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ISBN : 2070149064
Éditeur : Gallimard (19/02/2015)

Note moyenne : 4.49/5 (sur 42 notes)
Résumé :
L'Académie suédoise a décerné, le 9 octobre 2014, le prix Nobel de littérature à Patrick Modiano «pour son art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l'Occupation».
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Tempuslegendae
  31 mars 2019
Comparer la lecture d'un roman avec le développement d'une photographie en chambre noire, comme Patrick MODIANO s'y asseya lors de son fameux discours de remise du Prix Nobel en 2014, on pourrait se demander si d'autres avant lui l'ont fait, et si oui, dans quel but ?
Les images ne sont pas comme les textes, elles vivent le plus souvent en interdépendance les unes aux autres, soit en colonies nombreuses, ou suivant une collection qui donne un sens à ce qu'elles veulent exprimer.
L'image (ou la photo) n'est pas un texte, même si parfois on cherche à les associer. Il faudrait, à ce titre, relire " L'Iconothèque " d'Henri Hudrisier qui préconisait le traitement de l'image seule, rejetant toute approche textuelle, fondant ses espoirs sur les premiers imageurs. Selon lui, l'unique solution consistait à indexer non pas l'image, qui " glisse entre les mots ", mais les questions qu'on pose à l'image. Et de là, je crois, naît le mariage inévitable entre l'image et le langage, donc le texte ; ces deux pôles que l'on croyait contraires, partagent désormais des signes conventionnels, de l'analogique au codé. Quelle merveille de pouvoir enfin trouver tous les mélanges imaginables !
Les arts visuels se déroulent dans l'espace, de façon presque immédiate ; on les saisit globalement car ils s'expriment dans le présent, tels des objets concrets qu'ils sont. Les arts du discours, à l'inverse, se déroulent dans le temps, sont séquentiels, parfois, car ils aiment se lier plus que les premiers au passé, au futur ou au conditionnel. L'écriture se régale d'irréel et de fiction. N'oublions pas qu'elle est aussi une image : les scribes qui illuminaient les manuscrits le savaient fort bien, c'est nous qui avons eu tendance à l'occulter à force de vouloir normaliser dès caractères pour des besoins de lisibilité, de transparence et de rapidité. En nous apprenant à lire, on nous a désappris à voir et à parler. le discours était partout, y compris dans l'image.
C'est vrai que l'image (ou la photographie) demeure un signe encore sauvage, indocile, parfois indiscipliné. C'est peut-être la raison pour laquelle elle est restée si longtemps suspecte. Il n'est plus temps de se méfier des images.
À l'instar de la photographie, le texte possède bien un développement parallèle à celle-ci. Au cours de l'écriture, tout paraît flou ; ce n'est qu'à la fin, lorsque l'épreuve est sortie de " la chambre noire ", que tout devient distinct, jusqu'au plus petit détail. Je parle d'infinies " vétilles " que le romancier n'a pu voir de sa loupe. Comment est-ce possible ?
Je comprends mieux maintenant la comparaison faite par MODIANO. Reconnaissons qu'elle vient de loin, celle-là. N'est pas Nobel qui veut ...
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clairejeanne
  03 juin 2015
Avez-vous lu ou entendu le discours de Patrick Modiano pour sa réception du prix Nobel de Littérature ? Compte tenu de sa difficulté à s'exprimer oralement, ce sur quoi il ouvre son allocution, il vaut sans doute mieux le lire. Pourtant à le regarder et à l'entendre, on prend conscience que c'est bien un homme d'une grande intelligence, d'une grande gentillesse et d'une grande humilité.Il a choisi de dire sa joie et son émotion, puis son envie de comprendre pourquoi il avait été choisi ; il enchaîne donc sur la "curieuse activité solitaire que celle d'écrire" et complète son propos en parlant de la relation entre le romancier et son lecteur, en faisant la comparaison de l'écriture et de la musique, en expliquant son attachement au Paris sous l'occupation et enfin en situant les racines d'une oeuvre dans l'enfance de son auteur.

Remarquable de simplicité et de finesse littéraire, cet exercice réussi nous livre un peu plus de la personnalité attachante de l'écrivain Modiano.
Extraits (p 8) : " Et puis j'appartiens à une génération où on ne laissait pas parler les enfants ... D'où, sans doute, ce désir d'écrire qui m'a pris, comme beaucoup d'autres, au sortir de l'enfance. Vous espérez que les adultes vous liront. Ils seront obligés ainsi de vous écouter sans vous interrompre et ils sauront une fois pour toutes ce que vous avez sur le coeur."
Extrait (p 15) : "Dans ce Paris de mauvais rêve, où l'on risquait d'être victime d'une dénonciation et d'une rafle à la sortie du métro, des rencontres hasardeuses se faisaient entre des personnes qui ne se seraient jamais croisées en temps de paix, des amours précaires naissaient à l'ombre du couvre-feu sans que l'on soit sûr de se retrouver les jours suivants. Et c'est à la suite de ces rencontres souvent sans lendemains, et parfois de ces mauvaises rencontres, que des enfants sont nés plus tard. Voilà pourquoi le Paris de l'occupation a toujours été pour moi comme une nuit originelle. Sans lui je ne serais jamais né."
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Eve025
  29 mai 2015
A ma grande honte je n'ai jamais lu de livres de Patrick Modiano, et pourtant j'en ai plusieurs dans ma PAL.
J'ai lu ce discours suite à de nombreuses critiques vues dans la presse écrite ou entendues à la radio. C'est vraiment un très beau texte sur l'écrivain, ses sources d'inspiration, sa façon de travailler... J'ai trouvé sa manière de parler du Paris de l'Occupation très touchante, certes il s'agit de SON thème, celui qui marque l'essentiel de son oeuvre. Ses phrases sur son enfance pas comme les autres sont également très belles.
Sa vision de l'avenir de la littérature est étonnement très positive pour un écrivain dont le sujet de prédilection est le passé.
C'est un court texte qui mérite vraiment d'être lu et puis ce n'est pas tous les jours que la France a un prix Nobel !
CHALLENGE MELI-MELO 2015-2016
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jovidalens
  31 mars 2015
Non, je n'ai pas l'habitude de lire les discours à l'Académie suédoise des nouveaux couronnés du Nobel. Mais,là, comment se priver de ce nouveau texte de Monsieur Modiano ?
En toute simplicité, limpidité il explique , décrit ce qu'est pour lui ce drôle de métier : "écrivain". Entre silence de l'écriture et exposition obligée aux feux des projecteurs.
Je ne crois pas que je pourrais les oublier ces quelques pages et certainement elles me seront refuge pour résister à la morgue de certains écrivains "coureurs" de plateaux de télé et/:ou de chroniques médiatiquement "griffées".
Et sa fascination des villes, ces villes qui sont nos grandes et profondes forêts, où l'on peut se perdre et se cacher...effrayantes mégapoles. Lui, comme nous lecteur, s'interroge :" j'aimerai savoir comment les romanciers de l'avenir évoqueront ces gigantesques concentrations urbaines dans les oeuvres de fiction".
Challenge d'autant plus difficile que pour re-construire un passé, lutter contre l'oubli il ne restera guère de ces chers annuaires anciens si précieux pour un archéologue de la vie urbaine comme a pu l'être cet auteur.
Quelques pages, si précieuses.
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AnnaDulac
  27 septembre 2016
Quand on le voit s'avancer pour prononcer son « Discours à l'Académie suédoise », à la fois si grand et si fragile, notre coeur se serre, car nous savons bien que Patrick Modiano a, comme il le dit lui-même « des rapports difficiles avec la parole » et que « si le romancier peut raturer ses écrits », à l'oral, il n'a pas « la ressource de corriger ses hésitations. »
Pourtant, pour « quelqu'un qui a l'habitude de se taire », quelle réussite que ce discours d'une profonde humilité et en même temps d'une grande lucidité sur ce qu'est l'art du romancier.
On y apprend que le besoin d'écrire est venu à Patrick Modiano comme une revanche sur une enfance un peu mutique, (« j'appartiens à une génération qui ne laissait pas parler les enfants ») pour que les adultes « l'écoutent » enfin et « sachent ce qu'il a sur le coeur. »
C'est aussi en consultant des anciens annuaires de Paris qu'il a eu envie d'écrire ses premiers livres. Il lui suffisait d'un nom, d'un numéro de rue, et son imagination s'envolait.
Quant aux motifs de ses romans, ils sont nécessairement empruntés à son époque, dont l'Occupation, car, dit-il, on ne peut écrire dans une tour d'ivoire. Mais, même si l'écrivain est influencé par « l'air du temps », il exprime toujours « quelque chose d'intemporel. »
Elucider des épisodes de son enfance est aussi une des clés de son écriture.
Le tout est tissé d'influences littéraires, dont celle de Baudelaire, et de tous les romanciers qui ont voulu « explorer les plis sinueux des grandes capitales. »
Le plus bel hommage est celui que Patrick Modiano rend à ses lecteurs et c'est très émouvant.
Il dit que seuls les lecteurs font exister un livre, car un romancier ne peut « se lire lui-même » puisqu'il est comme un « peintre de fresques » travaillant près du plafond et sans recul ou un conducteur « roulant sur le verglas sans visibilité. »
« Oui, le lecteur en sait plus long sur un livre que son auteur lui-même. »
C'est très beau.
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
palamedepalamede   01 janvier 2019
Oui, le lecteur en sait plus long sur un livre que son auteur lui-même. Il se passe, entre un roman et son lecteur, un phénomène analogue à celui du développement des photos, tel qu'on le pratiquait avant l'ère du numérique. Au moment de son tirage dans la chambre noire, la photo devenait peu à peu visible. A mesure que l'on avance dans la lecture d'un roman, il se déroule le même processus chimique.
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TrissotinTrissotin   28 mars 2015
Et puis j'appartiens à une génération où on ne laissait pas parler les enfants, sauf en certaines occasions assez rares et s'ils en demandaient la permission. Mais on ne les écoutait pas et bien souvent on leur coupait la parole. Voilà ce qui explique la difficulté d'élocution de certains d'entre nous, tantôt hésitante, tantôt trop rapide, comme s'ils craignaient à chaque instant d'être interrompus. D'où, sans doute, ce désir d'écrire qui m'a pris, comme beaucoup d'autres, au sortir de l'enfance. Vous espérez que les adultes vous liront. Ils seront obligés ainsi de vous écouter sans vous interrompre et ils sauront une fois pour toutes ce que vous avez sur le cœur.
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TrissotinTrissotin   28 mars 2015
On peut se perdre ou disparaître dans une grande ville. On peut même changer d'identité et vivre une nouvelle vie. On peut se livrer à une très longue enquête pour retrouver les traces de quelqu'un, en n'ayant au départ qu'une ou deux adresses dans un quartier perdu. La brève indication qui figure quelquefois sur les fiches de recherche a toujours trouvé un écho en moi : "Dernier domicile connu". Les thèmes de la disparition, de l'identité, du temps qui passe sont étroitement liés à la topographie des grandes villes.
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jovidalensjovidalens   30 mars 2015
Et si on se rappelle cette distinction scolaire entre l'écrit et l'oral, un romancier est plus doué pour l'écrit que pour l'oral. Il a l'habitude de se taire, et s'il veut se pénétrer d'une atmosphère il doit se fondre dans la foule.
[...]
Il a une parole hésitante, à cause de son habitude de raturer ses écrits. Bien sûr, après de multiples ratures, son style peut paraître limpide. Mais quand il pend la parole, il n'a plus la ressource de corriger ses hésitations.
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TrissotinTrissotin   28 mars 2015
D'être né en 1945, après que des villes furent détruites et que des populations entières eurent disparu, m'a sans doute, comme ceux de mon âge, rendu plus sensible aux thèmes de la mémoire et de l'oubli.
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Videos de Patrick Modiano (74) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Patrick Modiano
Ce mercredi 2 octobre 2019, La Grande Librairie consacre une émission spéciale à Patrick Modiano, prix Nobel de littérature en 2014, pour la sortie de son nouveau roman « Encre sympathique », qu?il publie aux éditions Gallimard. Pour l?occasion, déambulez aux côtés de François Busnel et de l?écrivain dans les rues de Paris puis dans une vieille décapotable américaine tout droit sortie d?un de ses livres, dans l?atelier de son ami Jean-Jacques Sempé, dans son bureau ou sa bibliothèque...
Retrouvez l?intégralité de l?émission ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/la-grande-librairie-saison-12/1069891-speciale-patrick-modiano.html
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