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Jean Serroy (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070428038
160 pages
Gallimard (03/02/2005)
3.52/5   41 notes
Résumé :

Importuns, raseurs, enquiquineurs, casse-pieds, ou, pour le dire plus net, emmerdeurs : quel que soit le vocable, la réalité est la même. Les fâcheux sont une engeance aussi ancienne que la nature humaine. Et Molière ne s'y trompe pas : cherchant au débotté un sujet pour faire rire, il choisit ces empêcheurs de vivre tranquille qui se mettent toujours à la traverse, en allant chercher ses modèles dans la C... >Voir plus
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Première comédie-ballet de Molière, créée lors des fameuses fêtes de Vaux le Vicomte offertes pour son plus grand malheur par Fouquet au Roi, le 17 aout 1661. C'est un travail de commande pour lequel Molière a disposé de peu de temps « Jamais entreprise au théâtre ne fut si précipitée que celle-ci...Et c'est une chose, je crois, toute nouvelle qu'une comédie ait été conçue, faite, apprise et représentée en quinze jours. » (préface de l'auteur).
A la fin de la représentation Louis XIV suggèrera le personnage de Dorante, importun féru de chasse inspiré d'un personnage réel. Par reconnaissance (authentique ou simulée), Molière l'intégrera disant que c'est le meilleur des portraits de cette pièce.
Voici donc une galerie de fâcheux, qui tous veulent entretenir le pauvre Éraste de leurs préoccupations et imposer leur présence, alors que celui-ci ne songe qu'à rejoindre son amoureuse Orphise.
Ce dut être une belle performance pour Molière jouant, semble-t-il les sept fâcheux.
Les trois actes sont encadrés par des ballets dont la musique est de Beauchamp et Lully.

J'ai été étonnée de retrouver encore toute une tirade que je connaissais (celle qui décrit le fâcheux de théâtre à la première scène de l'acte 1), alors que je n'avais pas encore lu cette pièce. Souvenir (pourtant fort lointain) du collège ? Ou d'un florilège de la littérature du Grand Siècle lu quelques années après la fin de mes études ? En tout cas Molière est toujours bien présent dans la culture, si on la comprend comme ce qui reste lorsqu'on a tout oublié.

Le sujet là encore n'est pas original, d'autres pièces en on traité. Plus tard la Bruyère y consacrera l'un de ses caractères. Plus récemment le cinéma en a également mis en scène. Et bien d'autres références existent sûrement tant le sujet est inépuisable.
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L'oeuvre de Molière n'est au final pas si connue et explorée qu'elle pourrait sembler l'être. Il est certes l'auteur classique le plus jouée actuellement, tout au moins en France, mais ce sont toujours les mêmes pièces : Dom Juan, l'Avare, Les fourberies de Scapin, le Misanthrope, l'Ecole des femmes, le malade imaginaire… Pendant ce temps, tout un pan de son oeuvre reste méconnu, comme ces Fâcheux, qui ont pourtant contribué à asseoir sa réputation et qui ont joui d'un grand succès à l'époque.

Il s'agit d'une pièce écrite sur commande, faite par Fouquet, le surintendant des finances de Louis XIV, à l'occasion des grandes fêtes données en l'honneur du roi, en août 1661 au château de Vaux-le-Vicomte. Fêtes qui précipiteront, comme on le sait, la disgrâce du puissant ministre. La commande est très précise : il s'agit d'écrire une pièce qui pourra introduire des entrées de ballets. La cour était en effet très férue des ballets, mais comme ils étaient en général exécutés par les nobles de la cour, dont le roi lui-même, il existait encore peu de danseurs professionnels. Donc pour étoffer un spectacle qui sans cela aurait pu paraître un peu mesquin, il est convenu d'entourer ces ballets d'une pièce. C'était une pratique courante dans les ballets de cour : un poète inventait un thème qui permettait de relier entre elles des « entrées de ballet » conçues séparément. Mais Molière va donner une ampleur inédite à la partie qui lui revient et en faire une oeuvre à part entière. C'est d'autant plus remarquable, qu'il a très peu de temps pour le faire : moins d'un mois entre la commande et la représentation.

Molière utilise une thématique à la mode : celle de personnages incommodes, qui viennent au mauvais moment, avec des discours et des comportements inappropriés, une sorte de revue d'importuns. La dénonciation amusée du fâcheux correspondait parfaitement à la culture des milieux galants, qui moquaient les personnages qui ne possédaient pas les codes, qui tentaient de se faire une place, en étant à côté de ce que le beau monde avait édicté comme règles. Scarron venait d'ailleurs de faire publier une Epître chagrine, dans laquelle il passait en revue une cinquantaine de types de fâcheux. Molière va insérer ce défilé de personnages dans une intrigue de comédie très classique à l'italienne, basique pourrait-on dire : un jeune homme aime une jeune fille, mais le tuteur de cette dernière est opposé à leur union, et toute une série d'importuns les empêchent de se rencontrer, le tuteur étant au final le fâcheux en chef. Cette intrigue très simple, permet des variations à l'infini, et donne un côté très naturel aux entrées de ballet.

Les fâcheux qui perturbent les rencontres entre le jeune homme, Eraste et Orphise, sa bien-aimée, ont des modèles littéraires (Horace, Cervantès…) mais sont avant tout des personnages de leur temps, qui évoquent le goût de la danse, du jeu, de la chasse, de la conversation, les placets... Cela crée un effet de connivence avec le public, qui reconnaît sur la scène un certain nombre de pratiques et d'usages, ce qui donne une sensation de familiarité perçue comme un effet de vérité. Molière s'affirme ainsi comme l'inventeur du rire vraisemblable, donnant aux spectateurs à voir des personnages qui semblent sortis de la vie de tous les jours. Certains ont d'ailleurs cru reconnaître (ou se sont reconnu) dans certains des personnages.

La pièce a eu un grand succès, et Molière n'a eu le temps de la reprendre qu'une fois à Paris, avant de partir à la cour à Fontainebleau, car le roi souhait revoir la pièce. Il aurait d'ailleurs fait ajouter à Molière le personnage du chasseur. La pièce sera reprise par la suite à Paris. Elle a permis d'asseoir la réputation d'acteur comique de Molière : il y a interprété tout seul tous les rôles des fâcheux. La pièce sera publiée en 1662, et dédicacée au roi, Fouquet ayant entre temps été arrêté.

La pièce a sans doute un peu vieilli, et certains codes culturels ne sont plus forcément très parlant pour le lecteur d'aujourd'hui. Mais elle garde une vraie charge comique, et peut permettre à des acteurs de briller dans des personnages extravagants.
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Eraste aime Orphise, étroitement surveillée par son tuteur, Damis. Leurs rares rencontres au détour d'une promenade sont systématiquement contrariées par une foule de gêneurs, ravis de trouver quelqu'un qui écoutera leurs malheurs, leur génie, leurs aventures ou leurs doléances. le comble, c'est qu'ils entament tous la conversation en se plaignant des raseurs qu'ils ont rencontré sur le chemin.

Des ballets ont été inséré dans la pièce, ce qui en fait une des premières comédies musicales.
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Je connaissais l'existence de cette pièce par le Vicomte de Bragelonne d'Alexandre Dumas, où plusieurs chapitres sont consacrés aux fêtes données à Louis XIV par le surintendant Fouquet, des fêtes que ses amis artistes ont préparé les divertissements. Un chapitre montre d'ailleurs Pelisson et La Fontaine aider Molière à finir le prologue des Fâcheux.
C'est donc une pièce de cour, dédiée au Roi - le prologue est justement une dédicace flatteuse et courtisane débordant de flatterie. L'intrigue elle-même est assez mince, l'amour d'Eraste pour sa maîtresse n'est qu'un prétexte, les personnages se succèdent à ses côtés pour illustrer le titre : les fâcheux, ce sont tous ceux qui viennent à nous dans un moment inopportun, qu'ils viennent nous parler d'amour, de politique, de travail... le passage le plus intéressant est celui sur le fâcheux au théâtre, qui ne pense qu'à être vu au lieu de voir, qui s'écoute au lieu d'écouter les acteurs.
Si cette courte pièce n'est pas la plus célébrée de Molière, c'est tout de même à raison.
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Petite pièce de Molière dont le principe est simple : le personnage principal voit son amourette contrariée par de nombreux fâcheux qui, pour l'essentiel lui racontent leur vie. Les deux éléments qui m'ont plus plu sont la première tirade d'Eraste, le personnage principal: "Sous quel astre, bon Dieu, faut-il que je sois né,
Pour être de fâcheux toujours assassiné !
Il semble que partout le sort me les adresse,
Et j'en vois chaque jour quelque nouvelle espèce ;"
Mais aussi la tirade des jaloux : qui aime mieux, le jaloux ou celui qui ne l'est pas ? C'est avec ce genre de questions qu'on fait perdre son temps à ce pauvre Eraste, pour une fois j'ai trouvé que la question qui lui était soumise n'était pas dépourvue d'intérêt !
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Sous quel astre, bon Dieu, faut-il que je sois né,
Pour être de fâcheux toujours assassiné !
Il semble que partout le sort me les adresse,
Et j'en vois chaque jour quelque nouvelle espèce ;
Mais il n'est rien d'égal au fâcheux d'aujourd'hui ;
J'ai cru n'être jamais débarrassé de lui,
Et cent fois j'ai maudit cette innocente envie
Qui m'a pris à dîné de voir la comédie,
Où, pensant m'égayer, j'ai misérablement
Trouvé de mes péchés le rude châtiment.
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ÉRASTE.
Hélas ! Pouvez-vous bien me demander, cruelle,
Ce qui fait de mon coeur la tristesse mortelle ?
Et d'un esprit méchant n'est-ce pas un effet
Que feindre d'ignorer ce que vous m'avez fait ?
Celui dont l'entretien vous a fait à ma vue
Passer...

ORPHISE, riant.
C'est de cela que votre âme est émue ?

ÉRASTE.
Insultez, inhumaine, encore à mon malheur.
Allez, il vous sied mal de railler ma douleur,
Et d'abuser, ingrate, à maltraiter ma flamme,
Du faible que pour vous vous savez qu'a mon âme.
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Jamais entreprise au théâtre ne fut si précipitée que celle-ci, et c'est une chose, je crois, toute nouvelle qu'une comédie ait été conçue, faite, apprise et représentée en quinze jours.
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LA MONTAGNE
Monsieur, votre raison ne sait ce qu'elle veut,
Ni ce que sur un coeur une maîtresse peut.
Bien que de s'emporter on ait de justes causes,
Une belle d'un mot rajuste bien des choses.
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Je vous montre l’exemple : il s’agit de lui plaire,
Quittez pour quelque temps votre forme ordinaire,
Et paraissons ensemble aux yeux des spectateurs
Pour ce nouveau théâtre, autant de vrais acteurs.
Vous, soins de ses sujets, sa plus charmante étude,
Héroïque souci, royale inquiétude,
Laissez-le respirer, et souffrez qu’un moment
Son grand coeur s’abandonne au divertissement :
Prologue.
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Vidéo de  Molière
MOLIÈRE – Variations sur les fêtes royales, par Michel Butor (Genève, 1991) Six cours, parfois coupés et de qualité sonore assez passable, donnés par Michel Butor à l’Université de Genève en 1991.
Dans la catégorie : Littérature dramatiqueVoir plus
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