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EAN : 9782070361243
176 pages
Gallimard (08/01/2009)
3.59/5   711 notes
Résumé :
Quatre narrateurs (un étudiant de l’école des mines, un détective privé, l’héroïne et un de ses amants) construisent le portrait de Jacqueline Delanque ou Louki. Jeune femme ayant rapidement quitté son mari et qui flâne dans le Paris des années 50/60 en déversant ses souvenirs : une enfance difficile, un mariage raté et quelques amitiés avec des clients d’un café du quartier de l’Odéon : Le Condé.

Quatrième de couverture:
Encore aujourd'hui, il... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (84) Voir plus Ajouter une critique
3,59

sur 711 notes

Musardise_aka_CthulieLaMignonne
  08 mai 2022
Peut-on devenir modianophile malgré soi et comment devient-on modianophile ? Nous n'aurons pas ici la réponse à cette question, qui mériterait pourtant grandement qu'on s'y penche !

Dans le café de la jeunesse perdue est a priori tout ce qu'il y a de plus modianesque. Publié en 2007, il reprend les thèmes habituels de l'auteur dès le départ, au point qu'on est persuadé qu'on sait déjà où on va, et qu'on y va même les yeux fermés. Ben oui, c'est toujours pareil, Modiano, quoi !

Donc, un jeune homme, étudiant, raconte qu'il allait autrefois (et le lecteur de Modiano comprend que cet "autrefois" se situe dans les années soixante) dans un café, le Condé, où il voyait, plus ou moins de loin, une jeune femme surnommée Louki. Là, on se dit : "C''est parti, le narrateur c'est Modiano, il va sortir quelques temps avec Louki qui en fait s'apellera Jacqueline (bingo pour le prénom, ah, ah !), Louki et les autres personnages qui fréquentent le Condé, plus ou moins louches, vont disparaître et l'étudiant devenu sexagénaire partira à la recherche de traces perdues." Oui. Ah mais non ! Modiano serait donc capable de surprendre ? Il est vrai que je n'en suis avec ce roman qu'à mon neuvième Modiano, ce qui reste modeste au vu de sa production. En tout cas, j'ai rudement bien fait de ne pas lire la quatrième de couverture (je n'en voyais pas l'intérêt, un Modiano étant un Modiano et puis c'est tout).

Il est bien question de souvenirs, mais pas d'histoire d'amour ou ce genre de choses. Et hop, changement de narrateur au bout d'un moment. Ça n'a l'air de rien, mais quand on en est à son neuvième Modiano et que les huit précédents avaient pour narrateur toujours la même personne (à savoir l'auteur à peine déguisé), c'est presque un tsunami. On passe à un détective privé, qui lui aussi nous parle des années soixante et de Louki, qui s'appelait en fait Jacqueline (bon, ça, c'était donc vaguement prévisible). Nouvelle approche du personnage de Jacqueline, mais pourquoi ? Et ne voilà-t-il pas que Jaqueline elle-même prend la parole ! Puis son amoureux, en tant que dernier narrateur qui va boucler la boucle.

Il ne s'agit pas tant cette fois de plonger dans les méandres de la mémoire d'un homme à la recherche d'un passé perdu que de tenter, non pas de cerner la jeune femme (ce sera impossible et Modiano aime trop le flou pour qu'on cerne quoique ce soit avec lui), mais de tenter vaguement de l'approcher - à peine. Jacqueline, qu'on voit adolescente ou jeune femme, est perçue, à travers un brouillard, dans sa fragilité. Jamais cependant on ne comprendra ce qui fait cette fragilité, qu'elle-même ne comprend pas, sinon qu'elle la mène vers des horizons perdus - titre d'un livre sur la spiritualité qu'on lui prête, et qui sera le pendant d'un autre livre sur la mystique Louise du Néant (les deux titres vous donnent un aperçu de la joie de vivre du personnage de Jacqueline / Louki).

Roman qui mêle la tragédie à la mélancolie habituelle de l'auteur, le café de la jeunesse perdue... Ah oui, un mot sur le titre : il ne m'emballe pas des masses. C'est exactement le genre de titre qu'on s'attend à voir sur la couverture d'un roman de Modiano, et qui renforce l'impression qu'on sait déjà ce qu'on va trouver à l'intérieur. Passons. Outre l'aspect tragique du roman, celui-ci a pour moi une particularité : je l'ai vu comme un révélateur de la cartographie que Modiano s'échine à reconstituer de livre en livre. Peut-être que d'autres lecteurs ont connu ça avec un autre roman (je serais curieuse d'avoir des retours là-dessus, si c'est le cas). Au lieu de me dire "Arf, c'est toujours la même chose", il me semblait au contraire que tout ce que j'avais lu avant de Modiano, et que tout ce que je lirais après, commençait à trouver vaguement sa place dans l'univers de l'auteur. Comme si j'entrevoyais enfin, certes fort vaguement, l'intérêt d'écrire quantités de livres dans une infinité de variations.

On retrouve dans le café de la jeunesse perdue ces thématiques qui parfois m'ont semblé un tantinet répétitives ailleurs, et qui cette fois avaient davantage de sens à mes yeux : la nécessité de prendre des notes, de consulter des plans, des annuaires (d'où l'intérêt, notamment, d'avoir un détective privé comme narrateur). L'idée de zones délimitées : pas seulement les rue et les quartiers de Paris, mais aussi les zones du quartier de Jacqueline adolescente, comme les "premières pentes", ou encore les "zones neutres" sur lesquelles écrit son amoureux. La mémoire, les anciennes connaissances, les anciens lieux fréquentés, évidemment. Les ruptures (ou du moins les tentatives de ruptures), non pas amoureuses, mais avec le passé, donc plus radicales. Et ces horizons inatteignables, toujours.

Alors bon, avec le dernier narrateur, on retombe beaucoup dans ce qu'on connaît, et c'est un peu dommage. Et la partie narrée par Jacqueline elle-même souffre un chouïa du flou dans lequel veut nous laisser baigner l'auteur, si bien que la souffrance de la jeune femme reste à quelque distance du lecteur. Quoique... Mais arrêtons-nous là.

Une (légère) surprise, donc. Une bonne surprise. Je ne le conseillerai pourtant pas pour une première lecture de Modiano, car à mes yeux, une partie de ce qui fait son intérêt, c'est bien de s'inscrire volontairement dans un corpus morcelé.
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berni_29
  12 mai 2020
Dans le café de la jeunesse perdue, je me suis laissé guider par le titre de ce court roman de Patrick Modiano, avant d'y entrer.
Ce titre m'évoquait déjà la nostalgie des rues d'un Paris d'autrefois qu'on aurait encore en mémoire. Je ne connais pas ce Paris d'avant et très peu celui d'aujourd'hui. Seulement quelques rencontres, quelques brefs passages, quelques escales.
Le Paris qu'aime Modiano est secrètement protégé des sentiers battus, à la lisière du bruit, à la lisière de tout. Provisoirement...
On entre dans ce Paris, comme on entre dans ce livre, comme on entre dans ce café, le Condé, près du quartier de l'Odéon. Un peu par hasard la première fois. Parce qu'on s'est perdu en chemin...
Pas de clichés, pas de cartes postales... Un Paris presque invisible, presque éphémère.
Ce roman est peuplé de lieux comme il y en a tant à Paris, ou peut-être comme il y en avait tant... Où rien ne se passe, où l'on n'existe pas, où l'on peut disparaître du jour au lendemain comme en glissant au travers d'une trappe.
Et la jeunesse de ce récit ressemble à cela, perdue elle aussi, elle ressemble à quelque chose qui s'en va furtivement, un rêve, un fragment d'espoir qu'on ne cherche même pas à retenir...
Les personnages de ce roman ressemblent presque à des fantômes, on les sent déjà ailleurs, oubliés, partis vers une autre histoire, un autre destin. Ils sont à la fois attachants et distants de nous, c'est-à-dire qu'on voudrait mieux les connaître une fois qu'on est entré dans ce café, s'approcher de cette table où ils sont plusieurs à boire et à rire, parler fort. Mais à peine s'approche-t-on d'eux qu'ils ne sont déjà plus là ou commencent à s'enfuir pour une autre histoire. Et aussi puisque le narrateur nous parle d'un Paris qui n'existe déjà plus, le Paris des années cinquante ou soixante, ce narrateur qui, au fil des chapitres, n'est jamais tout à fait le même, ni tout à fait un autre...
Alors ces personnages, on les croise un peu plus loin, on ne sait pas si c'était avant ou après, on se perd un peu, comme le narrateur qui tente de rassembler les morceaux d'un puzzle, des noms de rues, des noms de personnes, comme dans une enquête, suivre cette fille qu'on surnomme Louki... Mieux la connaître... La retenir elle aussi, fuyante, secrète, avec sa part de mystère...
Accepter la part de mystère de l'autre, surtout quand on l'aime, parfois il y a quelque chose d'envoûtant à cela. Il y a une sorte d'ivresse à espérer les choses...
Louki est une part de lumière dans ces rues qui paraissent parfois sombres, même en plein été. Louki, j'ai aimé sa petite lumière fragile...
Tout au long de ce récit, certains des personnages donnent l'impression étrange de marcher à contre-courant des autres personnes dans la rue, comme dans le flot incessant des gens qui sortent d'une bouche de métro. Et comme nous tentons de les suivre, cela donne un sentiment de vertige, parfois la peur de perdre leur trace.
C'est comme s'ils voulaient fuir les mauvais souvenirs de l'enfance, les fuir comme des cauchemars. Mais comment guérir des plaies laissées par l'enfance ?
Et puis longtemps après, revenant sur ses pas, le narrateur ne reconnaît plus les lieux.
Il y a chez Modiano cette force de retenir nos émotions à fleur de peau, de nous rappeler d'autres émois ailleurs qu'à Paris, dans d'autres lieux peut-être aussi perdus, aussi invisibles, d'autres vies où nous avons laissé une part de nous...
À la page 147 mes mains ont juste un peu tremblé. Ou peut-être mes yeux...
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aleatoire
  25 octobre 2021
Cette petite musique récurrente, ce charme mélancolique d'un nocturne toujours rejoué ce sont, hors la quête vaine d'un Éternel Retour, nos vies et leur rapport au passé, au temps en allé, aux occasions manquées, à la perte, à l'absence.
Cependant que nous enjoignons des personnages de romans que, par-delà ces "pentes" et ces "zones neutres", ils nous renseignent sur le sens de nos trajectoires entrecroisées.
ClaireG s'en est allée à jamais.
Malaura ne répond plus à mes messages.
kundry, qui m'avait fait découvrir ce site, l'a déserté.
On y croise moins Krout, et LoloKiLi est partie en voyage.
Petitebijou s'est jetée dans un fleuve et n'a que faire de ses breloques posthumes.
Tels les héros modianesques, de nos existences oscilleront peut-être, fragiles et éphémères, d'improbables rencontres et quelques lignes en mal de reconnaissance, écrites sur la main courante d'un réseau social.

Bref, un beau roman choral pour (nos) petites destinées égarées.
"Et puis les gens disparaissent un jour et on s'aperçoit qu'on ne savait rien d'eux, pas même leur véritable identité.[...] le coeur se serre à la pensée des choses qui auraient pu être et qui n'ont pas été."
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mariecesttout
  04 mars 2014
Dans un entretien, Patrick Modiano , à la traditionnelle question: "N'avez vous pas l'impression de faire chaque fois le même livre?" répond:
"- Tout à fait! Les choses se répètent, les mêmes noms reviennent. Ce ne sont pas vraiment d'ailleurs des répétitions, mais des ébauches sur lesquelles je reviendrais sans cesse. Une surimpression... C'est un peu comme si j'écrivais le même livre, mais par à-coups: l'époque n'est plus aux cathédrales, mais à l'effort discontinu."
Et voilà, tout est dit... Une petite fille qui fugue et qui lit Horizons perdus. Des personnages qui cherchent, qui se cherchent . Qui cherchent surtout des repères ( dans le roman: des registres, des enquêtes, des dates, des noms de rues..) qu'ils n'ont pas eu à temps, c'est toujours la même histoire, celle de Patrick Modiano et de tant d'autres. Seulement, Patrick Modiano sait l'écrire.. ça l'a sans doute sauvé. Encore que "sauvé" ne veut rien dire.
Pour moi, le coeur de ce livre est dans le récit que fait Louki du regard du policier qui la ramène chez elle après une fugue. Un regard gentil, une écoute attentive. Il suffit de cela de la part d'un parfait inconnu pour qu'elle parle.. Ca donne envie de pleurer tant le désir de protection et de consolation est fort:
"J'aurais voulu qu'il reste toute la nuit en faction devant l'immeuble , toute la nuit et les nuits suivantes, comme une sentinelle, ou plutôt un ange gardien qui veillerait sur moi."
Patrick Modiano est un éternel petit garçon que l'on a toujours envie de serrer dans ses bras pour le réconforter. Tout en sachant- et il le sait très bien- que c'est un réconfort qui vient trop tard, parce que rien ne se répare...
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Levant
  09 novembre 2014
Sur les étals de ma librairie habituelle, les bandeaux rouges ont fleuri sur les ouvrages d'un certain Modiano. Je ne dirai pas que je n'ai jamais entendu ce nom, mais j'avoue ne pas avoir lu cet auteur qui vient de se voir couronné du titre suprême : le Nobel de littérature 2014. Mea culpa.
Je me méfie toutefois beaucoup des oeuvres primées. Dans le monde du cinéma par exemple, la palme d'or à Cannes est pour moi rédhibitoire. Je fuis. L'auto satisfécit de la profession est une promesse d'ennui. L'oeuvre primée est à coup sûr irregardable.
Tiens donc !
Je prends garde à ce snobisme qui veut aller à contre courant du populaire. Parce que le populaire est forcément vulgaire. Parce que l'élite veut se resserrer dans un cercle restreint d'affranchis. le meilleur moyen d'y parvenir est alors de placer sur le podium un truc improbable et de l'instituer en oeuvre majeure. Cela dissuadera la masse des incultes, des non accrédités, de s'y intéresser. Pour que les seuls avertis puissent s'élever au discernement du sublime, le mieux est encore de le décréter.
En est-il de même pour la littérature ?
Et qu'en est-il lorsqu'il s'agit de l'ensemble de l'oeuvre ?
Il faut donc que je me fasse ma propre idée sur Modiano. Je choisis un ouvrage. Au hasard, je ne connais pas sa bibliographie. Je prends « Dans le café de la jeunesse perdue ». C'est court, 150 pages. Si jamais je m'endors au beau milieu d'un chapitre, le bouquin ne me fera pas mal en me tombant sur les pieds.
Je me dis que je vais quand même faire un effort d'attention. Pensez donc, Prix Nobel de littérature ! C'est comme le Goncourt pour chacun de ses ouvrages. Ce n'est pas rien.
D'abord, c'est lisible. C'est déjà ça. Je dirais même que ça se lit bien. C'est encore mieux. C'est curieux, le « Je », celui qui parle à la première personne, n'est pas le même d'un chapitre à l'autre. Comme si plusieurs personnes avaient écrit le livre. C'est un peu perturbant, mais je sens que c'est voulu. Et puis je ressens comme un trouble. le vocabulaire n'est pas celui de la mélancolie et pourtant on perçoit bien l'instinct de mort qui prend le pas sur l'instinct de vie. La force d'un auteur est de savoir l'insinuer en vous, à la seule lecture de ses mots, arrangés comme nul autre ne saurait le faire. C'est sans doute ça le talent.
C'est un livre d'atmosphère. On navigue dans le Paris d'une époque imprécise mais contemporaine, autour de « points fixes » entre « zones neutres et trous noirs », dans les errances de cette jeune femme qui n'a pas accroché au bonheur. Pas même à cette petite lumière qui vous aspire dans une fuite en avant, en quête de meilleur et qu'on appelle espoir. Elle n'est pas malheureuse. Elle est paumée. Je le suis aussi. Je sens bien la grisaille qui descend en moi et imagine bien que ça finira mal.
C'est fort. C'est le talent. Il a été primé. Je n'y trouve rien à redire.
Plus fort encore, c'est que parvenu au terme de cet ouvrage, j'ai envie de le relire, tout de suite. Ce que je fais. Connaissant la fin je veux démonter le mécanisme par lequel Modiano arrive au dénouement. Comment il m'y a préparé avec le seul arrangement de ses mots. Comment il m'a intégré dans cette atmosphère. Je veux m'imprégner de cette supériorité.
Finalement la littérature n'est pas comme le cinéma. D'ailleurs ce dernier s'inspire de la première et non l'inverse. Il la pervertit plus souvent qu'il ne la sublime. le cinéma est le monde du paraître. La littérature est celui de l'être.
Cet ouvrage me donne-t-il le goût de lire une autre des oeuvres de Modiano. Certainement. J'ai l'impression que la consécration 2014 n'est pas volée. D'aucun lisant ces lignes, plus averti que moi dans cette bibliographie désormais consacrée, me conseillera t-il ? A côté de quel ouvrage de Modiano ne faut-il pas passer sans s'arrêter ?
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Citations et extraits (75) Voir plus Ajouter une citation
aleatoirealeatoire   28 octobre 2021
Une affiche était collée au tronc de l'un des grands arbres qui nous abritent de leur feuillage jusqu'à l'entrée des jardins, là-haut, à Saint-Michel. "Cet arbre est dangereux. Il va être abattu prochainement. Il sera remplacé dès cet hiver." Pendant quelques instants, j'ai cru que je faisais un mauvais rêve. Je demeurais là, pétrifié, à lire et relire cet arrêt de mort. Un passant est venu me dire :"Vous vous sentez mal monsieur ?", puis il s'est éloigné, sans doute déçu par mon regard fixe. Dans ce monde où j'avais de plus en plus l'impression d'être un survivant, on décapitait aussi les arbres... J'ai poursuivi ma marche en essayant de penser à autre chose, mais c'était difficile. Je ne pouvais pas oublier cette affiche et cet arbre condamné à mort. Je me demandais comment étaient les têtes des membres du tribunal et celle du bourreau.
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dbreitdbreit   30 octobre 2014
Pour moi, l'automne n'a jamais été une saison triste. Les feuilles mortes et les jours de plus en plus courts ne m'ont jamais évoqué la fin de quelque chose mais plutôt une attente de l'avenir. Il y a de l’électricité dans l'air, à Paris, les soirs d'octobre à l'heure où la nuit tombe. Même quand il pleut. Je n'ai pas le cafard à cette heure-là, ni le sentiment de la fuite du temps. J'ai l'impression que tout est possible. L'année commence au mois d'octobre.
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Lazlo23Lazlo23   18 novembre 2015
Je marchais d’un pas léger comme si j’étais arrivé un soir de juillet dans une ville étrangère. Je m’étais mis à siffler l’air d’une chanson mexicaine. Mais cette fausse insouciance n’a pas duré longtemps. Je longeais les grilles du Luxembourg et le refrain de "Ay Jalisco no te rajes" s’est éteint sur mes lèvres. Une affiche était collée au tronc de l’un des grands arbres qui nous abritent de leur feuillage jusqu’à l’entrée des jardins, là-haut, à Saint-Michel. « Cet arbre est dangereux. Il va être abattu prochainement. Il sera remplacé dès cet hiver. » Pendant quelques instants, j’ai cru que je faisais un mauvais rêve. Je demeurais là, pétrifié, à lire et à relire cet arrêt de mort. Un passant est venu me dire : « Vous vous sentez mal, monsieur ? », puis il s’est éloigné, sans doute déçu par mon regard fixe. Dans ce monde où j’avais de plus en plus l’impression d’être un survivant, on décapitait aussi les arbres… J’ai poursuivi ma marche en essayant de penser à autre chose, mais c’était difficile. Je ne pouvais pas oublier cette affiche et cet arbre condamné à mort. Je me demandais comment étaient les têtes des membres du tribunal et celle du bourreau.
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Musardise_aka_CthulieLaMignonneMusardise_aka_CthulieLaMignonne   04 mai 2022
Avait-elle encore de la famille ? À Paris ? En province ? Un carnet de chèques ? Au fur et à mesure qu’il me répondait d’une voix triste, je notais tous ces détails qui sont souvent les seuls à témoigner du passage d’un vivant sur la terre. À condition qu’on retrouve un jour le carnet à spirale où quelqu’un les a notés d’une toute petite écriture difficilement lisible, comme la mienne.
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Jean-DanielJean-Daniel   22 juillet 2020
Aux heures creuses de la journée, au retour du bureau, et souvent dans la solitude des dimanches soir, un détail me revient. De toute mon attention, j’essaye d’en rassembler d’autres et de les noter à la fin du cahier de Bowing sur les pages qui sont demeurées blanches. Moi aussi, je pars à la recherche des points fixes. Il s’agit d’un passe-temps, comme d’autres font des mots croisés ou des réussites.
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Vidéo de Patrick Modiano
Jacques Chancel s'entretient avec Patrick Modiano en décembre 1972 après l’obtention par celui-ci du Grand prix du roman de l'Académie française pour son troisième livre « Les Boulevards de ceinture ». Il évoque « cette graine de « futur grand romancier » et n’hésite pas à projeter Patrick Modiano dans le futur et lui prédire qu’il est « condamné à la grande œuvre ».
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Dans la café de la jeunesse perdue

Dans quel café de Paris Louki a t'elle trouvé ses habitudes ?

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