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EAN : 9782246814467
96 pages
Éditeur : Grasset (04/04/2018)
3.8/5   20 notes
Résumé :
"Trois jeunes femmes discutent, non loin de moi:
- Je n'ai jamais couché avec un...enfin tu vois, un Jaune.
-Moi, c'est avec un Noir que je n'ai jamais couché.
-Faut dire qu'ils sont équipés! Les Noires, elles, elles peuvent, elles ont de grands vagins.
- Ah bon?
-Ben oui. C'est comme pour les ...enfin, les Asiatiques. Elles ont des sexes plus courts, c'est prévu pour."
Ce jour-là, j'apprends donc que, comme toutes les Noire... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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nanek
  05 septembre 2020
Tania de Montaigne nous livre son interrogation qu'elle vit et réfléchie depuis l'enfance et sa déconstruction plutôt habile des stéréotypes qui collent à sa couleur de peau.
En rien vindicatif, elle questionne le lecteur sur son propre laissé faire vis à vis de certains dogmes comme l'appropriation culturelle par exemple. Je m'y suis senti pointé du doigt car oui, on se laisse avoir dans une bienveillance peut-être emprunt de racisme inconscient et historiquement distillé...
L'humour renvoi certains "grand philosophes" de la "race noire" dans leurs oubliettes où ils devraient rester, le puant Gobineau ou le sportif qui devrait réfléchir avant de parler Willy Sagnol entre autres exemples bien choisis.
On y découvre aussi des intelligences noires ayant, études scientifiques à l'appui, éveillé les consciences mais malheureusement aussi été censurés, comme William Montague et son étude anthropomorphique comparative de Jessie Owen à ses athlètes contemporains
Le concept de race perd de sa "superbe" dans les mot de cette autrice , telle une ode à la différence et une mise en garde quant aux étiquettes ficelées aux corps.
Lecture à ajouter en complément d'un excellent THEMA d'Arte sur l'esclavage de juillet 2020.
Petit livre à relire de temps en temps, comme rappel essentiel d'une question brulante d'actualité en ce moment "le passé reste leur présent...".
Et encore merci à Tania de Montaigne de me l'avoir offert au salon rue du livre de rennes lors d'une très sympathique et charmante rencontre.
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Baldrico
  15 janvier 2020
Un pamphlet d'une centaine de pages qui renvoie dos à dos racisme et communautarisme, comme les deux faces d'une même pièce.
C'est bien envoyé, percutant.
C'est aussi le récit de la construction de l'identité d'une jeune française à la peau noire, et du regard que les autres portent sur elle du fait de sa couleur de peau et de la nature de sa chevelure. L'identité se construit par le regard des autres, grâce à ce regard ou contre ce regard.
C'est enfin la démonstration que le racisme imprègne toujours nos sociétés. Nous avons ancrée en nous une hiérarchie des peuples fondée sur la couleur de la peau et nous leur accolons des caractères stéréotypé. L'auteur aboutit ainsi à cette définition absurde: "Une Noire est donc un "meuble" Afro qui court vite, nage mal, chante bien et possède un grand sexe." Quand notre essentialisme s'applique aux humains, il chosifie, réduit l'humanité, et la légitimation du meurtre n'est plus très loin.
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de
  11 mai 2018
Les Êtres en majuscules sont toujours des Etranger·es
« Des notions de race et de sexe, on peut dire qu'elles sont de formations imaginaires, juridiquement entérinées et matériellement efficaces », écrit la sociologue Colette Guillaumin dans son ouvrage L'Idéologie raciste.
Il m'a semblé important de commencer par cette citation qui se trouve vers la fin du livre. Je porte un nom aux consonances dites étrangères et souvent on m'interroge sur mon origine (voilà une chose que je partage avec l'autrice). Comme tout le monde, je suis né par hasard quelque part. En France de parent·es français·es… le fil du temps de cette assise territoriale est bien plus court que celui de Tania de Montaigne… Reste que ma peau est considérée comme blanche, que je ne suis ni noir ni Noir (bien que mes grand-parent-es été considéré·es comme schvartze !). Les fantasmes contre le droit du sol, la négation de l'individu·e au nom d'une incorporation « sanguine » ou « génétique » du passé…
« – Et vous, en tant que Noire, qu'est-ce que vous pensez ? ». Et vous en tant que nommé·e-assigné·e-considéré·e comme… qu'en pensez-vous. Ne suis-je donc pas un·e individu·e (bell hooks : ne suis-je pas une femme ? Femmes noires et féminisme).
« J'essaye de me souvenir du temps où je n'étais pas Noire, mais seulement noire, sans majuscule ». Noir comme adjectif et non comme nom. Et les cheveux, en perruque, défrisés, raides ou non, « personne ne se trouve beau à l'adolescence », noirs pour une Noire « qui n'est pas encore sûre d'en être vraiment une » mais qui est nommée comme une chose. La croyance en la majuscule.
Tania de Montaigne parle, entre autres, de l'« appropriation culturelle », de l'« égalité des droits et à l'accès à une citoyenneté pleine et entière », de cette culture devenue « peu à peu clôture, moyen de délimiter l'espace des uns et des autres », de ce qui est plus que nous et qui colle, de la mécanique de « la Race » et de la simplification « on est ce qu'on naît, seul le sang et l'ADN font loi » dans l'oubli de ce que chaque histoire construit, « Avec la Race, s'invente l'idée que, rien qu'en regardant quelqu'un, on sait d'où il est et qui il est ». Mais aujourd'hui on ne dit plus « Race » mais « origine » et le réel n'a toujours pas sa place, et « puisque je ne suis pas blanche, je suis forcément d'ailleurs ».
Tu viens d'où ? en sous-entendant un ailleurs nécessairement autre, « « Origine » est une façon de faire rentrer chacun dans son Groupe, de lui faire réintégrer sa Race ». A chaque fois, un rappel à l'ordre, une remise à sa place, « Voilà, notre château hanté. Voilà les fantômes qui nous habitent. Ils parlent à travers nous, ventriloques invisibles ». Et le souci, le problème : « « Ton problème c'est les Mexicains », « Ton souci c'est les Noirs », « les Arabes », « les Juifs », « les Roms, « les Rohingyas », « les Yézidis » », une liste à n'en plus finir, une liste à exclure, à déporter, à exterminer, « La Race est la mort de l'autre par essence, elle implique la destruction, l'élimination ».
« Alors, tentons une expérience. Faisons un tour dans notre maison hantée, ouvrons les placards, les tiroirs, les dossiers, et regardons la Race en face. Il se pourrait, alors que nous cessions enfin de croire que les Noirs, les Juifs, les Musulmans, et tous les êtres en majuscules existent ».
Dans le livre, au gré des interpellations, l'autrice donnera et complétera la définition en humour de la « Noire », de la « noiraude » à « La Noire est donc un « meuble » Afro qui court vite, nage mal, mais chante bien et possède un grand sexe ».
Je souligne la plongée dans l'histoire, le temps où certain·es n'étaient que des « meubles », les mémoires de Frédérick Douglass Mémoires d'un esclave américain, le Code noir et l'infâme Jean-Baptiste Colbert, dont tant de lycées portent le nom (Louis Sala-Molins et Louis-Georges Tin : Il faut débaptiser les collèges et les lycées Colbert ! ; Louis Sala-Molins : Colbert, l'esclavage et l'Histoire ; La résistance à l'égalité et à la liberté), l'Essai sur l'inégalité des races humaines d'Arthur de Gobineau, le comique faisant son singe, etc. « Intellectuellement restreints, les Noirs, tout comme les Femmes… ». le lointain est si proche. Hier ce que les Noirs avaient en moins, aujourd'hui ce qu'ils auraient en plus (dans le sport, le sexe, etc.), ce passé qui interdit toute mémoire.
Je n'oublie pas les mortifères ritournelles. Ne pas être considéré·e comme un·e français·e (par exemple) aussi « légitime » (« de souche » disent les ultras) qu'un·e autre, et cette sempiternelle proposition de « retourner chez moi ». le « pur » et la « pureté » de la droite extrême (mais pas que d'elle), l'obsession de l'« ennemi caché », de celles et ceux qui « dissimulent leur vraie Nature », de l'« Eternellement Etrangère », d'« un Avant qui n'a jamais existé ».
Il est de nombreux chemins pour rendre compte des assignations, des racismes, des rapports sociaux de racisation. Celui suivi par Tania de Montaigne est à la fois lucide et ludique. Un beau travail d'écrivaine sur ce qui existe et n'existe pas, une invitation à « cesser de croire que les Noirs, et tous les êtres en majuscules, existent ».
Lien : https://entreleslignesentrel..
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Prudence
  09 juin 2020
Ce livre est très bien écrit, le style d'écriture est fluide, agréable, et dans l'ensemble simple à comprendre.
Le fond est très intéressant et j'aurai aimé lire l'autrice plus longtemps (je l'ai lu en 30-40 minutes, c'est court, surtout pour 13€) et en la suivant plus loin dans son raisonnement.

Elle remet en cause la logique des catégories sociales qui font d'un prototype (le Noir, le Juif, la Femme, etc.) une règle applicable à toutes les personnes appartenant à ce groupe. Elle propose de renoncer à la croyance en la Race (pas en tant que concept sociologique mais bien biologique et de groupe uniforme, même si ce n'est pas dit ainsi), de ne plus croire en le Noir, en "les Noirs, et tous les êtres en majuscule" comme on a pu arrêter de croire au Père Noël.
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lecomtee
  28 janvier 2020
Moi qui ai passé toute ma vie à avoir des cheveux "drôles": "Oh c'est drôle on dirait de la mousse" disaient souvent des gens -blancs- en plantant leurs doigts dans ma tête sans y avoir été invités.
Je pense à l'une de mes enfants, claire de peau, blonde à en jalouser les blés en juillet. Elle vient de fêter ses dix ans, l'innocence même, la peau lisse, les yeux bleu azur. Ses origines sont ancrées bien au nord de l'équateur... Bien au nord.
La chevelure a bien épaissi avec les années. Elle est belle, longue, si douce au toucher. Tresses, macarons, chignons... Il a beau être lisse, le cheveu se laisse dompter.
Les copines en raffolent. le crâne de ma fille connait un vrai succès. Au matin, à midi, à 16 heures. Avant, après pendant le cours de gym ou celui d'éveil quand on est en groupes et plutôt rapprochées. Toutes les excuses sont bonnes pour planter "sans y être invité" ses doigts dans la toison dorée. Chaque jour, c'est la même rengaine, elle se défend avec force, répète le même couplet: "Laissez mes cheveux tranquilles", je ne suis pas une poupée".
Quand on expérimente la nouveauté, on s'en émerveille... c'est ce que j'aime à penser. Ma fillette est la seule blonde aux yeux azur de sa classe. Nous avons un jour quitté le Nord pour un Sud plus ensoleillé.
Les expériences que décrit Tania de Montaigne, elles peuvent exister également dans l'autre sens. L'inconnu pose question.
Nous vivons en Afrique, c'est un choix fantastique et assumé. Parfois, pourtant, nous vivons nous aussi nos expériences, tout blanc que nous sommes étiquetés de bien nombreux clichés.
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critiques presse (1)
Lexpress   02 mai 2018
Dans son ouvrage, Tania de Montaigne détruit avec humour les clichés essentialisant de la couleur de peau.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
BaldricoBaldrico   15 janvier 2020
Août 1996. J'ai vingt-quatre ans, je viens d'être embauchée par Canal+ comme chroniqueuse dans l'émission "Nulle part ailleurs". On est à la fin du vingtième siècle et je suis la première noire à faire partie de cette chaîne pas du tout mélangée, qui, pourtant, chaque jour, fait profession de donner des leçons d'ouverture d'esprit. [...] Après une série de vérifications, qui feraient passer la CIA pour une institution laxiste, je suis autorisée à quitter le hall pour gagner le bureau où m'attend une journaliste du Parisien. [...] Nous nous installons, elle me sourit. Sa première question est neutre:
"Êtes-vous contente d'être là, d'avoir rejoint l'équipe?"
Je réponds que "oui", je suis contente.
"Et votre prénom, d'où vient-il?"
Un peu déstabilisée, je dis:
"ça, il faudrait demander à ma mère."
La journaliste sourit. Puis l'étau se resserre.
"De Montaigne c'est beau comme nom c'est un pseudo?
- Non, non.
- Non? Entre nous vous pouvez me le dire, ce n'est pas votre nom. Quel est votre vrai nom?
- Si, si, c'est mon vrai nom, je n'en ai pas d'autre."
Je comprends que la journaliste veut me faire avouer ma véritable identité, mon identité de Noire. Il semble même qu'elle ne soit venue que pour ça. Pas découragée par mes dénégations, elle essaie de me mettre sur la piste, suggérant que mon vrai nom doit sûrement commencer par "N'Quelque chose" ou "M'Queique chose". Elle me propose des patronymes qui correspondent à l'idée qu'elle se fait d'un nom typiquement noir.
"Je croyais avoir entendu quelque chose comme N'doumbé, Ngozi, Mwana... Non?"
Un de ces noms aurait pu être le mien, mais il se trouve que ce n'est pas le cas, ce qui la contrarie beaucoup.
"Ah bon, alors c'est votre vrai nom."Le ton est devenu sec, plus de sourire, le visage s'est fermé. "Vous êtes sûre?"
Même vieux de plusieurs siècles, il me faut encore justifier de la légitimité de mon patronyme. Comme un vêtement volé, cette femme voudrait que je rende mon nom afin de remettre les choses dans l'ordre. "Rends ton nom de Blanc!" semble-t-elle me dire. "Rends ton nom d'emprunt!"
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naneknanek   03 juillet 2020
Le rêve de l'extrême droite, c'est l'idéal du Même, de l'exactement Pareil. Avez-vous remarqué, les mots "pur" et "pureté" sont les plus déclinés dans la langue nationaliste. Ils semblent même n'avoir été inventés que pour elle. Qui rêve de "pureté", à part le fascisme? Qui croit qu'une civilisation peut perdurer sans être mélangée? Les nationalistes rêvent d'un avant qui n'a jamais existé, où tout était simple, où tout le monde se ressemblait. C'est pour retrouver ce paradis perdu qu'ils traquent l'éternel Étranger.
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paulotletpaulotlet   29 février 2020
Et puis Charlottesville, et puis l'attentat de la mosquée de Québec, et puis, et puis, et puis... Des agresseurs de toutes les couleurs, toutes les religions, mais avec un point commun: tous croient à la Race. La Race est la mort de l'autre par essence, elle implique la destruction, l'élimination. Si l'autre est un objet, le tuer n'est pas un problème. "Il faudrait l'enterrer vivante", ai-je lu à mon sujet sur la page d'une militante communautarisme noire. Une femme qui pense que si nous ne sommes pas d'accord, c'est bien la preuve que je ne suis pas une vraie Noire, donc que je suis Blanche, donc que je dois mourir.
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PrudencePrudence   24 août 2020
Si Pouchkine et Dumas sont noirs, alors où va-t-on ? Le Noir comme le Musulman, le Juif, le Jaune… doit être reconnaissable à tout instant. Tout dans sa personne et son identité doit permettre de le distinguer de l’Honnête Citoyen. Si les pistes sont brouillées, c’est la catastrophe.
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PrudencePrudence   09 juin 2020
le Code noir règle la vie des esclaves dans le but d'empêcher leur soulèvement.
"Déclarons les esclaves êtres meubles et comme tels entrer dans la communauté."
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Videos de Tania de Montaigne (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Tania de Montaigne
Publié en 2015 dans la collection "Nos Héroïnes", l'essai de Tania de Montaigne "Noire. La vie méconnue de Claudette Colvin" (Grasset) rend justice au geste de Claudette Colvin, adolescente alors âgée de 15 ans, qui refuse de céder sa place à une femme blanche dans un bus de Montgomery, en Alabama le 2 mars 1955, soit 9 mois avant que Rosa Parks ne devienne un symbole mondial de la lutte pour les droits civiques en faisant la même chose.
Tania de Montaigne immerge son public dans la série d'épreuves que devra traverser la jeune afro-américaine : après avoir été arrêtée par la police, elle décide de porter l'affaire en justice, approuvant du projet de son avocat, Fred Grey qui compte faire remonter l'affaire devant la Cour Suprême des Etats-Unis, est condamnée puis abandonnée par le reste du mouvement.
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Thème : Noire : La vie méconnue de Claudette Colvin de Tania de MontaigneCréer un quiz sur ce livre