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EAN : 9782020252607
144 pages
Seuil (01/01/1997)
  Existe en édition audio
3.48/5   141 notes
Résumé :
En 1964, dans un café parisien, un client fixe dans l'objectif de son Rolleiflex le jeune couple assis à la table voisine. C'est ainsi que le narrateur fait la connaissance du photographe Francis Jansen. Le souvenir de cet homme étrange et de leurs rencontres ce printemps-là vient le hanter trente ans plus tard...
Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
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Musa_aka_Cthulie
  15 février 2020
Le challenge Nobel de Meps m'a poussée à transgresser un principe auquel je déroge fort rarement : ne pas lire ce que ma mère a toujours prétendu adorer. Or, dans un recoin de ma tête, Modiano en faisait partie, à tort ou à raison. En novembre 2019, donc, je me lance, et séduite, je lis quatre oeuvres de Modiano plus ou moins coup sur coup. Grosse erreur. Ce qui explique en partie que Chien de printemps m'ait déçue. Il faut dire que Modiano, ça se lit vite, le style sobrement travaillé n'oblige pas à relire quinze fois une phrase - je dis ça, parce qu'on le compare toujours à Proust (attention, j'aime Proust, hein) -, et il se dégage de ses textes une mélancolie qui me touche.

Mais Chien de printemps... Ah, je ne sais comment expliquer ce que j'ai ressenti à cette lecture. Une sensation de "bon, oui, encore le même sujet", certainement. Et pourtant, ce n'est pas vraiment ça qui me dérange. Edith Wharton parle quasiment toujours de la haute société new-yorkaise. Maeterlinck a écrit des pièces de théâtre, et même des poèmes, qui relèvent tous peu ou prou du même thème (cela dit, j'ai eu une petite baisse de régime arrivée à La mort de Tintagiles). Barbey d'Aurevilly a exploré les mêmes thèmes pendant toute sa carrière. La liste serait trop longue... Disons qu'une quatrième variation sur le même thème ne me posait pas de problème en soi dans le cas de Modiano, mais que je suis redescendue de mon petit nuage par le fait d'une légère lassitude.

Parce que Chien de printemps, c'est quoi ? Eh bien, c'est l'histoire d'un narrateur qui, trente ans après avoir rencontré un homme, Francis Jansen, repart sur ses traces. Il l'a connu très peu de temps. Jansen était photographe, il avait connu Capa, il avait rencontré Wols, il fréquentait tout un tas de gens connus. Mais il semblait aussi se foutre de ses vieilles photos. le narrateur s'était alors mis en tête de classer toutes ces photos. Par souci de ne pas les laisser se perdre, par besoin de cerner Jansen ? Car Jansen, c'est l'homme qui échappe à tout le monde, qui évite tout le monde, qui laisse le téléphone sonner dans le vide, qui disparaît puis réapparaît. C'est l'archétype de ces figures fantomatiques qui hantent les romans de Modiano.

J'ai trouvé l'idée du classement des photos idéal pour ce genre de roman. Les photographies non répertoriées, non légendées, ou assorties de légendes qui les rendent encore plus mystérieuses, voilà qui constituait un point de départ passionnant pour un retour sur le passé, une promenade dans les méandres d'une mémoire lacunaire - ce n'est pas pour rien que Barthes a choisi de parler de la photographie pour revenir au souvenir de sa mère dans La Chambre claire. Et puis, je ne sais pas très bien pourquoi, la sauce n'a pas complètement pris. Les photos laissent la place à des personnages bien réels, et le côté bourgeois du roman a fini par m'agacer. Bon, ça va bien, on a compris que Modiano a côtoyé tout un tas de gens de la bonne société, des artistes, des universitaires, des ceci, des machins, des... Bon. Pour ma part, je me suis fait engueuler par Shurik'n à un festival de musique, et Louis-Do de Lencquesaing m'a prise pour une idiote au téléphone quand je bossais pour un festival de théâtre, et j'en fais pas un roman, hein (je hais juste Shurik'n pour l'éternité). Bon, je m'énerve, je m'énerve, et nous n'avançons pas.

Tout ça pour dire que, d'abord, je trouve ce roman en partie inabouti, à cause de l'idée des photographies qui n'a pas été suffisamment exploitée à mon sens. Et qu'ensuite, il n'est pas forcément très bon de vouloir lire Modiano tout d'un coup, mais qu'une approche par petites touches est sans doute plus appropriée à un tel auteur. Est-ce que j'aurais apprécié différemment Chien de printemps si les circonstances avaient été différentes ? Voilà ce que vous ne saurez pas !

Challenge Nobel
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domisylzen
  06 janvier 2017
Un très court roman de cent-vingt pages écrit en gros caractères. Vous en aurez pour une heure à le lire. Une heure pour revenir dans le passé du narrateur à essayer de se remémorer ses souvenirs.
En 1992, cette homme retrouve une photo prise il y a une petite trentaine d'années par Francis Jansen, un photographe ami de Robert Capa.
C'était tôt le matin de ce printemps 1964, j'étais avec une amie de l'époque dans un café. Jansen était attablé un peu plus loin et avait pris cette photo sans que nous nous en rendions compte. Nous avions lié connaissance et je me suis retrouvé tout doucement au fil du temps à classer, chez lui, ses photos entreposées dans trois grandes valises.
J'ai progressivement découvert des parties de la vie de Jansen, homme peu porté sur les confidences et la conversation. Surtout cette fameuse Colette qui passe son temps à appeler pour le rencontrer. Mais Jansen finira par disparaître.
J'ai erré dans Paris à la recherche des lieux et des personnes qu'il avait connu. J'y ai trouvé beaucoup plus de blanc que de réponses.
Des souvenirs confus, des silhouettes esquissées, nous naviguons dans les méandres de la mémoire. Par petites touches, Patrick Modiano nous décrits un homme qui progressivement disparaît derrière ses photos. C'est un livre d'atmosphère, un livre puzzle ou les chapitres s'emboîtent pour former un tableau de style impressionniste. Sommes-nous sûr que ce que nous percevons à vraiment était la réalité ?
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Arimbo
  18 janvier 2021

La "musique" de Modiano, comme la musique de Mozart, reconnaissable entre toutes, et, comme chez Mozart, aussi magique dans les grandes morceaux que dans les petits, tel celui-ci. Oui, un court roman, ou une longue nouvelle, mais quelle merveille!
Le narrateur raconte sa brève rencontre avec Jansen, un photographe de fiction (vous ne le retrouverez pas sur Wikipedia!), un homme vieillissant et détaché de tout, en partance pour l'Amérique du Sud, lui qui fut l'ami de Robert Capa.
Le roman nous décrit, dans une écriture impressionniste magnifique, les quelques semaines où Patrick va aider Jansen dans le classement de ses trois valises remplies de photos.
Et le récit de nous produire une extraordinaire interrogation sur les images du passé, sur ce qu'il faut en garder. Un dialogue étrange s'instaure entre un photographe qui a su capter le miracle des instants bruts, de l'impalpable, du silence, et qui veut les oublier, et un futur écrivain qui cherche à retenir, classer, ces moments photographiques précieux, et c'est, dans un jeu de miroirs, ou de surimpression, tout le projet littéraire de l'auteur qui se révèle.
Oui, dans ce livre, entre autres par le biais du dialogue entre le photographe et le narrateur, mais aussi par les quelques rencontres insolites qu'il fera, Modiano nous donne son "Art du roman" sa façon d'écrire, son besoin obsessionnel de retenir le passé, l'importance de s'effacer, de "se fondre dans le décor" comme le suggère Jansen, d'être une ombre qui passe pour à la fin disparaître. Il y a d'ailleurs un merveilleux passage où le narrateur nous décrit un moment de sieste dans le jardin du Luxembourg, où s'installe progressivement ce sentiment, qui est aussi celui de notre finitude: "J'allais disparaître dans ce jardin...C'était fini. Je n'étais plus rien...À la fermeture des grilles, il ne resterait de moi que l'imperméable que je portais, roulé en boule sur un banc."
Ce livre est, en peu de lignes, tout un condensé de l'art modianesque: les thèmes de la guerre et des rafles, la résurgence des souvenirs de l'enfance, le souvenir du frère disparu, la quête d'identité, les fantômes du passé, les demeures abandonnées, les lieux chargés d'ombre et de lumière, le silence, le rêve éveillé...
J'ai lu dans les critiques de ce livre que certains Babeliotes ont apprécié ce roman dans la version audio, lue par Édouard Baer. Ça ne m'étonne pas. Je me suis trouvé, moi-même, à lire et relire à haute voix certains passages, et à être soulevé par la beauté de la musique du texte.
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isabelleisapure
  16 juin 2022
Pour moi, ce qui fait le charme de Patrick Modiano, c'est qu'on sent les choses sans forcément les comprendre.
Quand j'achève un de ses romans, j'éprouve parfois une sorte de frustration, comme si je n'avais pas réussi à résoudre totalement une énigme, avec l'impression d'avoir regardé les choses au travers d'une vitre dépolie.
« Chien de printemps » est un livre étrange où l'auteur nous suggère, nous laisse imaginer.
Il nous parle de sa rencontre avec Jansen, un photographe aussi talentueux que mystérieux.
Je me suis laissée bercer par la musicalité de l'écriture sans vraiment comprendre tout ce qu'a représenté cette amitié.
J'ai aimé ce livre malgré sa part de mystère et de non-dits.
J'ai aimé l'écriture empreinte de lenteur et de mélancolie.
Peut-être que tous les romans de Modiano se ressemblent par leur obsession du passé, les déambulations dans Paris, mais je ne m'en lasse pas.
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Myriam3
  05 mai 2015
Lire ce livre a été pour moi comme marcher dans un rêve, en somnambule. Il s'en dégage une atmosphère toute en apesanteur que je qualifierais de flottante.
Le narrateur se remémore, trente plus tard, sa rencontre avec le photographe Francis Jansen, personnage fictif ayant fréquenté Robert Capa, photographe bien réel ayant été reporter pendant la guerre. La fréquentation de cet homme plus âgé n'a duré que quelques semaines, peut-être quelques mois, le temps pour le narrateur de recevoir quelques leçons de vie et de trier les photos délaissées du photographe, avant que celui-ci ne parte pour l'Amérique latine et ne donne, volontairement sans doute, plus signe de vie.
A travers ses souvenirs et les quelques photos qu'il a conservées, le narrateur esquisse le portrait de cet homme mystérieux qui tente, par ses photographies, de recréer le silence. le narrateur marche ainsi dans un Paris palimpseste : plusieurs histoires s'y inscrivent. Son enfance, sa jeunesse, celle d'aujourd'hui mais aussi celle de Jansen avant et après la guerre.
Ce roman me donne envie de me plonger dans l'oeuvre de Modiano dont on parle beaucoup depuis son prix Nobel, car Chien de Printemps me semble être une pièce d'un tout qui me reste encore obscur…
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
madameduberrymadameduberry   10 octobre 2014
Il ne savait plus quel homme il était.Il m'a dit qu'au bout d'un certain nombre d'années nous acceptons une vérité que nous pressentions mais que nous nous cachions à nous-même par insouciance ou lâcheté: un frère, un double est mort à notre place à une date et dans un lieu inconnus et son ombre finit par se confondre avec nous.
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mylenamylena   07 juillet 2022
Son visage s’était assombri et je sentais bien qu’il voulait me confier quelque chose. Enfin il s’était résolu à parler, mais avec une telle réticence que ses propos étaient embrouillés. D’après ce que j’avais compris, il s’était rendu aux consulats de Belgique et d’Italie pour obtenir un extrait d’acte de naissance et d’autres papiers dont il avait besoin en prévision de son départ. Une confusion s’était produite. D’Anvers, sa ville natale, on avait transmis au consulat d’Italie l’état civil d’un autre Francis Jansen, et celui-ci était mort.
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domisylzendomisylzen   06 janvier 2017
Il pensait qu'un photographe n'est rien, qu'il doit se fondre dans le décor et devenir invisible pour mieux travailler et capter – comme il disait – la lumière naturelle.
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Myriam3Myriam3   05 mai 2015
Une photographie peut exprimer le silence. Mais les mots? Voilà ce qui aurait été intéressant à son avis: réussir à créer le silence avec des mots.
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domisylzendomisylzen   30 décembre 2016
… au bout d'un certains nombre d'années nous acceptons une vérité que nous pressentions mais que nous nous cachions à nous même par insouciance ou lâcheté …
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Videos de Patrick Modiano (86) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Patrick Modiano
Jacques Chancel s'entretient avec Patrick Modiano en décembre 1972 après l’obtention par celui-ci du Grand prix du roman de l'Académie française pour son troisième livre « Les Boulevards de ceinture ». Il évoque « cette graine de « futur grand romancier » et n’hésite pas à projeter Patrick Modiano dans le futur et lui prédire qu’il est « condamné à la grande œuvre ».
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