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Critiques sur Encre sympathique (51)
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MarcelP
  04 octobre 2019
Dans Encre sympathique, Patrick Modiano joue à cache-cache avec son lectorat et, de fait, rejoint cet essaim d'ombres qui peuplent son oeuvre. le narrateur, un incertain Jean Eyben, traque les traces furtives d'une fugueuse diaphane, Noëlle Lefebvre, à travers l'espace (la Savoie, l'Italie...) et le temps. Sur ses routes, il croise d'évanescents témoins dont l'identité miroitante reste volatile, comme l'éther.

Qui est ce JE qui s'exprime ? Modiano laisse traîner quelques indices : ainsi quand Eyben écrit "Aujourd'hui, j'entame la soixante-troisième page de ce livre (...)", cette pagination correspond à celle du véritable livre que l'on explore. A trois reprise, il usera de ce subterfuge. Petit à petit l'auteur se confond avec sa créature dans ce numéro de ventriloquie littéraire.

Le romancier emprunte une voie presque perecquienne pour assembler les pièces de son nouveau puzzle, une sorte de polygraphie du cavalier qui le contraindrait à utiliser des fragments de ses récits antérieurs... : un garage louche, un homme affairé dans un bureau vide, un bottin théâtral ou un agenda de toile noire comme autant de notes qui composent la mélodie modianesque. Une impression de déjà-lu, par exemple quand on tombe sur ces lignes : "Je me suis retrouvé seul dans ce petit salon dont la fenêtre donnait sur la cour. J'ai éteint la lampe et, par la porte entrebâillée, je me suis glissé dans la pièce côté rue. Un lit assez large, et une bibliothèque basse le long du mur. Je n'ai pas allumé la lampe de chevet de crainte qu'un passant ne me voie à travers la vitre." (c'est moi qui souligne).

Malgré le flou cotonneux de la narration, le lecteur se sent en terrain connu et se laisse porter par l'art poétique du grand homme. Les clins d'yeux, rituels maçonniques, se multiplient : on retrouve l'agence Hutte et les ruelles romaines (Rue des Boutiques Obscures, 1978), les évocations à mi-mots de quelques affaires criminelles (le docteur Petiot et les valises de ses victimes) ou le parfum suranné des années soixante.

Et soudain, page 110, Modiano bifurque. le récit homodiégétique, confession à double voix, s'interrompt brutalement : l'auteur reprend les rênes de son récit. D'un réel spongieux on passe à une fiction manigancée à la troisième personne. Ce codicille romanesque avait été prophétisé : "Il me semble que tout était déjà écrit à l'encre sympathique." Sous les lignes lues, d'autres remontent à la conscience, celles appartenant à l'un des récits de "Des inconnues" (la nouvelle "Aux jours anciens" signée pour le magazine ELLE en 1998). Palimpseste étrange et déroutant.

L'enchantement se poursuit. Chaque opus m'évoque "le grésillement de plus en plus fort de parasites au téléphone." Il vous empêche "d'entendre une voix qui vous appelle de très loin." Une merveilleuse plongée dans une mémoire rêvée.

Oui, oui… oui… oui, oui, oui, oui, oui… oui, oui, oui…
Lien : http://lavieerrante.over-blo..
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Pat0212
  19 novembre 2019
Une fois de plus, je suis tombée sous le charme de la plume particulière de ce grand auteur. Son oeuvre forme comme une grande forêt, avec des sentiers qui nous emmènent en terrain connu et sur lesquels on se sent en sécurité. Bon je n'ai pas de talent pour les métaphores, restons-en là. J'aime beaucoup ses livres qui font vibrer une corde sensible en moi, j'ai l'impression de me fondre dans ce décor, à la fois répétitif et si subtil.

L'encre sympathique est cette encre invisible, souvent du jus de citron avec laquelle nous avons tous jouer en étant enfant. On fait apparaître le texte peu à peu en l'exposant à une flamme. C'est ici une métaphore de la mémoire, thème cher à l'auteur, notre mémoire qui n'est pas toujours fiable, qui a des trous, mais qui peut aussi se révéler surprenante.

Le narrateur, Jean, est écrivain, il a commencé sa carrière comme apprenti-détective chez Hutte, ça ne vous rappelle rien ? C'est le patron du héros de Rue des boutiques obscures. J'ai eu un immense plaisir à le retrouver et je m'attendais à une enquête tournant autour de la deuxième guerre mondiale et de l'identité juive, autres thèmes cher à Modiano. Mais non, le jeune Jean est envoyé sur les traces de Noëlle Lefebvre, une jeune femme qui a disparu de Paris quelques semaines auparavant. un client, peu recommandable selon Hutte, lui a demandé de la retrouver. Il envoie Jean enquêter dans le quinzième arrondissement avec une carte permettant de retirer le courrier en poste restante et dans un bistrot du quartier où il rencontre un comédien ami de Noëlle qui la recherche aussi. Jean ne restera que quelques mois dans l'agence de détectives, il emportera le dossier de Noëlle en souvenir et continuera sa quête durant plus de trente ans, de façon ponctuelle. Sans qu'il le sache, sa recherche le mènera dans son propre passé, avec un dénouement surprenant.

J'ai beaucoup aimé cette promenade dans un Paris oublié, dans des quartiers qui avaient un autre visage dans les années 1960 et ses bribes de souvenirs qui forment un puzzle peu à peu. Ce roman est un excellent cru et pour moi un coup de coeur, comme très souvent.
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Cyrber69
  08 octobre 2019
L'oubli, le rêve, la mélancolie, le charme discret de la bourgeoisie, le 15ème arrondissement, les patronymes hergéen, tout y est. Une douce torpeur vous prend et ne vous quitte plus, un court moment où l'esprit vaque dans les limbes du temps qui passe, qui passe et qui passe.
Du très grand Modiano, n'est pas Nobel qui veut.
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Acacia78
  07 novembre 2019
Modiano ne deçoit jamais. Un bijou de roman avec une chute comme dans les films d'autrefois. Sobre et magnifique.
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benoitr
  14 octobre 2019
Un bon cru que ce Modiano 2019.
J'avais été moins emballé par les précédents mais dans celui-ci on retrouve bien tout ce qui fait le sel des romans de Modiano avec ce côté "enquête", sur les traces de personnages croisés – ou que le narrateur pense avoir croisés dans le passé –, qui ont disparu et dont on essaie de retracer l'itinéraire par une enquête littéraire.
Ici, il s'agit d'une femme nommée Noëlle Lefebvre, à laquelle le personnage Jean Eyben semble très attaché, et dont le nom resurgit parfois au hasard de son existence. Une femme qu'il tente de retrouver depuis les années 60, quand il travaillait pour un détective privé.
Encre Sympathique propose un récit dans lequel passé et présent se mélangent et se répondent, avec pour le narrateur cette angoisse de ne pas se souvenir de certains moments clé que la mémoire tente d'effacer… On retrouve Annecy et ses envions, là où Modiano a vécu une partie de sa jeunesse et qui restent des lieux importants de quelques-uns de ses plus fameux romans.
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LivresdAvril
  26 janvier 2020
C'est à une errance dans Paris et dans le temps qu'invite Patrick Modiano dans "Encre sympathique".
L'encre sympathique c'est celle qui nous permet d'écrire notre histoire, nos souvenirs. Ils s'effacent et réapparaissent au fil du temps et des rencontres.
C'est mon premier roman de cet auteur. Un des plus abordables paraît-il. Il est facile à lire, et court. Sa réflexion sur la mémoire m'a intéressée, mais il m'a manqué un enjeu qui aurait permis d'ancrer les pérégrinations du narrateur.
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SebastienFritsch
  22 octobre 2019
Bien sûr, c'est un Modiano : une femme a disparu, et toute une époque avec elle ; un homme la cherche, sans trop y croire ni même savoir vraiment pourquoi.
Au fil des pages, des pièces s'assemblent, des lieux, des visages, des noms apparaissent, puis s'effacent : les lieux ferment, sont démolis ; les personnages s'éloignent, changent de vie ; les noms se perdent dans le temps, et les visages les suivent. Seul le narrateur semble ne pas changer : homme sans passion, sans couleur ni forme du début à la fin, il se laisse absorber par sa quête, lentement, très lentement, sur l'espace de plusieurs décennies, sans jamais rien révéler de lui-même. Mais s'il est aussi transparent, n'est-ce pas pour nous laisser plus facilement nous glisser dans sa peau ?
Si la mémoire et l'oubli sont au coeur de ce roman, la question de l'identité en est la colonne vertébrale. Qui est cette femme ? Qui sont ceux qui l'ont connue ? Qui est le narrateur ? Et qui sommes-nous donc, nous qui sommes invités à prendre sa place ?
Sommes-nous définis par notre nom ? notre activité professionnelle ? nos liens, qui nous désignent comme l'ami d'untel, le conjoint de tel autre ? Sommes-nous ce que le passé a fait de nous ? Mais qu'est-ce que le passé ? Ce que nos souvenirs nous racontent ? Ce que les souvenirs des autres ont conservé de nous ? Ces souvenirs n'ont souvent pas grand chose en commun : ce que je garde, tu le rejettes ; ce qui me marque t'effleure à peine. Où est la vérité : dans ta mémoire ? dans la mienne ?
Pour nous faire prendre conscience de ces questions, Modiano nous offre de très belles phrases sur ces thèmes de la mémoire et de l'oubli. Et il nous invite dans une ambiance, des décors, des scènes, des conversations, des attitudes que seule l'élégance de sa plume sait dessiner ; et que son évocation de l'oubli parvient à estomper à la perfection. Nous ne pouvons alors nous empêcher, une fois encore, de croire qu'il parle pour nous, qu'il parle de nous. Et les réflexions qui parcourent son roman en deviennent d'autant plus saisissantes.
Mais faut-il chercher à éclaircir toutes les interrogations qu'il soulève ? Rien n'est moins sûr. D'ailleurs n'écrit-il pas : "J'ai peur qu'une fois que vous avez toutes les réponses votre vie se referme sur vous comme un piège, dans le bruit que font les clés des cellules de prison. Ne serait-il pas préférable de laisser autour de soi des terrains vagues où l'on puisse s'échapper ?"
C'est sans doute pour cela qu'il laisse beaucoup de portes ouvertes. Des portes qui donnent sur ce que nous voudrons bien y voir. Et qui continuent de nous appeler même une fois le roman refermé. C'est cela aussi un grand roman : un roman avec lequel nous continuons à vivre après l'avoir fini.
Lien : http://sebastienfritsch.cana..
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Bouteyalamer
  19 janvier 2020
Ce livre commence par une recherche dont on ne saisit pas le sens, la quête d'un personnage qui ne prend forme qu'au tournant de la page 110, sans vrai suspens ni révélation. Cette dimension quasi policière est le prétexte de marches qui déroulent leurs méandres à très petits pas dans Paris et plus tard dans Rome.

Ce puzzle est finalement le travail de mémoire d'un auteur qui s'observe : « Je crois qu'il est préférable de laisser courir ma plume. Oui, les souvenirs viennent au fil de la plume. Il ne faut pas les forcer, mais écrire en évitant le plus possible les ratures. Et dans le flot ininterrompu des mots et des phrases, quelques détails oubliés ou que vous avez enfouis, on ne sait pourquoi, au fond de votre mémoire remonteront peu à peu à la surface. Surtout ne pas s'interrompre, mais garder l'image d'un skieur qui glisse pour l'éternité sur une piste assez raide, comme le stylo sur la page blanche. Elles viendront après, les ratures ». Dès lors le lecteur prévenu commence à relever les métaphores. le skieur dans la neige, l'encre sympathique qui apparaît par l'addition d'un révélateur, le film à la pellicule voilée, les rues dans la pénombre, un paysage effacé par la neige, le phare quand on s'éloigne du rivage, des corps intacts conservés dans un glacier, un maître chanteur dont on croit qu'il a perdu votre trace, un agenda perdu ou caché. Je suis certain qu'un thésard de lettres modernes complètera cette collection. J'en reste là, sans préméditation, avec ennui.

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LevoyagedeLola
  04 décembre 2019
Noëlle Lefebvre a disparu. Et c'est Jean Eyben qui est chargé, par la société de détectives privés dans laquelle il travaille, de la retrouver. Nous sommes dans les années soixante, Jean Eyben est tout jeune et il sait déjà qu'il ne fera pas ce métier toute sa vie. Il a quelques pistes, qui le conduisent dans le quinzième arrondissement de Paris, dans un bistrot, un dancing, un appart et la poste. C'est bien maigre, il réussit tout de même à glaner quelques noms qui ne le mèneront nulle part. Jean quittera l'agence de détective mais gardera toujours en tête le mystère de la disparition de Noëlle Lefebvre, et repartira sur ses traces de la Savoie à Rome pour écrire, trente ans après, son propre roman.  On erre, on se perd, on cherche, on aimerait bien la retrouver aussi cette Noëlle, mais dans le cas contraire, ce n'est pas très grave. On aura passer un merveilleux moment avec Modiano, son écriture exigeante mais tellement modeste.
Lien : http://www.levoyagedelola.com
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PGilly
  19 novembre 2019
Modiano fredonne toujours le même air mais jamais la même chanson. Le charme une fois encore a opéré malgré un début un peu terne. Et puis au fil des détails accumulés sur la disparue, apparaissent les détours singuliers de la mémoire. "Laisser autour de soi des terrains vagues où l'on puisse s'échapper", quitte à embellir ce qui n'a pas été ou a été enfoui. Mémoire contient émoi. L'écriture à tâtons cisèle l'art de la suspension et autorise le hasard à jouer les médiateurs. Des phrases courtes, des sentiments laissés en jachère, des pensées flottantes, on se laisse dériver sur le flux de souvenirs esquissés, le temps de revoir sa vie défiler. Temps et mémoire sont indissociables. "Ou alors, tout se fera de manière naturelle, tout deviendra lisible d'un jour à l'autre. Il suffit de laisser passer le temps."
J'ai lu ce livre en voyage à Paris. Je n'ai pas lu le temps passé, j'ai vécu au présent le temps poindre sous la plume d'un grand écrivain, si avare de mots, que les non-dits en deviennent soit limpides, soit évocateurs. J'aime le pouvoir d'évocation de Patrick Modiano.
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