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ISBN : 2020986698
Éditeur : Seuil (23/08/2012)

Note moyenne : 3.41/5 (sur 115 notes)
Résumé :
Tout commence en lisière de la forêt des Vosges, un jour de 1940, quand un père et son fils partis cueillir des champignons tombent par hasard sur un « pauvre nègre » endormi au pied des arbres. Conduit au village, ce jeune Guinéen adopté en France à l’âge de 13 ans, à la fois austère et charmeur, y fera sensation. Il saura enflammer les cœurs, s’attirer des protections. Mais ce n’est qu’un début : en 1942, il entre en contact avec la Résistance et crée un des premi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (42) Voir plus Ajouter une critique
IreneAdler
  16 septembre 2013
Qui est ce terroriste noir ? Un gros vilain méchant des cités poursuivit par nos forces de l'ordre ? Eh bien, non. Simplement un tirailleur (Guinéen) fait prisonnier par les nazis, échappé (grâce à un gendarme) et réfugié dans les Vosges. Résistant puis arrêté. C'est Germaine, 17 ans à l'époque, qui raconte au neveu venu d'Afrique.
Décidément, les Vosges ne cesseront de me surprendre. Accueillir un "nègre" en pleine France occupée, comme s'il avait toujours été là (alors qu'aucun d'eux, ou presque, n'en avait jamais vu), voilà qui est bien loin de l'image que l'on se fait souvent de la France "profonde" et de ses "pailloux". Il fut soigné, nourrit, logé, trahi, regretté. Aujourd'hui le village de Tollaincourt à une rue à son nom, grâce à l'acharnement de quelques uns et la médaille de la Résistance (il créa le 1er maquis vosgien, le Maquis de la Délivrance).
J'ai vraiment aimé découvrir ce personnage par le biais de cette biographie romancée. Un seul petit reproche : la chronologie éclatée des souvenirs de Germaine, qui fait que parfois on se perd un peu. L'écriture, un rien enlevée, est vraiment très plaisante. Je crois que je me suis découverte un nouvel auteur à suivre. Et peut-être croiserai-je les mânes d'Addi Bâ au cours d'une rando...
http://addiba.free.fr/galerie_addi/index.html
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Jazzbari
  04 décembre 2013
"Le terroriste noir", Tierno Monénembo
Sommaire
Après la déroute de son régiment à la Meuse, Addi Bâ, abruti de faim et de froid, agonise dans les Vosges. La famille Valdemaire le recueille, le nourrit, le blanchit. Arrêté par les Boches, il arrive à s'évader, se réfugie dans une cabane, puis dans le village voisin de Romaincourt. Malgré la méfiance de quelques-uns face à la couleur noire de sa peau, il réussit assez vite à se faire accepter surtout par les femmes esseulées à cette époque par l'effet de la guerre. Cette place au soleil, il la doit à son courage et son charme. Il fonde en effet clandestinement un maquis de la Délivrance de la France occupée, entraîne des jeunes recrutés par ses complices, tout en restant sous le haut commandement des résistants de Londres. Ils mèneront quelques attaques puis le camp de résistance est démantelé par l'armée allemande à la suite d'une dénonciation. Addi Bâ, appelé par les Boches "le terroriste noir", est traqué, fusillé au tibia puis mis en prison et exécuté trois mois plus tard dans l'année 1943. Ce n'est que plus de soixante ans après que ses hauts faits seront reconnus par la France oublieuse : une plaque et une rue portent désormais son nom à Romaincourt.
Commentaire
Dans la veine du Roi de Kahel, l'auteur guinéen, prix Renaudot 2008, exhume du passé un personnage historique haut en couleur qui aurait pu s'effacer dans le silence et l'anonymat si l'oeil d'historien et talentueux de Tierno Monénembo ne l'avait pas raconté dans son dernier roman, le terroriste noir, basé donc sur des faits réels.
Comme la question qui ouvre le livre, la vie du héros guinéen, Addi Bâ, tirailleur sénégalais de la seconde mondiale, a elle-même longtemps été une question, une énigme même à Romaincourt, ce village français témoin de ses hauts faits dans la résistance et dans la galanterie, à un moment où la France occupée et dévêtue de sa souveraineté patauge dans la honte. Germaine Tergoresse, une Romaincourienne dont la famille a été l'une des premières à accueillir Addi Bâ, raconte cette histoire ponctuée d'anticipations et de mystères d'une manière hachée et envoûtante. Elle aimera en catimini cet Addi Bâ, jeune homme charmant, sûr de lui et atypique, tout en le considérant comme un père ou un frère. Dans la même lancée, l'auteur joue sur l'inceste sentimental dans la relation entre le héros et sa tutrice et « mère » Yolande Valdemaire. Les nuits de ce dernier sont partagées entre ses activités de résistant et les aventures amoureuses. Ce qui explique entre autres la vie parsemée de zone d'ombres qu'il a coulée à Romaincourt. Celles-ci, du moins certaines, ne seront éclaircies qu'au fil des décennies et aussi grâce aux explications de Addi Bâ, le neveu guinéen, invité en France pour recevoir la distinction officielle due à son oncle et à qui Germaine raconte l'histoire de ce dernier. Ainsi la vieille narratrice et le lecteur comprendront-ils que si le personnage s'engageait tant à combattre pour la France c'est à cause des dieux qui lors de sa naissance dans un petit village guinéen avaient décidé de l'arracher définitivement à ses parents, à douze ans, de le donner à un Blanc qui l'enverra en France. L'auteur voudrait-il mettre l'accent sur l'ancrage encore profond de la croyance aux pouvoirs puissants et inexorables des dieux en Afrique malgré les invasions successives du christianisme, de l'islam, de la colonisation avec leur inculcation de valeurs importées et « émancipatrices »?
Cette suite de parts d'ombres et d'éclaircissements dans l'histoire d'Addi Bâ, greffée à la langue scintillante de couleurs locales et familières de la narratrice, couturière de formation, confèrent une grande authenticité, originalité au récit. Ce dernier servi par une écriture drôle, piquante et chatoyante se déroule paisiblement tel un ruisseau avec une surprenante fluidité et une telle beauté que le lecteur, au paroxysme de l'émotion, regrette de tourner la dernière la page du livre.
Ce récit est rendu aussi tragique par la haine fratricide et séculaire qui divise Romaincourt dont les familles sont issues d'un même ancêtre. Et pourtant rien ne les réconciliera, même le mal commun de la guerre. Une guerre qui, cependant, dans l'esprit de la commune résistance, réunira des Juifs et des Arabes dans une mosquée parisienne. Pourquoi les Romaincouriens ne s'inspirent-ils pas donc de cette possible collusion entre frères ennemis ? Parce que l'humanité en général est aussi têtue qu'Addi Bâ qui refusait coûte que coûte d' ôter sa tenue de tirailleur quitte à se faire arrêter par l'ennemi.
Une onde de solitude traverse par ailleurs tout le roman. D'abord le village-personnage de Romaincourt frappé de silence et de haine coriace. Ensuite des personnages comme la Pinéguette et Germaine. La première née d'un ventre maudit, violée à douze ans, passera sa vie dans la folie, l'incompréhension et la souffrance. La deuxième qui aimera secrètement Addi, flirtera un moment avec Etienne, vivra aussi toute sa vie sans amour.
Le lieu, comme on a tendance à le constater dans l'oeuvre de Tierno Monénembo, prend souvent le dessus sur les personnages en leur imprimant son mouvement, les entraînant dans un courant impitoyable qui en fait n'est que l'aboutissant de leur propre transformation de la réalité. C'est la philosophie de l'homme transformant le monde qui à son tour le transforme.
Si la volonté de Tierno Monénembo était de redorer le blason des milliers de tirailleurs sénégalais, leur conférer leur juste valeur, il a magistralement réussi sa mission d'écrivain, celle de donner la bouche à « des malheurs qui n'ont point de bouche ». Déjà bien avant lui, Senghor les avait chantés dans un poème devenu parmi ses plus célèbres («Aux Tirailleurs Sénégalais morts pour la France »).
Le terroriste noir, une histoire réelle et romancée, n'est rien d'autre qu'un festival de couleurs, d'humours et d'émotions. Une inoubliable leçon de courage et d'engagement.
Extrait
« Il passa par les sentiers boueux pour éviter les patrouilles et avala sans les sentir les kilomètres qui menaient à la fameuse hutte, l'esprit entièrement tourné vers cet orage en train de noircir et de grossir au-dessus de son nid familial. L'orage allait fondre au milieu d'un ciel paisible, celui de son enfance, plus rien ne pouvait l'empêcher. » p.21
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Missbouquin
  27 novembre 2012
En plein coeur de la Seconde guerre mondiale (oui encore un roman sur ce thème, la rentrée en est pleine !), les habitants d'un petit village des Vosges découvrent un soldat « nègre » réchappé de la débâcle de 1940. Ce Guinéen, adopté en France à l'âge de 13 ans, va faire sensation auprès des villageois.
« Il y a un nègre dans la rue Jourdain
- Et qu'est-ce qu'il fait là, ce nègre ?
- Rien, il est juste en train de mourir. »
Petit à petit, il s'intègre à la vie du village, séduit. Et puis, en 1942, il entre dans la Résistance, créant le premier maquis des Vosges, et entraînant avec lui quelques-uns des habitants. Véritable diable noir, les Allemands le pourchassent et l'appellent « le terroriste noir », « der schwarze Terrorist ! »
Le roman se construit comme un monologue répondant à un interlocuteur imaginaire, qui serait le neveu d'Addi Bâ, venu visiter le village en question alors que ce dernier veut rendre hommage à son « nègre » en donnant son nom à une rue … Une décision qui permet à la narratrice de revenir sur l'histoire d'Addi Bâ, rétrospectivement, jusqu'au jour où il a été trahi … Une décision qui ravive les tensions existant alors dans le village … Germaine, nièce adoptive, amoureuse, admirative de ce grand Noir, raconte le village, ses querelles, ses petites sournoiseries et cet étonnant personnage, qui a marqué à jamais sa vie et l'histoire des siens. Pas de long portrait mais une esquisse en creux, à travers les propos de Germaine.
« Il n'aura passé que trois ans avec nous, seulement trois ans, mais maman déclarait qu'elle avait l'impression qu'il était là depuis toujours, à notre insu, un peu comme ces nuages qui se forment sous vos yeux alors que vous vous demandez d'où ils ont bien pu sortir. »
A partir de la vie de ce soldat peu ordinaire, Tierno Monemembo crée une figure romanesque fascinante, insaisissable, un peu agaçante mais finalement terriblement attachante. Il rajoute une touche de couleur au coeur d'un village traditionnel déjà bouleversé par la guerre. Il les pousse à l'action, avec sa gouaille toute africaine.
En bref, un beau cocktail historique et romanesque, qui en fait une oeuvre originale, à la fois drôle, émouvante et poétique.
Pour en savoir plus sur Addi Bâ, vous pouvez vous rendre sur ce site, réalisé par un passionné.
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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JeanPierreV
  14 mars 2017
Addi Bâ est un jeune guinéen soldat de l'armée française, l'un de ces "tirailleurs sénégalais". Fait prisonnier par l'armée allemande lors de la bataille de la Meuse il s'évade et rejoint les forêts des Vosges où il erre et se cache..Il n'est pas l'un de ces coloniaux arrivés en France depuis leur Afrique natale à la veille de la guerre. Il a été adopté à l'âge de treize ans par un percepteur des impôts qui officiait à Conakry.... Parce qu'il était noir il fut affecté à l'un des régiments de chair à canon, les tirailleurs sénégalais...Dans l'armée française, on ne mélangeait pas les couleurs, à cette époque. "Sitôt la guerre terminée, on les jette comme des Kleenex usagés, [...] Plus personne de pense à eux après! [....] avec un coup de pied au cul, les poumons en sang et les jambes en moins ; abrutis, sous-gradés, absents des citations et des monuments aux morts, et avec ça, un pécule inférieur de dix fois à celui de leurs collègues blancs."
Retrouvé par hasard par les habitants, qui voient pour la première fois un "nègre", il parviendra à créer un réseau de résistance, le maquis "Délivrance" qui compta plus de cent cinquante combattants. Son arrivée au village bouleversera les habitudes des habitants de Romaincourt qui le recueillirent, et le logèrent.
Arrêté sur dénonciation, semble t-il, le "Terroriste noir", comme le surnommaient les allemands, sera fusillé par l'armée nazie et décoré à titre posthume par le gouvernement français, mais seulement soixante ans plus tard.
A partir d'une histoire vraie, Tierno Monénembo construit un roman surprenant et parfois un peu déroutant : une vieille femme raconte la vie de cet homme, la vie du village en 1943 au neveu d'Addi Bâ venu d'Afrique recevoir la médaille remise au résistant fusillé.
Une narration qui reprend des bribes de vie, racontées au hasard, pas toujours chronologiques, un souvenir en appelant un autre. A nous lecteurs de reconstituer l'histoire. Addi Bâ a réussi à se faire adopter par le village, malgré sa religion, il était musulman, ne mangeait pas ce cochonnaille, ne buvait pas la gnôle de mirabelle...Il brodait avec les femmes dont il savait se faire désirer et aimer...Il courrait la campagne dans son uniforme, disparaissait pendant plusieurs jours sur son vélo. le curé ne l'aimait pas. Il mena cette vie pendant trois ans, au nez et à la barbe de l'armée allemande, allant recruter des jeunes hommes dans les Chantiers de Jeunesse mis en place par Pétain.
Il fit l'admiration de tous et même une gamine la "Pinéguette", persuadée d'être sa fille, fit tout afin que le gouvernement français reconnaisse les mérites de ce brave.
Livre surprenant, car il nous replonge dans ce racisme de la nation française, qui n'avait rien à envier à la nation allemande...toutes deux avaient leurs sous-hommes, certes à des degrés divers. Surprenant et attachant, car il nous révèle un fait historique méconnu : la création d'un maquis par un noir, un nègre,comme on disait à l'époque, et ceci au coeur d'une région rurale, et traditionnelle et nous faisant partager l'atmosphère de l'époque, ses restrictions, ses secrets, ces jalousies et haines villageoises . Surprenant et révoltant surtout, parce qu'il faudra attendre soixante ans avant que les mérites de cet homme soient reconnus et récompensés par l'État français..
Une belle découverte

Lien : https://mesbelleslectures.co..
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Soune
  07 octobre 2012
Modestement présenté via sa couverture blanche bordée de rouge, ce livre happe le regard. Cette couverture n'est pas commune. le livre non plus.
J'ai ouvert la première page. Quelle ne fut ma surprise de retrouver une citation de Léopold Sédar Senghor! J'avais découvert cet homme extraordinaire à l'âge de 17 ans et j'avais fondu via un de ses poèmes. « L'art du sensible » m'étais-je dis en tentant de le résumer. Et pourtant, mis-à part Rimbaud, ma sensibilité à la poésie est assez limitée à mon goût. Une force s'est tout de suite emparée de moi. Les mots se sont mis à m'envahir. J'ai commencé à devenir lyrique. Mon coeur s'est emballé et j'ai commencé à écrire ce que ça m'inspirait :
« A tous ces inconnus qui nous permettent d'exister, à tous ces délaissés vers qui on ne revient jamais, merci de nous avoir amené vers la vie. Un peuple que l'on oublie est un peuple mort. Un peuple qui se souvient est un peuple promis à un grand avenir. »
Je ne me suis pas trompée. Tout au long de la lecture, j'ai senti mon coeur pulser plus fortement. Après avoir tourné la dernière page, j'ai eu besoin de m'asseoir. Cette histoire vraie mais romancée m'a chamboulée. Tierno Monénembo est un virtuose de la sensibilité.

Mon avis :
Nous sommes en pleine seconde guerre mondiale. Un père et son fils partent cueillir des champignons. En lisière de forêt, le fils pousse un cri, « le cri de sa vie ». Il vient de rencontrer un homme de petite taille, avec des habits de tirailleurs tâchés de boue. Il est noir. C'est le premier homme noir qu'il rencontre.
Le nègre, comme on l'appelle, c'est Addi Bâ, un jeune Guinéen adopté en France à l'âge de 13 ans suite au conseil prodigué par un devin bambara à son père. A l'âge adulte, il est affecté dans le 12e régiment des tirailleurs sénégalais. Capturé après la bataille de la Meuse, Addi Bâ s'évade. Il erre un long moment avant d'être recueilli par les habitants du village de Romaincourt. Son arrivée bouleverse les habitudes des villageois lorrains. Il faut dire qu'"avant son arrivée, personne n'avait vu de nègre…"
Germaine, une fille du village, raconte cette histoire au neveu d'Addi Bâ, venu d'Afrique pour recevoir la médaille de la Résistance que le gouvernement français lui accorde enfin, à titre posthume . Au village, Addi Bâ fascine.Il séduit les femmes qui se mettent à désobéir à leurs maris, les fils qui rêvent de devenir résistants. Il intrigue car il brode en compagnie d'une femme, il a des goûts culinaires particuliers, c'est un héros pour les autres mais il ne l'est pas pour la narratrice, il est devenu un membre à part entière de la famille Tergerosse : « comme s'il était un neveu, un oncle, voire le fondateur du clan.» Mais, pour la narratrice, il incarnera toujours l'amour. Addi bâ lui avait en effet offert son fiancé mais son fiancé est mort. Il incarnera toujours l'amour qu'elle n'a jamais vécu, précise-t-elle. Difficile de le décrire, n'est-ce pas? Normal, répond la narratrice :« La vie d'un tel homme ne se résume pas Monsieur : trop vaste, trop sinueuse, trop incompréhensible, un vrai fleuve ! ». Et puis, en 1942, il entre dans la résistance et crée le premier maquis vosgien :"Délivrance". Surnommé le terroriste noir par les Allemands, il est arrêté et exécuté le 18 décembre 1943 à Epinal. On ne saura jamais qui l'a dénoncé.
En définitive, tous les personnages sont pitorresques. "La Pinéguette »,par exemple, se croit la fille d'Addi Bâ. Pionnière du féminisme, femme au passé sombre et qui n'annonce rien de bon devient la meilleure alliée de la réhabilitation d'Addi bâ car c'est grâce à elle que le gouvernement français va s'intéresser à ce héros inconnu de la Résistance. Yolande, l'institutrice du village, entretient avec Addi bâ une relation « chaste, douloureuse et passionnée ». Elle l'appelle, naturellement, « mon fils ». Il l'appelle, naturellement, « maman ».
Cette histoire nous est racontée de manière surprenante, comme s'il mêlait plusieurs styles ou plusieurs traditions. On a parfois l'impression d'un conte que l'on écoute le soir au coin du feu, entre humour et poésie, joie et déplaisir, émotion et horreur, pour mettre au centre du récit le mythe d'un exilé. Comme l'auteur, nous aussi, on se sent presque nostalgique d'un passé qui est le sien face à un traumatisme politique africain qui n'est pas le nôtre, face à une injustice française qui nous appartient. le passé est troublant. Son passé, notre passé…Je ne peux m'empêcher de penser à nouveau à Léopold Sédar Senghor. Tout comme Senghor, on a envie en lisant le Terroriste noir de prôner nous aussi une civilisation de l'Universel, d'unir les hommes et les cultures différentes où le mot d'ordre est partage. Plus de guerres. Plus d'exclusion. Non ! « Chanter la bravoure des morts, c'est essuyer les larmes des vivants », écrit l'auteur.
Parfois, on se surprend à rêvasser tant l'auteur nous perd un peu dans les détails. Pourtant, ce n'est pas grave. On se surprend à aimer ça, malgré tout. L'histoire romanesque qu'a tissée Monénembo est écrite si merveilleusement bien qu'on ne veut pas en perdre une miette: on rit, on s'émerveille devant la profondeur de certains propos, on est ému, on se questionne, on s'insurge…
En romançant la vie d'un résistant africain en Lorraine, on tombe sous le charme de cet homme inconnu aux multiples facettes, de ces lorrains qui ne savent pas faire face la guerre, de cette histoire inconnue qui est nôtre. Une oeuvre qui aurait certainement plu à Léopold Sédar Senghor. Une oeuvre de la trempe de Léopold Sédar Senghor et, pourtant, c'était un grand Monsieur comme on en rencontre peu. Addi bâ aussi.
Merci, Monsieur Monénembo.

Lien : http://aupetitbonheurlapage...
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critiques presse (6)
Bibliobs   26 novembre 2012
Émouvant et cocasse avant de tourner à la tragédie[…], «le Terroriste noir» est une superbe fable humaniste.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LesEchos   23 octobre 2012
Ce roman restera comme leur émouvant monument. […] Les paragraphes courts imposent au texte un rythme lent et régulier, une respiration. Le souffle du conteur.
Lire la critique sur le site : LesEchos
LeSoir   15 octobre 2012
Un beau roman […] construit sur des fondations réelles avec des détails, des regards, des percées vers un imaginaire susceptible de mieux éclairer le destin d’Addi Bâ.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Lhumanite   08 octobre 2012
C’est l’épopée de cet être d’exception, le seul « tirailleur sénégalais » devenu chef d’un réseau de la Résistance, que Tierno Monénembo nous relate dans un récit à la complexité harmonieuse.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Culturebox   03 octobre 2012
Le récit fait par Tierno Monénembo prend des libertés avec l'histoire. C'est très touffu et on s'y perd parfois. Mais qu'importe, la dimension romanesque de la vie de Addi Bâ est servie par l'enthousiasme de l'auteur, son écriture vivante, la drôlerie de certaines pages, la profondeur et la beauté de certaines phrases.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Lexpress   14 septembre 2012
L'auteur, Prix Renaudot 2008, signe un texte en forme d'hommage aux oubliés de l'Histoire, à la fois drôle, émouvant et poétique.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
littleonelittleone   30 septembre 2012
La femme c'est l'atelier du bon Dieu, disent vos sages de là-bas. Toucher à la femme enceinte, c'est souiller la demeure d'Allah, c'est briser l'ordre de l'Univers
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MissbouquinMissbouquin   27 novembre 2012
« Il y a un nègre dans la rue Jourdain
- Et qu’est-ce qu’il fait là, ce nègre ?
- Rien, il est juste en train de mourir. »
Commenter  J’apprécie          510
michelekastnermichelekastner   22 avril 2013
Au temps de votre oncle, il était juste assez grand pour porter des culottes courtes, ce colonel Melun, mais peu après, il avait fait ses classes à Diên Biên Phu et en Kabylie. Et il y en avait là-bas aussi, des tirailleurs, comme il y en avait déjà dans les tranchées de 14 et dans les cuirassés de Froeschwiller en 1870. Le colonel avait longuement côtoyé ces braves Africains, ces chairs à canon, pour mesurer leur loyauté et leur courage. Cela lui faisait mal au coeur qu'on les eût à chaque fois renvoyés dans leur brousse avec un coup de pied au cul, les poumons en sang et les jambes en moins ; abrutis, sous-gradés, absents des citations et des monuments aux morts, et avec ça, un pécule inférieur de dix fois à celui de leurs collègues blancs.
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cocacoca   11 juin 2013
Ca ne tient à rien, une vie, et c'est pour cela que chacun se bat tant pour sauver la sienne.
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kathelkathel   18 décembre 2015
Par petites touches, sur des années et des années, à la manière d’une photo qui se révèle, il s’est dégagé de la gangue du mystère pour se manifester dans sa totalité. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’il m’apparaît vraiment, soixante ans après sa mort. Je peux enfin fixer les détails de son physique et énumérer sans me tromper les traits de son caractère.
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Videos de Tierno Monénembo (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Tierno Monénembo
La grande librairie 13/12/2012 sur France 5, François Busnel reçoit Tierno Monénembo pour Le terroriste noir aux Ed. Albin Michel, coll. Les Belles Lettres
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