleine seconde guerre mondiale.

Enfin, ça, c'est ce que le résumé, prometteur, nous vendait... le plus gros et peut-être seul défaut de Retour à Whitechapel, mais qui plombe totalement le livre, est une succession de mauvais choix narratifs de la part de l'auteur.
On ne suit l'enquête d'Amelia Pritlowe qu'au travers de son journal. Une idée qui aurait pu être bonne en soi, mais qui entache fortement l'immersion dans toute la partie "récente" du roman malgré l'emploi de la première personne. On ne découvre que des bribes de journées, des bribes de pensées, de courts résumés prenant bien souvent la forme d'un "j'ai lu ci ou ça". Du coup, malgré l'accès à quelque chose qui n'est censé être lu par personne, le lecteur ne ressent aucune proximité avec Amelia et peine vraiment à s'y attacher. Le personnage manque de consistance, ne servant réellement que de faire-valoir, de motivation pour présenter le reste du récit.
Le reste du récit justement, peut être divisé en deux parties. D'un côté, le rapport du jury d'enquête relatif au meurtre de Mary Jane Kelly, de l'autre, le récit des assassinats, un chapitre par victime, à l'exception bien sûr de Mary Jane Kelly.
Le principal problème, c'est que tout ça est mélangé. On passe donc des carnets d'Amelia aux rapports du jury, puis à nouveau aux carnets d'Amelia, au récit "en direct" du premier meurtre", puis encore à autre chose... Et pas toujours dans l'ordre chronologique des faits! Alors certes, tout est daté, mais il faut parfois sacrément s'accrocher pour suivre!
D'un côté, il faut bien admettre que se farcir d'un coup tout le rapport du jury aurait pu être lassant, et que les chapitres consacrés aux autres victimes font office de pause bienvenue vis à vis de l'affaire Mary Jane Kelly. Mais le problème est peut-être là: en faisant de son héroïne la fille de celle-ci, Michel Moatti a naturellement axé tout son récit autour de la dernière victime. C'est à peine si les autres sont évoquées, et Jack lui-même n'est, finalement, qu'un sujet secondaire. Amelia cherche tout autant à identifier Jack qu'à courir après sa mère et ses souvenirs d'enfance. Et c'est là que la fausse bonne idée devient un piège pour l'auteur. Un ressenti qui transparaît jusque dans ses conclusions personnelles sur l'identité de Jack: elles ne semblent se fonder presque que sur le dernier meurtre... ()

On pourra aussi reprocher le truchement par lequel Amelia découvre "la vérité" (), tellement décevant par rapport à tout le reste.

Parce que malgré ses défauts, son côté relativement soporifique doublé d'un puzzle chronologique, "Retour à Whitechapel" demeure intéressant, notamment lorsque le récit s'ancre directement dans l'horreur, en 1888, aux côtés des victimes et de Jack lui-même, dans la crasse, la misère, le froid et la maladie. Au niveau de l'ambiance, ces passages-là offrent une immersion totale dans le décor, fruit des recherches très poussées de l'auteur. C'est réussi, réaliste, vivant, bourré de détails. On ne peut que saluer la maestria de Michel Moatti pour nous faire voyager dans le temps durant quelques pages.

Retour à Whitechapel est donc une sorte d'OVNI, qui vaut moins pour son intrigue que pour son aspect historique hélas perdu entre les pans d'un récit maladroit. Si seulement l'auteur n'avait pas eu besoin d'Amelia pour nous ramener à Whitechapel...
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