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Montaigne : Essais - Flammarion tome 2 sur 3
EAN : 9782080702111
510 pages
Flammarion (07/01/1993)
4.28/5   90 notes
Résumé :
Édition présentée et commentée par Marie-Madeleine Fragonard, professeur de littérature française à l'université de la Sorbonne Nouvelle (Paris III)

Personne, avant lui, n'y avait pensé. Se chercher, visiter, explorer le pays le plus proche et le plus mystérieux : soi-même. En " s'essayant " ainsi, Montaigne découvre un homme nonchalant et rêveur qui doute, agit, rêve, s'amuse. Ce voyageur, ce diplomate, ce soldat, dans l'intimité de sa " librairie " ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
[Remarques de 2015] Comment se risquer à "critiquer" Montaigne ? Eh bien, lui-même, au long de ses Essais, nous y encourage, lui qui dresse le bilan critique de deux mille ans de culture gréco-latine, de méditation, de philosophie, et passe ses livres au crible de la vie, et l'inverse. Comme son style est extrêmement personnel, qu'il l'a forgé sur mesure, il est l'un des auteurs les plus difficiles à lire du XVI°s (il suffit de le comparer à ses contemporains Marguerite de Valois ou Jean de Léry). Aussi a-t-il besoin d'être glosé, expliqué et paraphrasé, plus que d'être traduit en français moderne : mais l'on ne doit pas hésiter à le lire dans des versions modernisées ("translatées" comme on dit), ou présentées par extraits en version "bilingue". Ces ouvrages habitueront le lecteur à la langue de Montaigne, à ses tours, et lui donneront le goût de sa fréquentation.

Le premier tome des Essais est fait de courts chapitres sur des sujets variés, qui prouvent que rien n'échappe au miroir de la pensée, jusqu'aux odeurs corporelles ou les habits. On ne sait pas où il nous mène, ou s'il nous mène quelque part, mais la promenade avec lui est plus heureuse que n'importe quel lourd traité savant. Les chapitres de ce second tome poursuivent cette pratique de la brièveté, mais on tombera aussi sur le traité nommé "Apologie de Raimond Sebond", où, pour son père et à sa demande, Montaigne écrit, annote et commente un livre théologique par lequel se pose la question de savoir si l'homme, par lui-même, peut connaître Dieu. Question bizarre pour un moderne, mais qui, à la réflexion, nous concerne bien plus qu'il n'y paraît. Une masse considérable d'informations se trouve dans ce tome II, mais aussi, pour la première fois dans l'entreprise des Essais, une sorte d'autoportrait intellectuel de l'auteur.

Relecture de septembre 2022.
Un des inconvénients de l'école traditionnelle, c'est qu'elle ne donnait à lire Montaigne que par brefs extraits, sans jamais offrir la possibilité de le suivre tout au long d'un chapitre. Cela affectait, bien sûr, l'expérience des élèves, mais aussi celle des professeurs, souvent mal préparés. Cette question scolaire est définitivement réglée aujourd'hui, par le remplacement des contenus transmis et l'abolition des vraies humanités, mais il peut rester des lecteurs désireux de se plonger dans les Essais, et en particulier dans ce livre II.

Le livre II des Essais de Montaigne est fait de chapitres brefs placés au début et à la fin, au milieu desquels est enchâssé un très long texte de près de trois cents pages, l'Apologie de Raimond Sebond. Ce long développement philosophique sur l'inaptitude de la raison humaine à concevoir ce qui l'entoure, d'après Plutarque, Cicéron et les Pyrrhoniens, sera médité par Pascal, puis, au XVIII°s, par Voltaire et Diderot, entre autres. Cette profession de foi sceptique est placée sous le signe du père de l'auteur, à qui Montaigne dédia, en 1569, sa traduction de la Théologie Naturelle de Raimond Sebond. le père de Montaigne, d'ailleurs, apparaît plusieurs fois dans ce livre, dans des chapitres comme "De l'affection des pères aux enfants" ou encore "De la ressemblance des enfants aux pères", et en mille autres endroits.

Est-il possible d'aborder le livre II des Essais sans préparation ? Je ne le crois pas. Il y a d'abord la question de la langue, que d'ailleurs il faut relativiser : c'est la pensée de l'auteur qui est complexe, et un passage difficile du texte original reste difficile dans une version modernisée. Il faut être patient, prendre son temps, aimer être surpris, lire les notes, bref être humble face au texte : cela ne s'apprend qu'après de longues études. Enfin, il est nécessaire d'oublier la bête fierté d'être des modernes pour se colleter à de vieilles idées, à des conceptions préscientifiques, à une culture gréco-latine omniprésente que l'on nous a fait soigneusement méconnaître et oublier. C'est à ce prix, celui d'une conversion intérieure, que l'on aura accès au trésor inépuisable que Montaigne offre à chacun de nous, si nous en voulons bien.
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Bref. C'était fatal, j'ai enchaîné avec le livre second (sic)(il y en a un troisième)

Une question pour celles ou ceux arrivés jusqu'ici : dans le livre II chapitre deux, Montaigne raconte une anecdote sur une dame, ressemblant vraiment beaucoup à la nouvelle La marquise d'O. (wiki, je viens de vérifier, précise que c'est peut-être une source d'inspiration de V Kleist)

Parfois je retrouve des passages dont j'avais entendu parler ailleurs, par exemple le chapitre VI, de l'exercitation, où Montaigne étudie comment il a frôlé (involontairement) la mort, suite à une chute de cheval."Pour s'aprivoiser à la mort, je trouve qu'il n'y a que de s'en avoisiner.(...)Ce n'est pas ci ma doctrine, c'est mon estude; et n'est pas la leçon d'autruy, c'est la mienne."

D'ailleurs cette question de la mort, du courage face à la mort, etc. revient assez souvent chez Montaigne, y compris cette maladie de la pierre, il en parle plusieurs fois, et je crois me souvenir qu'il en est mort (et douloureusement).

Chapitre VIII : de l'affection des peres aux enfans . "La plus saine distribution de noz biens en mourant me semble estre les laisser distribuer à l'usage du païs. Les loix y ont mieux pensé que nous; et vaut mieux les laisser faillir en leur eslection que de nous hazarder temerairement de faillir en la nostre."
Voilà qui me parle, après conversation avec une amie dont la famille lui a tourné le dos et qui aimerait bien ne pas laisser son argent à ses enfants. Pour l'instant, elle le dépense! Les cas de lois différentes dans les pays différents n'est pas abordée. (clin d'oeil à l'actualité)

Chapitre X : Des livres. Ah mais c'est que de nos jours Montaigne aurait pu tenir un blog!
La comparaison de l'Eneide et du Furieux : "Celuy-là, on le voit aller à tire d'aisle, d'un vol haut et ferme, suyvant tousjours sa pointe; cettuy-ci voleter et sauteler de conte en conte comme de branche en branche, ne se fiant à ses aisles que pour une bien courte traverse, et prendre pied à chaque bout de champ, de peur que l'haleine et la force luy faille."
Ses chouchous :Seneque et Plutarque. "Il ne faut pas grand entreprinse pour m'y mettre; et les quitte où il me plait." "Celuy là vous échauffe plus et vous esmeut ; cettuy-cy vous contente davantage et vous paye mieux. Il nous guide, l'autre nous pousse." p 421
Merci à vous, je n'ai plus qu'à ressortir Seneque de ma PAL (un achat bourse aux livres)

De plus en plus fort, je vous le disais!(p 427)
"Pour subvenir un peu à la trahison de ma memoire et à son defaut, si exteme qu'il m'est advenu plus d'uen fois de reprendre en main des livres comme recents et à moy inconnus, que j'avoy leu soigneusement quelques années au paravant et barbouillé de mes notes, j'ay pris en coustume, depuis quelque temps, d'adjouter au bout de chasque livre (je dis de ceux desquels je ne me veux servir qu'une fois) le temps auquel j'ay achevé de le lire et le jugement que j'en ay retiré en gros, afin que cela me représente au moins l'air et Idée generale que j'avois conceu de l'autheur en le lisant."
Ensuite il donne ses notes sur Guicciardin (inconnu!), puis Philippe de Comines et Du Bellay.
Montaigne se serait-il inscrit sur Goodreads?

Le gros morceau de ce livre (180 pages!!!) c'est l'Apologie de Raimond Sebond, dont j'ignorais complètement tout (chapitre XII)
"L'étude de Raimond Sebond, théologien catalan qui vécut à la fin du XIVe siècle et au début du XVe, marqua profondément la pensée de Montaigne : cette influence se mesure à la place que l'Apologie occupe matériellement, intellectuellement et spirituellement au centre des Essais. Montaigne est-il le souriant épicurien que nous présente une vieille tradition? Est-il un attentif collectionneur d'anecdotes curieuses? Est-il le premier en France qui ait livré sur un individu singulier des confidences singulières? Certes il est tout cela. Mais il est aussi, dans son insaisissable subtilité, tout autre encore : au coeur secret de sa variété et de sa variabilité se cache une méditation qui confère aux Essais la troisième dimension de leur espace, celle de la profondeur ; c'est elle que dévoile sous ses voiles l'Apologie de Raimond Sebond."

Là j'ai commencé à me dire : "Lis du mieux que tu peux, profite, comprends ce que tu peux, un jour tu reliras cette apologie - et tous les essais- tranquillement, sans doute en version français d'aujourd'hui."

J'ai donc pris quelques notes, sans prise de tête, et voilà, j'ai continué.

Donc voilà ça parle de religion, au début, puis encore un peu après. J'en profite pour préciser que Montaigne vivait à une époque de guerres de religion. Il prend sans doute des précautions, tout en disant ce qu'il pense.
Puis le voilà qui part sur les hommes et les animaux, avec des idées parfaitement modernes.
Le célèbre passage : "Quand je jouë a ma chatte, qui sçait si elle passe son temps de moy plus que je ne fay d'elle?" (p 460)
Jolie image

"Il est advenu aux gens véritablement sçavants ce qui advient aux espics de bled: ils vont s'eslevant et se haussant, la teste droite et fiere, tant qu'ils sont vuides; mais,quand ils sont pleins et grossis de pain en leur maturité, ils commencent à s'humilier et à baisser les cornes."

J'ignore qui étaient ces pyrrhoniens, mais Montaigne les traite avec ironie.
"Ils ne mettent en avant leurs propositions que pour combattre celles qu'ils pensent que nous ayons en nostre creance. Si vous prenez la leur, ils prendront aussi volontiers la contraire à soustenir: tout leur est un; ils n'ont aucun chois.Si vous etablissez que la nege soit noire, ils argumentent au rebours qu'elle est blanche. Si vous dites qu'elle n'est ny l'un ny l'autre, c'est à eux à maintenir qu'elle est tous les deux. Si, par certain jugement, vous tenez que vous n'en sçavez rien, ils vous maintiendront que vous le sçavez."

"Un ancien à qui on reprochoit qu'il faisait profession de la Philosophie; de laquelle pourtant en son jugement il ne tenoit pas grand compte, respondit que cela, c'estoit vraymant philosopher."(p 524)

"Fiez vous à votre philosophie; vantez vous d'avoir trouvé la feve au gasteau, à voir ce tintamarre de tant de cervelles philosophiques!"(p529)

Et le chapitre XV du livre, Que nostre desir s'accroit par la malaisance, ce passage intéressant mais un peu long, ce qui fait que pour donner repos à vos yeux (et à mon correcteur orthographique), je vais résumer
En cette période de guerres civiles, certains craignaient les assaillants et prévoyaient de fortifier leur maison. Mais point Montaigne. Pensant que des assaillants n'en tirant nulle gloire à en tirer éviteraient de l'attaquer. Que de toute façon l'on ne peut se barricader de partout, et que les assaillants inventent toujours du plus efficace. Et puis ça coûte cher. Et puis un valet à l'intérieur peut se révéler d'un autre parti.
Bref, la méthode était bonne, et la demeure de Montaigne n'a pas été assaillie.

Page 67, chapitre XVII, le voilà parlant de Marie de Gournay, "ma fille d'alliance", avec grande affection. On lui doit la première édition posthume des essais, et la préface.

Chpitre XVIII : Il pense modestement de ses écrits
"J'empescheray peut-estre que quelque coin de beurre ne se fonde au marché."

Terminons (il reste un livre troisième) avec le chapitre XXXVII, de la ressemblance des enfans aux peres, où il évoque les douleurs cruelles qu'il ressent depuis "dix-huict mois ou environ" (calculs rénaux , dont a aussi souffert son père)

Au début il rappelle comment il écrit, chez lui, quand il a du temps, sans corriger ou ôter, mais en ajoutant, en diversifiant, en représentant le 'progrès de ses humeurs.' (un valet secrétaire en a d'ailleurs volé une partie. "Cela me console, qu'il n'y fera pas plus de gain que j'y ai fait de perte."
Lien : http://enlisantenvoyageant.b..
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Ce deuxième livre est structuré autour de l'essai XII, Apologie de Raimond Sebond, essai qui a probablement inspiré Pascal, car Montaigne y fait en quelque sorte le pari de Dieu. En pleine période de guerre civile entre Catholiques et Protestants, il en appelle à la raison et au choix de l'ordre et de la concorde. Pour Montaigne, si l'on commence à remettre en cause l'Eglise catholique, on s'aventure dans un terrain instable et dangereux qui peut pousser à l'athéisme.
On sent Montaigne souvent interloqué par son époque. Et bien que sa tolérance et son ouverture d'esprit soient remarquables dans ce XVIe siècle tumultueux et sanguinaire, il n'en reste pas moins ancré dans une tradition aristocratique moyenâgeuse: respect de la hiérarchie, des ordres et des valeurs de la noblesse qui transparaît dans son admiration pour les faits d'arme ou les chefs de guerre (Alexandre le Grand, César, Epaminondas). Enfin, une misogynie marquée qui réduit les femmes à des écervelées dangereuses et hystériques, un peu nymphomanes sur les bords...

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vraiment sympa d'avoir accès directement au texte.
Guy de Pernon a consacré 5 ans à cette translation en français actualisé.

Seul regret, c'est pas rempli de notes, d'éclairage des chapitres comme c'était le cas de l'Aristophane de Debibour ou les Fables de Lafontaine par Fumaroli ou le Pestipon.
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la sagesse espérée
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Citations et extraits (69) Voir plus Ajouter une citation
... je ne hais point les fantaisies [opinions] contraires aux miennes. Il s'en faut tant que je m'effarouche [loin de m'effaroucher] de voir de la discordance de mes jugements à ceux d'autrui, et que je me rendre incompatible à la société des hommes, pour être d'autre sens et parti que le mien ; qu'au rebours, (comme c'est la plus générale façon que nature ait suivi, que la variété, et plus aux esprits qu'aux corps - d'autant qu'ils sont de substance plus souple et susceptible de formes) je trouve bien plus rare de voir convenir nos humeurs et nos desseins. Et ne fut jamais au monde deux opinions pareilles, non plus que deux poils, ou deux grains. Leur plus universelle qualité, c'est la diversité.

II, 32, De la ressemblance des enfants aux pères, fin du livre II.
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Notre esprit est un outil vagabond, dangereux et téméraire ; il est malaisé d'y joindre l'ordre et la mesure ; de mon temps ceux qui ont quelque rare excellence au-dessus des autres, et quelque vivacité extraordinaire, nous les voyons quasi tous débordés en licence d'opinions et de moeurs : c'est miracle s'il s'en rencontre un rassis [tempéré] et sociable. On a raison de donner à l'esprit humain les barrières les plus contraintes qu'on peut. En l'étude, comme au reste, il lui faut compter et régler ses marches, il lui faut tailler par art les limites de sa chasse. On le bride et garrotte de religions, de lois, de coutumes, de science, de préceptes, de peines, et récompenses mortelles et immortelles ; encore voit-on que par sa volubilité [inconstance] et dissolution, il échappe à toutes ces liaisons. C'est un corps vain, qui n'a pas par où être saisi et assené [conduit à un but] : un corps divers et difforme, auquel on ne peut asseoir noeud ni prise. Certes il est peu d'âmes si réglées, si fortes et bien nées, à qui on se puisse fier de leur propre conduite, et qui puissent avec modération et sans témérité, voguer en la liberté de leurs jugements, au-delà des opinions communes. Il est plus expédient de les mettre en tutelle.

II-12, Apologie de Raimond de Sebonde, p. 868
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[Prendre des notes]
Pour subvenir un peu à la trahison de ma mémoire, et à son défaut, si extrême qu'il m'est advenu plus d'une fois de reprendre en main des livres comme récents et à moi inconnus, que j'avais lus soigneusement quelques années auparavant, et barbouillés de mes notes, j'ai pris en coutume depuis quelque temps d'ajouter au bout de chaque livre (je dis de ceux desquels je ne me veux servir qu'une fois) le temps auquel j'ai achevé de le lire, et le jugement que j'en ai retiré en gros : afin que cela me représente au moins l'air et l'idée générale que j'avais conçu de l'auteur en le lisant.

Des livres, II-10, p. 662
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[Juger les livres qu'on a lus]
Je dis librement mon avis de toutes choses, voire et de celles qui surpassent à l'aventure ma suffisance, et que je ne tiens aucunement être de ma juridiction [qui dépassent peut-être ma compétence, et qui ne sont pas de ma spécialité]. Ce que j'en opine, c'est aussi pour déclarer la mesure de ma vue, non la mesure des choses. Quand je me trouve dégoûté de l'Axiochos de Platon, comme d'un ouvrage sans force, eu égard à un tel auteur, mon jugement ne s'en croit pas [ne se fie pas à lui-même]. Il n'est pas si outrecuidé de s'opposer à l'autorité de tant d'autres fameux jugements anciens qu'il tient [considère comme] ses régents et ses maîtres, et avec lesquels il est plutôt content de faillir [de se tromper]. Il s'en prend à soi, et se condamne, ou de s'arrêter à l'écorce, ne pouvant pénétrer jusques au fond, ou de regarder la chose par quelque faux lustre.

II-10, "Des livres", p. 648.
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Chapitre XXXI. De la colère.

Ceux-ci les châtient quelquefois, dans des transports de colère ; ce n'est plus correction, c'est vengeance. — Combien de fois, par exemple, n'ai-je pas été tenté, en passant dans la rue, de venger, par quelque tour de ma façon, de petits garçons que je voyais écorchés, assommés, meurtris par un père ou une mère en fureur, mis hors d'eux par la colère ; voyez-vous ces brutes, les joues en feu, les yeux dénotant leur rage (et, d'après Hippocrate, les maladies qui nous défigurent sont des plus dangereuses), vociférant à tue-tête contre des êtres qui sortent à peine de nourrice, «dans l'emportement qui les entraîne, elles ressemblent au rocher abrupt qui, perdant son point d'appui, se précipite tout à coup du haut de la montagne (Juvénal) ». Puis, des paroles on passe aux coups, et voilà ces pauvres petits, blessés, assommés, estropiés, sans que la justice s'en inquiète, comme si ces déboîtements et dislocations de membres n'atteignaient pas des créatures faisant partie de la société que nous formons: « On t'est reconnaissant de ce que tu as donné à la patrie un nouveau citoyen, pourvu toutefois que tu le rendes propre à la servir, soit dans la culture des champs, soit dans les travaux de la guerre, soit dans la pratique des arts de la paix (Juvénal). »

Il n'y a pas de passion qui, autant que la colère, porte atteinte à l'équité des jugements. Personne n'hésiterait à punir de mort un juge qui, sous l'empire de ce sentiment, aurait condamné un criminel ; pourquoi donc pères et maîtres d'école ont-ils le droit, quand ils sont irrités, de fouetter un enfant ou de lui infliger tout autre châtiment? Ce n'est plus le corriger, c'est se venger. Le châtiment est en quelque sorte un médicament pour l'enfant; supporterions-nous qu'un médecin s'emporte et se mette en courroux contre le malade qu'il traite ?
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Vidéo de Michel de Montaigne
« Cet épisode a été enregistré avec des adolescents hospitalisés au centre de Jour pour Adolescents « L'entracte » intégré au service de Psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent, de Psychiatrie générale et d'Addictologie à l'hôpital Avicenne de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) situé à Bobigny à l'automne-hiver 2023. le livre lu dans cet épisode est « J'entends des pas derrière moi » de Jo Witek paru aux éditions Nathan.
Avec la participation de Baptiste Montaigne, champion du grand concours national de lecture « Si on lisait à voix haute » 2023 pour le générique, Benoit Artaud à la prise de son et montage.
Remerciements au docteur Taïeb, responsable du Centre de Jour pour Adolescents « L'entracte » intégré au service de Psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent, de Psychiatrie générale et d'Addictologie à l'hôpital Avicenne, à Michèle Sawaya, psychologue, Nancy Andrieu, éducatrice spécialisée, Marc Colaciuri, psychologue, Mohammad Mouma, infirmier, Marie-Lucie Guyard, psychomotricienne, ainsi qu'à Quentin Bardou, comédien.
***
Le Centre national du livre lance un programme en direction des hôpitaux, Mots parleurs, en partenariat avec l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Cette action s'inscrit dans la continuité des actions menées pour transmettre le goût de la lecture à tous et notamment aux publics éloignés du livre. Cette action vise à conjuguer lecture, écriture et mise en voix. Les enfants, adolescents et adultes, en collaboration avec le personnel hospitalier, sont ainsi invités à choisir un livre parmi une sélection, en lien avec la thématique de l'édition 2023 des Nuits de la lecture : la peur. Pour cette première édition 2023, six établissements de l'AP-HP participent. Quatre établissements sont situés en Île-de-France et deux en région (Provence-Alpes-Côte d'Azur et Nouvelle-Aquitaine). le projet se déroule de fin septembre 2023 à début janvier 2024. A partir d'un ouvrage sélectionné avec le personnel hospitalier, les enfants, adolescents et adultes sont amenés à choisir des extraits de textes pour les lire et les commenter. Sur la base du volontariat, Mots parleurs propose ainsi à des groupes de trois à dix patients accompagnés de personnel soignant d'écrire et d'enregistrer leur production, au cours de six ateliers répartis dans différents hôpitaux. Ils débattent pour élire l'ouvrage qui constituera la matière de leur travail. Afin de les guider dans la sélection des extraits, dans la rédaction et dans l'enregistrement du podcast, ils sont accompagnés par un écrivain ou un comédien, ainsi qu'un réalisateur et technicien du spectacle. Ce podcast, d'une vingtaine de minute, est ensuite mis à disposition de tous les patients et personnels soignants de l'AP-HP. »
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