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EAN : 978B00GNJQ7KE
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)
3.75/5   10 notes
Résumé :
«Dernièrement je me retirai chez moi, décidé autant que je le pourrais à ne pas me mêler d’autre chose que de passer en repos, en m’isolant, ce peu qui me restait de vie : il me semblait que je ne pouvais faire à mon esprit une plus grande faveur que de le laisser en pleine oisiveté s’entretenir avec lui-même : j’espérais qu’il pouvait désormais le faire plus aisément, devenu avec le temps plus pondéré, plus mûr aussi.»

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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
denis76
  28 novembre 2018
Entre 1572 et 1592, date de sa mort, Montaigne a écrit, quand il en avait le temps, puis repris, et re-repris son oeuvre majeure : les Essais, ensemble de considérations philosophiques, et d'écrits d'introspection sur ses propres réactions, on pourrait dire psychologiques, face à l'adversité, l'épreuve, les épines de la vie. Ici, ce petit livre ne traite que quelques chapitres des premiers livres ( I et II ) des Essais : l'oisiveté, le pédantisme, la cruauté, la fainéantise, la colère.
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« Toute cette fricassée que je barbouille ici n'est qu'un registre des essais de ma vie. » Voilà le style humoristique et agréable de Montaigne sur son oeuvre, inspirée des Anciens à la base :
"Ces Essais ne sont qu'un tissu de traits d'histoire, de petits contes, de bons mots, de distiques, et d'apophtegmes » ( Malebranche ).
Mais pas que, puisqu'il n'arrête pas de blâmer "les têtes bien pleines" dans le chapitre sur le pédantisme !
Il y a beaucoup de réflexions, de pensées dans ces Essais, et d'ailleurs, des philosophes ultérieurs se sont inspirés de Montaigne.
Sur son cas particulier, il dit qu'il a été favorisé par peu "d'épines de la vie", soit qu'il ait hérité du calme de son père, soit qu'il ait eu une saine éducation. On rejoint là l'éternel, mais plus contemporain débat entre l'inné et l'acquis.
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Outre le pédantisme, Montaigne expose beaucoup de considérations sur la mort virile, "la mort debout", comme celle de Socrate, qu'il admire dans les premiers livres. S'appuyant sur Diogène Laërce, Sophocle, Cicéron, Sénèque ou Plutarque, il évoque beaucoup de récits vertueux ( courageux ) de personnages faisant leur métier de gouvernants jusqu'à la dernière limite de leur souffle. La fin de Caton d'Utique ou celle de Moulay sont particulièrement émouvantes et bien racontées.
Montaigne, qui a été un diplomate émérite, ce qui n'était pas évident à cette époque troublée, entre Henri III, le duc de Guise et Henri de Navarre fustige les "conquérants belliqueux".
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Pour lui, la cruauté est le péché capital numéro un. Il ne comprend pas toutes les souffrances et tortures qu'il détaille, que font subir les vainqueurs aux vaincus, les hommes aux animaux, qu'il est bien près de rendre plus Sages que l'homme.
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Enfin, il y a la colère. Il cite des colères antiques mémorables, et parle de son propre cas, surtout à l'égard de ses valets. Des colères qu'il a du mal à maîtriser, malgré sa volonté.
Il fait aussi des colères simulées, et c'est bien dans son caractère : )
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On a du plaisir à lire ce petit livre philosophico-historico-psychologique. C'est, je crois, la première fois qu'un homme fait une introspection. Mais la devise "connais-toi toi-même", reprise par Socrate, n'est-elle pas un bon moyen de devenir meilleur, de s'approcher de la Sagesse ?
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Pour l'anecdote, dans un devoir simulé d'agreg, j'avais fait appel à Montaigne pour dire que, bien avant la "ponte" en didactique Linda Allal, il avait découvert et utilisé les "paliers d'apprentissage pour les élèves", pas trop hauts, pas trop bas, pour passer d'une étape à l'autre : le jury n'a pas aimé : )
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Larsen_Sideral
  01 décembre 2016
Avant d'être un bon auteur, Montaigne incarne surtout le modèle du lecteur idéal. Il parvient à extraire et résumer le plus juteux de ses lectures et il paraphrase les extraits les plus à propos en utilisant des images et de superbes métaphores. Enrichissant et divertissant !
Il est humble, il a de l'humour, et surtout il fait des liens. Il trace un réseau dans toutes ses lectures et dans chacun de ses essais il aborde ceci cela et puis part à la dérive. C'est très souple, erratique, comme le vol d'une abeille. On en comprend pas toujours le mouvement mais on n'en est pas moins piqué au final. Dans l'extrait sur l'oisiveté il dit précisément que celle-ci a tendance à éparpiller sa pensée et j'ai directement fait le rapprochement avec son style très éclaté.
J'ai pris beaucoup de plaisir à dériver avec lui, et je trouve que ses pensées sont imprégnées d'Eternel. Né en 1533, il arrive à distiller des ouvrages antiques, en extraire la substance pure, il y ajoute ensuite son grain de sel, un peu de coriandre, quelques images par-ci par-là, du Sénèque, et il me livre ses réflexions joliment mais simplement emballées, 500 ans plus tard, le noeud à peine défait.
J'ai particulièrement aimé l'idée que la vertu prouve son authenticité devant l'adversité, et que c'est entre autres pour cette raison que Socrate continuait à fréquenter sa femme bien qu'elle soit insupportable, par simple amour des challenges. Sacré Socrate.
« Il ne faut pas arroser l'âme avec du savoir mais bien l'en teindre ». Ça c'est un classique mais sacrément bien formulé. le talent du slogan.
Et puis le petit mot sur les lettres : en gros la littérature, au même titre que la philosophie n'est pas capable de donner de la lumière à l'esprit qui n'en a pas. Montaigne ne mettait pas des gants mais ses claques à mains nues me plaisent. Comme beaucoup de Babéliens, j'aspire à devenir un bon lecteur or il faut absolument que je cultive cette « lumière » en moi, en lisant « les bons livres », et en les lisant bien. Et il est vrai qu'un excellent livre aux mains de quelqu'un « non-vertueux », c'est souvent pire que mieux. Il suffit de penser aux dommages des livres « saints ». Bon par je n'ai pas vraiment retenu comment on l'obtient cette satanée vertu… Peut-être pensait-il qu'il y avait une bonne dose d'inné dans tout ça ce qui n'est pas tellement à mon goût.
L'un des passages que j'ai le plus aimé c'est sur le « Montaigne en colère ». Monsieur s'économise pour ne pas s'essouffler comme un taureau avant la corrida, et si la vengeance est un plat qui se mange froid, Montaigne sert ses châtiments surgelés.
Non vraiment le style et la forme dans leur ensemble sont formidables, je lirai le reste des essais et avant de sombrer dans le sommeil je voulais juste rajouter une perle qui vient tout droit de ce petit fripon : « je m'adonne à quelques vices mais j'en fuis d'autres autant qu'un saint pourrait le faire ».
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Henri-l-oiseleur
  28 mai 2018
De nombreux éditeurs ont pris sur eux de publier des chapitres tirés des Essais de Montaigne, "translatés", comme on dit, en français contemporain. Ces translations (et non traductions), font la part belle au sens, au message de l'essai, au détriment de sa langue, qui n'est pas qu'un instrument neutre et passif, mais une source de signification et de grand plaisir. Montaigne lui-même ne croyait pas qu'il resterait lisible pour les générations à venir, tant le français changeait vite à son époque : aussi n'eût-il peut-être pas désapprouvé ces translations.
Folio Sagesses a fait le choix de cinq essais de longueur inégale : sur l'oisiveté, sur le pédantisme, sur la cruauté, contre la fainéantise et sur la colère. Tirés des livres I et II des Essais, ils sont toutefois raisonnablement, non excessivement longs, et surtout suivent une ligne logique repérable, car l'auteur n'a pas encore adopté son allure "à sauts et à gambades", et à digressions, du livre III.
On devra cependant tenter de replacer ces chapitres dans leur contexte, et leur lecture demande réflexion. La translation ne fait pas tout.
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Carotte
  03 juin 2008
Ce livre m'a donné l'envie de lire à haute voix avec mon ami. C'est comme ça que nous avons lu la moitié des Harry Potter. Nous partagions le stress de la situation et nous inventions des suites ensemble. La lecture à haute voix a enrichie l'histoire puissance 10.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
denis76denis76   28 novembre 2018
La colère l'agite avec une telle violence et une telle fureur [ comme lorsque le bois enflammé fait un grand bruit sous les flancs d'une chaudière d'airain, et que l'eau bouillonne sous l'action de la chaudière, la masse liquide, furieuse et fumante, fait rage et déborde ; elle ne se contient plus ; une épaisse vapeur s'élève dans les airs. ]

NDL : Montaigne prend une belle image de Virgile pour illustrer "la colère".
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denis76denis76   27 novembre 2018
Le savoir est moins estimable que le jugement.


NDL : je remplace "jugement" par "discernement" ou "pensée", car "jugement" m'incommode.
Cette phrase correspond, il me semble, à la tête "bien faite", qu'il évoque ailleurs dans Les Essais.
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Laura94Laura94   05 février 2015
Nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire et nous laissons l'intelligence et la conscience vides. De même exactement que les oiseaux vont quelquefois à la recherche du grain et le portent à leur bec, sans le goûter, pour en faire la becquée à leurs petits, de même nos pédants ne cessent de gaspiller la science dans les livres et ne la logent qu'au bout de leurs lèvres pour la dégorger seulement et la mettre au vent.
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denis76denis76   27 novembre 2018
Nous savons dire : "Cicéron dit ainsi ; voila les préceptes moraux de Platon ; ce sont les mots mêmes d'Aristote." Mais nous, , que disons-nous, nous-mêmes ? [ ... ] Un perroquet en dirait bien autant.

( Sur le pédantisme ).
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Larsen_SideralLarsen_Sideral   01 décembre 2016
On incorpore la colère en la cachant, comme le dit ce mot de Diogène à Démosthène : celui-ci, de peur d'être aperçu dans une taverne, reculait au dedans : "Plus tu te recules vers l'arrière, plus tu y rentres !"
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Videos de Michel de Montaigne (54) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Michel de Montaigne
Le jury du Prix littéraire Montaigne présidé par Xavier Darcos, Chancelier de l'Institut, a choisi de décerner le Prix 2021 à François Azouvi pour son ouvrage « Français, on ne vous a rien caché" aux éditions Gallimard, 2020.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2428788/francois-azouvi-francais-on-ne-vous-a-rien-cache-la-resistance-vichy-notre-memoire
Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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