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ISBN : 2070412768
Éditeur : Gallimard (07/09/2000)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 88 notes)
Résumé :
Elles n'ont pas vraiment d'histoire, veulent rompre avec un présent ennuyeux, et se lancent à la conquête d'un avenir plus qu'incertain. Les trois héroïnes de ces trois récits de Patrick Modiano sont des inconnues d'abord pour elles-mêmes. La première d'entre elles a quitté Lyon parce qu'elle n'a pas obtenu l'emploi de mannequin dont elle rêvait. Elle décide sur un coup de tête de monter à Paris où... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
Petitebijou
  30 août 2013
« Des inconnues » est un roman de Modiano en trois parties situé dans l'oeuvre de l'auteur entre « Dora Bruder » et « La Petite Bijou» (qui n'est pas qu'un charmant pseudo babeliesque). « Dora Bruder » est une enquête sur une jeune fille juive ayant réellement existé dont les parents avaient mis une annonce d'avis de recherche. Modiano a entrepris une enquête minutieuse sur la fugue de cette adolescente pendant la guerre. «La Petite Bijou » raconte l'histoire d'une jeune femme à la recherche de sa mère.
Entre les deux, il me semble que « Des inconnues » constitue dans l'écriture modianesque une transition dans ce que je pourrais qualifier, lectrice assidue de l'écrivain, un trilogie féminine : ces trois romans ne souffriraient pas d'être reliés.
Comme pour « Dora Bruder » ou « La Petite Bijou », les personnages principaux du roman « Des inconnues » sont des femmes, tout juste sorties de l'adolescence. L'auteur nous conte un instant de quête, qu'il conduit comme une en-quête, la quête de l'intérieur, de l'intime.
Chaque partie du roman « Des inconnues » évoque donc une tranche de vie racontée par une très jeune femme, comme très souvent chez Modiano en rupture. Qui dit rupture veut dire fuite, fuite géographique, fuite d'un milieu, fuite d'un passé encore juvénile mais trop pesant. de ces trois jeunes femmes, nous ne connaîtrons ni le prénom ni le nom, éléments si essentiels dans le monde modianesque. Par contre, les hommes et les femmes qu'elles vont rencontrer sont bien conformes à la généalogie littéraire de l'auteur, portant des patronymes toujours plus ou moins exotiques et je dirais contradictoires : un prénom banal suivi d'un nom étranger : ici, par exemple, Mireille Maximoff, Alberto Zymbalist… cet Alberto Zymbalist qui se fait appeler « Guy Vincent ». Chez Modiano, l'apparente banalité, l'évidence première est toujours le voile d'un secret.
La première inconnue a 18 ans. Elle quitte Lyon, la province trop étroite où elle étouffe, après une rencontre avec une femme belle et mystérieuse – Mireille Maximoff -rencontrée à Torremolinos , qui lui conseille de devenir mannequin. Rentrée de ses congés payés (elle est dactylo), la jeune fille se présente dans une maison de couture réputée de Lyon, est refusée, mais un homme lui dit qu'elle a « quelque chose… ».
Cette vague idée de « quelque chose » résonne comme une promesse, et donne l'élan à la jeune fille pour s'enfuir à Paris dès le lendemain par le train de nuit. A son arrivée, elle contacte Mireille, qui va l'introduire dans son monde énigmatique de photographes, acteurs, et autres artistes dont on ne saura jamais vraiment la teneur de leurs carrières qui semblent pour le moins incertaines.
C'est ainsi que la narratrice va croiser le mystérieux Guy Vincent, avec lequel elle va vivre une histoire d'amour (probablement la première), qui va l'amener entre autre à fréquenter un hôtel de Genève où son amant cherchera en vain le Consulat du Pérou. Je ne raconte pas la suite de l'histoire pour ne pas gâcher le plaisir d'un futur lecteur.
L'héroïne de la deuxième partie est pensionnaire à côté d'Annecy (ce décor que Modiano reprendra pour « Un pedigree », son roman le plus ouvertement autobiographique). Elle a sensiblement le même âge que la première « inconnue ». Elle ne connaît pas son vrai père, et a été élevée par sa mère et un beau-père avec lesquels elle entretient, on le comprend à demi-mot, des relations plutôt distendues. La jeune fille va s'enfuir du pensionnat, en quête de son père, croiser des hommes abuseurs, et le récit se terminera d'une façon dramatique.
Pour la troisième partie, la plus énigmatique et complexe à mes yeux, nous sommes de retour à Paris, près de la Porte de Vanves. L'inconnue (française) s'est enfuie de Londres où elle travaillait, s'installe dans un grand atelier dont l'adresse lui avait été donnée à Londres par un Autrichien qu'elle fréquentait dans le quartier de Portobello. Elle dort mal, réveillée le matin par des bruits insolites qu'elle va mettre un peu de temps à identifier. Un jour elle comprend que ce bruit de « sabots » accompagne le sort tragique de chevaux que l'on amène très tôt aux abattoirs de Vaugirard. L'angoisse qui ne quittait pas la narratrice ne fait que croître. Elle ne peut s'évader, incapable de prendre le métro, prise de panique. Peu après, dans un café, elle rencontre un professeur de philosophie en train de corriger ses copies… et le récit bascule avec un tout autre éclairage.

J'ai relu ce roman pour écrire ce billet, et il m'est apparu très singulier et de haute tenue dans l'oeuvre de Patrick Modiano. le livre fermé, on s'interroge bien sûr à propos des points communs qui relient ces trois jeunes femmes dont nous ne savons rien d'autre que ces tranches de vie brèves à un moment clé de leur existence.
Nous ne connaissons que peu de choses d'elles, le titre nous l'indique, ce sont des inconnues : pourtant, en réfléchissant, je me dis que le peu que nous savons d'elles est bien plus authentique que tous les personnages qu'elles croisent qui soit portent de faux noms, habitent des appartements frauduleusement, sont des pères dont on ne sait rien… Les vrais inconnus, finalement, ce sont eux. Nous ignorons leurs réelles intentions, certains disparaissent, mais, contrairement à nos héroïnes, leur fuite n'est pas inscrite dans une quête d'eux-mêmes.
Un lecteur ici parle de désespérance. Je ne l'ai pas ressenti ainsi. Certes ces jeunes filles, emplies d'une certaine pureté, sont confrontées à un monde angoissant, hostile, dangereux parfois et même dégueulasse, mais elles s'en tirent toujours parce que précisément elles portent en elles cette part de rêve encore diffuse du sortir de l'adolescence, qui les protège malgré tout, en leur conférant une part d'inconscience qui leur fait traverser les épreuves un peu en somnambule. Elles n'ont pas une once de cynisme d'un âge avancé. En y regardant de plus près, j'ai noté que lorsque Modiano emploie le mot « inconnu », ce qualificatif ne s'adresse jamais aux héroïnes, mais à leur entourage. Pourtant, l'une proclame qu'elle veut rester « non identifiée ».
Nommer les choses, c'est les connaître, dirait Levinas (en plus subtil évidemment), philosophe que connait bien Modiano. Sans doute les jeunes filles sentent confusément qu'une apparente transparence cache souvent une imposture, ou du moins des mensonges.
Toutes trois aiment se réfugier dans les salles obscures d'un cinéma. La fiction les apaise, les rassure. Toutes trois ont peur du sommeil, car, dit l'une d'elles, dans le sommeil on peut livrer ses secrets, comme si la « vraie » vie se manifestait durant leur sommeil. Elles prennent des somnifères ou autres barbituriques. Elles vivent leur vie diurne telles des personnages de Cocteau, entre rêve et réalité. Elles paraissent flotter dans leurs corps comme dans leurs pensées.
Pourtant, et c'est tout le charme et la singularité du livre à mes yeux, finalement, elles suivent une ligne droite, même dissimulée sous des méandres. Au fond, elles ont la volonté de s'en sortir, et agissent, parfois radicalement. Nous ne savons pas quel sera leur destin, mais à chaque épilogue du moment qui leur est consacré, elles connaissent une libération. C'est à travers les autres, même nuisibles, qu'elles apprennent à se connaître. Leur part d'inconnu, comme celle qui est propre à chacun d'entre nous, est leur trésor, leur identité, quelque chose qu'on ne pourra jamais leur voler.
Dans la troisième partie, à Paris, Modiano nous souffle que l'affirmation de soi, l'indépendance, mais aussi l'espoir se conquièrent grâce aux mots, l'écriture, la philosophie, transmis par des bienveillants que l'on se choisit comme guides.
La jeune femme, d'abord impressionnée par le livre prêté par le professeur de philosophie raconte : « Mais à mesure que je tournais les pages, je me laissais envahir par une légère euphorie, comme si les mots du Docteur Bode me persuadaient que je pouvais vivre au présent et que j'avais même un avenir devant moi ».
L'écriture de Patrick Modiano est discrète, intime, empreinte de réalisme comme de poésie. Elle semble vous frôler comme un fantôme qui vous murmurerait d'étranges et douces paroles à l'oreille. Il est impossible de résister à son ensorcellement.

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Alzie
  16 août 2014
Trois jeunes filles dont on ignore les noms, à l'inverse de la plupart des autres personnages qui les entourent, racontent chacune leur histoire. Trois récits dressant des profils attachants de paumées, « à côté de leurs pompes », trois portraits qui se frôlent tant ils se ressemblent, esquissés dans le flou de l'anonymat. Univers nébuleux, instable où le trouble est un invité de marque. Les disparitions sont fréquentes et peuvent être subites, les rencontres restent hasardeuses et les coïncidences bienvenues dans chacune de ces histoires. Des connivences existent d'un récit à l'autre : bleu des veilleuses, du train de nuit (1er récit) ou du dortoir (2ème récit) ; la rue de Vaugirard, rêve parisien au deuxième récit, devient sujet de phobie au troisième ; l'évocation de la fourrière dans le premier et le dernier récit ; le beau-père boucher du deuxième récit et la confrérie des « tueurs » des abattoirs au troisième, et ainsi de suite. Des contrastes parfois crus ressortent de cette grisaille, ne font que renforcer l'impression de malaise.
Le premier récit est celui d'une jeune fille quittant Lyon brusquement pour la capitale. Hasard des rencontres, elle se lie à un homme, dont la prospérité ne fait aucun doute mais dont l'identité est masquée sous un nom d'emprunt. Ils entretiennent une liaison jusqu'au moment où il disparaît tout aussi brutalement qu'elle-même avait sauté, à la gare de Perrache, dans le premier train de nuit en partance pour Paris, laissant tout derrière elle. Curieusement, cet épisode pourtant court, remonté du passé, semble très long à celle qui le relate longtemps après, et plus précis encore que son présent que l'auteur, pour le coup, laisse dans l'informe. Cette jeune fille s'affirme à la fin pour ce qu'elle est, une blonde non identifiée et espérant bien le rester (p.53). Elle existe comme telle, c'est tout.

Le deuxième récit s'arrête un peu plus sur la généalogie familiale d'une jeune fille, mineure au début de sa narration. Le passé du père disparu gommé par une mère indifférente qui s'est remariée est évoqué. Confiée à une tante, elle fugue de la pension sinistre où elle a été reléguée, en direction d'Annecy. Rupture avec sa vie antérieure comme dans la première histoire. En retrouvant quelques traces et objets de son père défunt, elle est confrontée à l'ombre dont elle fait partie (p.102) :
« le soir, j'ai commencé à lire les livres qu'il avait lus, puisqu'ils étaient dans la mallette :
La rue du Chat-qui-pêche
La vie de Mermoz
Manuel d'alpinisme
Manuel de camouflage
Et un petit livre vert pâle : Anthologie des poètes du XIXe siècle, où il avait souligné deux vers : Je me souviens/des jours anciens…, mais je n'en savais pas plus long sur lui ».
Un ami de son père l'aide à se trouver du travail. De petits boulots en petits boulots, son histoire s'achève assez violemment, lorsqu'une étrange lucidité lui laisse entrevoir soudain la spirale nauséeuse de l'avenir qui l'attend.
Enfin, le troisième récit est celui d'une jeune fille arrivant de Londres, et dont on sait très peu, pour occuper l'appartement vacant d'un ami à Paris du côté de la porte de Vanves, rue Brancion siège des Abattoirs. Le coin n'est pas des plus oniriques, c'est son nouvel horizon. La proximité de la rue des Morillons et de l'église Saint-Antoine de Padoue, invoqué fréquemment par ceux qui veulent retrouver un objet perdu, fait sourire. Rêves et cauchemars. Souvenir de son ami disparu, là encore soudainement, à Londres. le ticket de retrait n° 0032 d'une dernière photo prise ensemble et qu'elle n'a pu récupérer est le seul marqueur de cette relation. Crise de panique dans le métro et bruits répétitifs sur le pavé parisien des sabots des chevaux menés à l'abattoir, créent un climat proprement halluciné scandé par les nostalgies musicales du café d'Alleray (« Whiter shade of pale ») où la conduisent parfois ses stratégies d'évitement de la rue Brancion. Elle y rencontre un prof qui la fait bifurquer alors dans le développement personnel, en la présentant à son « cercle » de happy few, et finit par s'abandonner aux vapeurs « New Age » d'un sommeil bienfaisant. Entre deux vies, elle a sauté le pas. Réconfortant ? Pas sûr.
Chacune de ces jeunes filles, dont l'audace est commune, pourrait tout aussi bien débarquer dans l'histoire de l'autre. La lecture de «In Search of Light and Shadow» que fait l'une d'elle à la fin, pourrait être partagée par les deux autres et c'est peut-être là que convergent symboliquement ces trois inconnues, entre ombre et lumière. Si la référence se fait musicale, l'originalité de ce trio féminin serait dans la partition assez radicale que lui fait jouer Patrick Modiano sur le thème « changer de vie » : coup de tête pour la première, coup de révolver pour la deuxième et coup de blues pour la troisième.
Les trois histoires fourmillent de références multiples, assez symboliques, qui ne sont pas fortuites et font partie intégrante du plaisir de lire Modiano dont la biographie à elle seule est loin d'épuiser les innombrables interprétations qu'on peut tirer de ce livre. Comme dans « Accident Nocturne » on retrouve bien sûr sa prédilection pour des personnages à la géographie mentale parcourue de souvenirs fugaces, de traces et de réminiscences ou bribes de rêves arrachés au passé. Ici encore, l'absence de toute forme de certitude, la réalité qui se dérobe en permanence, finissent par suspendre le temps au-dessus du néant, générant angoisses et oppression. Mais à tutoyer le vide il en devient aérien, P. Modiano. le style direct, concis et très fluide de ces Inconnues abolit la pesanteur de leur destin plombé. L'écriture utilise les mots de la grisaille, pour conduire le lecteur vers une esthétique de l'évanescence où la nuit et les ombres dessinent souvent les contours de l'univers qu'il affectionne.
« Signes, symboles, élans, chutes, départs, rapports, discordances, tout y est pour rebondir, pour chercher, pour plus loin, pour autre chose. Entre eux sans s'y fixer, l'auteur poussa sa vie. » Conclusion d'Henri Michaux dans la postface de Plume qui trouve, pour moi, un écho puissant dans ce livre.

A lire la nuit.
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Nuageuse
  17 septembre 2019
Patrick Modiano nous livre trois portraits de jeunes filles évanescentes. Comme souvent chez Modiano, elles sont anonymes. Mais ce qui est différent, les récits ne se passent pas sous la seconde guerre mondiale, son époque de prédilection.
Ces trois jeunes filles se défont de leur famille pour connaître la vie. Ce sera une vie sans attache où les personnages bien nommés ne seront que de passage. Elles vont connaître le pire...
Encore une fois, Patrick Modiano traite de la fugue dont il était coutumier pendant sa jeunesse.
Je rejoins Alzie pour sa lecture nocturne. La nuit se prête à ce roman et à l'oeuvre en général de l'auteur.
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CorinneCo
  12 septembre 2019
Ces jeunes femmes fières et solitaires longeant leur vie comme on parcourt les quais d'un fleuve à l'eau noire qui ne vous emmène nulle part. Ce sont les figures de proue du navire Mondiano, accostant sans cesse dans la mémoire fragile du temps. Avec ces appartements abandonnés, ces villes floues et mystérieuses ; ces femmes et ces hommes inconnus, qui se cachent, aiment, errent, végètent... Ces jeunes femmes, donc, on aimerait leur murmurer à l'oreille notre tendresse et aussi quelques questions indiscrètes qui n'auraient aucune réponse ; peut-être un demi-sourire, un regard lointain, furieusement libre....
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Herve-Lionel
  01 mars 2014
N°667– Juillet 2013.
DES INCONNUESPatrick Modiano - Gallimard.
C'est un recueil de trois nouvelles qui mettent en scène trois jeunes femmes qui espèrent beaucoup de la vie. Elles nous livrent à la première personne une tranche de leur vie pas vraiment excitante. le hasard sert leur envie de réussite et, de la province où elles végètent, le voyage leur permet de satisfaire leurs espoirs ou leurs illusions. Comme l'auteur, leur jeunesse ou leur adolescence sont quelque peu perturbées par des parents qui les oublient ou les abandonnent à leur sort. Ici, il n'y a pas de grands destins mais au contraire des existences assez quelconques, leurs vies est une sorte d'errance organisée autour de projets où gravitent des personnages assez fantomatiques et qui passent sans laisser de véritable empreinte. Elles se meuvent dans une sorte de brouillard, une manière de cauchemar qu'elles vivent en pointillés, un ennui qui se nourrit lui-même de leur quotidien, un vide qui serait presque attachant. Ce sont de petites provinciales inconnues et qui le resteront mais qui se ressemblent toutes. Elles débarquent dans la Capitale ou dans un lieu qui leur est étranger mais elles n'ont rien d'un héro De Balzac. Elles se laissent porter par le quotidien, entraîner par le hasard, à la recherche de quelque chose, le travail, l'amour, la compagnie des autres, une rencontre avec soi-même ou peut-être simplement une manière de tromper leur ennui.
Les personnages sont, comme souvent chez Modiano, des être mystérieux dont on ne connaît même pas le véritable nom, soit ils sont anonymes soit ils se cachent sous l'identité d'un autre et lorsqu'ils parlent, cela sonne faux.
La première inconnue, une dactylo lyonnaise, après avoir été refusée comme mannequin dans une maison de couture, prend le train pour Paris, est séduite par un homme dont elle ne connaît même pas le nom. La deuxième décide de ne pas rejoindre sa triste pension d'Annecy, devient dame de compagnie, baby-sitter puis meurtrière pour ne pas être violée. La troisième arrive de Londres pour s'installer à Paris. Elle est récupérée par une secte pour laquelle elle est une proie facile.
Ces histoires se déroulent dans les années 60, les trente glorieuses, et nous présentent des jeunes filles tout juste sorties de l'adolescence, dont on croit volontiers qu'elles recherchent un mari ou au moins des aventures, même si elles sont sans lendemain. En tout cas ce qui ressort de ces récits c'est assurément la solitude de chacun au milieu de la foule, une sorte d'indifférence aux autres, une manière de déprime, du fatalisme ou de désespérance. Pour elles la vie est triste et sans intérêt. Chacune de ces nouvelles est gouvernée le délitement de la cellule familiale, une fuite du père ou de la mère un peu comme ce qu'a vécu Modiano, des souvenirs d'enfance ni vraiment bons ni vraiment mauvais, un sentiment de fuite permanente, un voyage potentiel dans le futur ou le conditionnel, la fascination de l'interdit, l'illusion de la liberté philosophique, le choix entre la vie et la mort , le tout sur fond de guerre d'Algérie ou de souvenirs de la seconde guerre mondiale.
Le ton de ces nouvelles est caractéristique de Modiano, une musique un peu triste et nostalgique, à l'image sans doute de ce qu'est la vie, mais que j'ai toujours bien aimée.

© Hervé GAUTIER - Juillet 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com

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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
PetitebijouPetitebijou   29 août 2013
Alors, il avait allumé le lustre et il m'avait expliqué que "Guy Vincent" était un nom d'emprunt. Je lui avais demandé si je pouvais l'appeler par son vrai prénom. C'était gentil mais il n'aurait pas aimé cela, il s'était habitué à "Guy Vincent". Pour lui, " Guy Vincent" évoquait la fraîcheur, le printemps et la couleur blanche, c'était un nom rassurant. Et puis cela créait une distance. Il y avait toujours entre lui et les autres ce "Guy Vincent" comme un double, un ange gardien. Et de nouveau, il riait. Et moi aussi. Les fous rires sont contagieux, mais avais-je vraiment envie de rire ? Sous la lumière du lustre, la chambre me paraissait brusquement froide, inhabitée. J'étais en compagnie d'un inconnu qui se cachait sous l'identité d'un autre.
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dancingbravedancingbrave   27 septembre 2012
La perspective d’avoir une occupation et de ne plus traverser sans but toutes ces journées vides me réconfortait brusquement. Je taperais à la machine, seule, tranquille, dans l’atelier, parmi les livres. Et même, en tapant, je pourrais écouter de la musique. Je travaillerai face à la baie vitrée qui donnait sur le jardin.
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ZeliglebowskiZeliglebowski   24 mars 2016
J'étais heureuse de ce silence. La voiture suivait les quais sous la pluie. Les feux rouges et les lumières me rassuraient. J'aimais la nuit à Paris, elle calmait mon inquiétude, celle que j'éprouvais souvent dans l'après-midi. J'aurais voulu qu'ils me laissent marcher toute seule, à l'air libre, le long des quais.
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AgantheAganthe   10 juin 2015
Et moi, je n'étais plus que cette musique lointaine dont on croyait qu'elle allait s'interrompre mais qui reprenait, de plus en plus lente, comme si elle voulait profiter du silence pour qu'on l'entende un peu.
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feanorafeanora   23 novembre 2014
Je me pliais à la discipline. Dortoir, salle d'études, ouvroir, préau, réfectoire, chapelle. Mais ela ne me concernait plud. J'étais ailleurs. J'avais l'impression d'entendre un disque usé.
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Videos de Patrick Modiano (74) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Patrick Modiano
Ce mercredi 2 octobre 2019, La Grande Librairie consacre une émission spéciale à Patrick Modiano, prix Nobel de littérature en 2014, pour la sortie de son nouveau roman « Encre sympathique », qu?il publie aux éditions Gallimard. Pour l?occasion, déambulez aux côtés de François Busnel et de l?écrivain dans les rues de Paris puis dans une vieille décapotable américaine tout droit sortie d?un de ses livres, dans l?atelier de son ami Jean-Jacques Sempé, dans son bureau ou sa bibliothèque...
Retrouvez l?intégralité de l?émission ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/la-grande-librairie-saison-12/1069891-speciale-patrick-modiano.html
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