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Critique de MonsieurHyacinthe


MonsieurHyacinthe
  20 septembre 2021
Quel florilège ! Voici un album totalement foutraque, désordonné, brinquebalant, déraisonnable et jubilatoire, au service du divertissement, du rire, des glaces et de la promotion de son auteur : Geoffroy Monde.
Complètement charmé par « De rien » en 2016, je chasse ce trublion avec acharnement. Je ne pouvais passer à côté de cet album, réunissant ses publications dans Fluide Glacial.

Des comic-strips d'une page côtoient des historiettes de quatre pages, l'absurde embrasse le non-sens, le chic dragouille le vulgaire, le cradingue, un mélange des genres qui ravira à n'en pas douter grenouilles de bénitiers et talibans efféminés.

Pêle-mêle de ses publications, Geoffroy Monde s'essaie ici à une foultitude d'exercices de style : analyses politiques, détournements, parodies (Clark et Loïs, Batman le dragon), c'est parfois brillant, parfois nul, parfois anthropologique, parfois gore, parfois poétique, et toujours décalé.

Passé ces éloges, mon coeur balance. Malgré bien des trouvailles, un bémol de poids ternit malgré tout mon sentiment général sur l'objet : ça manque souvent d'ambition, de portée sociale. Je voudrais l'auteur plus incisif, défenseur de valeurs et visions du monde, s'introduisant dans l'actualité, la critique de la société (il l'esquisse parfois avec tellement de brio). Vu son oeil, ses manières, cela ferait mouche à coups sûrs, et le ferait passer dans la caste des incontournables, dans la veine très en vogue d'un Fabcaro (« Zaï zaï zaï zaï ») ou d'un Emmanuel Reuzé (« Faut pas prendre les cons pour des gens »). L'interview finale de Goossens (parrain de Geoffroy Monde chez Fluide) tente de justifier cet état de faits, mais ne me convainc pas.

Attention, loin de moi l'idée de jouer l'amoureux aveuglé qui désire coûte que coûte façonner son alter ego fantasmé à son image, selon ses attentes. C'est un vice à ne se satisfaire de rien. Or, un tas d'auteurs ont mes faveurs, j'ai l'éloge facile et le baiser volatile.
Simplement, ici, comme chez Jonathan Munoz (« Les dormants », « Un léger bruit dans le moteur »), je sens l'auteur capable de ces jaillissements d'excellence, cela couve dans toute son oeuvre, il tend vers cette aspiration de la récréation pénétrante, adroite et sagace, du délassement fichtrement intelligent, et au dernier moment, non, il en manque un brin. Geoffroy Monde est de la trempe des grands fabulistes à n'en pas douter, encore faut-il qu'il prenne les sujets graves à bras-le-corps, les distorde avec son indéniable talent. La forme et le fond, la biscotte et le beurre, la cigale et la fourmi.
Ici, il décide de rester bien souvent du côté de la distraction (ce qui est aussi la politique de Fluide Glacial). le rire pour le rire se suffit-il ? J'aime les nuances de tons, les soubresauts dans les émotions, l'engagement humoriste, les militants rigolards. J'en sais l'artiste capable, l'homme suivra-t-il ? Hâte de suivre son chemin de vie en tout cas… tout ceci n'est que passion, que l'auteur ne s'offusque pas de mon léger grief, qui grattouille bien, chatouille bien.
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