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Jacques Morel (V) (Éditeur scientifique)Roger Planchon (Autre)
EAN : 9782253042860
156 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/09/1987)
3.38/5   302 notes
Résumé :
****************GEORGE DANDIN*****************
GEORGE DANDIN A VOULU S'ÉLEVER DANS LA SOCIÉTÉ EN ÉPOUSANT UNE JEUNE FILLE NOBLE : UN BEAU MARIAGE ?
EN FAIT, IL N'EN RETIRE QUE MÉPRIS, TRAHISONS ET MENSONGES.
BIEN PIRE, CHAQUE FOIS QU'IL TENTE DE PROUVER L'INFIDÉLITÉ D'ANGÉLIQUE, LE SORT S'OBSTINE À RETOURNER LES ÉVIDENCES CONTRE LUI ET, D'ACCUSATEUR, IL DEVIENT ACCUSÉ.
COMÉDIE AMÈRE SANS DOUTE, MAIS COMÉDIE, PUISQUE TOUT PEUT SE RÉPARER P... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (39) Voir plus Ajouter une critique
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Musardise_aka_CthulieLaMignonne
  29 décembre 2018
Ah, George Dandin ! Belle surprise que cette pièce qui m'a permis de redécouvrir cette année Molière au théâtre, dans une mise en scène de Jean-Pierre Vincent, puis à travers le texte que j'ai lu un peu plus tard. Il est certain que l'interprétation que donne Jean-Pierre Vincent de cette comédie a affecté ma lecture. Je ne verrai, je crois, jamais George Dandin autrement que comme une comédie fort sombre, ce qu'elle me semble cependant déjà être sous la plume de Molière.

Ce personnage de George Dandin, qui donne son nom à la pièce, est un riche paysan qui a cherché à s'élever dans la société par le truchement d'un mariage avec Angélique, une jeune femme - apparemment bien plus jeune que lui - issue de la noblesse. Les parents d'Angélique, M. et Mme de Sotenville (oui, Molière s'est lâché sur les noms de ses personnages) ont vu là un moyen de renflouer leur bourse. Seulement, Angélique se montre un peu trop rebelle au goût de son mari, même si elle a accepté la décision de ses parents - avait-elle seulement le choix ? - en épousant avec un homme qui ne lui plaisait pas le moins du monde. Dandin la soupçonne fort - et à raison - de flirter avec un jeune noble du voisinage, le dénommé Clitandre. le mari n'aura donc de cesse d'essayer de surprendre sa femme en train de se laisser courtiser, et la femme n'aura de cesse de contourner les pièges du mari par le biais de ruses parfois très audacieuses.

Trois actes, chacun parfaitement mené et se focalisant autour d'un piège tendu et d'une ruse lui répondant. Trois actes qui révèlent deux personnages qui, à eux deux, forment un couple sans la moindre harmonie et qui souffrent de leur mariage. Deux personnages qui se laissent également prendre tous deux au jeu des apparences sociales. Car, si George Dandin ne trouve plus guère, au moment où débute la pièce, d'agrément à l'idée de s'être élevé au rang de noble (avec le charmant titre de Monsieur de la Dandinière à la clé), il ne faut pas s'y tromper : Angélique ne s'intéresse à Clitandre que parce qu'il représente tout ce que Dandin n'est pas, parce qu'il présente bien et qu'il est bien plus riche et se place bien plus haut qu'elle dans la société. Elle ne semble même pas s'apercevoir qu'il n'est qu'un jeune fat. Quant au couple des Sotenville, ils se montrent aussi arrogants et soupçonneux avec Dandin que mielleux et naïfs avec le très noble et très riche Clitandre.

Mais le plus percutant, c'est sans doute la tirade étonnamment moderne d'Angélique, expliquant à son mari qu'on a fait d'elle un objet de troc afin de contenter les aspirations sociales de l'un, les aspirations financières des autres, sans prendre en compte son opinion (ce qui était bien entendu la coutume à l'époque, le mariage étant alors une transaction), se plaignant que personne ne s'est soucié d'elle ni de ce qu'elle pouvait ressentir. Voilà bien un discours qu'on ne s'attend pas à trouver dans un tel contexte ; car s'il est courant au XVIIème (et avant, et après) de montrer sur scène de jeunes gens se mariant par amour et se riant de vieux barbons, c'était avant tout une convention de la comédie qui venait de loin (cette comédie-ci vient d'ailleurs de chez Boccace), et ne reflétait en rien l'esprit de l'époque. Or, ici, le monologue d'Angélique semble faire écho à une situation qui, si elle est éludée en société, n'en est pas moins réelle. Claudine, la servante d'Angélique et qui forme avec elle une sorte de duo, vient d'ailleurs en appui à sa maîtresse sur ce point, lorsqu'elle dialogue avec Lubin, un domestique de Clitandre qui cherche à l'épouser. Alors, est-ce que Molière a vraiment cherché à faire entendre les femmes ? Ou à faire entendre un individu qui aspire à vivre par et pour lui-même ? Difficile de trancher. On pourrait aussi penser que ce discours n'est déclamé par Angélique que pour amadouer Dandin - ce en quoi elle ne réussit pourtant pas, alors que ses ruses, assez viles, sont toujours des succès. Toujours est-il qu'on n'a guère la possibilité de lire ou d'écouter cette tirade à présent sans que certaines résonances se fassent jour.

J'ajoute que les personnages de George Dandin, d'Angélique, et de M. et Mme de Sotenville sont tous très réussis. On serait d'ailleurs bien en peine de trouver les uns ou les autres parfaitement sympathiques. L'un veut battre sa femme et se fiche de lui plaire ou non, l'autre veut tromper et ridiculiser son mari, les autres sont stupides et se laissent berner sans sourciller. Et pourtant, malgré les caractères peu amènes des personnages et les situations comiques qui s'enchaînent, il se dégage de cette pièce une noirceur concernant le mariage et la société qui laisse tout songeur.

Challenge Théâtre 2018-2019
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5Arabella
  14 mai 2020
Petite pièce en trois acte, écrite spécialement pour une grande fête à Versailles, censée célébrer la paix d'Aix-la-Chapelle conclue avec l'Espagne, Georges Dandin est crée le 18 juillet 1668. Dans des conditions qui peuvent paraître surprenantes : les trois actes de la pièce sont intercalés dans une pastorale en musique, contant les amours de bergers et bergères, et se terminant par le triomphe de l'amour. C'était le souhait du roi, il avait demandé cette oeuvre en musique, qui devait être composée par Lully, et Molière « glisse » en quelque sorte à l'intérieur, une pièce comique de son invention. Un fort contraste entre les deux composantes du spectacle : aux amours idéalisées de la pastorale s'oppose l'histoire somme toute triviale d'un paysan ayant épousé une fille noble, au-dessus de sa condition, et qui s'en trouve puni par l'infidélité de sa femme.
Molière a peu de temps pour composer son oeuvre, il est par ailleurs en pleine composition de l'Avare, d'une toute autre ambition, Georges Dandin va donc reprendre des éléments connus et déjà utilisé ailleurs, et par d'autres (en particulier Boccace) . Georges Dandin, un paysan enrichi, a épousé Angélique de Sotenville, la fille d'un hobereau ruiné. Dès la première scène il se plaint de ce mariage « une leçon bien parlante à tous les paysans qui veulent s'élever au-dessus de leur condition ». Il se sent méprisé par sa femme et ses beaux parents, qui n'en voulaient qu'à son argent et qui lui font payer très cher l'honneur de cette alliance. Mais le pire est à venir : Georges Dandin voit sortir de chez lui Lubin, qui pas très malin, avoue au mari dont il ignore l'identité, d'être allé voir sa femme de la part d'un galant, Clitandre, et d'avoir été bien reçu. Notre pauvre paysan va se plaindre aux beaux parents, qui refusent de le croire. Clitandre et Angélique démentant vigoureusement, Clitandre se montrant menaçant, le mari n'a plus qu'à s'excuser. Dans le deuxième acte, Angélique donne sa vision des choses à son mari : mariée sans l'avoir souhaité avec lui, elle ne compte pas renoncer aux plaisir de la jeunesse à cause d'un mariage imposé. Elle tourne encore une fois Georges en ridicule devant ses parents. Au troisième acte, ce dernier pense tenir enfin sa vengeance : après un rendez-vous galant avec Clitandre, Angélique trouve porte close au logis la nuit. Ses parents sont convoqués pour constater son déshonneur. Mais elle menace de se tuer et de faire accuser son mari de sa mort : lorsque son mari ouvre la porte elle se glisse à l'intérieur et le laisse dehors. C'est encore lui qui se trouve humilié lors de la venue de la belle famille. Il annonce qu'il ne lui reste plus qu'aller se noyer.
La pièce peut nous paraître cruelle, et le sort du mari, écrasé par la morgue et le mépris de sa famille par alliance, très noir. Mais ce n'était pas ce que pensaient les spectateurs de l'époque de Molière. Robinet, dans sa gazette juge le sujet « archi-comique ». Un paysan qui aspire à dépasser sa condition mérite d'être puni, le sujet est aussi à replacer dans le débat engagé dans l'Ecole des Femmes sur la manière de traiter les filles et épouses : Georges Dandin en plus d'être un paysan, est un mari rétrograde, qui entend restreindre la liberté de son épouse et la veut soumise et obéissante. Il mérite donc d'être sanctionné à double titre. Par ailleurs, l'insertion de la pièce dans une pastorale, relativise les événements. Ainsi, à la fin de la pièce, après sa menace de se suicider, Georges Dandin se laisse entraîner dans la danse des bergers et bergères, ce qui relativise l'aspect tragique de sa situation.
La pièce sera reprise ensuite par la troupe de Molière dans son théâtre du Palais Royal, sans la pastorale, et n'aura qu'un succès modeste, attirant peu de public.
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Cer45Rt
  25 mai 2019
S'il y a une parcelle de l'oeuvre de Molière méconnue, c'est bien ces farces.
Ce qu'on cherche chez Molière, souvent, c'est plus de la réflexion, une réflexion intelligente sur nos moeurs, le fonctionnement social et la nature humaine.
Quitte à oublier certaines farces, pourtant méritoires du grand Molière !...
Et, en cela, les lecteurs se situent souvent dans le sillage d'une certaine tradition critique, la tradition critique du XVIIIème et du XIXème siècle ayant fixé les codes de ce qu'il faudrait lire et aimer chez Molière : la "grande comédie", parfois sérieuse, en cinq actes, abordant des thématiques de société avec profondeur.
Quitte à oublier ou à mépriser le grand auteur de farces, l'homme du "Médecin Volant", de "La Jalousie du Barbouillé", du "Mariage Forcé" ou de "Georges Dandin", sans doute moins profond, mais plus féroce, plus frais, plus insolent.
La fraîcheur de ces farces à l'humour parfois ravageur rappelle le théâtre d'un Aristophane ou d'un Plaute-et a le mérite que je trouve à "La Comédie au fantôme" ou à "Lysistra", de ces deux dramaturges.
On lit bien, certes, quelques farces, pas trop fraîches, pas trop drôles, mais globalement les farces-et surtout les plus fraîches, les plus drôles, les plus perfectionnées, les plus travaillées-sont sombrées dans l'oubli. Il faut dire, d'ailleurs, qu'il n'est pas certain, qu'au XXIème siècle, nous sachions tous apprécier la fraîcheur, les étonnantes qualités dramaturgiques de ces pièces-de même que, pensé-je, certains ne sauront pas apprécier de la même manière l'humour d'Aristophane et de Plaute.
Dans tous les cas, malgré la finesse et le caractère ravageur de cet humour en réalité bien fin si on y regarde de près, le rire risque de sembler gras.
Et pourtant, que ces pièces sont bien construites !... Que cet humour est drôle et ravageur !... Que la satire sociale est puissante !... Et que cette fraîcheur, qui traverse les siècles, est impressionnante !... Et, plus particulièrement, parmi les farces de Molière, que celle-ci est réussie !... Que "Georges Dandin" est bien réussi !... Ce n'est pas sans raison que cette farce, relativement méconnue de Molière, est l'une des plus connues, de ces farces méconnues. Non, ce n'est pas sans raison !...
Quelle belle pièce, quelle belle farce que ce Dandin, que cette pièce si typiquement farcesque et si belle et si subtile.
Pourtant, ce n'était pas forcément gagné ; car, on peut se le demander, comment créer une farce, qui a le mérite de l'originalité véritable, sur une thématique vue et revue : le mari trompé par sa femme.
C'est pourtant une réussite que ce "George Dandin", une réussite comme on lit rarement ; et, grâce à sa fraîcheur et grâce à son humour, et grâce à ses dialogues ( quel style que celui de Molière !... Et cet auteur a vraiment le don de faire des dialogues savoureux, hilarants, allègres, rythmés et en fait magistraux ).
De façon plus profonde, cette farce est une pièce sur les rapports entre une bourgeoisie alors peu puissante qui revendique des droits et une noblesse hautaine et méprisante vis-à-vis des classes les plus aisées du tiers-état.
Excellent à tous points de vue.
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Analire
  18 décembre 2015
George Dandin, c'est une comédie assez peu connu du grand Molière. Représentée la première fois en 1668, cette pièce répond à une commande royale du palais de Versailles, pour participer au grand divertissement de cour. le trait spécifique de cette pièce, c'est que Molière a collaboré avec le compositeur Lully : George Dandin est donc un spectacle pastoral, avec le texte de Molière ponctué de moments chantés et dansés.
Mais cette pièce de théâtre est avant tout une comédie farcesque. On y voit George Dandin, un homme de basse condition sociale mais avec beaucoup d'argent, qui s'est marié à Angélique, par le biais de ses parents, les Sotenville. Mais Angélique n'aime pas Dandin et le lui fait ressentir en le trompant sous son nez avec Clitandre. Dandin essaie tant bien que mal de faire voir la vérité aux Sotenville... sans y parvenir : tout tourne toujours à son désavantage.
Comme souvent dans les pièces de Molière, les rapports sociaux entre les personnages sont au coeur de l'intrigue. Ici, on y voit Dandin, qui est rabaissé et humilié par Angélique, peu écouté par les Sotenville, parce qu'il est de basse condition.
On y voit aussi une réflexion sur l'identité de la femme, avec Angélique, qui se veut femme autoritaire, autonome et indépendante, qui prend sa vie en main. Elle n'obéit pas à ses parents qui lui ont trouvé un mari, mais fait preuve d'infidélité et de badinage outranciers. C'est une femme à fort caractère, avec un esprit vif, qui a beaucoup de répartie, notamment lorsqu'elle se retrouve dans des situations délicates. Une réflexion sur l'identité de la femme qui se retrouve dans sa pièce L'école des femmes, où l'on se questionne également sur le mariage arrangé et ses conséquences. Dans George Dandin, Claudine, la servante d'Angélique, montre une figure féministe sans faille. Elle vient au secours de sa maîtresse et la défend corps et âme contre les hommes.
Mais la farce est le point central du livre. Comme toujours, Molière fait preuve d'un humour renversant. le personnage le plus drôle est sans hésiter Lubin, le serviteur. Dans la mise en scène de Catherine Hiegel en 1999, les caractéristiques du personnages sont renforcées. du coup, nous y voyons un paysan rustre, souvent dans le quiproquo, qui n'a pas de recul sur ses agissements, un peu bêbête et mal dégrossi. Il va dans le sens de la farce en dévoilant au mari (sans savoir que c'est la mari) qu'Angélique voit Clitandre en secret.
Dans cet univers farcesque, seul Dandin ajoute une pointe de tragique à la scène. C'est un personnage humilié et trahi, qui souffre d'une grande jalousie envers cet homme qui lui vole sa femme. C'est un être en souffrance, saisit d'un douloureux sentiment de rejet. Il est rabaissé par les Sotenville, qui manifestent un grand mépris envers ce personnage. Dans la mise en scène de Catherine Hiegel à la Comédie Française, la dimension tragique du personnage de George Dandin est accentué ; notamment quand il est sous la pluie, ou à la fin de la pièce, quand il se retrouve le visage face contre terre.
Sans être la meilleure des pièces de Molière que j'ai lu, il n'en reste pas moins que je l'ai beaucoup appréciée. On y retrouve des thèmes majeurs du théâtre de Molière : la farce et l'humour, les rapports sociaux, le mariage arrangé et l'identité des femmes. Ravie d'avoir pu lire cette courte pièce !
Lien : http://addictbooks.skyrock.c..
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Under_the_Moon
  02 juin 2019
Une farce de Molière sur un mari cocu qui en plus a eu la mauvaise idée de vouloir s'élever par le mariage avec une bourgeoise. Mais, un paysan même marié, même fortuné face à des bourgeois désargentés reste un paysan aux yeux de ces Messieurs Dames qui ont les manières et la rhétorique à-propos.
Rien de bien transcendant pour ma part, la dimension grotesque face à ce dindon de la farce qu'on se plait à tourner en bourrique ne m'a pas convaincu.
Si certains les propos de Molière sur le mariage et le mariage bourgeois (arrangé) reste d'actualité et d'une vérité indéniable, la pièce dans son ensemble ne m'aura pas marquée.

Challenge solidaire 2019
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Musardise_aka_CthulieLaMignonneMusardise_aka_CthulieLaMignonne   12 mai 2018
ANGELIQUE.— C'est une imposture si grande, et qui me touche si fort au cœur, que je ne puis
pas même avoir la force d'y répondre. Cela est bien horrible d'être accusée par un mari lorsqu'on
ne lui fait rien qui ne soit à faire. Hélas! si je suis blâmable de quelque chose, c'est d'en user trop
bien avec lui.
CLAUDINE.—Assurément.
ANGELIQUE.—Tout mon malheur est de le trop considérer; et plût au Ciel que je fusse capable
de souffrir, comme il dit, les galanteries de quelqu'un! je ne serais pas tant à plaindre. Adieu : je
me retire, et je ne puis plus endurer qu'on m'outrage de cette sorte.
MADAME DE SOTENVILLE.—Allez, vous ne méritez pas l'honnête femme qu'on vous a
donnée.
CLAUDINE.—Par ma foi! il mériterait qu'elle lui fît dire vrai; et si j'étais en sa place, je n'y
marchanderais pas. Oui, Monsieur, vous devez, pour le punir, faire l'amour à ma maîtresse.
Poussez, c'est moi qui vous le dis, ce sera fort bien employé; et je m'offre à vous y servir,
puisqu'il m'en a déjà taxée.
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Vous méritez, mon gendre, qu'on vous dise ces choses-là; et
votre procédé met tout le monde contre vous.
MADAME DE SOTENVILLE.—Allez, songez à mieux traiter une demoiselle bien née, et
prenez garde désormais à ne plus faire de pareilles bévues.
GEORGE DANDIN.— J'enrage de bon coeur d'avoir tort, lorsque j'ai raison.
CLITANDRE.—Monsieur, vous voyez comme j'ai été faussement accusé : vous êtes homme qui
savez les maximes du point d'honneur, et je vous demande raison de l'affront qui m'a été fait.
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Cela est juste, et c'est l'ordre des procédés. Allons, mon
gendre, faites satisfaction à Monsieur.
GEORGE DANDIN.— Comment satisfaction ?
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Oui, cela se doit dans les règles pour l'avoir à tort accusé.
GEORGE DANDIN.— C'est une chose, moi, dont je ne demeure pas d'accord, de l'avoir à tort
accusé, et je sais bien ce que j'en pense.
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Il n'importe. Quelque pensée qui vous puisse rester, il a nié :
c'est satisfaire les personnes, et l'on n'a nul droit de se plaindre de tout homme qui se dédit.
GEORGE DANDIN.— Si bien donc que si je le trouvais couché avec ma femme, il en serait
quitte pour se dédire ?
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Point de raisonnement. Faites-lui les excuses que je vous dis.
GEORGE DANDIN.— Moi, je lui ferai encore des excuses après... ?
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Allons, vous dis-je. Il n'y a rien à balancer, et vous n'avez
que faire d'avoir peur d'en trop faire, puisque c'est moi qui vous conduis.
GEORGE DANDIN.— Je ne saurais...
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Corbleu! mon gendre, ne m'échauffez pas la bile : je me
mettrais avec lui contre vous. Allons, laissez-vous gouverner par moi.
GEORGE DANDIN.—Ah! George Dandin!
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Votre bonnet à la main, le premier : Monsieur est
gentilhomme, et vous ne l'êtes pas.
GEORGE DANDIN.— J'enrage.
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Répétez après moi : «Monsieur.»
GEORGE DANDIN.— «Monsieur.»
MONSIEUR DE SOTENVILLE (Il voit que son gendre fait difficulté de lui obéir). —«Je vous
demande pardon.» Ah!
GEORGE DANDIN.— «Je vous demande pardon.»
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—«Des mauvaises pensées que j'ai eues de vous.»
GEORGE DANDIN.— «Des mauvaises pensées que j'ai eues de vous.»
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—«C'est que je n'avais pas l'honneur de vous connaître.»
GEORGE DANDIN.— «C'est que je n'avais pas l'honneur de vous connaître.»
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—«Et je vous prie de croire.»
GEORGE DANDIN.— «Et je vous prie de croire.»
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—«Que je suis votre serviteur.»
GEORGE DANDIN.—Voulez-vous que je sois serviteur d'un homme qui me veut faire cocu ?
MONSIEUR DE SOTENVILLE (Il le menace encore). —Ah!
CLITANDRE.— Il suffit, Monsieur.
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Non : je veux qu'il achève, et que tout aille dans les formes.
«Que je suis votre serviteur.»
GEORGE DANDIN.— «Que je suis votre serviteur.»
CLITANDRE.—Monsieur, je suis le vôtre de tout mon coeur, et je ne songe plus à ce qui s'est
passé. Pour vous, Monsieur, je vous donne le bonjour, et suis fâché du petit chagrin que vous
avez eu.
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Je vous baise les mains; et quand il vous plaira, je vous
donnerai le divertissement de courre un lièvre.
CLITANDRE.—C'est trop de grâce que vous me faites.
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Voilà, mon gendre, comme il faut pousser les choses. Adieu.
Sachez que vous êtes entré dans une famille qui vous donnera de l'appui, et ne souffrira point que l'on vous fasse aucun affront.

Acte premier, scène VI
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Musardise_aka_CthulieLaMignonneMusardise_aka_CthulieLaMignonne   07 mai 2018
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Qu'est-ce, mon gendre? Vous me paraissez tout troublé.
GEORGE DANDIN.—Aussi en ai-je du sujet, et...
MADAME DE SOTENVILLE.—Mon Dieu! notre gendre, que vous avez peu de civilité de ne pas saluer les gens quand vous les approchez!
GEORGE DANDIN.— Ma foi! ma belle-mère, c'est que j'ai d'autres choses en tête, et...
MADAME DE SOTENVILLE.—Encore! Est-il possible, notre gendre, que vous sachiez si peu votre monde, et qu'il n'y ait pas moyen de vous instruire de la manière qu'il faut vivre parmi les personnes de qualité ?
GEORGE DANDIN.— Comment ?
MADAME DE SOTENVILLE.—Ne vous déferez-vous jamais avec moi de la familiarité de ce mot de «belle-mère», et ne sauriez-vous vous accoutumer à me dire «Madame» ?
GEORGE DANDIN.— Parbleu! si vous m'appelez votre gendre, il me semble que je puis vous appeler ma belle-mère.
MADAME DE SOTENVILLE.— Il y a fort à dire, et les choses ne sont pas égales. Apprenez, s'il vous plaît, que ce n'est pas à vous à vous servir de ce mot-là avec une personne de ma condition; que tout notre gendre que vous soyez, il y a grande différence de vous à nous, et que vous devez vous connaître.
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—C'en est assez, mamour, laissons cela.
MADAME DE SOTENVILLE.—Mon Dieu! Monsieur de Sotenville, vous avez des indulgences qui n'appartiennent qu'à vous, et vous ne savez pas vous faire rendre par les gens ce qui vous est dû.
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Corbleu! pardonnez-moi, on ne peut point me faire de leçons là-dessus, et j'ai su montrer en ma vie, par vingt actions de vigueur, que je ne suis point homme à démordre jamais d'une partie de mes prétentions. Mais il suffit de lui avoir donné un petit avertissement. Sachons un peu, mon gendre, ce que vous avez dans l'esprit.
GEORGE DANDIN.— Puisqu'il faut donc parler catégoriquement, je vous dirai, Monsieur de Sotenville, que j'ai lieu de...
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Doucement, mon gendre. Apprenez qu'il n'est pas respectueux d'appeler les gens par leur nom, et qu'à ceux qui sont au-dessus de nous il faut dire «Monsieur» tout court.
GEORGE DANDIN.— Hé bien! Monsieur tout court, et non plus Monsieur de Sotenville, j'ai à vous dire que ma femme me donne...
MONSIEUR DE SOTENVILLE.—Tout beau! Apprenez aussi que vous ne devez pas dire «ma femme», quand vous parlez de notre fille.
GEORGE DANDIN.— J'enrage. Comment ? ma femme n'est pas ma femme ?
MADAME DE SOTENVILLE.—Oui, notre gendre, elle est votre femme; mais il ne vous est pas permis de l'appeler ainsi, et c'est tout ce que vous pourriez faire, si vous aviez épousé une de vos pareilles.
GEORGE DANDIN.—Ah! George Dandin, où t'es-tu fourré ?

Acte premier, Scène IV
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SZRAMOWOSZRAMOWO   20 février 2017
Georges Dandin
Acte II Scène 5
George Dandin, Lubin.

George Dandin
Voici mon homme de tantôt. Plût au Ciel qu’il pût se résoudre à vouloir rendre témoignage au père et à la mère de ce qu’ils ne veulent point croire !
Lubin
Ah ! vous voilà, Monsieur le babillard, à qui j’avais tant recommandé de ne point parler, et qui me l’aviez tant promis. Vous êtes donc un causeur, et vous allez redire ce que l’on vous dit en secret ?
George Dandin
Moi ?
Lubin
Oui. Vous avez été tout rapporter au mari, et vous êtes cause qu’il a fait du vacarme. Je suis bien aise de savoir que vous avez de la langue, et cela m’apprendra à ne vous plus rien dire.
George Dandin
Écoute, mon ami.
Lubin
Si vous n’aviez point babillé, je vous aurais conté ce qui se passe à cette heure ; mais pour votre punition vous ne saurez rien du tout.
George Dandin
Comment ? qu’est-ce qui se passe ?
Lubin
Rien, rien. Voilà ce que c’est d’avoir causé : vous n’en tâterez plus, et je vous laisse sur la bonne bouche.
George Dandin
Arrête un peu.
Lubin
Point.
George Dandin
Je ne te veux dire qu’un mot.
Lubin
Nennin, nennin. Vous avez envie de me tirer les vers du nez.
George Dandin
Non, ce n’est pas cela.
Lubin
Eh ! quelque sot. Je vous vois venir.
George Dandin
C’est autre chose. Écoute.
Lubin
Point d’affaire. Vous voudriez que je vous disse que Monsieur le Vicomte vient de donner de l’argent à Claudine, et qu’elle l’a mené chez sa maîtresse. Mais je ne suis pas si bête.
George Dandin
De grâce.
Lubin
Non.
George Dandin
Je te donnerai…
Lubin
Tarare !
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EimelleEimelle   02 août 2012
Scène I

George Dandin
Ah ! qu'une femme Demoiselle est une étrange affaire, et que mon mariage est une leçon bien parlante à tous les paysans qui veulent s'élever au−dessus de leur condition, et s'allier, comme j'ai fait, à la maison d'un gentilhomme ! La noblesse de soi est bonne, c'est une chose considérable assurément ; mais elle est accompagnée de tant de mauvaises circonstances, qu'il est très−bon de ne s'y point frotter. Je suis devenu là−dessus savant à mes dépens, et connois le style des nobles lorsqu'ils nous font, nous autres, entrer dans leur famille. L'alliance qu'ils font est petite avec nos personnes : c'est notre bien seul qu'ils épousent, et j'aurois bien mieux fait, tout riche que je suis, de m'allier en bonne et franche paysannerie, que de prendre une femme qui se tient au−dessus de moi, s'offense de porter mon nom, et pense qu'avec tout mon bien je n'ai pas assez acheté la qualité de son mari. George Dandin, George Dandin, vous avez fait une sottise la plus grande du monde.
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dadotistedadotiste   13 août 2012
ACTE II, scène 1

CLAUDINE : Oui, j'ai bien deviné qu'il fallait que cela vînt de toi, et que tu l'eusses dit à quelqu'un qui l'ait rapporté à notre maître.

LUBIN : Par ma foi ! je n'en ai touché qu'un petit mot, en passant, à un homme, afin qu'il ne dît point qu'il m'avait vu sortir ; et il faut que les gens, en ce pays-ci, soient de grands babillard !

Claudine : Vraiment, ce monsieur le vicomte a bien choisi son monde, que de te prendre pour son ambassadeur ; et il s'est allé servir là d'un homme bien chanceux.

LUBIN : Va, une autre fois je serai plus fin, et je prendrai mieux garde à moi.

CLAUDINE : Oui, oui, il sera temps !

LUBIN : Ne parlons plus de cela. Ecoute.

CLAUDINE : Que veux-tu que j'écoute ?

LUBIN : Tourne un peu ton visage devers moi.

CLAUDINE : Hé bien ! qu'est-ce ?

LUBIN : Claudine.

CLAUDINE : Quoi ?

LUBIN : Hé ! là ! ne sais-tu pas bien ce que je veux dire ?

CLAUDINE : Non

LUBIN : Morgué ! je t'aime.

CLAUDINE : Tout de bon ?

LUBIN : Oui, le diable m'emporte ! tu peux me croire, puisque j'en jure.

CLAUDINE : A la bonne heure.

LUBIN : Je me sens tout tribouiller le coeur quand je te regarde.

CLAUDINE : Je m'en réjouis

LUBIN : Comment est-ce que tu fais pour être si jolie ?

CLAUDINE : Je fais comme font les autres.

[...]
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Molière : Le Bourgeois gentilhomme (1951 - La Comédie-Française / France Culture). Diffusion sur France Culture le 22 novembre 1951. Musique de Jean-Baptiste Lully. Mise en scène de Jean Meyer. Chef d'orchestre : André Jolivet. Orchestre de la Comédie Française. Bourgeois d'origine modeste mais fier d'être devenu riche, M. Jourdain entend acquérir les manières des gens de qualité. Il décide de commander un nouvel habit plus conforme à sa nouvelle condition et se lance dans l'apprentissage des armes, de la danse, de la musique et de la philosophie, autant de choses qui lui paraissent indispensables à sa condition de gentilhomme. Il courtise Dorimène, une marquise veuve, amenée sous son toit par son amant, un comte autoritaire, qui entend bien profiter de la naïveté de M. Jourdain et de Dorimène. Sa femme et Nicole, sa servante, se moquent de lui, puis s'inquiètent de le voir aussi envieux, et tentent de le ramener à la réalité du prochain mariage de sa fille Lucile avec Cléonte. Mais ce dernier n'étant pas gentilhomme, M. Jourdain refuse cette union. Cléonte décide alors d'entrer dans le jeu des rêves de noblesse de M. Jourdain et, avec l'aide de son valet Covielle, il se fait passer pour le fils du Grand Turc. Il obtient ainsi le consentement de M. Jourdain, qui se croit parvenu à la plus haute noblesse après avoir été promu « Mamamouchi » lors d'une cérémonie turque burlesque organisée par les complices de Covielle.
00:20 : Présentation par Edmond Sée 06:20 : Début de la pièce
Interprétation : Teddy Bilis (un garçon tailleur) Béatrice Bretty (Nicole) Georges Chamarat (le maître de philosophie) Andrée de Chauveron (madame Jourdain) Bernard Demigny (chant) Maurice Escande (Dorante) Michel Galabru (le maître d'arme) Yvonne Gaudeau (Lucile) Robert Hirsch (le maître de musique) Jean-Pierre Jorris Robert Manuel (le maître tailleur) Jean Meyer (Covielle) Jean Piat (Cléonte) Marie Sabouret (Dorimène) Louis Seigner (monsieur Jourdain) Jacques Charon (le maître à danser)
Sources : France Culture et Wikipédia
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