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EAN : 9782253137689
180 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/06/1995)

Note moyenne : 3.76/5 (sur 41 notes)
Résumé :
Parce qu’une lettre d’un homme qu’elle a jadis aimé, Yacine, est postée de son village natal, Sultana revient en Algérie. Elle a choisi de s’exiler en France, où elle est devenue médecin.Yacine vient de mourir. Lui aussi était médecin et elle décide de le remplacer quelque temps au dispensaire. Elle rencontre bientôt Vincent, qui porte le métissage dans sa chair. Entre Vincent et Sultana naît une histoire d‘amour qui vaudra à la jeune femme haine et menaces.C’est de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Ambages
  20 décembre 2015
« A force de partir, vous vous déshabituez de vous-même, vous vous déshabitez. Vous n'êtes plus qu'un étranger partout. »
Sultana vit à Montpellier. Médecin, cette femme originaire d'Algérie vit seule, des livres entourent son lit, « des âmes d'encre encloses dans leurs rêves de papier. » Elle retourne en Algérie pour enterrer Yacine, un amour, qui était resté dans le village où elle était née et avait grandi. « Village natal, pèlerinage fatal ».
Elle eût une jeunesse emplie de douleur, sa mère et sa soeur mortes alors qu'elle avait cinq ans et son père la laissant seule face à la bêtise des gens qui la disent « maudite ». Elle sera aidée par le médecin du village, un ''roumi'' (veut dire romain et par extension chrétien) ce qui ne fera que renforcée la hargne des habitants. Il organisera son départ et lui fera poursuivre des études dans une grande ville. de ses douleurs et déracinements elle gardera des fêlures. « Partir ou rester, qu'importe. Je n'ai pour véritable communauté que celle des idées. Je n'ai jamais eu d'affection que pour les bâtards, les paumés, les tourmentés et les juifs errants comme moi. Et ceux-ci n'ont jamais eu pour patrie qu'un rêve introuvable ou tôt perdu ».
Vincent vient de recevoir une greffe de rein, un « presque rien ». Cet organe qui lui sauve la vie provient du corps d'une jeune femme algérienne, morte récemment. « Le hasard est un ange barbare. J'étais un receveur potentiel, préférentiel, sur son échiquier ». Il n'en sait pas plus, mais éprouve un besoin de communion avec cette partie de lui, ce rein qui le métisse de l'intérieur. « Nous sommes un homme et une femme, un Français et une Algérienne, une survie et une mort siamoise ».
Le voilà découvrant le ciel algérien : « il est si grand, si enveloppant » « on se croit grain de poussière dans une mousse de lumière, poussière de soleil ivre de miroitements ». Il doit comprendre ce pays et cette vie qui filtre en lui. Elle, « elle est si loin dans l'insolite et le différent, si seule dans le manque. Elle est un défi. »
Leurs chemins vont se croiser.
Pour lui : « On retombe en amour, comme en enfance, avec une mémoire et une conscience expurgées de leurs défenses devenues caduques et encombrantes. »
Pour elle : « J'en ai bu des amours et pourtant j'ai toujours perdu mes amants sur des chemins sans retours. Il ne me reste jamais qu'un désir béant, inassouvi. »
Deux visions compatibles ?
Ils feront la connaissance de Dalila, une petite fille perchée sur une dune. Un être étrange qui leur expliquera bien des choses, à mi chemin entre le Petit Prince et le Tambour.
Au travers de ces chemins, l'auteur montre l'imbécilité du racisme de part et d'autre de la Méditerranée (« En France, je ne suis ni algérienne, ni même maghrébine. Je suis une Arabe. Autant dire, rien. » et parle de l'exil, « aire de l'insaisissable, de l'indifférence réfractaire, du regard en déshérence ».
Elle pourfend « les faussaires de la foi », pointe du doigt l'attitude des hommes à l'égard des femmes, des hommes qui ne regardent pas mais qui « zyeutent » les femmes, et celle des garçons qui « agressent, faute d'avoir appris à aimer ». Elle ne décolère pas quand elle diagnostique des ''koulchites'', « pathologies féminines très répandue, symptôme des séismes et de la détresse au féminin. »
Elle décrit aussi l'erg, ses dunes qui avancent au gré du vent et le sable « tombé du soleil » qui « fait de la lumière et des étincelles » et qui peut être violent loin de l'image touristique, elle évoque « des lieux où la vie n'est jamais qu'une mort vicieuse qui se délecte et prend son temps .»
« Il n'y a de vrai que le mélange. Tout le reste n'est qu'hypocrisie ou ignorance. »
Un livre d'une justesse incroyable qui recèle mille et une nuits. J'ai apprécié la poésie de Malika Mokeddem et la profondeur des personnages.
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IreneAdler
  07 octobre 2013
Roman choral, L'interdite se déroule en Algérie. Sultana revient au pays à l'annonce de la mort de son amour de jeunesse ; elle le remplacera en tant que médecin. Cela ravivera les tensions dans son village natal autour de sa personne. Vincent est venu en Algérie pour découvrir le pays de sa donneuse de rein. Commence une amitié dans un pays qui n'est vraiment pas pour la liberté des femmes...
Un roman sous le sceau du secret puisqu'on découvre à la toute fin l'histoire de Sultana, lourd de la misogynie et des tensions religieuses de l'Algérie, où la grande liberté promise par l'indépendance s'est perdue entre les intérêts personnels, l'ingérence politique et l'extrême violence des guerres civiles.
Mais les femmes entrent en résistance contre la domination masculine, du moins dans ce coin perdu du désert. Même si cela ne suffira pas à faire rester Sultana, trop victime de la violence des hommes, de la vindicte populaire. Elle repartira cependant apaisée.
Un roman poignant, mais non larmoyant ou gnangnan, inspirée par le vécu de l'auteur, elle-même médecin et émigrée. Seuls parfois les dialogues m'ont semblé peu naturels et un peu grandiloquents par moment, mais cela n'étend pas la lecture. le portrait d'un pays qui se détruit à petit feu, où plus personne n'à la force ou l'envie de se rebeller contre les politiques iniques qui sont menées.
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Blackbooks
  01 janvier 2020
Se contenter d'être, exister, quand on est que vide et absence. Partir, revenir, se mouvoir comme le sable brûlant des ergs, être une femme, être libre quand on est algérienne, être d'ici quand on réside ailleurs, être un vent chaud quand son coeur transi son âme. Vivre quand votre retour accompagne vos rêves au cimetière, aimer alors que la mort vous ôte l'être chéri « pour le mettre dans un trou de pourriture et après, toi, tu as un trou dans ta vie ».Sultana ne sait plus. Exilée, la mort de Yacine lui offre l'espoir d'un retour, d'un refleurissement dans un village qui l'avait abominée. Elle la paria devenue médecin fuit la vie, se musse dans sa tête pour affronter ses peurs, sa mémoire, s'érigeant forteresse face aux doctes imbéciles qui régissent son village. Se contenter d'être, exister, quand la maladie vous a rendu différent. Partir sur les traces d'une greffe, rencontrer l'indicible, sentir la vie d'une donneuse par-dedans son pays. Devenir, comprendre, vivre, les questions envahissent le greffon de Vincent. Lui l'occidental, le juif, recèle en son rein un autre métissé. Chair d'exil, corps d'accueil, les races, les différences n'existent plus dans son organisme. Se contenter d'être, exister alors que « la vie, ici, ne supporte pas la gaieté, surtout chez une femme ». Dalila le côtoie au quotidien, seule sur les dunes elle attend Yacine, recluse dans ses rêves, dans l'ombre de sa soeur Samia parti étudier à Lafrance. La fillette ne veut pas connaître l'isolement féminin dans cette caste masculine, elle songe d'espace, de peut-être, « rien n'est ni un espace, ni un rêve. Rien est un mot du néant. Il enlève tout, même l'espace ». Percher sur le sémaphore de sa liberté, elle se rebelle en pensée, se forge dans l'éducation loin du conformisme ambiant. Dalila, Sultana, Vincent vont se heurter dans une Algérie en pleine mutation. Malika Mokeddem nous livre un roman chorale sur sa vie, son pays. Des êtres en exil, un pays confronté à la montée de l'islamisme, aux ruines d'un héritage ancestral et à la volonté de modernisme qui souffle. Un regard sur la condition féminine. « Je ne voudrais pas être une femme ici. Je ne voudrais pas devoir porter en permanence le poids de ces regards, leurs violences multiples, attisées par la frustration ». Ronger entre suspicion et soumission difficile de trouver sa place pour Dalila et Sultana. Ni algérienne, ni française, un problème que connaît l'auteure, elle qui déserta son pays pour la France et Montpellier. Des questions multiples sur l'exil, l'identité, le racisme, le fanatisme, s'éveillent au rythme des choeurs, aux chants du muezzin. Des êtres de rupture dans un pays mouvant, le roumi que l'on plume ou le blasphémateur qu'on allume, la femme qu'on fustige, qu'on inflige. Un roman sur l'Algérie.
« Tu as des silences suffisants, des silences de nantie. Des silences pleins de livres, de films, de pensées intelligentes, d'opulence, d'égoïsme... Nous, nos rêves affamés nous creusent. Nous nous serrons au pied des murs et nous adonnons à l'invective, seulement pour résister dans une Algérie en carême, en proie à tous les démons derrière sa barbe qui grouille de morpions ».
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lailasamburu
  03 janvier 2013
Un livre que j'ai trouvé superbe. Les sujets abordés, l'exil, le face à face avec une culture d'où on est originaire et où on ne se retrouve pas, l'extrémisme religieux islamiste en Algérie, la condition féminine et le combat quotidien des femmes pour résister aux pressions masculines… Mais par-dessus tout, le style de l'auteur est riche, en émotions, en images, en révolte aussi. UNE EXCELLENTE DECOUVERTE ET UN VRAI COUP DE COeUR.
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bb25
  03 juin 2017
Autre roman classé "Algérie" et "condition féminine"dans mes lectures de découverte du Maghreb par sa littérature : ne m'avait pas laissée indifférente car il interroge les relations humaines, l'amour et la liberté.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
AmbagesAmbages   17 décembre 2015
Pourquoi cette envie soudaine de reprendre contact ? Est-ce à cause de ma nausée du monde ? Une nausée ressortie des oublis par le désenchantement des ailleurs et des là-bas, dans le cri de la lucidité ? Toujours est-il que je me trouvais de nouveau défaite de tout. Mon détachement avait, de nouveau, gommé mes contours, piqué à ma bouche un sourire griffé, répudié mes yeux dans les lointains de la méditation.
Ou est-ce parce que la lettre de Yacine était postée d'Aïn Nekhla, mon village natal ?
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AmbagesAmbages   18 décembre 2015
Cette route, combien d'années l'ai-je parcourue, deux fois par jour ? Le matin, pour me rendre au collège. Le soir, pour rentrer à Aïn Nekhla. Vingt kilomètres séparent mon village de la ville. Vingt kilomètres de néant. Je n'ai rien oublié de ce néant non plus. La rectitude de son tracé goudronné. Son ciel torve qui calcine la poésie des sables. Ses palmiers, pauvres exclamations à jamais inassouvies. Le grimoire sans fin de ses regs. Les quintes sardoniques de ses vents. Puis le silence, poids d'une éternité consumée.
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AmbagesAmbages   20 décembre 2015
Où est-elle ? Qui est-elle maintenant ? Une petite fille morte de je ne sais quoi à Aïn Nekhla et qui erre dans sa mort ? Une passante à Paris dans l'anonymat sans frontière de l'exil ? Une femme qui marche sur une plage française en embrassant des yeux la Méditerranée, ce cœur immense qui bat entre les deux rives de sa sensibilité ?
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lailasamburulailasamburu   03 janvier 2013
Je ne voudrais pas être une femme ici. Je ne voudrais pas devoir porter en permanence le poids de ces regards, leurs violences multiples, attisées par la frustration. Pour la première fois, je réalise que l’acte le plus banal d’une femme en Algérie, se charge d’emblée de symboles et d’héroïsme tant l’animosité masculine est grande, maladive.

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luis1952luis1952   23 janvier 2013
La fillette recule lentement, regagne son perchoir sur la crête de la dune. Elle me sourit. Neuf ans, dix ans pas plus. Je me laisse tomber à quelques pas d'elle, coulée dans le sable.
Elle se retourne vers moi. Inondée de soleil, les orteils dans le sable, l'autre pied nu y traçant des arabesques d'un mouvement gracieux de la cheville qui est d'un miel sombre. Sa robe jaune flotte autour d'elle comme une aile de papillon.
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