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EAN : 9782354086626
Éditeur : Mnémos (23/08/2018)

Note moyenne : 3.97/5 (sur 33 notes)
Résumé :
Elsy et Élodianne ont grandi dans les rues crasseuses de Mirinèce, vaste cité à l’ombre des Arches, une architecture titanesque qui enjambe les pays et relie les métropoles. Pourtant, leurs chemins se sont éloignés. Devenue magicienne, Élodianne officie désormais pour le gouvernement. Quant à Elsy, à la tête d’une agence de mercenaires, elle navigue en eaux troubles. Mais lorsque les blasphèmes, d’atroces créatures, émergent des mondes miroirs et se déchaînent sur l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
Alfaric
  25 mai 2019
"Les Mondes-Miroirs" est la version 2.0 de "Teliam Vore", roman autrefois sorti chez Pygmalion qui comme chacun le sait plante toutes ses séries car leur seule ambition est de devenir rentier en gagnant le maximum de pognon avec les livres de GRR Martin et de Robin HobbVincent Mondiot et Raphaël Lafarge (sans oublier leur complice illustrateur Matthieu Leveder) sont des rôlistes expérimentés qui appartiennent à ce vivier d'amoureux des genres de l'imaginaire qui ont fait naître et développer les genres des l'imaginaire en France (contrairement aux bobos hispter qui ne jurent que par le style et qui font un petit tour dans les genres de l'imaginaire, souvent en littérature jeunesse d'ailleurs, et puis s'en vont étaler leurs états d'âmes dans des autofictions nombrilistes et / ou se pavaner avec des machins postmodernes incompréhensibles en dehors des petits cercles intello prout prout onanistes). Ils ont ainsi construit l'univers des "Chimères de Mirinar" qui sert de socle à ce roman…
Le worldbuilding est très intéressant. L'État des Arches est une superpuissance construite sur les incompréhensibles réalisations cyclopéennes d'un civilisation disparue : au centre des ponts suspendus à plusieurs milliers de mètres d'altitude menant à Loffrieu, Aurterre, Hurquoine, Lazirac, Carnadon, Atépéha et la Mer Pâle, la capitale de Miricène est une métropole de 2 millions d'habitants trônant au beau milieu des nuages et constamment sous la pluie (Londres, Paris, Vienne : faites votre choix). L'habillage médiéval-fantastique disparaît bien vite devant des thèmes dixneuvièmistes pleins d'aménagements urbains dépassés, de services municipaux désuets et d'usines complètement délabrées (du coup on a des faux airs de la franchise vidéoludique "Dishonored") : entre capitalisme, colonialisme et impérialisme, tout allait pour le mieux jusqu'au jour où il y a 30 ans l'Arche de Loffrieu s'est effondrée, ouvrant la porte à des horreurs lovecraftiennes venant déformer la réalité. Depuis c'est l'état de siège, et tout le monde est en quarantaine pour éviter la fin du monde biologique. Sauf qu'entre-temps, la révolution a eu lieu et que les héros prolétaires Damnis Ocreste, Salven Corbès et Teliam Vore ont pris le pouvoir. Mais plus les choses changent et plus elles restent les mêmes : les héros blasés et désenchantés ont été avalés par le système, l'aristocratie a été remplacé par la bourgeoisie, la théocratie a été remplacée par la technocratie, et les riches des beaux quartiers sont toujours riches tandis que les pauvres des bas quartiers sont toujours pauvres (refrain que trop bien connu). Bref c'est toujours le même Monde de Merde pour les uns et pour les autres à cause du TINA reagano-thatchéro-macronien (que leurs thuriféraires aillent tous et toutes aux enfers, puisque de toutes les manières une place leur a déjà été réservée là-bas !)….
Le magicbuilding avec mages bacillaires, thermogène, miroitistes et matiéristes et tutti quanti est à l'avenant mais je vous laisse le plaisir de la découverte. Mais il faut quand même préciser pour être clair que plus les magos usent et abusent de leurs pouvoirs et plus ils mutent physiquement et psychiquement, d'où l'importance des rares miroitistes capables d'agir comme thérapeutes en les faisant passer de l'autre côté du miroir dans des univers de poche privés de magie pour soulager leurs maux et se refaire le cerise...
L'idée majeure du roman et qui loin d'être assez développée c'est qu'on suit en parallèle Elsy et Elodianne (soeurs adoptives amies et/ou amantes) : la pièce rapportée a monté tous les échelons de la société pour changer les choses d'en haut mais qui elle ne fait que graviter autour des games of thrones du gouvernement central ; la fille naturelle est restée dans les bas quartiers pour changer les choses d'en bas et a fondée sa propre compagnie de mercenaires qui au départ se résume essentiellement au petit-gros Basilien Orlinde et au bronzé, musclé et longiligne Ohya Amdelin venu d'outre-mer (sans parler du POV d'Ocreste Damnis assisté de Latima la chef de police secrète). Les uns et les autres doivent affronter les attaques terroristes des monstres baptisés « blasphèmes », qui ressemblent à des shoggoths lovecraftiens. Bref, la révolution s'est radicalisée et comme d'habitude le peuple est le premier à en faire les frais… Et bien sûr le gouvernement central qui ne sait pas ce qu'ils sont, qui les commandent et surtout comment les combattre n'a rien de mieux à faire que s'adonner à la censure et de réprimer ceux qui ne la respectent pas…. « Le premier à dire la vérité sera châtié », et comme la Team Elsy prend beaucoup d'initiatives sous la direction d'une pomme pourrie, voilà nos antihéros prolétaires engagés contre leur gré dans une mission suicide aux côtés de tous les gros bras de l'armée, des services secrets, de la magiocratie et de la théocratie...
Le potentiel est fantastique, et je continue à croire en lui, mais il y a quelques défauts qui nuisent à l'ensemble et c'est pour le coup c'est sacrément frustrant !
- quand on nous présente les principaux antagonistes de l'intrigue, j'ai failli jeter le libre par terre… Oh non, on dirait les magiciens branlous et imbus d'eux-mêmes de Lev Grossman, ces ados frustrés et colériques, intellectuellement en avance et émotionnellement en retard, persuadés d'être l'aboutissement final de l'humanité… Ils sont tous plus imbuvables les uns que les autres et je n'arrive pas à les prendre en pitié en tant que cobayes des différentes factions qui se disputent le pouvoir...
- le grand final est long voire très long, car on délaye plus ou moins fortement la chose vu que que chaque vilain a droit à son droit de quota de flashbacks à effets retardés qui durent des pages et des pages ce qui gâche peu ou prou l'epicness de l'ensemble qui aurait dû être plus équilibré (voire plus haut sur la relation Elsay / Elodianne) et davantage consacré au relationship drama des Douze Salopards ou à l'évolution de la Créature de Frankenstein…
- les auteurs ont voulu moderniser le langage pour coller à leur univers quasi-industriel (tabac, cigare, cigarettes, thé, café, drogues diverses et variés), mais si c'était pour placer des « connasses », « pétasses », « grognasses » et « pouffiasses » à tout bout de champ ce n'était pas la peine…
Comme toujours le livre-objet réalisé par les éditions Mnémos sont soignés, l'illustration de couverture de Qistina Khalidah, les illustrations intérieures de Matthieu Leveder qui plus nombreuses auraient presque pu nous offrir un light novel à l'européenne… L'univers arcanepunk de Vincent Mondiot et Raphaël Lafarge n'est pas si éloigné que cela des univers New Weird de Steph Swainston et China Miéville : c'est con, à tout cela j'attends une suite maintenant !
Lien : http://www.portesdumultivers..
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boudicca
  01 septembre 2018
Écrit à quatre mains et enrichi de plusieurs illustrations, le roman choisi par les éditions Mnémos comme fer de lance de leur rentrée littéraire de septembre met en scène un univers qui ne sera peut-être pas sans rappeler quelques souvenirs à un certain lectorat. Ce n'est en effet pas la première fois que Vincent Mondiot et Raphaël Lafarge mettent en scène les « mondes-miroirs », puisqu'une première histoire se déroulant dans le même univers a déjà fait l'objet de plusieurs parutions, d'abord en auto-édition en 2010, puis l'année suivante chez Pygmalion sous le titre « Teliam Vore ». Après ce parcours éditorial quelque peu mouvementé, les deux auteurs renouent avec Mirinèce et ses personnages les plus emblématiques et nous proposent une nouvelle version des événements relatés précédemment. On y fait la connaissance de deux jeunes femmes que tout semble opposer et qui sont pourtant liées par une indéfectible amitié. La première, Elsy, est une mercenaire qui, après un passé et un casier judiciaire bien rempli, tente de sortir de la misère grâce à la création d'une agence de mercenaires via laquelle elle vend ses services aux plus offrants. La seconde, Elodianne, a grandi dans le même quartier peu fréquentable de la capitale mais a réussi à s'en éloigner grâce à ses études de magie qui lui ont assuré un poste au palais de Mirinèce. C'est cette différence de statut qui explique que, lorsque la capitale se retrouve secouée par une succession d'attaques terroristes perpétrées par des créatures inconnues mais redoutables, la magicienne s'inquiète avant tout des répercussions politiques de l'affaire, tandis que la mercenaire y voit plutôt une opportunité unique pour son agence d'enfin sortir de la fange.
La première chose qui saute aux yeux du lecteur, c'est le travail effectué sur l'univers que les auteurs ont manifestement passé beaucoup de temps à peaufiner et enrichir. L'essentiel de l'action se passe à Mirinèce, capital d'un état regroupant plusieurs régions reliées entre elles par des arches monumentales de nature indéterminée. Les auteurs ne commettent pas l'erreur de perdre trop de temps à présenter le contexte dès le départ, et optent au contraire pour de petites touches explicatives au fil du roman. Cela a l'avantage de rendre le récit plus digeste et de maintenir en éveil l'intérêt du lecteur, avide d'en apprendre toujours un peu plus sur les différentes facettes de cet univers. Tous les chapitres sont de plus entrecoupés de petits extraits d'origines diverses (articles de journaux, décrets, publicités...) qui permettent de mettre en lumière tel ou tel élément caractéristique à Mirinèce. On y trouve ainsi aussi bien de plus amples explications concernant la faune et la flore locale, que des blagues populaires ou des anecdotes historiques amusantes. La manière dont les magiciens et magiciennes usent de leur pouvoir en fonction de leurs spécificités est elle aussi expliquée de manière succincte mais néanmoins suffisamment claire pour que le lecteur devine la complexité sous-jacente du système sans pour autant se perdre dans des considérations techniques sans intérêt. J'ai pour ma part beaucoup aimé l'idée des mondes-miroirs qui donnent justement leur nom au roman et qui sont en fait des espèces de mondes parallèles dans lesquels la magie n'existe pas et qui servent par conséquent de lieu de repos pour les magiciens (la pratique de la magie dans le réel entraînant immanquablement des problèmes physiques comme des difformités, des ulcères...). L'intérêt de certaines autres spécialités exercées par les mages sont pour le moment plus nébuleuses mais pourraient tout à fait faire l'objet de plus amples explications à l'occasion d'une autre histoire.
La richesse de l'univers dépeint ici incite en effet le lecteur à penser qu'il y aurait là matière à pas mal d'autres récits. L'ouvrage se suffit pourtant parfaitement à lui-même, et offre ne conclusion à la hauteur qui répond à l'ensemble des questions posées. le rythme varie en fonction de l'avancée du récit qui se compose en fait de deux gros blocs : le premier, plus lent, présentant rapidement le contexte, les attaques et ses conséquences ; la seconde, menée tambour battant, résumant la préparation de l'expédition envoyée afin de lutter contre les instigateurs des attentats, et le récit de la mission en elle-même. Les thématiques abordées ici sont étroitement liées à celles que nos sociétés peuvent rencontrer aujourd'hui, notamment en terme de politique, et c'est d'ailleurs ce qui fait une partie de la force du roman. On nous dépeint ainsi une société fortement inégalitaire, dans laquelle les miséreux issus des quartiers ouest n'ont presque aucune chance de s'en sortir et ont depuis longtemps sombré (au choix) dans la drogue, l'alcool ou le banditisme. le ton est volontiers cynique et l'ambiance relativement sombre, que se soit en raison de la violence (pas forcément physique) à laquelle sont confrontés les personnages, ou aux extrémités très discutables moralement auxquels certains d'entre eux ont parfois recours. Cette noirceur contribue elle aussi au charme de l'univers et du récit, de même que les nombreuses références à des concepts ou des objets propres à notre époque mais qu'on trouve rarement dans des romans de fantasy (l'héroïne fume comme un pompier, l'un de ses compagnons est végétarien, on nous parle de tourisme ou de produits dérivés à l'image des personnages les plus populaires de la ville, certains lisent des fascicules relatant l'histoire de super-héros...). Cet aspect là est franchement sympathique et contribue à donner à l'univers une petite touche d'originalité bienvenue.
La plupart des personnages sont pour leur part tout à fait à la hauteur, qu'il s'agisse des protagonistes ou des personnages secondaires. La figure la plus intéressante du roman est incontestablement Elsy, la fameuse mercenaire, pour laquelle le lecteur éprouve des sentiments contradictoires. D'un côté, on ne peut s'empêcher d'admirer sa ténacité, son sens de la répartie et son aplomb exceptionnel. de l'autre, on a du mal à se départir d'un sentiment de malaise face à la froideur avec laquelle elle réagit à certaines situations pourtant assez horribles. Je suis plus réservée en ce qui concerne Elodianne qui, bien que plus sympathique, est aussi moins développée que son amie et à laquelle je me suis par conséquent moins attachée. Paradoxalement, j'ai trouvé certains personnages secondaires plus développés que la jeune femme, à l'image de Nolita, paumée touchante dont on comprend la colère et le désespoir, ou encore les deux acolytes d'Elsy dont le rôle est loin de se résumer à celui de simples gros-bras de services. le plus gros point fort du roman vient toutefois de ses « méchants », et c'est là un beau tour de force de la part des auteurs. Difficile là encore d'en parler sans gâcher le plaisir, aussi me contenterai-je de dire qu'on ne peut là aussi s'empêcher de les trouver attachants en dépit de leurs actions, ce qui rend évidemment la confrontation avec les héros envoyés les combattre encore plus dramatique. L'idée est en tout cas franchement originale, et c'est ce qui fait une grande partie du sel du récit. Rien à dire non plus au niveau du style : c'est dynamique, les personnages s'envoient des répliques bien senties pendant une bonne partie du roman, et l'humour est au rendrez-vous et bien dosé. On peut enfin mentionner à la liste des qualités la présence de plusieurs illustrations intérieures signées Mathieu Leveder qui nous permet de nous faire une meilleure idée du physique de certains personnages et propose également une carte pour aider le lecteur à se repérer plus facilement.
« Les mondes-miroirs » est donc un roman tout à fait recommandable grâce auquel j'ai passé un agréable moment de lecture. Il faut dire que l'ouvrage ne manque pas de qualités : une intrigue qui tient la route, un univers très riche et original, une ambiance sombre d'un bel effet, et surtout des personnages bien campés, qu'on retrouverait bien pour certains dans d'autres aventures. Une belle découverte !
Lien : https://lebibliocosme.fr/201..
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Mladoria
  06 décembre 2018
Il m'aura fallu un petit mois pour savourer ce petit bijou ! Quand j'ai vu qu'une version remasteurisée des Chimères de Mirinar était dans les tuyaux chez Mnémos, j'étais dans les starting, blocks, précommandé et reçu le jour de la sortie ou quasi. J'ai distillé ma lecture parce que je ne voulais pas le finir trop vite, je voulais profiter de cette redécouverte, sachant que j'étais fana de l'univers, des personnages, de l'histoire et du bestiaire, découvert avec la première version en auto-édition (dont j'ai les tomes 1 et 2 dédicacés - la classe). Bref, je m'étale...
Pour vous faire court (exercice délicat tant l'univers est complexe), on est dans un monde urbain où trois héros du temps passé, le stratège, la sage et le mage, ont créé la société dans laquelle prend place l'intrigue. Zoom sur la ville-capitale de Mirinèce où les clivages entre quartiers sont exacerbés par les rebuts, mutations dues à une maladie qui entourent la ville et y font parfois des incursions. Une nouvelle menace rôde les blasphèmes : sorte d'amas gluant et suintant, capable d'absorber tout être vivant. Les personnages : soldats, mercenaires magiciens, hauts pontes, religieux. Entre magouille politique et recherche de gloire, la jeune Elsy Valnitier, mercenaire ambitieuse et au caractère plus que vif, pour ne pas dire que c'est une sacrée "connasse" pour reprendre les mots doux dont elles s'affublent mutuellement avec son amie d'enfance, Elodianne, magicienne miroitiste, dont elle s'est peu à peu éloignée, va être engagée pour retrouver celui qui manipule les blasphèmes et le neutraliser.
En toile de fond, on trouve tout un panel de personnages secondaires absolument géniaux. Les auteurs gomment les limites entre bons et méchants. Tous les personnages ont cette ambivalence que j'adore retrouver en fantasy : des héros peu scrupuleux, des "méchants" campés par une bande d'ados surdoués en mal de reconnaissance finalement assez similaires à ce qu'aurait pu devenir les héros s'ils avaient fait d'autres choix. Chaque camp a ses raisons plus ou moins valables et on en vient à s'attacher à certains aspects de ces personnalités d'écorchés vifs : l'inventivité d'Eldée, la fragilité de Noélien... et Loulou est un personnage que j'ai adoré. Elsy est une sacrée emmerdeuse mais ses failles craquellent le vernis de l'ambition et la rendent terriblement attachiante, comme Elodianne (même si elle est un peu moins développée). Dans le rang des alliés comme des ennemis, on ne peut s'empêcher de s'attacher à tout ce petit monde. Damnis et Teliam veillent sur le tout et créent du liant à l'ensemble, chacun à leur manière. Sans oublier le bestiaire génialissime : entre rebuts, blasphèmes et asparences vous serez servis comme jamais.
L'intrigue est émaillée de petits rappels historiques bienvenus, de souvenirs éclairants qui permettent de raccrocher les wagons dans cet univers tentaculaire aux multiples visages. Mes scènes préférées sont les souvenirs d'enfance communs d'Elsy et Elo, la bataille de Lazirac sur les différents plans, le mystère autour du personnage de Teliam.
Je tiens à préciser pour les âmes sensibles que certaines scènes sont assez gores et violentes. Mais l'ambiance sombre de l'histoire est vraiment réussie.
C'est une histoire pour ceux qui aiment ne pas avoir toutes les réponses et laisser une part d'imagination, car tous les mystères sont loin d'être éclaircis à la fin de ce livre mais l'ouverture laisse présagée une suite... (s'il vous plait ?!!!), on aurait envie de retrouver la petite bande dans une nouvelle mission périlleuse et en apprendre plus sur le passé de chacun et leurs liens : j'adorerai découvrir en détails comme Elsy a rencontré Ohya par exemple, pour ne citer que ça.
Comme tous mes coups de coeur, j'ai du mal à conclure mon avis, si ce n'est un conseil pour les amateurs de fantasy sombre, de monstres totalement inédits, d'intrigue politique et religieuse en sous-main, d'héros loin d'être héroïques et de méchants qui ont leurs raisons ; lisez ce livre et éclatez vous à arpenter Mirinar, côté réalité ou côté monde-miroir, vous trouverez forcément une cause à suivre et si y'a un peu de 'velle à se faire, pourquoi pas !!
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Igguk
  18 septembre 2018
Il y a fort longtemps, des années, des siècles, des millénaires (ou pas, je m'emporte), trois zigotos se sont amusés à créer un univers de toutes pièces et à le partager sur un site internet sous forme d'écrits, de dessins et toutes sortes de détails bien rangés. Vincent Mondiot, Raphaël Lafarge et Matthieu Leveder avaient mis sur pied le monde des Chimères de Mirinar, les deux premiers à l'écriture et le troisième à l'illustration. En 2011, Pygmalion mettait la main sur le bousin pour commander un roman intitulé Teliam Vore, avec une couverture « mouais » et un succès mitigé, qu'on a glissé sous le tapis pour ne plus jamais en reparler sous peine d'éviscération instantanée. En 2018, c'est Mnémos qui reprend le flambeau avec Les mondes-miroirs, qui sera une sorte de reboot/remaster de Teliam Vore.
Disclaimer : Je connais personnellement Matthieu, illustrateur et tiers de cerveau de cet univers, depuis nos folles années estudiantines communes, donc je ne serai peut-être pas le plus objectif sur le sujet. L'objectivité étant le mal suprême qui détruira notre monde, c'est pas trop grave. Vous ferez un peu ce que vous voulez de cette information.
Les mondes-miroirs nous présente Elsy Valnitier, patronne d'une agence de mercenaires pas vraiment prestigieuse mais qui a quand même ses petits rêves de grandeur. Épaulée par Basilien et Ohya, elle arpente les bas-fonds de Mirinèce à la recherche d'un gros coup, mais pour le moment c'est pas trop ça. Ce n'est que lorsque la ville est frappée par des apparitions monstrueuses et destructrices que la jeune femme sent le vent tourner, elle va foncer dans le tas pour tirer son épingle du jeu. Son amie d'enfance Élodianne est de l'autre côté du spectre social, puisqu'elle est mage miroitiste et va vivre cette affaire du côté « officiel » (et riche) des autorités. Entre ambitions et vieilles amitiés, c'est pourtant un danger bien réel qui plane sur la cité et menace la population.
Le monde de Mirinar a une ambiance un peu particulière, on est dans un univers très urbain, crapule-fantasy agrémentée de glauqueries diverses et variées, avec un background qui se déploie progressivement sous les yeux du lecteur. Les auteurs arrivent à distiller pas mal d'informations de manière digeste au fil des pages, tout ça donne corps à ce monde dense qui a sa propre histoire, ses héros et ses secrets, extrêmement plaisant à découvrir. On ressent bien le côté crapule des bas-fonds avec ces héros bruts quasi-analphabètes qui se vannent en permanence, cette pauvreté qui gangrène les quartiers ouest. Et nous avons aussi une ambiance vraiment glauque, suintant et dégoulinant à travers ces créatures boueuses, cette atmosphère poisseuse qui pue le malsain, ces corps cabossés et transformés.
Le groupe de protagonistes a un côté caricatural qui pourra en refroidir certains mais qui m'amuse beaucoup. Elsy est un prototype de femme forte à base de mèche dans les yeux, de clopes, de tatouages et d'impulsivité mal maitrisée. Vu comme ça on pourrait avoir un peu peur du ridicule mais ça colle à l'ensemble puisqu'à peu près tout le monde a droit à ce traitement « rentre-dedans ». Ça donne un ton particulier au texte, un peu comme quand tu remates Predator ou Aliens pour la 150e fois : oui ça déborde de bad-asserie testostéronée, mais qu'est-ce que c'est rigolo. Les dialogues vont évidemment dans ce sens, c'est du langage familier très moderne, ça s'insulte gaiement, ça pique des colères et ça se vanne. Mon seul problème est quand ça partait parfois un peu trop loin, en de rares cas on pouvait avoir l'impression de tomber au milieu d'une bande de collégiens qui se chamaillent, qui boudent et piquent des crises. L'esquisse de romance qu'on voit se pointer de temps en temps fait vraiment « amourette adolescente », pour enfoncer un peu le clou.
Les fans de world-building encyclopédique sortiront peut-être un peu frustrés parce que malgré sa richesse, beaucoup d'éléments de l'univers restent inexpliqués mais participent à cette impression de grandeur, de « t'as encore rien vu ». C'est certainement un choix conscient pour privilégier le rythme et l'action sans trop alourdir la lecture, et ça fonctionne. Y'a de la baston, on avance… Toute la dernière partie est une gigantesque scène de bourre-pifs et de magie explosive qui part un peu dans tous les sens. On regrettera simplement des motivations un peu « simple » des « méchants », on s'attend à dérouler un complot millénaire machiavélique et on se retrouve avec un « pas-content » assez basique et pas forcément super malin. Il faut souligner que ce roman est une aventure complète, y'a beaucoup de potentiel pour en faire une série, mais en l'état c'est un one-shot tout à fait satisfaisant.
Voici finalement ce que je retiendrai de ce roman : Une lecture entrainante qui mêle action, personnages frappadingues et univers très original, c'est pas sans défaut mais c'est carrément rafraichissant dans le paysage littéraire fantasy. Pour ne rien gâcher on a une couverture splendide de Qistina Khalidah et six belles illustrations intérieures de Matthieu qui posent une idée de certains personnages et surtout des créatures et ambiances.
Livre reçu en service presse de la part de l'éditeur Mnémos
Lien : http://ours-inculte.fr/les-m..
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Walkyrie29
  09 septembre 2018
Un roman de fantasy de qualité qui offre un univers dense, travaillé et démesuré, peuplé de créatures horrifiques et de personnages intenses où la magie côtoie le post-apocalyptique, l'horreur et le thriller. Un vaste monde, une grande histoire au profit de réflexions profondes et très actuelles. Un ouvrage fort réussi !
Les Mondes – Miroirs est un roman de fantasy proposant un univers riche et maîtrisé, fouillé et détaillé. Les auteurs n'ont pas dérogé aux règles du genre avec cependant quelques pointes d'originalité parsemées ici et là pour offrir un ouvrage de littérature imaginaire qui sert également à engendrer certaines réflexions aux lecteurs.
Dans une cité incroyable « Mirinèce », capitale de l'Etat des Arches, où la démesure fait partie du paysage, d'énormes arches aux dimensions démesurées lient chaque région à Mirinèce où elles se rejoignent. Il y a quelques années lors de la guerre de Loffrieu, une arche à céder pour la première fois. A Mirinèce, le pouvoir est régi par une politique proconsulaire en binôme avec le divin Prime, c'est une ville à l'ambiance sombre et ténébreuse. Les magiciens aux spécialités diverses (bacillaire, thermogène, matiériste, miroitiste…) et souvent associés aux soldats vivent au palais et travaillent pour les dirigeants. Ce sont les élites d'une société sectaire, où les plus démunis, se retrouvent parqués dans le quartier Ouest, glauque et malfamé, les mercenaires y règnent en maître. Au dehors de la cité, une ambiance post-apocalyptique brumeuse et inquiétante où une épidémie dues à des spores ravage tout être vivant, les transformant en créatures assoiffées de chair et de sang.
Elsy et Elodianne ont été élevées ensemble dans la ville, issues des quartiers les plus pauvres, elles ont chacune en grandissant suivi leur propre chemin. Elsy est à la tête d'une agence de mercenaires de bas étage, qui ne brille pas dans de grandes missions reluisantes mais se satisfait de petits boulots dont personne ne veut. Elodianne est devenue une magicienne, une miroitiste et vit désormais au palais avec un salaire plus que convenable. Si tout les oppose, les deux femmes sont restées de grandes amies et chaque année se retrouve lors d'un grand évènement de la cité.
Cependant, des attentats violents et sanglants et une enquête qui déstabilise le pouvoir en place vont les réunir dans une quête commune. Des monstruosités écoeurantes et effrayantes appelées blasphèmes sèment le trouble et l'horreur dans la cité. Rapidement, on comprend que ces créatures destructrices, incontrôlables et difficiles à atteindre et à détruire sortent d'un monde-miroir. Ce sont des univers parallèles où la magie n'est plus, tout est paisible mais aussi délavé, des lieux de repos où les magiciens peuvent se ressourcer, la magie les abîmant physiquement (acné, ulcère, etc…) à force d'être utilisée. Les meurtres s'accumulent, toujours plus sales et plus horribles.
Alors certes décrit ainsi, l'univers paraît grave, violent et sordide mais n'est toutefois pas dénué d'humour, de grossièretés et de répliques bien placées qui viennent apportés une certaine légèreté où du moins relativiser les horreurs qui se passent dans cette histoire. Et cela on le doit à des personnages individualisés aux caractères affirmés et souvent charismatiques. Des mercenaires badasses et bien bourrins qui ne se formalisent pas des protocoles et ne font pas dans la dentelle ; Elsy en tête ! Ce petit bout de femme aux cheveux blancs, fumant comme un pompier est ambitieuse, opportuniste et téméraire, avec un bagou impertinent tantôt savoureux, tantôt déstabilisant. le personnage peut être aussi très froid et se départir de tout sentiment qui nuirait à ses ambitions, soit sortir la tête de l'eau, faire prendre un certain envol à son agence et quitter les quartiers populaires qui l'ont vu naître où la misère s'accumulent toujours plus. Elle est accompagnée de deux acolytes aux imposantes carrures Basilien, amoureux transit, adorant l'argent au point d'en berner ses meilleurs amis et Ohya, un athépéhien végétarien, sensible aux bien êtres de ses proches et indestructible homme. Des magiciens puissants au service du gouvernement mais légèrement moins intéressants, Elodianne en tête, jolie rousse est sage, consciencieuse, méthodique, plus humaine, plus douce mais plus effacée qu'Elsy, elle n'a pas sa trempe, elles est souvent associé à deux autres magiciens, Hussert un thermogène père de famille et Arlard, un bacillaire et ami précieux. A côté deux, des méchants étonnants mais surtout convaincants qui tiennent la route jusqu'à la fin. On ne peut décemment pas trop en dire sans révéler une bonne partie de l'intrigue.
Tout cela semble être fortement un reflet de notre société actuelle, les auteurs ont puisés dans les dérives de notre univers pour alimenter le leur et le rendre aussi intéressant et quelque part plus « réaliste ». On a une ambiance très sectaire avec un quartier Ouest où des mercenaires dépravés, alcooliques, drogués donnent une réputation sordide aux bas fond appauvris de la ville, et un palais à l'architecture folle et hors-norme accueillant l'élite de la société ; les politiciens, les primats et les magiciens. Il y a aussi cette régence de la société, d'une part par le pouvoir politique, ici le proconsul Damnis, ancien héros de guerre et d'autre part par la croyance divine au travers du « dieu » Prime. A travers le personnage d'Ohya, on peut y voir le reflet d'une forme de racisme malheureusement perpétuelle, mais aussi à travers les Atépéhiens en général, un autre regard sur la société, plus sain, plus nature, que celui plus perverti des habitants de Mirinèce. de même que les dérives de personnalités plus faibles, rejetés ou abaissés, on peut faire un parallèle avec cette jeunesse qui se perd parfois dans des actes absurdes et violents, sous prétexte d'exister ou d'être entendus sans forcément raisonner de manière sensée.
Du côté du rythme, la fantasy a toujours ce quelque chose de lent pour poser son monde (et qui me demande toujours du temps alors que j'aime beaucoup ça !) avant d'accélérer dans des quêtes ou des actions qui réaniment souvent l'ensemble. On n'y échappe pas ! le récit est d'abord dans une grande première partie assez lent, il pose le contexte, l'univers, les personnages et l'élément déclencheur de l'intrigue ; l'attaque des monstres dont on ne sait pas d'où ils sortent, vient alors l'enquête, les réflexions et les manigances. Cela s'accélère dans une seconde partie plus modeste mais nettement plus haletante, plus riche en action et surtout en révélations, avec une expédition suicide pour tenter d'arrêter ceux qui sont à l'origine des attaques des monstres, les personnages sont encore plus présents, plus attachants, plus profonds. Et le sang coule à flot !
Les auteurs ont un style fluide, dynamique avec un juste équilibre entre les dialogues et la narration, les chapitres sont plutôt courts et alimentés en tête d'extraits d'ouvrages de l'univers. le tout se lit bien, sans lourdeur et avec beaucoup d'aisance. Et que dire du visuel, la couverture est magnifique mais l'objet l'est encore plus, ultra soigné, c'est un plaisir pour les yeux et pour les mains !
En bref, un roman à l'univers dense et bien décrit, à l'intrigue recherchée et bien amenée jusqu'à la fin, aux personnages fouillés et charismatiques et au léger parallélisme avec notre propre société ouvrant à des réflexions intelligentes et profondes. Un ouvrage du genre qui mérite qu'on s'y attarde.
Je remercie les éditions Mnémos et plus particulièrement Nathalie pour leur envoi.
Lien : https://songesdunewalkyrie.w..
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critiques presse (1)
SciFiUniverse   03 octobre 2018
Avec un style efficace, cette œuvre enchaine les scènes d’actions. Le rythme est effréné, les scènes d'action très nombreuses et progressivement on découvre ce qui menace la cité de Mirinège grâce à l’enquête d’Elsy la mercenaire et Elodianne la mage miroitiste.
Lire la critique sur le site : SciFiUniverse
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
boudiccaboudicca   18 août 2018
Un fou fait les cent pas autour d'une bouche d'égout, tout en répétant à voix haute :
-Treize... Treize... Treize... Treize...
Un passant s'approche et lui demande :
-Que comptez-vous donc, mon brave ?
Le fou le pousse dans la bouche d'égout.
-Quatorze... Quatorze... Quatorze... Quatorze... 
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JamassayJamassay   14 septembre 2018
Ils attendirent encore quelques secondes, le temps pour ceux qui le voulaient de prier. Elsy fixa Camaïeu en fumant une cigarette. Contrairement à ce qu’elle avait ressenti après les égouts, elle n’éprouvait cette fois-ci aucune culpabilité à l’idée de mener ces gens à une mort probable. Comme elle, tout le monde savait à quoi s’attendre depuis le début. Elle ne proposa à personne de faire demi-tour. Ça n’avait de toute façon jamais été une option. C’était la victoire ou la mort, depuis le début, et jusqu’à la fin.
Elle termina sa cigarette puis ordonna la charge. Il était l’heure de devenir des héros ou des cadavres.
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JamassayJamassay   22 août 2018
La plupart des crétins qu’on s’apprête à retrouver pensent que je ne m’intéresse qu’au fric. C’est faux. Je m’intéresse au succès. À la victoire. Je ne suis pas là pour devenir riche. Je suis là pour devenir une légende des quartiers ouest. De cette ville de merde. Je suis là pour devenir une héroïne.
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Dionysos89Dionysos89   31 janvier 2019
Elle termina sa cigarette puis ordonna la charge. Il était l’heure de devenir des héros ou des esclaves.
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boudiccaboudicca   25 novembre 2018
La plupart des crétins qu'on s'apprête à retrouver pensent que je ne m'intéresse qu'au fric. C'est faux. Je m'intéresse au succès. A la victoire. Je ne suis pas là pour devenir riche. Je suis là pour devenir une légende des quartiers ouest. De cette ville de merde. Je suis là pour devenir une héroïne. 
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Vidéo de Vincent Mondiot
« Les derniers des branleurs » de Vincent Mondiot

Un roman drôle, irrévérencieux, drôlement bien envoyé ! 

Résumé : Pour Minh Tuan, Chloé et Gaspard, l'avenir se résume à la journée d'après. Les cours séchés, les joints partagés, les mangas lus dans la chambre de l'un, les jeux vidéo terminés dans la chambre de l'autre… Ils partagent tout, de leur désespoir tranquille à leur désintérêt absolu pour leur scolarité. Mais lorsque Tina, une jeune migrante bien plus sérieuse qu'eux, rentre dans l'équation, soudain, la possibilité de décrocher leur bac va devenir tangible pour ces trois branleurs autoproclamés. Mais en restant fidèles à leurs principes : le diplôme, ils ne l'auront pas en révisant....

Publié par Actes Sud junior, parution juin 2020.
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