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ISBN : 2246853753
Éditeur : Grasset (03/05/2017)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 8 notes)
Résumé :
«  Leurs journées commencent en général avant celle des autres, au milieu de la nuit. Ils saignent, découpent, dépècent et désossent. L'obsession est de suivre les cadences et de tenir. Au départ, c'est un petit boulot, et ça devient un métier. En France, 50  000 ouvriers travaillent dans les abattoirs. Ils tuent et découpent, chaque jour, trois millions d'animaux et les transforment en steaks, côtelettes ou saucisses. Pendant trois ans, je suis partie à la rencontr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Sea
  19 octobre 2017
L'envers du décor, viande froide
J'ose écrire au nom de notre peuple. Notre peuple des abattoirs ne se plaint pas.
Se plaindre, à notre époque brutale pour le monde entier, ce n'est pas décent. Nous sommes dignes, nous sommes fiers. Nous acceptons cette guerre, nous travaillons. Souvent, sous nos équipements de protection, nous sommes habillés en sportswear pour être plus à l'aise, pour être plus souple. Nous sculptons la viande. Nous nous prenons pour des artistes en jogging. A la tuerie il y fait chaud, nous sommes nues sous nos habits blancs, il fait chaud, nos bottes baignent dans le sang.
L'histoire
Olivia Mokiejewski relate plusieurs témoignages d'ouvriers d'abattoirs en France. C'est une véritable enquête sur « l'univers » abattoirs effectuée sur plusieurs mois. Olivia réussit vite à vous faire imaginer que le steak qui est dans votre assiette est au départ un boeuf, de race charolaise par exemple, pendu par les pieds qui vient d'avoir la carotide tranchée et l'estomac retiré.
Olivia « prend son courage à deux mains ». Olivia occupe un poste assez violent quelques places après le saigneur, elle entoure une des quatre pattes de la vache avec une chaîne elle-même reliée à un crochet, il y a des odeurs, il y a de la pisse, il y a beaucoup de sang. du sang au sol. Juste après Olivia, les collègues vont retirer le cuir de la vache. Il faut aller vite, c'est brusque. La tête du boeuf tout en bas rebondit sous le choc. Beaucoup de nerfs bougent sur ce tas de viande. Ce sont les nerfs du boeuf, hier il mange de la paille et du maïs, le lendemain il se trouve au milieu du couloir métallique de la mort. Il avance encore un pas, sa carotide est tranchée. Plus loin, son coeur est retiré. Son coeur est accroché à une pique, son coeur bouge encore avec des soubresauts. C'est étrange.
Un jour un chef n'est pas de bonne humeur, il est frustré une fois de plus, il a ses raisons, de mauvais résultats, les chiffres ne sont pas bons, c'est banal il est frustré. Il va à la rencontre d'un ouvrier d'origine étrangère en bouverie. La bouverie est la dernière demeure des boeufs. L'ouvrier demande au chef, une semaine de congés. le chef refuse sa demande, sans motif. le chef n'ouvre pas le dialogue il passe ses nerfs sur l'ouvrier. Il n'accordera rien en congés, point final. L'ouvrier est mal traité. L'ouvrier se fait incendié, l'ouvrier est traité comme un chien.
Il n'y a aucune reconnaissance pour le travail de l'ouvrier, à part sa paye de misère.
C'est cette condition ou la porte. La porte est grande ouverte si l'ouvrier n'est pas d'accord. L'ouvrier est sans défense. Il fait de son mieux jusqu'à ramasser les immondices, le caca, de tous ses boeufs. Les boeufs se lâchent grave avant de mourir.
L'ouvrier n'obtient pas de la part de son chef ce qu'il désire. Il réagit, il se venge sur ce qu'il y a devant lui. Il prend sa pique, qui envoie des décharges électriques, et se venge un peu sur la première vache ou le premier boeuf à sa portée. Il pique un peu plus que d'habitude pour faire avancer la file.
Les inspecteurs de la direction des services vétérinaire ne voient pas cette scène. Ces inspecteurs veillent au bien-être animal et au contrôle sanitaire des organes, ils ne peuvent être partout à la fois.
C'est dégueulasse, c'est comme ça, les animaux trinquent. La réaction de l'ouvrier est basique, typique, elle se comprend. Elle reste inadmissible.
L'ouvrier voit ces animaux tous les jours depuis plus de dix ans, pour lui ils sont comme des meubles qui bougent. Pourtant ces animaux ressentent du chagrin, comme nous, humain, hélas. Ils sont meurtris, ils sont pleins d'inflammations, hélas. La maltraitance abîme une bonne partie de leurs fessiers. Il faut qu'ils avancent, la rentabilité ne peut attendre.
L'endroit bouverie est un enfer, sale, pisseux, boueux, crotté. Les boeufs sont terrifiés. C'est normal les boeufs ne sont pas habitués à l'endroit, ils y viennent pour la première et la dernière fois. Ils se suivent vers leurs morts successives.
Un jour, sur la chaîne d'abattage, infernale, un homme s'est coupé le doigt. Il n'y a pas eu un long arrêt l'homme a été remplacé fissa. Les responsables exécutent des ordres stricts de rendement, sans pitié.
Un jour, un taureau récalcitrant s'est échappé du piège, un chasseur et allé chercher son fusil, pas d'autres morts, que lui, le jeune taureau, ouf.
Un jour, une femme reçoit dans son oeil gauche une longue projection verte et blanche gluante. Cette projection est bien crade elle sent la mort. La substance gluante puante provient d'un abcès crevé qui traîne par-là. L'abcès est caché dans un recoin de l'animal. La femme va se nettoyer plus que fissa. Grâce au ciel une douche est prévu pour ce genre d'incident elle est toute proche, la douche, le rince oeil.
Un jour, nous sommes ouvriers d'abattoirs et pensons qu'il est inquiétant de prendre du plaisir à voir un taureau dans l'arène, souffrir. le folklore, sans doute.
Un employé parle aux cochons, il leur parle comme à des enfants, « allez gamin avance, n'aie pas peur », sa voix est douce, gentille. Il les fait avancer, il est gentil, il est efficace, il est à la sortie des camions, il accueille les porcs dans leur dernière demeure. Il aime son métier, il est rentable.
Le système abattoir est dans l'impasse, l'intensif ne durera pas, cette brutalité est dure pour les bêtes, pour les hommes et les femmes. A la page 97 un ouvrier expérimenté parle sans détour, il dit à Olivia : « le système intensif va lâcher. Ce n'est plus possible de toute façon. On va repartir avec la vente locale et directe, j'en suis convaincu. Tout cela n'existera plus »
Le découragement de certains ouvriers est normal. La filière connaît les plans sociaux, comme d'autres secteurs économiques français.
L'abattage à la ferme ? Moins de souffrance pour les animaux, moins de souffrance pour les hommes et les femmes ? Au moins les animaux sont dans des endroits qu'ils connaissent.
Tout cet « univers abattoir », l'endroit où nous transformons un boeuf en entrecôte appétissante sera différent.
Le lieu industriel produit des millions de tonnes de viande chaque année, il est la firme garant de l'image de marque de la grande distribution.
Il y a aussi des idylles des « craquages amoureux » dans la fabrique. Un couple se forme dans cet univers rouge et froid. Elle choisit de travailler là-bas, à l'usine, elle se fait à ce travail inouï. Un travailleur la rencontre, il travaille avec elle, elle le cherche un peu. Il est son chef. Ils ne travaillent pas toujours ensemble. Ils hésitent, ils se voient en dehors de ce petit enfer bruyant. Ils s'embrassent pour la première fois dans un frigo entouré de toutes les carcasses. C'est beau, c'est authentique. Ils feront des enfants. J'espère, ils vivent encore, en famille, ensemble.
Il est ingénieur de formation. Un peu par hasard il accède à un travail de désosseur. Il gagne bien sa vie, il peut gagner parfois plus de 3 000 € par mois. C'est l'équivalent de son niveau de formation, il pourrait peut-être gagner encore plus en étant ingénieur ? Il aime ce travail. Ce travail abîme sa santé. C'est peu probable qu'il puisse faire ce travail, jusqu'à sa retraite.
La vérité, je vous le jure, il faut que les ouvriers portent des couches pour ne pas ralentir la production. Pour éviter la pause chiotte. La cadence, voulue par le capitalisme roi, est devenu folle. L'usine est condamnée.
C'est absurde, c'est une forme d'injustice sociale, c'est légale. le résultat est là, en France certains travailleurs venant de l'est ou du sud, ou non, acceptent un taux horaire bas pour effectuer les pires tâches dangereuses et usantes au seul profit de l'abattoir. Les travailleurs il faut qu'ils sachent se reconvertir ensuite. Il faut les aider. Il faut que l'abattoir révise sa politique ? Non ? Eternel conflit d'intérêt.
Ma relation avec cette histoire
Par envie, pour toucher au rendement avec mes mains, au plus près du rendement réel dans mes muscles, dans mes doigts, par hasard, l'endroit est proche de notre refuge, par nécessité, je pénètre dans cette industrie.
Aujourd'hui elle me fait vivre avec ma famille,
elle me transperce aussi. Et j'écris à son sujet.
Je vous présente le contexte de mon arrivé à l'abattoir. J'y suis rentré à la fin d'une d'année civile, il y a cinq ans, le taux horaire que me propose mon agence d'intérim pour ce site de production est meilleur que pour d'autres sites de production agro-alimentaire. Là il n'y a plus de hasard il y a des calculs, je choisi ce site. Il me faut un emploi plus ou moins stable ou au moins le travail à la semaine est assuré. C'est un travail assez physique comme je l'avais demandé à mon agence. Mon premier enfant, fruit de l'union sauvage, passionnée, arrive dans trois mois, ce sera une fille. L'emploi même jetable mais bien payé est bon à prendre.
Nous venons de finir la première phase de notre habitat, nous avons un toit sur la tête et de quoi manger. Je me lève à l'aurore, à l'époque je suis peu armé quand j'arrive sur les immenses parkings et que j'entends les boeufs hurler. Je suis révolté, dans ma voiture, à 4h31, il faut payer les factures.
Je n'ai aucune conviction politique, je crois en l'homme et en la femme. Je crois en la valeur travail. Je ne sais pas ce que c'est qu'un abattoir. Je plane. A l'époque j'aime déjà, écrire. Les actualités ne sont pas assez positives. Je ne me pose plus de question, j'ouvre ma portière, je m'habille, je pointe, j'enquille. le lendemain idem. Et le surlendemain pareil. le bébé, je sais que ce merveilleux cadeau de la vie arrive bientôt.
Je ne suis pas sensibilisé au mal-être ou au bien-être animal, c'est juste étrange et révoltant de les entendre hurler, les boeufs, de les imaginer, les boeufs, parqués entre ces murs à 4h37 du matin. Cet endroit, ce travail ne correspond en rien à mon cursus de formation ni à mes diplômes, je m'en fou, je fonce, je vais retrouver mes collègues de travail. J'aime les voir, j'aime les entendre rire. J'aime la pause-café et les brèves discussions que nous avons sur, les femmes, la mort, les enfants, l'actualité, les films, les livres. J'aime ce couteau dans mes mains. le lait en poudre que j'achète pour nourrir ma fille provient de la paye que je me fais avec mon activité dans cet abattoir.
J'ai envie de vomir quand je vois la saignée pour la première fois.
Je travaille dans un abattoir. Je suis un élément productif à l'intérieur d'une grande cage métallique grise située à la campagne au bord d'un grand étang. Depuis cinq ans j'enchaîne les missions, pendant sept heures je porte six épaisseurs textiles pour me protéger du froid et une épaisseur métallique pour ne pas couper mes doigts, ça le fait ! le statut d'intérimaire est précaire mais cela paye, pour les congés il faut trouver des arrangements.
Nous sommes huit dans mon équipe. Nous sommes ce peuple, dont parle si bien Olivia Mokiejewski. Nous rions souvent parce que ce sont des métiers riches en émotions et qu'il faut se réchauffer. Nous aimons notre travail, nous jouissons de l'adrénaline qu'il nous procure. Nous vivons de notre labeur c'est notre fierté. Nous le faisons pour vous, nous nous occupons de morceaux de viande pour les consommateurs. Nous travaillons aussi pour nous, pour que l'on se retrouve ensemble. Il vaut mieux y aller avec une petite musique heureuse dans la tête. Nous ne battons pas trop de scores, nous sommes stables au niveau de la productivité. C'est dur mais tenable ce n'est pas inaccessible. Maintenant je n'ai plus rien, je suis nu, je réapprends d'autres gestes, je suis de retour en tuerie !
Le travail est dur mais je n'estime pas faire un métier trop pénible. Je regarde le serveur dans d'une grande brasserie parisienne ou l'employé lambda de chez Mcdo, je me dis que je suis bien là où je suis. Je regarde le maçon, payé à la tâche parfois, il travaille au froid, ces doigts sont congelés, je me dis que je suis bien là où je suis.
Je pares et je contrôles des avants et des arrières de boeufs. Ensuite je pares l'onglet et la hampes des boeufs aussi vite que possible. Les quantités diffèrent d'un jour sur l'autre.
Eh Monsieur ! Que faite vous dans la vie ?
Je tranche des coeurs. Drôle, non ?
Quand je suis dans l'usine je n'ai aucune espèce de "sensibilité" envers les animaux, je n'ai eu à m'occuper d'animaux domestiques que très peu quand j'étais plus jeune, cela vient peut-être de là.
Voir les boeufs avant leur mort me terrorise, avant ma prise de poste en tant que vacataire, je visite ce poste, pour savoir en quoi consiste le travail de contrôleur sanitaire pour la DSV j'ai envie de vomir en voyant cette vache pendu par les pieds qui vient de mourir, giclant du sang partout sur les murs, après je m'habitue.
Nous tuons littéralement porcs, vaches, agneaux. Je suis bourreaux mais en fait j'aime quand mêmes, les vaches. Pour ce travail qui consiste à tuer, il y a des phases successives : le dégout, l'envie de fuir, l'acceptation, l'envie de produire et la quête de sens, en cinq ans ces phases ce sont à la fois suivies et parfois empilés. Mon goût pour le rendement, l'adrénaline lié à la production sont venus ensuite.
Les trois premières phases sont les mêmes que pour un deuil.
Le dégout, la colère, l'acceptation ou apaisement.
Se servir de notre colère pour être productif peut-être utile.
Je suis très conscient depuis mes débuts dans ce travail que nous courrons un risque que tous les avis sont bons à entendre, à comprendre, que nous trouverons les solutions pour satisfaire les consommateurs qu'ils soient antispécistes ou omnivores.
Il faudrait faire moins et mieux en qualité à la fois pour la ligne et notre santé, pour vivre mieux et plus longtemps et pour transmettre à nos enfants une Terre moins polluée.
L'excès de consommation carné n'est pas bon pour la santé humaine, et « l'activité abattoir » malgré tous les efforts entrepris par nos industries polluent et consomment énormément rien qu'en eau et électricité.
Je suis bien conscient des difficultés économiques que rencontre toute la filière et les défis écologiques à relever sont énormes, nous n'avons d'autre choix l'usine changera.
Il faut repenser l'abattoir. Les différents acteurs sont tous concernés, les animaux, les financiers, le législateur, les travailleurs ouvriers, les consommateurs.
Les consommateurs ont un réel pouvoir, c'est à eux de donner la direction, le bon sens.
Il y a beaucoup de joie à travailler dans ce froid qui vous saisit dès l'aube et voir les villes endormies avant d'y arriver avec l'accompagnement d'une radio ou chanson douce c'est une aventure qui créer des souvenirs.
Le peuple se lève tôt mais nous faisons la sieste.
Le sang, les veines, la graisse dur ou molle et tout se débit de viande emballée par la suite, cela représente des enjeux colossaux du coup mes doigts s'engourdissent rien que de taper sur le clavier.
Tout se transforme, l'usine aussi et nos modes de consommation, ainsi je ne sais si mes descendants mangeront des boeufs.
Pourquoi je tiens ?
Grâce à mes filles, à ma femme, à ma famille entière. Grâce aux artistes qui me plaisent, grâce à l'art, je parviens à m'extasier devant toutes sortes de création littéraire, théâtrale, musicale. Les musée existent, merci.
Grâce à ma vie de famille. Grâce à mes potes, que je voie moins qu'avant. Grâce à mon imagination qui me permet de transformer ce pied gélatineux et encore chaud en pied de verre. Je m'imagine tailleur de verre. La pratique sportive, m'aide aussi.
Personne n'exerce un métier facile, chacun essaye de faire de son mieux, il y a parfois des craquages, ce sont peut-être des passages obligés, le monde du travail est devenu assez tendu, hard, qu'il y a peu de place pour le plaisir. J'en éprouve du plaisir à travailler.
Lire ce livre me permet de me souvenir et d'éprouver encore plus de nostalgie pour un poste que j'appréciais dans un petit abattoir, loin de chez moi.
Une certitude, au rythme où vont les choses avec des consommateurs de plus en plus regardant, des comportements extrémistes, des ligues anti-viandes et autres vegan ainsi qu'une concurrence créant des souffrances, des maladies pros, un gaspillage lié au travail intensif et une surproduction inadmissible mes petits enfants ne mangeront pas ce que nous mangeons actuellement, une autre organisation est nécessaire.
Dans cette histoire c'est le consommateur final qui décide et qui définit en ce moment même de quoi nos assiettes de demain seront composées.
Il faut repenser l'abattoir avec les différents acteurs que sont, les animaux, les financiers, le législateur, les travailleurs, les consommateurs. Les choses évolueront dans le bon sens nous sommes tous concernés. Petit message à L214, il ne servira à rien de bloquer ou d'empêcher le monde de se nourrir de viande, des évolutions viendront et nous consommerons d'une autre manière.
Mon avis, à lire ?
J'ai mis cinq étoiles pour encourager Olivia à réaliser des reportages et à écrire sur notre monde. Merci Olivia, ce livre m'a permis d'être spectateur de ma vie professionnelle. J'espère n'avoir pas été trop pessimiste, je suis heureux de pouvoir témoigner, j'ai essayé d'être réaliste. Je n'accuse pas, je constate.
Vous-mêmes, venez à notre rencontre si votre coeur vous le conseil.
J'ai lu ces témoignages vite. J'aime la fiction, je vous conseille de lire une fiction ensuite pour continuer à rêver.
Mais je lirais d'autres témoignages sur le monde ouvrier.
Lisez cette compilation authentiques de témoignages si vous voulez découvrir la vérité sur la fin vie des bêtes.
Lien : http://short-edition.com/fr/..
+ Lire la suite
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Sycorax
  29 mai 2017
Je tiens à remercier Babelio et les éditions Grasset pour m'avoir permis de remporter ce livre dans le cadre de la Masse critique du mois de mai 2017.
Ce livre est le résultat d'une immersion journaliste dans le milieu des ouvriers qui travaillent dans nos abattoirs français.
Le procédé est certes classique mais à ma connaissance, on n'a encore pas trouvé de meilleure méthode pour enquêter sur un milieu socio-professionnel.
Cela m'a beaucoup rappelé le "Quai de Ouistreham" de Florence Aubenas, autre enquête journalistique de qualité sur un milieu professionnel que ni les politiques, ni les français lambda ne souhaitent regarder en face (sauf que dans le cas du livre d'Olivia Mokiejewski, l'immersion ne s'est pas faite incognito).
Il n'est pas inutile de préciser que ce livre n'est pas un pensum moralisateur anti-viande (je précise que je suis moi-même un consommateur lambda qui préfère fermer les yeux sur ce qui se passe dans les coulisses...).
Ce qui intéresse l'auteure, ce sont principalement les conditions de travail de celles et ceux qui oeuvrent parfois de longues années et souvent au détriment de leur santé, dans les usines qui fournissent la viande que l'on retrouve sur les étals de nos boucheries et supermarchés.
La condition animale n'est quant à elle pas occultée et son traitement dans le livre occupe - je dirais, une place secondaire bien qu'organiquement reliée aux conditions de travail des ouvriers.
Et l'on s'aperçoit, en 2017, qu'il s'agit d'un des secteurs industriels autour desquels gravitent encore et toujours une certaine forme de gêne, d'omertà, de tabou, de silence gêné... ce qui est à mon sens la preuve que quelque chose ne va pas concernant la façon dont nos sociétés produisent les viandes animales qui nourrissent les consommateurs.
Ce modèle industriel et économique n'a quasiment pas changé depuis l'après-guerre ; il suffit de visionner le grand documentaire français réalisé dans les années '50 par Georges Franju, "Le sang des bêtes" (longtemps interdit, longtemps invisible, que l'on peut désormais voir sur toutes les plateformes de vidéos gratuites) pour s'apercevoir des troublantes similitudes décrites à la fois dans ce livre et dans ce documentaire, alors que plus de 50 ans les séparent.
Un des mérites de ce livre est qu'il tente - sans être moralisateur et de façon très claire - de secouer nos consciences en nous apprenant ce que supposent de concessions à certaines valeurs morales et éthiques, les rythmes effrenés de productivité industrielle actuelle, qui augmentent de décennies en décennies, au détriment des animaux, des ouvriers des abattoirs et des consommateurs (les seuls à sortir gagnant dans cette histoire, étant toujours les mêmes...).
Une enquête qui ne rate pas sa cible et qui devrait être connu du plus grand nombre pour espérer que les choses changent.
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Lylith
  21 mai 2017
Tout d'abord je remercie Babelio de m'avoir sélectionnée lors de la Masse Critique du mois de mai pour ce roman.
C'est une première pour moi et je suis ravie d'avoir pu découvrir le premier livre d'Olivia Mokiejewski.
Comme indiqué sur la quatrième de couverture, Olivia Mokiejewski est une documentaliste à qui l'on doit "Une vie de cochon" et "Coca-Cola, la formule secrète" (Infrarouge, France 2).
Ce premier livre est le résultat de son immersion dans divers abattoirs français et de ses rencontres avec les ouvriers qui y travaillent.
Je précise que je ne suis pas végétarienne. Ce livre est accessible à tous.
J'avoue l'avoir entamé avec quelques aprioris. Je craignais que ce soit une dénonciation pure et simple des abattoirs afin d'inciter le lecteur/consommateur à ne plus consommer de viande.
Pas du tout. Olivia Mokiejewski (étant elle même végétarienne) partage avec nous son travail à l'abattoir et les témoignages recueillis de façon la plus objective possible, le tout complété par des chiffres et un peu d'histoire.
Elle nous livre bien évidemment son ressenti au fil des jours passés à la chaîne, ce qui pousse l'immersion encore plus loin que dans un reportage télévisé.
Ce qui m'a particulièrement plu c'est l'accent mis sur les ouvriers, dont le métier est si mal perçu et sur qui personne ne se pose de questions.
Qui sont ces hommes et femmes ? Comment en sont ils arrivés à faire ce métier ? En sont ils fiers ?
Dans quelles conditions physiques et psychologiques se trouvent ils ?
C'est avec beaucoup de plaisir que nous apprenons à connaître un peu mieux toutes ces petites mains du travail à la chaîne, avec toujours plus de rendement et de quotas comme épée de Damoclès au dessus de la tête.
Olivia Mokiejewski dé-diabolise le métier et fait ressortir tout le côté humain que l'on a tendance à oublier.
Enfin, ce n'est en aucun cas un appel à la fermeture des abattoirs mais un appel à la prise de conscience nécessaire sur les modifications qu'ils faudrait apporter. Mais quelles seraient elles ?
Olivia Mokiejewski se penche ici sur la question économique, sociale et animale.
Un récit poignant, une immersion totale, tellement prenant que je l'ai fini d'une seule traite. Ce livre m'a réellement bouleversée et nous amène à nous poser les bonnes questions.
À ne manquer sous aucun prétexte !
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lauriiie_3101
  09 juillet 2017
Il est vrai que l'on a tendance à ne voir que la souffrance animale dans les abattoirs, en oubliant trop souvent qu'il y a aussi de la souffrance humaine. Les ouvriers sacrifient leur vie et leur corps pour nous nourrir. En retour, nous les jugeons. La société les oblige à avoir honte de leur métier. Un métier qu'ils aiment pourtant. le livre d'Olivia Mokiejewski nous amène à nous poser des questions sur notre propre mode de consommation, qui est la véritable origine de cette souffrance animale et humaine.
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lemillefeuilles
  19 juin 2017
Dans ce livre, la journaliste Olivia Mokiejewski nous raconte son immersion dans un abattoir pour y travailler quelques jours en tant qu'employée (sans être incognito pour autant), et elle nous livre les récits qu'elle a recueillis durant trois ans de la part d'ouvrier.ère.s de différents abattoirs. J'y ai trouvé certaines similitudes avec le livre de Geoffrey le Guilcher, Steak machine.
Ici, Olivia Mokiejewski s'interroge sur les conditions de travail en abattoir, les difficultés (autant physiques que psychologiques), les douleurs, le regard des autres, le rapport à l'animal et au travail effectué... tout ce que les employé.e.s peuvent vivre au quotidien.
Nous l'avons vu depuis quelques années, notamment grâce aux vidéos filmées par l'association L214, la souffrance infligée aux animaux tués dans les abattoirs, et beaucoup de personnes - dont je fais partie - ont ainsi remis en cause leur alimentation. C'est extrêmement important d'être tenu.e informé.e de ce qui peut se passer dans lieux où les animaux sont abattus pour la consommation. Certes, les images sont difficiles à regarder, mais c'est encore plus difficile à vivre pour lesdits animaux...
Et humainement parlant, pour celles et ceux qui y travaillent, cela peut être une rude épreuve. L'autrice s'intéresse plus particulièrement à cet aspect-là, sans pour autant négliger la cause animale (intrinsèquement liée aux conditions de travail des ouvrier.ère.s). Elle relaie les témoignages qu'elle a pu recueillir et nous parle, sans tabous et de manière objective, de ce qu'elle a pu ressentir durant ces quelques jours de travail en abattoir.
Ainsi, le livre informe (et pas uniquement sur une base de témoignages et de ressentis, mais également avec des données chiffrées) de ce qu'inclue la consommation de produits carnés, sans pour autant se vouloir moralisateur. Je trouve particulièrement intéressant d'enfin parler d'animaux d'élevage et des employé.e.s d'abattoir, bien souvent oublié.e.s par la plupart des gens.
Cette lecture a renforcé mes convictions, et j'encourage tout le monde à le lire. Vous n'êtes peut-être pas forcément sensible à la cause animale, mais cet essai traite plutôt de l'humain.e. C'est très enrichissant, vous en sortirez probablement grandi.e.
Lien : http://anais-lemillefeuilles..
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
LylithLylith   21 mai 2017
À l'intérieur de la salle de pause, alors que je me sers un café, trois ouvriers entrent et entament avec appétit leur casse-croûte. Des sandwichs au jambon et au pâté. Ils tuent pour manger, ils mangent ce qu'ils tuent, ils prennent des forces pour tuer à nouveau. Un véritable circuit fermé.
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LylithLylith   21 mai 2017
Les addictions seraient monnaie courante chez les ouvriers. Alcool, drogue, antidouleurs, antidépresseurs, anti-craquage en tout genre au boulot et dans la vie privée. Des dopants qui permettent de dépasser ses limites. Le prix à payer pour tenir les cadences, supporter un poste difficile, ou tout simplement avoir le courage d'aller travailler.
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LylithLylith   21 mai 2017
Après quelques pas, je me retrouve face à celui qu'on appelle le tueur. Xavier, la trentaine, grand, plutôt beau mec. Un couteau dans la main droite, l'ouvrier tranche à la chaîne la gorge des animaux, comme s'il serrait des boulons. [...]
Aux yeux du public, ils ont l'image de bourreaux. Mais au sen de l'usine, ils représentent la virilité et le courage. La mort est leur métier. Pas grand monde ne se porterait volontaire pour prendre leur place.
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Video de Olivia Mokiejewski (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Olivia Mokiejewski
"Dans les abattoirs, l'homme devient une machine" .Olivia Mokiejewski, journaliste et documentaliste, vient de passer trois ans à l'intérieur d'une dizaine d'abattoirs, pour partager le quotidien de celles et ceux qui tuent chaque jour trois millions d'animaux. "Dans le peuple des abattoirs" (Grasset), elle les a rejoint "pour comprendre" et "faire leurs gestes". Rencontre.
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Paul Léautaud (1872-1956) aurait déclaré (!) « Je ne suis ni de droite, ni de gauche. Je sais fort bien ce que je suis : rien, neutre, indépendant, en marge. ». Habitué à défrayer la chronique, il suscite un débat à l'Assemblée Nationale en 1951 lorsqu'un député MRP (Ancêtre des UDR RPR UMP et autres Les Républicains) déclare « Nous avons entendu récemment pendant des semaines un critique, dont j’ai appris le nom en l’écoutant à la radio, déblatérer, traiter de tous les noms possibles ses contemporains et prétendre ne se plaire que dans la société des animaux. Je ne crois pas indispensable que de telles réflexions soient produites à la Radiodiffusion française. » Les trois tomes de son journal publiés au Mercure de France en témoignent. Fidèle à sa tradition iconoclaste, il a écrit :

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