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ISBN : 2266296523
Éditeur : Pocket (13/06/2019)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 1599 notes)
Résumé :
Comment Alceste, qui n'aime que la vérité, la sincérité, la droiture, lui qui est la rigidité faite homme, comment a-t-il pu s'éprendre de Célimène, qui représente tout ce qu'il déteste: l'hypocrisie, la légèreté, le persiflage, les apparences? Il a pourtant bien succombé aux charmes de la jeune veuve, et voudrait qu'elle ne se consacre qu'à lui, qu'elle renonce à cette mondanité qu'il hait tant. Évidemment, elle n'en a aucunement l'intention: c'est tout l'enjeu de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (77) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  17 janvier 2013
Je sais que je vais en faire rugir certains et certaines, mais je vais donner un avis sincère, honnête et qui n'engage que moi.
J'ai relu récemment cette pièce de Molière (chose qui ne nous arrive pas forcément si souvent car il nous reste le plus communément quelques vagues souvenirs du collège), auteur que j'adore à mille égards, et ai par conséquent une image très fraîche en tête.
Et donc, au risque de défendre une hérésie, je crois que cette pièce, contrairement à nombre d'autres de l'auteur, à fort mal vieilli, que les clefs d'écriture en sont assez grossières et que son comique reste à chercher.
Je sais, vous allez me parler du "message", qui n'a pas pris une ride, et patati et patata...
Franchement, entre quatre yeux, vous n'avez rien lu de plus fort, pêchu ou mieux senti, voire mieux exprimé pour évoquer ce même "message" ? Sans chercher bien loin je pourrais vous en citer une bonne brochette et d'autre calibre si vous me le demandiez.
D'ailleurs, même chez Molière, dans d'autres pièces on trouve mieux sur cette question. Je me suis donc mortellement ennuyée à la relecture. (Je n'avais plus aucun souvenir valable pour me faire une opinion, ceci n'est peut-être pas si anodin que cela, d'autres pièces, même en mes jeunes années. m'ont durablement marquée.)
Cela reste du Molière, ce n'est pas insupportable, Alceste a quelque chose auquel on aime s'accrocher, mais ça sent très fort la naphtaline, et je ne la conseillerais pas à quelqu'un désireux de découvrir notre "Magic Molière", lui qui a su faire tellement, tellement mieux dans d'autres pièces.
Qui suis-je donc pour dédaigner ainsi l'un de nos fleurons nationaux en matière de théâtre ? Je sais bien que nombreuses sont les personnes qui considèrent cette pièce comme un pur joyau, mais vous le noterez, les arguments de bas étage que j'évoque ne sont que mon misérable petit avis, mon ressenti brut, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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garrytopper9
  04 octobre 2014
Je n'ai pas ouvert un livre de Molière depuis le collège, ce qui fait presque vingt ans. Oui, je sais c'est long, mais bon, je n'ai jamais trouvé que mes chers professeurs savaient nous donner le gout de la lecture, mais ceci est un autre sujet.
J'en reviens donc au Misanthrope, que j'ai lu pour pouvoir lire un autre livre. Je voulais lire Un homme trop facile, de Eric-Emmanuel Schmitt dans lequel un acteur de théâtre va rencontrer le véritable Alceste, le personnage.
Impossible de lire ce livre sans avoir lu le misanthrope au préalable. Et me voilà donc plongé dans une pièce de Molière. Bon, je dois avouer que j'y allais un peu à reculons, mes souvenirs du collège ne m'avaient pas plus captivé.
Et là, surprise ! J'ai adoré ! Cette pièce n'a pas pris une ride et dénonce la société telle qu'elle l'était à l'époque, et surtout telle qu'elle l'est encore de nos jours. Ne pas dire ce que l'on pense des gens, paraitre aimable en toute circonstance, les sourires, les faux-semblants, l'hypocrisie. Toute l'absurdité de la société est décrite avec justesse dans cette pièce.
Célimène est le personnage que tout le monde se dispute mais qui est la personne la plus détestable de la pièce. J'ai bien aimé sa façon d'être, un vraie peste qui se moque de tout le monde et profite de la vie tout en sachant détourner les codes de la société.
Alceste est à l'opposé de Célimène. Lui, est honnête, il dit ce qu'il pense en toute circonstance et ne se rends pas compte des problèmes qu'il peut s'attirer.
La relation entre Alceste et Célimène est forcément très complexe car même si on aimerait voir les deux personnages terminer ensemble, les choses sont bien plus compliqués et que chacun des deux protagonistes campe sur ses positions.
Criante de vérité, pas vraiment très drôle et un brin moralisatrice, et surtout toujours d'actualité de nos jours. J'ai adoré de bout en bout, si bien que je pense me lancer prochainement dans d'autres pièces de Molière.
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michfred
  07 avril 2015
Rousseau détestait Molière, et singulièrement "Le Misanthrope". Cet ayatollah de jean-Jacques, si révolutionnaire par ailleurs, voulait, à cause du Misanthrope , interdire le théâtre dans sa république idéale...trouvant immoral qu'on rie d'un personnage aussi sincère et vertueux qu'Alceste, ( qui lui ressemblait tant, à lui, Rousseau..)
Alceste est malheureux, mal dans sa peau et mal dans son siècle:
trop sincère, trop d'une pièce, peu rompu aux usages d'une civilité qui frise bien souvent l'hypocrisie, et bien éloigné du type idéal de l'honnête homme tel que le concevait le siècle classique- ayant de la culture sans en faire un étendard du bon goût, courtois et mesuré dans ses propos, recherchant la compagnie des hommes sans prétendre les réformer et celle des femmes sans leur faire la morale - un pessimiste " cool" en somme...
Alceste aurait été tout à fait dans le coup deux siècles plus tard: les romantiques l'auraient adoubé sans façon, il se serait fait pote avec les deux Alfred, aurait ruminé avec l'un, soupiré avec l'autre, aurait mis son gilet rouge à la Gautier devant les rimailleurs de salon, et préféré converser gentiment confitures avec Aurore Dupin Dudevant ( plus connue sous le nom de George Sand) plutôt que d'écouter cette langue-de-pute de Célimène tailler des croupières à tous ses amis..
Ce léger décalage horaire est le drame d'une belle pièce comme "le Misanthrope". Alceste y est ridicule pour son temps et bien dans son genre , la comédie, ou pathétique, plus dans son genre et pas encore dans son temps - selon le point de vue qu'on adopte...
Le rire y est donc toujours un peu douloureux, la tristesse un peu déplacée...
Pour en comprendre toutes les subtilités il faut revoir le film "Alceste à bicyclette".
Délices du jeu de Lucchini / Wilson et échangisme virtuose des rôles d' Alceste et Philinte...
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5Arabella
  27 avril 2019
Créée en juin 1666, la pièce a connu une longue gestation. Molière aurait commencé son écriture en 1663, quelques lecture d'extraits ont eu lieu au début de 1664. Mais c'est au cours de l'été 1665 qu'il va s'employer à mettre définitivement en forme les différentes éléments de sa pièce. Entre temps, il y a eu l'interdiction du Tartuffe, qui a causée des pertes d'argent à la troupe, et a provoqué un besoin de justification pour son auteur, le besoin de démontrer que ses pièces ne sont pas immorales. Achevé à l'automne 1665, la pièce devait être créée au début de l'année 1666, mais le destin s'en mêle. La mort d'Anne d'Autriche, la mère du roi, fait fermer les théâtres. Ils peuvent reprendre leur activité fin février, mais c'est peu de temps avant la relâche obligatoire de Pâques. Molière va donc attendre jusqu'en juin pour donner sa pièce, ce qui n'est pas le meilleur moment, car la cour, et donc une partie importante du public potentiel, partait à Fontainebleau. Ce qui n'a pas empêché la pièce d'attirer de nombreux spectateurs.
L'intrigue est fort mince : Alceste aimé Célimène. Il se pique de refuser d'hypocrisie, de dire aux gens ce qu'il pense d'eux, refuse toute compromission dans les rapports humains. Elle est coquette et veut séduire tout le monde ; en plus de ne pas aimer les hommes, il est jaloux. Il veut s'expliquer avec elle, mais il est en permanence interrompu, essentiellement par les gens qui viennent la voir : ses amoureux, ses amies… D'autres femmes sont attirées par le bel ombrageux : Eliante, la cousine sensée et modeste de Célimène, Arsinoé, une « prude ». Philinte, l'ami modéré d'Alceste, essaie de le mettre en face de ses contradictions, mais « La raison n'est pas ce qui règle l'amour », et Alceste va donc essayer de réformer Célimène. Cette dernière, dans son envie de plaire à tous, a écrit des lettres où elle déclare sa flamme à ses quatre soupirants, et déchire ses autres prétendants. Elles finissent par devenir publiques, et Célimène est quittée par tous, sauf Alceste, qui lui propose le mariage, à condition de quitter le monde avec lui. Elle refuse, et il part seul.
La pièce est complexe, en partie parce qu'elle a des sources et inspirations diverses. Au départ conçue comme une sorte de prolongement de ses petites comédies de salon, La critique de l'Ecole des femmes et l'Impromptu de Versailles, il s'agissait de faire des portraits typiques du temps, de faire rire à partir du comportement des hommes en société, de leurs petits ridicules. Molière a probablement emprunté le thème de la coquette, démasquée par les quatre billets qu'elle a écrit à quatre prétendants, à Mlle de Scudéry et à son roman le Grand Cyrus, où on trouve cette situation, de même que la scène où l'amie de coquette la met en garde, de façon désintéressée et sincère. le thème de la jalousie, souvent intempestive, est un des grands sujets de Molière, le jaloux étant tourné en ridicule, selon les normes galantes de l'époque. de même le défilé des personnages indésirables qui empêchent le héros de parvenir à ses fins, c'est à dire à s'approcher de son aimée, est un thème récurrent, particulièrement développé dans Les fâcheux.
Mais l'affaire Tartuffe a aussi laissé des traces, suite à l'interdiction, Molière a proclamé que le but de la comédie était de corriger les vices des hommes, en les faisant rire. Il s'agissait donc aussi d'essayer de faire entrer la nouvelle pièce dans cette logique de la dénonciation des vices du temps.
Les personnages de la pièce de Molière ne sont pas sans évoquer la pièce de Desmarets de Saint-Sorlin : chaque personnage de pièce est obsédé par une idée fixe délirante, qui le coupe du reste du monde, fausse ses rapports aux autres. Ainsi Oronte s'imagine être un poète de talent, alors qu'il ne fait que copier de façon peu inspirée les procédés poétiques en vogue. Les deux petits marquis ont une idée exagérée de leur valeur, alors qu'ils sont falots et sans véritable personnalité. Arsinoé se donne des airs de prude et sage personne et veut qu'on la voit comme telle. Célimène s'imagine pouvoir attirer et séduire tous les hommes, leur adoration lui étant indispensable pour se sentir exister. Même Alceste, avec sa représentation négative de l'espèce humaine, qu'il fait tout pour voir confirmer (par exemple dans son procès) tourne quelque peu à la manie pathologique. Or la sociabilité était considérée à l'époque comme essentielle, l'inaptitude à vivre en société était vue comme un grave défaut pour le moins.
Mais Molière arrive, à partir d'éléments disparates et de thèmes courants à faire quelque chose de singulier, pouvant donner lieu à des interprétations et lectures multiples. Ses personnages font l'expérience de la confrontation à l'autre, qui permet de se définir, de voir apparaître ses limites, ses folies, ses fragilités. Même dans un monde dont le principe est la sociabilité, derrière la façade des relations policées se formulent des jugements impitoyables, des mises à mort symboliques. D'autant plus impitoyables que les relations de façade sont charmeuses. Alceste en quittant le jeu, signifie quelque part son échec : on ne peut exister avec l'autre dans une sincérité absolue et permanente. En même temps, que signifie dire la vérité ? Prétendre la posséder est un aussi une manifestation d'orgueil : à quel point est-t-on sûr de ne pas se tromper dans son jugement de l'autre, de ne pas partir sur une idée surestimée voire délirante de sa propre infaillibilité, de sa propre personne, comme les Visionnaires.
Tous sortent d'une certaine façon amoindris et blessés de cette expérience : les petit marquis qui ont pu lire des descriptions méchantes et justes de leurs petites personnes, Oronte qui a entendu d'amères critiques de ses vers et qui a compris que Célimène se jouait de lui, Arsinoé égratignée par Célimène et rejetée par Alceste, Célimène qui a perdu ses prétendants et dont le caractère faux et les persiflages cruels ont été mis en lumière, Alceste enfin éclairé sur son amour et voué à la solitude. Même les sages Eliante et Philinte, qui vont convoler dans un mariage raisonnable, apparaissent comme trop sages justement, sans grand risque de souffrir, mais sans grand espoir de connaître des sensations, des sentiments, des passions, qui les sortent d'eux-même, de leur douce torpeur confortable. Tout le monde est finalement renvoyé à lui-même et à sa finitude, quelle qu'elle soit.
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Luniver
  03 décembre 2013
La vérité est-elle toujours bonne à dire ? Oui, répond Alceste, profondément écoeuré par l'hypocrisie, le mensonge et le culte du paraître qui règnent chez ses contemporains et bien décidé à exposer ses idées telles quelles, sans compromission. Pas toujours, réplique Philinte, qui voit dans ces petits mensonges qui préservent l'orgueil de chacun une marque d'amitié, d'amour, ou plus prosaïquement la préservation de ses intérêts.
Question intéressante, et toujours d'actualité, mais la pièce ne me convainc pas tout à fait. D'une part, les personnages n'évoluent pas et restent campés sur leurs positions, ce qui fait qu'après le tiers de la pièce, on a l'impression de tourner en rond et d'écouter les mêmes arguments en boucle. D'autre part, l'intrigue amoureuse était sans doute nécessaire pour créer une comédie dans les règles, mais ce n'est pas à mon sens le meilleur sujet pour traiter de la question, les jeux de séduction n'étant pas du même registre que l'hypocrisie sociale.
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Citations et extraits (130) Voir plus Ajouter une citation
djdri25djdri25   01 juillet 2012
ALCESTE
Non, elle est générale, et je hais tous les hommes :
Les uns, parce qu’ils sont méchants, et malfaisants ;
Et les autres, pour être aux méchants, complaisants,
Et n’avoir pas, pour eux, ces haines vigoureuses
Que doit donner le vice aux âmes vertueuses .
De cette complaisance, on voit l’injuste excès,
Pour le franc scélérat avec qui j’ai procès ;
Au travers de son masque, on voit à plein le traître,
Partout, il est connu pour tout ce qu’il peut être ;
Et ses roulements d’yeux, et son ton radouci,
N’imposent qu’à des gens qui ne sont point d’ici.
On sait que ce pied plat, digne qu’on le confonde,
Par de sales emplois, s’est poussé dans le monde :
Et, que, par eux, son sort, de splendeur revêtu,
Fait gronder le mérite, et rougir la vertu.
Quelques titres honteux qu’en tous lieux on lui donne,
Son misérable honneur ne voit, pour lui, personne
Nommez-le fourbe, infâme, et scélérat maudit,
Tout le monde en convient, et nul n’y contredit.
Cependant, sa grimace est, partout, bienvenue :
On l’accueille, on lui rit ; partout, il s’insinue ;
Et s’il est, par la brigue, un rang à disputer,
Sur le plus honnête homme, on le voit l’emporter.
Têtebleu, ce me sont de mortelles blessures,
De voir qu’avec le vice on garde des mesures ;
Et, parfois, il me prend des mouvements soudains,
De fuir, dans un désert, l’approche des humains.

PHILINTE
Mon Dieu, des mœurs du temps, mettons-nous moins en peine,
Et faisons un peu grâce à la nature humaine ;
Ne l’examinons point dans la grande rigueur,
Et voyons ses défauts, avec quelque douceur.
Il faut, parmi le monde, une vertu traitable,
À force de sagesse on peut être blâmable,
La parfaite raison fuit toute extrémité,
Et veut que l’on soit sage avec sobriété.
Cette grande raideur des vertus des vieux âges,
Heurte trop notre siècle, et les communs usages,
Elle veut aux mortels, trop de perfection,
Il faut fléchir au temps, sans obstination ;
Et c’est une folie, à nulle autre, seconde,
De vouloir se mêler de corriger le monde.
J’observe, comme vous, cent choses, tous les jours,
Qui pourraient mieux aller, prenant un autre cours :
Mais quoi qu’à chaque pas, je puisse voir paraître,
En courroux, comme vous, on ne me voit point être ;
Je prends, tout doucement, les hommes comme ils sont,
J’accoutume mon âme à souffrir ce qu’ils font ;
Et je crois qu’à la cour, de même qu’à la ville,
Mon flegme est philosophe, autant que votre bile.
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colimassoncolimasson   07 juillet 2012
ELIANTE : L’amour, pour l’ordinaire, est peu fait à ces lois,
Et l’on voit les amants vanter toujours leur choix ;
Jamais leur passion n’y voit rien de blâmable,
Et dans l’objet aimé tout leur devient aimable ;
Ils comptent les défauts pour des perfections,
Et savent y donner de favorables noms.
La pâle est aux jasmins en blancheur comparable,
La noire à faire peur, une brune adorable ;
La maigre a de la taille et de la liberté ;
La grasse est dans son port pleine de majesté ;
La malpropre sur soi, de peu d’attraits chargée,
Est mise sous le nom de beauté négligée ;
La géante paraît une déesse aux yeux ;
La naine, un abrégé des merveilles des cieux ;
L’orgueilleuse a le cœur digne d’une couronne ;
Le fourbe a de l’esprit, la sotte est toute bonne ;
La trop grande parleuse est d’agréable humeur,
Et la muette garde une honnête pudeur.
C’est ainsi qu’un amant dont l’ardeur est extrême
Aime jusqu’aux défauts des personnes qu’il aime.
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KlasinaKlasina   02 septembre 2018
Le Misanthrope de Molière a toujours des lumières d’actualité. Molière choisit le caractère misanthrope de son personnage pour peindre le tableau de sa société. Quoi de mieux qu’un misanthrope pour dénoncer celle-ci ? C’est par Alceste qu’il va pouvoir refléter le miroir du monde.

Alceste est un misanthrope mais contradictoire. Il est épris de Célimène qui est l’antithèse de lui-même. Alceste a un sens prononcé du mérite et dénonce ceux qui « traitent du même air, l’honnête homme et le fat ». Philinte, par opposition à son ami, pense qu’on doit respecter la convenance, et refuser la franchise totale. Au-delà, une question d’ordre philosophie morale peut être posée : peut-on tout dire ?

Aussi, la question du langage et de la tromperie est esquissée dès l’acte II avec Célimène. Alceste dira : « Mais qui m’assurera que, dans le même instant / Vous n’en disiez, peut-être, aux autres tout autant ? ». C’est que le langage est une résonance dans l’air, et les paroles s’en vont, sans pour autant montrer une preuve de leur véracité. L’amour comme le langage comporte une part d’incertitude.

L’hypocrisie est le fil rouge de cette comédie. Dans l’acte III, scène 5 : la cour est critiquée ainsi que ses louanges, ses titres d’honneur. Alceste refuse de « jouer de forts sots personnages ». C’est que l’honnête homme devient peu à peu un bon acteur qui doit tenir son rôle sur la scène du monde. Alceste refuse cette culture de l’image.

Que dire du comique ? Molière voulait élever la comédie à un ordre moral. Certains s’étonneront et diront : où est le comique ? On peut rire d’une qualité, pas que d’un défaut. Alceste est un honnête homme, au sens premier du terme. Il tente de faire preuve de courtoisie, et craint de blesser ( acte I, scène 2) : « Je ne dis pas cela ». Alceste préfère la pureté du langage, sans artifice, ce qui fait écho à l’idéal classique qui cherche la nature.

Est risible chez Alceste sa raideur et son insociabilité. Son honnêteté est risible dans la mesure où elle se transforme en pratique intransigeante, rigide. A tel point qu’il va se retirer dans le désert, ce qui est une mort sociale. Ce franc parler choque, percute. Certes, il est en règle avec la morale mais pas avec la société ( voir Bergson, Le Rire, comique de caractère). Le rire est un rappel contre « le raidissement de la vie sociale ».

Rien n’a changé, en fait ( ou presque). Notre monde est aussi un théâtre : hypocrisie, jeu de rôle ( paraître), incertitude du langage et de l’amour, tels des acteurs qui jouent sur scène. Le Misanthrope de Molière est un incontournable, et son questionnement sur la nature humaine le rend plus que nécessaire. Il est aussi un glorieux souvenir du classicisme, dans la majesté des alexandrins, et la clarté du langage.
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chartelchartel   28 mai 2010
Allons, c'est trop souffrir les chagrins qu'on nous forge:
Tirons-nous de ce bois et de ce coupe-gorge.
Puisque entre humains ainsi vous vivez en vrais loups,
Traitres, vous ne m'aurez de ma vie avec vous.
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M-Morgane-AM-Morgane-A   06 octobre 2014
Alceste
Morbleu! Faut-il que je vous aime!
Ah! Que si de vos mains je rattrape mon cœur,
Je bénirai le ciel de ce rare bonheur!
Je ne le cèle pas, je fais tout mon possible,
A rompre de ce cœur l'attachement terrible;
Mais mes plus grands efforts n'ont rien fait jusqu'ici
Et c'est pour mes péchés que je vous aime ainsi.

Célimène
Il est vrai, votre ardeur est pour moi sans seconde.

Alceste
Oui, je puis là dessus défier tout le monde,
Mon amour ne se peut concevoir, et jamais,
Personne n'a, madame, aimé comme je fais.

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Vidéo de  Molière
Dans la mémoire collective, Molière est considéré comme l'un des plus brillants auteurs de théâtre. Pourtant, en 1919, Pierre Louÿs, poète et érudit, provoque un véritable scandale en affirmant que les plus grandes pièces de Molière auraient été écrites par Corneille. A sa suite, nombre d'historiens et de chercheurs ont nourri cette thèse. En effet, en 1658, Jean-Baptiste Poquelin, alias Molière, est passé par Rouen, où il a vécu à quelques mètres du grand Corneille. Retiré depuis six ans du monde du théâtre, Corneille aurait conclu un pacte avec Molière : écrire des comédies de moeurs osées que sa troupe, protégée par le Roi, pouvait mettre en scène. Au début des années 2000, un logiciel informatique analyse les textes des deux hommes de lettres : les résultats dénotent des similitudes.
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