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EAN : 9782246822974
416 pages
Éditeur : Grasset (04/11/2020)
3.35/5   20 notes
Résumé :
Ce voyage intérieur raconte une expérience d’accession au pouvoir jusqu’à son abandon, nous en faisant vivre et partager les espérances et les échecs.
Un récit intime et sentimental qui passe de l’enthousiasme au doute, de l’inquiétude au conflit. La dimension humaine de l’action politique nous fait découvrir la difficulté d’agir, de concrétiser, d’exercer sa volonté au fil de dossiers qui deviennent ici des feuilletons, des imbroglios, parfois des romans noi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
TomIV
  13 octobre 2021
Ce serait faire preuve d'ingratitude envers Arnaud Montebourg que de résumer ce livre à l'expression d'un retour d'expérience gouvernementale, aussi exceptionnel soit-il.
Si bien sûr l'ancien ministre du redressement productif ne se prive pas de distiller des missives et des diatribes, d'abord contre la technocratie qui fait la loi au plus sommet de l'État, ensuite contre la lâcheté élyséenne qui a conduit François Hollande sur l'échafaud politico- médiatique, cet ouvrage doit avant tout être lu comme une puissante réhabilitation du volontarisme politique.
Volonté politique au moment de l'incroyable imbroglio de la vente d'Alstom, dont nous découvrons à cette occasion les plus funestes détails. Il faut alors toute l'abnégation du ministre et de ses équipes pour obtenir, aux forceps, un décret octroyant au gouvernement le droit de refuser des investissements étrangers dans des secteurs stratégiques — de façon analogue à ce qui est autorisé par la législation américaine — permettant ainsi de s'opposer à cette vente contraire aux intérêts industriels du pays. Hélas, ce décret ne fut qu'un entracte dans la terrible comédie mettant en scène Patrick Kron, PDG corrompu d'Alstom, General Electric et le gouvernement américain d'un côté, François Hollande, Manuel Valls et Emmanuel Macron de l'autre, tous les trois fidèles promoteurs de l'impérialisme américain et du libéralisme.
Volonté politique aussi en ce qui concerne l'indispensable redéfinition de notre politique économique. En voyage diplomatique aux États-Unis après le scandale des écoutes de la NSA dénoncé par Edward Snowden, Arnaud Montebourg insiste sur l'ardente volonté du Président Obama de voir la France s'opposer à l'austérité budgétaire qui règne en Europe. Ne se contentant pas de fuir comme il en a l'habitude, François Hollande rétorque alors au Président américain que celui-ci « ne doit pas connaître Madame Merkel », justifiant ainsi son immobilisme. Pour l'ancien député de Saône-et-Loire, ce propos est emblématique de la trahison du PS vis-à-vis de ses idéaux socialistes et de façon plus forte encore, du renoncement à la parole donnée d'un candidat qui avait promis de renégocier les traités européens et de sortir de cette logique austéritaire qui partout conduit au malheur des peuples. C'est le drame d'un quinquennat qui a vu la gauche détricoter ce qu'elle avait historiquement construit, libéraliser à tous crins et devenir l'allié objectif d'un capitalisme financiarisé qui n'en demandait pas tant.
Volonté politique enfin à l'occasion du très médiatique dossier Florange. Mittal, pris en étau par une dette financière et fiscale colossale, souhaite dépecer l'outil industriel de la vallée des anges sans pour autant laisser la moindre possibilité de reprise par un autre industriel. Travaillant d'arrachepied pour tordre le cou à cette fatalité, le ministre, ses mohicans et ses hussards (c'est ainsi qu'il appelle ses collaborateurs) trouvent un repreneur à ce site qui n'est pas condamné, loin s'en faut, puisque des expertises indépendantes confirment que Florange à un avenir. Or pour garantir une cession en bonne et due forme à Bernard Serin, entrepreneur mosellan, l'État doit rependre dans les mains de Mittal ce que celui-ci s'apprête à détruire. Juridiquement possible, cette solution devient politiquement soutenue par un arc républicain — allant d'Henri Guaino, Thierry Breton à Jean-Luc Mélenchon — favorable à la nationalisation temporaire. Mais là encore, la désillusion pointe le bout de son nez.
Emmitouflés dans le libéralisme qui est leur, François Hollande, Emmanuel Macron et à plus forte raison, Jean Marc Ayrault, refusent de s'engager dans la voie de la nationalisation temporaire et se cachent derrière le projet fantôme Ulco. En agissant de la sorte, les locataires de l'Élysée et de Matignon entérinent de manière officielle la promesse de la camionnette faite aux salariés des hauts fourneaux de Florange et signent l'acte définitif du renoncement — amorcé en 1983 — du parti socialiste à défendre la classe ouvrière.
C'est à l'endroit de cette dernière qu'Arnaud Montebourg écrit les plus belles pages du livre. C'est elle qui est à l'origine de son engagement politique. Il ne l'a pas oubliée. Ministre, il entend toujours représenter les sans grades, les ouvriers et les agriculteurs désemparés qui poussaient autrefois la porte de sa permanence en circonscription. Mais la tâche est rude. Dans un champ politique complètement professionnalisé, où les idées n'ont plus vraiment leur place, à l'exception notable du libéralisme économique et du new public management appris à l'ENA, il est prisonnier d'un gouvernement qui n'est rien d'autre que le porte-voix de la Commission européenne. Pourquoi reste-t-il ? Il reste pour les gens ordinaires dont parle Christophe Guilluy, victimes d'une mondialisation sauvage, alors que depuis plus de 10 ans, lui défend l'idée que notre salut collectif réside au contraire dans la démondialisation. Il reste, car il perçoit derrière l'abandon des classes populaires l'explication du déclin industriel, historique et philosophique d'une nation qui en 1789 a proclamé, par la voix de ses citoyens et de ses représentants, son désir absolu de souveraineté.
Et puis vient le temps du dernier coup de poignard qui l'amène à quitter définitivement les rives empruntées par le parti socialiste. Ce départ du gouvernement est une aubaine. Il lui permet de tourner le dos aux vieilles lunes de la rue de Solférino pour mieux épouser un républicanisme aux accents gaulliens et chevènementistes, dont on a au fond l'impression qu'il a toujours été le sien. L'ancien ministre de l'Économie n'entend plus incarner la gauche, il souhaite défendre la nation française. C'est un enseignement à retenir, car n'en doutons pas, Arnaud Montebourg n'a pas fini de s'engager.
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michdesol
  11 mars 2021
Arnaud Montebourg fut ministre de F. Hollande. Il nous raconte ici cette expérience depuis la campagne électorale qu'il a menée aux côtés du futur président, jusqu'à sa démission du gouvernement.
Il n'y va pas de main morte et vide son coeur.
Nous lirons donc avec consternation ces pages où les promesses du candidat Hollande sont trahies avec cynisme. Nous assisterons à son comportement veule devant Angela Merkel, Obama, et les grand patrons français et américains.
Montebourg sera vite isolé au sein du gouvernement, réalisera la fracture entre les Français et ceux qui les gouvernent, tentera de défendre ses idées avec passion avant de devoir démissionner ou être démissionné, écoeuré.
Après lecture de ce livre sensible, engagé, sans concession et cruel pour ses cibles, une question se pose cependant : Montebourg connaissait le futur président. Il l'avait côtoyé pendant des années au PS, et en connaissait les qualités et les travers. Pourquoi s'est-il donc embarqué dans cette galère ?
Pensait-il pouvoir changer les choses de l'intérieur ? Si c'est le cas il a échoué.
Le livre est en définitive l'excellent témoignage d'un homme installé au coeur du pouvoir.
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PatriceG
  19 novembre 2020
J'aime bien ça, ces infos de première main, car si on n'est pas petite souris ou avoir pour pote un ministre qui ne cafte pas beaucoup en général par devoir de réserve, on a souvent une vue tronquée de ce qui se passe dans l'antre du pouvoir. Et avec tous ces médias qui racontent n'importe quoi jusqu'à inventer des fumées blanches qui sortent de l'Elysée et un peu trop de scooters nocturnes ! A condition encore que ce soit bien écrit, mais d'après les échos ça semble être le cas et faire oeuvre d'écrivain.
On le savait producteur de miel, le voilà artiste notre made in France
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Palindrome1881
  13 avril 2021
Montebourg sait écrire (à moins qu'il ait du personnel... Mais j'en doute). Il a appris.
Son écrit est fluide, clair, propre, drôle parfois et son argumentation relativement imparable. Mais il ne nous apprend pas grand chose sur la politique en général : beaucoup de boniments, de gesticulations, de parades, de face gardée et/ou cachée, des coups pendables classiques. Hollande et Macron sont dans le viseur évidemment puisqu'ils officiaient quand Montebourg était à l'économie. Il n'y va pas par le dos de cuillère et lève le voile en nommant les gens et leurs traîtrises. C'est courageux mais insuffisant.
Venons-en à SA vision personnelle du pouvoir: plutôt verticale avec les décideurs en haut de la pyramide et les exécutants à la base. Une vision très proche de ce qu'on voit en ce moment. Donc rien de nouveau sous le soleil.
Courageux encore le fait de se convertir en apiculteur. Espérons qu'il en reste là.
L'espoir en l'avenir n'est certainement pas dans le pouvoir et naîtra probablement pas de la tête d'un politique.
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Bertdef
  25 novembre 2020
Intéressant à plus d'un titre, en particulier sur les coulisses de Bercy, les renoncements de Hollande à Florange et ailleurs, les dessous de l'affaire Alstom GE. L'histoire amère d'une gauche vieille, naufragée, et dont les renoncements indignes annoncent la catastrophe de 2017.
Pour le reste, c'est un ouvrage de campagne, pour un candidat qui se grime en paladin du souverainisme, qui veut incarner le nouvel archétype du leader politique visionnaire. Mouais... j'ai surtout senti l'expression d'un ego boursouflé, aux convictions trop théâtralisées pour être sincères. Et une obsession du leader charismatique que je trouve inquiétante. Sous les discours convenus et flous d'une 6eme République qui serait plus démocratique, perce le profil d'un homme assez imbu de lui même et très attaché à une vision très verticale du pouvoir.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
michdesolmichdesol   11 mars 2021
[Barack Obama] : « Frwançoois, que se passe-t-il en Europe ? Ici, on s'est sorti de la crise. Ça va mieux, we made the job. C'est nous qui tirons désormais la croissance mondiale. Nous ne pouvons pas seuls tirer toute l'économie planétaire. What's going on in Europe ? »
La fine politesse en forme d'humour du grand félin, qui faisait mine de ne pas comprendre, ne s'attendait certainement pas à cette réponse du Président français [F. Hollande]. Aucun de ceux présents au Cabinet Room non plus. Après un court silence, le successeur du général de Gaulle crut faire œuvre utile en utilisant son arme favorite, l'humour :
« On voit que vous ne connaissez pas madame Merkel ! »
Cette première phrase de François Hollande devait dissimuler sous le rire une affreuse vérité qui n'était pourtant pas dissimulable. Cette phrase répandit immédiatement la gêne des deux côtés de la table d'acajou. Il y eut comme un gentil malaise. Parce qu'elle portait en elle l'aveu désolé, immédiat et cinglant que la France ne comptait pas et qu'elle n'y pouvait strictement rien. Finalement, la France n'était rien, et le disait elle-même à la première puissance. Elle en faisait même une blague. La France était donc assise sur le porte-bagages de la moto d'Angela, s'excusant avec le sourire de ne pas savoir conduire. Un petit garçon hilare en culottes courtes venait de dire : « C'est pas moi, monsieur, c'est la maîtresse qui nous a dit de faire comme ça. » Ce petit garçon était la France, sous-incarnée.
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michdesolmichdesol   11 mars 2021
L'expérience nous enseigne que le voyage à Berlin le jour de l'investiture présidentielle se résume un peu à la correction par les chanceliers allemands de la copie du baccalauréat européen, que les Français auraient plus ou moins mal passé. (…) D'après les témoins indirects de la discussion entre les deux protagonistes, la chancelière demanda mine de rien des comptes sur la réalité des déclarations faites par le Président [F. Hollande] pendant sa campagne. Le Président, toujours désireux de faire plaisir à son interlocutrice, répondit mine de rien que ce n'étaient là bien entendu que des propos de campagne. Le Président nouvellement élu, fort d'un mandat populaire, s'autoqualifia donc bateleur d'estrade aux premières minutes de sa conversation avec la chancelière. Sans en mesurer toutes les conséquences, il abandonna en une génuflexion désinvolte et inconsciente ce qu'il avait mis des années à conquérir : le cœur des Français.
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Arnaud Montebourg, député de Saône-et-Loire et candidat à la primaire socialiste est l'invité de Patrick Cohen sur France Inter. (8h40 - 28 juin 2011)
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