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ISBN : 2070449939
Éditeur : Gallimard (10/01/2013)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 1574 notes)
Résumé :
Comment Alceste, qui n'aime que la vérité, la sincérité, la droiture, lui qui est la rigidité faite homme, comment a-t-il pu s'éprendre de Célimène, qui représente tout ce qu'il déteste: l'hypocrisie, la légèreté, le persiflage, les apparences? Il a pourtant bien succombé aux charmes de la jeune veuve, et voudrait qu'elle ne se consacre qu'à lui, qu'elle renonce à cette mondanité qu'il hait tant. Évidemment, elle n'en a aucunement l'intention: c'est tout l'enjeu de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (77) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  17 janvier 2013
Je sais que je vais en faire rugir certains et certaines, mais je vais donner un avis sincère, honnête et qui n'engage que moi.
J'ai relu récemment cette pièce de Molière (chose qui ne nous arrive pas forcément si souvent car il nous reste le plus communément quelques vagues souvenirs du collège), auteur que j'adore à mille égards, et ai par conséquent une image très fraîche en tête.
Et donc, au risque de défendre une hérésie, je crois que cette pièce, contrairement à nombre d'autres de l'auteur, à fort mal vieilli, que les clefs d'écriture en sont assez grossières et que son comique reste à chercher.
Je sais, vous allez me parler du "message", qui n'a pas pris une ride, et patati et patata...
Franchement, entre quatre yeux, vous n'avez rien lu de plus fort, pêchu ou mieux senti, voire mieux exprimé pour évoquer ce même "message" ? Sans chercher bien loin je pourrais vous en citer une bonne brochette et d'autre calibre si vous me le demandiez.
D'ailleurs, même chez Molière, dans d'autres pièces on trouve mieux sur cette question. Je me suis donc mortellement ennuyée à la relecture. (Je n'avais plus aucun souvenir valable pour me faire une opinion, ceci n'est peut-être pas si anodin que cela, d'autres pièces, même en mes jeunes années. m'ont durablement marquée.)
Cela reste du Molière, ce n'est pas insupportable, Alceste a quelque chose auquel on aime s'accrocher, mais ça sent très fort la naphtaline, et je ne la conseillerais pas à quelqu'un désireux de découvrir notre "Magic Molière", lui qui a su faire tellement, tellement mieux dans d'autres pièces.
Qui suis-je donc pour dédaigner ainsi l'un de nos fleurons nationaux en matière de théâtre ? Je sais bien que nombreuses sont les personnes qui considèrent cette pièce comme un pur joyau, mais vous le noterez, les arguments de bas étage que j'évoque ne sont que mon misérable petit avis, mon ressenti brut, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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garrytopper9
  04 octobre 2014
Je n'ai pas ouvert un livre de Molière depuis le collège, ce qui fait presque vingt ans. Oui, je sais c'est long, mais bon, je n'ai jamais trouvé que mes chers professeurs savaient nous donner le gout de la lecture, mais ceci est un autre sujet.
J'en reviens donc au Misanthrope, que j'ai lu pour pouvoir lire un autre livre. Je voulais lire Un homme trop facile, de Eric-Emmanuel Schmitt dans lequel un acteur de théâtre va rencontrer le véritable Alceste, le personnage.
Impossible de lire ce livre sans avoir lu le misanthrope au préalable. Et me voilà donc plongé dans une pièce de Molière. Bon, je dois avouer que j'y allais un peu à reculons, mes souvenirs du collège ne m'avaient pas plus captivé.
Et là, surprise ! J'ai adoré ! Cette pièce n'a pas pris une ride et dénonce la société telle qu'elle l'était à l'époque, et surtout telle qu'elle l'est encore de nos jours. Ne pas dire ce que l'on pense des gens, paraitre aimable en toute circonstance, les sourires, les faux-semblants, l'hypocrisie. Toute l'absurdité de la société est décrite avec justesse dans cette pièce.
Célimène est le personnage que tout le monde se dispute mais qui est la personne la plus détestable de la pièce. J'ai bien aimé sa façon d'être, un vraie peste qui se moque de tout le monde et profite de la vie tout en sachant détourner les codes de la société.
Alceste est à l'opposé de Célimène. Lui, est honnête, il dit ce qu'il pense en toute circonstance et ne se rends pas compte des problèmes qu'il peut s'attirer.
La relation entre Alceste et Célimène est forcément très complexe car même si on aimerait voir les deux personnages terminer ensemble, les choses sont bien plus compliqués et que chacun des deux protagonistes campe sur ses positions.
Criante de vérité, pas vraiment très drôle et un brin moralisatrice, et surtout toujours d'actualité de nos jours. J'ai adoré de bout en bout, si bien que je pense me lancer prochainement dans d'autres pièces de Molière.
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Nowowak
  13 août 2019
Comment échapper aux questions, à l'incrédulité, comment être sociable, comment vaincre la sinistrose quand on observe avec l'oeil de l'entomologiste le parcours de la race humaine ? La révolte ne peut que gronder dans le coeur de l'homme lucide qui comptabilise les guerres, les crimes, les génocides. Comment ne pas vouloir s'en retirer quand on se frotte aux billevesées de la société ? D'un autre côté la mise sur terre de l'individu dans sa quête du bonheur parfait le réduit souvent à une recherche futile de valorisation, de reconnaissance, d'existentialisme voire de narcissisme. Trouver que la société est injuste, que son cas personnel est injuste, que le regard des autres est injuste peuvent se mêler dans un même combat et arracher des larmes de lamentations à celui qui fatalement finira au mieux cynique au pire misanthrope.
L'art de Molière, ce génie interplanétaire, est dans la maîtrise du langage et le sublime des joutes verbales. Ôtez un pied à un alexandrin et le monde ira en boitant. Quelle tonalité, quelle musique, quelle symphonie, quelle extase ! Les mots coulent et le propos est suave pour qui ne raffole pas du genre dit humain et se réjouit des leçons d'une philosophie qui ne fasse pas dans la réserve. Lire pour soi et à haute voix une pièce de Molière n'est pas un plaisir, c'est le plaisir. La définition même du mot, le nec plus ultra littérairement parlant. Ah ces apartés qui n'appartiennent qu'à Molière et qui nous ravissent par leurs apophtegmes merveilleux ! D'ailleurs même jouée par des tocards une représentation de l'une de ses pièces ne sera jamais mauvaise car le texte se porte seul vers les nuées sans le secours de personne et le vers supplée à la médiocrité d'un jeu amateur. Dans mille ans on parlera encore de Molière. "Le Misanthrope" est l'une de ses oeuvres les plus abouties car elle est au coeur du sujet dans ce monde actuel où l'on se demande dans quel mur l'humanité va se figer.
Alceste possède un caractère droit, philosophiquement peu reprochable, d'une logique implacable et rigoureuse mais cet écorché vif, hyper sensible, ce personnage entier manque singulièrement de nuances. Il ignore la tolérance et ne supporte pas physiquement l'insupportable. le toxique est partout et il est allergique. Comment se faire aimer, comment rayonner quand l'ombre vous cache le ciel quand la nuit vous attire plus que le jour ? Pessimiste psychorigide et asocial, sa franchise s'affranchit des convenances et hurle avec violence son manque d'indulgence. Ce déprimé déprimant ne voit partout «qu'imposture, intérêt, trahison, fourberie». le pessimisme face au futur n'est pas chez lui un argument pour se satisfaire de l'optimisme dans le présent. Les grandes douleurs sont muettes mais Alceste s'est libéré de tous les carcans et ne nous fait pas grâce des aspérités sonores de ses frustrations. 
Alceste semble avoir étudié en autodidacte vertueux les intempérances de l'insociabilité et mène de front ses besoins de viduité et de vacuité. Il n'épargne personne et ne craint pas de clamer haut et fort qu'il hait tous les hommes. En mode volets métalliques pour bunker anti-cons, il est sans cesse en alerte rouge. Il rêve d'habiter une planète avec dix habitants ! Sa confrontation caricaturale avec son ami l'accommodant Philinte, le gentil Philinte, celui qui n'est l'ennemi de personne, qui déteste la médisance et craint les excès de l'ego, raffole des vertus de la justice, qui ferait le meilleur des diplomates et le plus habile des juges, offre au spectateur éperdu un contraste saisissant et de mémoire des siècles un numéro de duettiste jubilatoire gravé dans le marbre des chefs d'oeuvre. Molière ridiculise la vanité, condamne la bienveillance aveugle et prouve que l'homme le plus vertueux n'est pas exempt de petites faiblesses. 

Lien : https://pasplushautquelebord..
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michfred
  07 avril 2015
Rousseau détestait Molière, et singulièrement "Le Misanthrope". Cet ayatollah de jean-Jacques, si révolutionnaire par ailleurs, voulait, à cause du Misanthrope , interdire le théâtre dans sa république idéale...trouvant immoral qu'on rie d'un personnage aussi sincère et vertueux qu'Alceste, ( qui lui ressemblait tant, à lui, Rousseau..)
Alceste est malheureux, mal dans sa peau et mal dans son siècle:
trop sincère, trop d'une pièce, peu rompu aux usages d'une civilité qui frise bien souvent l'hypocrisie, et bien éloigné du type idéal de l'honnête homme tel que le concevait le siècle classique- ayant de la culture sans en faire un étendard du bon goût, courtois et mesuré dans ses propos, recherchant la compagnie des hommes sans prétendre les réformer et celle des femmes sans leur faire la morale - un pessimiste " cool" en somme...
Alceste aurait été tout à fait dans le coup deux siècles plus tard: les romantiques l'auraient adoubé sans façon, il se serait fait pote avec les deux Alfred, aurait ruminé avec l'un, soupiré avec l'autre, aurait mis son gilet rouge à la Gautier devant les rimailleurs de salon, et préféré converser gentiment confitures avec Aurore Dupin Dudevant ( plus connue sous le nom de George Sand) plutôt que d'écouter cette langue-de-pute de Célimène tailler des croupières à tous ses amis..
Ce léger décalage horaire est le drame d'une belle pièce comme "le Misanthrope". Alceste y est ridicule pour son temps et bien dans son genre , la comédie, ou pathétique, plus dans son genre et pas encore dans son temps - selon le point de vue qu'on adopte...
Le rire y est donc toujours un peu douloureux, la tristesse un peu déplacée...
Pour en comprendre toutes les subtilités il faut revoir le film "Alceste à bicyclette".
Délices du jeu de Lucchini / Wilson et échangisme virtuose des rôles d' Alceste et Philinte...
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5Arabella
  27 avril 2019
Créée en juin 1666, la pièce a connu une longue gestation. Molière aurait commencé son écriture en 1663, quelques lecture d'extraits ont eu lieu au début de 1664. Mais c'est au cours de l'été 1665 qu'il va s'employer à mettre définitivement en forme les différentes éléments de sa pièce. Entre temps, il y a eu l'interdiction du Tartuffe, qui a causée des pertes d'argent à la troupe, et a provoqué un besoin de justification pour son auteur, le besoin de démontrer que ses pièces ne sont pas immorales. Achevé à l'automne 1665, la pièce devait être créée au début de l'année 1666, mais le destin s'en mêle. La mort d'Anne d'Autriche, la mère du roi, fait fermer les théâtres. Ils peuvent reprendre leur activité fin février, mais c'est peu de temps avant la relâche obligatoire de Pâques. Molière va donc attendre jusqu'en juin pour donner sa pièce, ce qui n'est pas le meilleur moment, car la cour, et donc une partie importante du public potentiel, partait à Fontainebleau. Ce qui n'a pas empêché la pièce d'attirer de nombreux spectateurs.
L'intrigue est fort mince : Alceste aimé Célimène. Il se pique de refuser d'hypocrisie, de dire aux gens ce qu'il pense d'eux, refuse toute compromission dans les rapports humains. Elle est coquette et veut séduire tout le monde ; en plus de ne pas aimer les hommes, il est jaloux. Il veut s'expliquer avec elle, mais il est en permanence interrompu, essentiellement par les gens qui viennent la voir : ses amoureux, ses amies… D'autres femmes sont attirées par le bel ombrageux : Eliante, la cousine sensée et modeste de Célimène, Arsinoé, une « prude ». Philinte, l'ami modéré d'Alceste, essaie de le mettre en face de ses contradictions, mais « La raison n'est pas ce qui règle l'amour », et Alceste va donc essayer de réformer Célimène. Cette dernière, dans son envie de plaire à tous, a écrit des lettres où elle déclare sa flamme à ses quatre soupirants, et déchire ses autres prétendants. Elles finissent par devenir publiques, et Célimène est quittée par tous, sauf Alceste, qui lui propose le mariage, à condition de quitter le monde avec lui. Elle refuse, et il part seul.
La pièce est complexe, en partie parce qu'elle a des sources et inspirations diverses. Au départ conçue comme une sorte de prolongement de ses petites comédies de salon, La critique de l'Ecole des femmes et l'Impromptu de Versailles, il s'agissait de faire des portraits typiques du temps, de faire rire à partir du comportement des hommes en société, de leurs petits ridicules. Molière a probablement emprunté le thème de la coquette, démasquée par les quatre billets qu'elle a écrit à quatre prétendants, à Mlle de Scudéry et à son roman le Grand Cyrus, où on trouve cette situation, de même que la scène où l'amie de coquette la met en garde, de façon désintéressée et sincère. le thème de la jalousie, souvent intempestive, est un des grands sujets de Molière, le jaloux étant tourné en ridicule, selon les normes galantes de l'époque. de même le défilé des personnages indésirables qui empêchent le héros de parvenir à ses fins, c'est à dire à s'approcher de son aimée, est un thème récurrent, particulièrement développé dans Les fâcheux.
Mais l'affaire Tartuffe a aussi laissé des traces, suite à l'interdiction, Molière a proclamé que le but de la comédie était de corriger les vices des hommes, en les faisant rire. Il s'agissait donc aussi d'essayer de faire entrer la nouvelle pièce dans cette logique de la dénonciation des vices du temps.
Les personnages de la pièce de Molière ne sont pas sans évoquer la pièce de Desmarets de Saint-Sorlin : chaque personnage de pièce est obsédé par une idée fixe délirante, qui le coupe du reste du monde, fausse ses rapports aux autres. Ainsi Oronte s'imagine être un poète de talent, alors qu'il ne fait que copier de façon peu inspirée les procédés poétiques en vogue. Les deux petits marquis ont une idée exagérée de leur valeur, alors qu'ils sont falots et sans véritable personnalité. Arsinoé se donne des airs de prude et sage personne et veut qu'on la voit comme telle. Célimène s'imagine pouvoir attirer et séduire tous les hommes, leur adoration lui étant indispensable pour se sentir exister. Même Alceste, avec sa représentation négative de l'espèce humaine, qu'il fait tout pour voir confirmer (par exemple dans son procès) tourne quelque peu à la manie pathologique. Or la sociabilité était considérée à l'époque comme essentielle, l'inaptitude à vivre en société était vue comme un grave défaut pour le moins.
Mais Molière arrive, à partir d'éléments disparates et de thèmes courants à faire quelque chose de singulier, pouvant donner lieu à des interprétations et lectures multiples. Ses personnages font l'expérience de la confrontation à l'autre, qui permet de se définir, de voir apparaître ses limites, ses folies, ses fragilités. Même dans un monde dont le principe est la sociabilité, derrière la façade des relations policées se formulent des jugements impitoyables, des mises à mort symboliques. D'autant plus impitoyables que les relations de façade sont charmeuses. Alceste en quittant le jeu, signifie quelque part son échec : on ne peut exister avec l'autre dans une sincérité absolue et permanente. En même temps, que signifie dire la vérité ? Prétendre la posséder est un aussi une manifestation d'orgueil : à quel point est-t-on sûr de ne pas se tromper dans son jugement de l'autre, de ne pas partir sur une idée surestimée voire délirante de sa propre infaillibilité, de sa propre personne, comme les Visionnaires.
Tous sortent d'une certaine façon amoindris et blessés de cette expérience : les petit marquis qui ont pu lire des descriptions méchantes et justes de leurs petites personnes, Oronte qui a entendu d'amères critiques de ses vers et qui a compris que Célimène se jouait de lui, Arsinoé égratignée par Célimène et rejetée par Alceste, Célimène qui a perdu ses prétendants et dont le caractère faux et les persiflages cruels ont été mis en lumière, Alceste enfin éclairé sur son amour et voué à la solitude. Même les sages Eliante et Philinte, qui vont convoler dans un mariage raisonnable, apparaissent comme trop sages justement, sans grand risque de souffrir, mais sans grand espoir de connaître des sensations, des sentiments, des passions, qui les sortent d'eux-même, de leur douce torpeur confortable. Tout le monde est finalement renvoyé à lui-même et à sa finitude, quelle qu'elle soit.
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Citations et extraits (129) Voir plus Ajouter une citation
pierrelionelpierrelionel   14 août 2019
Oronte. - Je ne veux qu'un seul pour finir nos débats.
Alceste. - Et moi, je vous entends si vous ne parlez pas.
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pierrelionelpierrelionel   14 août 2019
Et, quoique avec ardeur je veuille vous haïr,
Trouvé-je un cœur en moi tout prêt à m’obéir ?
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Cricri08Cricri08   08 août 2019
Et leur conclusion fut que vous feriez bien
De prendre moins de soins des actions des autres
Et vous mettre un peu plus en peine des vôtres ;
Qu’on doit se regarder soi-même un fort long temps
Avant de songer à condamner les gens
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djdri25djdri25   01 juillet 2012
ALCESTE
Non, elle est générale, et je hais tous les hommes :
Les uns, parce qu’ils sont méchants, et malfaisants ;
Et les autres, pour être aux méchants, complaisants,
Et n’avoir pas, pour eux, ces haines vigoureuses
Que doit donner le vice aux âmes vertueuses .
De cette complaisance, on voit l’injuste excès,
Pour le franc scélérat avec qui j’ai procès ;
Au travers de son masque, on voit à plein le traître,
Partout, il est connu pour tout ce qu’il peut être ;
Et ses roulements d’yeux, et son ton radouci,
N’imposent qu’à des gens qui ne sont point d’ici.
On sait que ce pied plat, digne qu’on le confonde,
Par de sales emplois, s’est poussé dans le monde :
Et, que, par eux, son sort, de splendeur revêtu,
Fait gronder le mérite, et rougir la vertu.
Quelques titres honteux qu’en tous lieux on lui donne,
Son misérable honneur ne voit, pour lui, personne
Nommez-le fourbe, infâme, et scélérat maudit,
Tout le monde en convient, et nul n’y contredit.
Cependant, sa grimace est, partout, bienvenue :
On l’accueille, on lui rit ; partout, il s’insinue ;
Et s’il est, par la brigue, un rang à disputer,
Sur le plus honnête homme, on le voit l’emporter.
Têtebleu, ce me sont de mortelles blessures,
De voir qu’avec le vice on garde des mesures ;
Et, parfois, il me prend des mouvements soudains,
De fuir, dans un désert, l’approche des humains.

PHILINTE
Mon Dieu, des mœurs du temps, mettons-nous moins en peine,
Et faisons un peu grâce à la nature humaine ;
Ne l’examinons point dans la grande rigueur,
Et voyons ses défauts, avec quelque douceur.
Il faut, parmi le monde, une vertu traitable,
À force de sagesse on peut être blâmable,
La parfaite raison fuit toute extrémité,
Et veut que l’on soit sage avec sobriété.
Cette grande raideur des vertus des vieux âges,
Heurte trop notre siècle, et les communs usages,
Elle veut aux mortels, trop de perfection,
Il faut fléchir au temps, sans obstination ;
Et c’est une folie, à nulle autre, seconde,
De vouloir se mêler de corriger le monde.
J’observe, comme vous, cent choses, tous les jours,
Qui pourraient mieux aller, prenant un autre cours :
Mais quoi qu’à chaque pas, je puisse voir paraître,
En courroux, comme vous, on ne me voit point être ;
Je prends, tout doucement, les hommes comme ils sont,
J’accoutume mon âme à souffrir ce qu’ils font ;
Et je crois qu’à la cour, de même qu’à la ville,
Mon flegme est philosophe, autant que votre bile.
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colimassoncolimasson   07 juillet 2012
ELIANTE : L’amour, pour l’ordinaire, est peu fait à ces lois,
Et l’on voit les amants vanter toujours leur choix ;
Jamais leur passion n’y voit rien de blâmable,
Et dans l’objet aimé tout leur devient aimable ;
Ils comptent les défauts pour des perfections,
Et savent y donner de favorables noms.
La pâle est aux jasmins en blancheur comparable,
La noire à faire peur, une brune adorable ;
La maigre a de la taille et de la liberté ;
La grasse est dans son port pleine de majesté ;
La malpropre sur soi, de peu d’attraits chargée,
Est mise sous le nom de beauté négligée ;
La géante paraît une déesse aux yeux ;
La naine, un abrégé des merveilles des cieux ;
L’orgueilleuse a le cœur digne d’une couronne ;
Le fourbe a de l’esprit, la sotte est toute bonne ;
La trop grande parleuse est d’agréable humeur,
Et la muette garde une honnête pudeur.
C’est ainsi qu’un amant dont l’ardeur est extrême
Aime jusqu’aux défauts des personnes qu’il aime.
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Videos de Molière (38) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Molière
Interprétation du Misanthrope par la Comédie française pour l'ORTF en 1958
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