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Jean-François Sené (Traducteur)
ISBN : 2702139264
Éditeur : Calmann-Lévy (13/03/2008)

Note moyenne : 4.09/5 (sur 35 notes)
Résumé :
Comment devient-on Staline? Né pauvre, ce garçon séducteur et dangereux s'essaye à la poésie romantique, se prépare à entrer dans les ordres, mais trouve sa vocation dans l'action révolutionnaire. À la fois intellectuel, gangster et terroriste, le jeune Staline avait tout pour se forger un destin hors du commun dans la Russie de 1917: peu de scrupules et un énorme appétit de vie et de pouvoir.
En s'appuyant sur dix ans de recherches, en particulier dans des f... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Woland
  07 février 2012
Young Stalin
Traduction : Jean-François Sené - Avec le concours du Centre National du Livre

Contrairement à son ennemi, Hitler, qui est né et mort à l'Ouest de l'Europe et dont l'enfance, l'adolescence et la jeunesse ont été passées et repassées au crible, parfois pour y démêler des failles si profondes qu'elles fourniraient une explication (mais non une justification, bien entendu) à la malédiction qu'il jeta sur notre monde, mais trop souvent aussi - il n'y a qu'a lire la biographie toute récente de Ian Kershaw pour s'en affliger - dans l'espoir de prouver définitivement que l'homme ne fut qu'une coquille absolument vide, dans l'attente, semble-t-il, que le Mal s'incarnât enfin en lui - contrairement à Hitler, donc, Staline a pu conserver longtemps secret tout ce qui concernait ses propres racines et sa jeunesse. Lui qui a, autant qu'Hitler, façonné L Histoire, a sans doute fini par croire qu'il la dominerait éternellement et que jamais elle ne le rattraperait.
C'était bien mal connaître L Histoire qui, telle la Vérité jaillissant du puits dans le plus simple appareil, a beaucoup de la Mule du Pape si chère à Daudet.
Avec l'effondrement du bloc de l'Est en 1989, les archives ont commencé à s'entrebâiller timidement et quelques pages ont osé prendre leur envol. Dans le livre de Simon Sebag Montefiore, ce sont des milliers d'entre elles qui ont parlé, bavardé, dénoncé, affirmé, prouvé et le résultat est tout à la fois stupéfiant et passionnant.
Stupéfiant parce qu'il y a, chez le jeune Josef Djougatchvili, beaucoup de traits attachants. D'abord, il est intelligent et aime apprendre. (Que l'entêtement de son père officiel à vouloir le priver d'école pour le placer en apprentissage à ses côtés soit pour quelque chose dans cette résolution farouche de lire et d'apprendre, on ne peut en douter. Mais il est certain que le phénomène pré-existait chez l'enfant.) Ensuite, il a du cran et il met la main à la pâte. Que ce soit dans les bagarres de rues de son enfance où il est déjà "le" chef ou, quelques années plus tard, lorsqu'il organise des braquages pour alimenter les caisses du parti bolchevik, représenté par un Lénine qui, soulignons-le, se la coule plutôt douce dans son exil suisse, le futur Staline, qui, à cette époque, se fait surtout appeler "Koba", ne recule pas. Ce ne sera que lors de sa relégation dans un trou perdu de Sibérie, alors que le régime tsariste est proche de la fin, qu'on le voit près de craquer sous l'effet d'une dépression qu'on ne saurait, à vrai dire, vu les circonstances de sa détention, lui reprocher.
Avec ça, le camarade Koba écrit des poèmes - et en édite certains qu'il signe "Sosso", diminutif géorgien de son prénom. Et si les exégètes n'ont pas fini de s'interroger sur la vie sexuelle d'Hitler, avec son grand rival historique, aucun doute n'est possible : Staline était bien un "homme à femmes". de certaines d'entre elles, en-dehors de celles qui allaient devenir ses épouses légitimes, il eut même des enfants.
Ajoutons que cet homme qui, jusqu'au bout, n'aimait rien tant que se faire passer pour un rustre quasi illettré, avait un faible pour les auteurs du XIXème siècle, tenait Zola pour un dieu et, même s'il ne lui facilita pas l'existence, considérait en son privé Boulgakov comme le génie qu'il était. Staline demeura aussi toute sa vie capable d'analyser brillamment une oeuvre littéraire, de lui reconnaître d'immenses qualités et, pour ces qualités justement, de la faire interdire ...
Il y a une faille chez Staline. Une faille au moins aussi importante, aussi grave que celle qui existe chez Hitler. Pour l'un comme pour l'autre, les thèses freudiennes la repèrent facilement dans l'enfance. Pour l'Autrichien, il s'agit des relents incestueux familiaux et l'ambiguïté ethnique et religieuse planant sur les origines de son père. Pour le Géorgien, rien d'aussi complexe et pervers en apparence : simplement un père qui, après l'avoir tendrement aimé jusqu'à ses cinq ans à peu près, se change, il est vrai sous l'influence de l'alcool, en une espèce de monstre qui le poursuit dans toute la maison parce qu'il le tient désormais pour un petit bâtard. Des doutes sérieux planent en effet sur l'identité réelle du père de Staline : officiellement un cordonnier mais peut-être un aubergiste ou un pope. Des doutes peut-être infondés mais suffisants pour priver à jamais un enfant de cinq ans qui, évidemment, n'y comprenait rien, du père qui, jusque là, le prenait sur ses genoux pour lui raconter les belles histoires de brigands géorgiens.
A ceux pour lesquels Staline, c'est surtout le Généralissime de 1945, avec son air patelin et ses yeux si froids, la lecture de ce livre s'impose. Il convient d'ajouter (surtout quand on a lu les deux autres tomes consacrés à Staline par le même auteur) que la traduction est de qualité et permet de dévorer l'ouvrage un peu comme on dévorerait un roman d'aventures.
Dommage, bien sûr, que l'aventure ait tourné si mal pour tant de millions de femmes et d'hommes. Mais nous y reviendrons.
Nota Bene : pour ceux qui disposent des deux documents, qu'ils comparent les photos de classe où les petits Hitler et Djougatchvili posent pour la postérité. Saisissant, non ? D'autant qu'il ne s'agit que de hasard ... ;o)
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ATOS
  31 mars 2014
L'Histoire n'a jamais rattrapé Staline. Il n'aura jamais du répondre du crime de près de 20 millions d'humains.
Il ne fut même jamais « inquiété » par aucune justice. Aucun procès à son encontre. Rien. Mis à part le déboulonnage de quelques une de ses statues, la dénonciation de sa dictature par le courageux et sage Mikhaïl Gorbatchev.
Une partie histoire aura retenu les exploits du petit père des peuples, qui arrêta les armées hitlérienne à Stalingrad. L'autre partie se souviendra du pacte germano soviétique qui permit aux forces hitlériennes d'envahir consciencieusement l’ouest de l'Europe à partir de 1939.
Et puis l'histoire passa sous silence le viol de plus de deux millions de femmes allemandes, par les troupes soviétiques, dans des villes en ruine, livrées au pillage, et soumis à l'humiliation et aux meurtres de ses civils.
Staline repose à présent dans un petit cimetière près du Kremlin. La décence « soviétique » a voulu qu'on l'éloigna un peu du tombeau de V.I, Lénine. Mais... il n'est pas très loin.
On ne sépare pas ce qui est indissociable.
L'enfance ou la jeunesse d'un homme peuvent expliquer parfois son destin...Mais ne les excusera jamais.
Père alcoolique et violent, mère violente et hyper protectrice. Filiation douteuse, niveau social peu élevé. Géorgien jusqu'au bout des ongles.
Sa mère rêvait qu'il devienne pope. Séminariste, poète, le jeune Soso ne rêvait que de prendre sa revanche. Géorgien, n'ayant appris le russe que tardivement, ses aventures de jeunesse pourraient paraître picaresques si le résultat n'avait pas été si effroyable.
Mégalomane, paranoïaque, braqueur de banques, roi de l'évasion, champion du travestissement, , racketteur. Bienvenue au Far East !
Il disait vouer à Lénine une admiration sans borne. Il vouait à Trotski une haine meurtrière.
Le Jeune Staline de Simon Sebag nous ouvre le monde des archives de l'histoire de cette Russie qui deviendra l'URSS, et qui a laissé son empreinte dans la Russie d'aujourd'hui, et qui a déposé dans murs du Kremlin ses larves. Dix ans de recherches pour analyser une personnalité hors du commun.
Culte du secret, paranoïa du complot, exercice du pouvoir par la force, gestion anti démocratique, bureaucratie omnipotente, impunité totale des représentants de l’État, organisation mafieuse de l'économie, spoliation des terres, ostracisation des minorités, chasse ouverte aux opposants du régime, etc etc...
Les méfaits de Staline reposait il sur l'idéologie d'un communisme marxiste?
Non. Mais même la meilleure des terres peut engendrer des ronces.
Staline, dit Sosso pour les intimes, alias Koba, ou le vérolé, ou le titubant, alias Besso etc....fut la main armée dont Lénine avait besoin pour que le mouvement bolchévique puisse se saisir du pouvoir.
Après la mort de Lénine, Staline prend le pouvoir. 30 ans d'un despotisme absolu, d'un culte de la personnalité ahurissant, d'une dictature implacable .
Le jeune Staline deviendra l'un des plus grand usurpateur de l'histoire.
Un extrémiste qui se saisissant des écrits de Marx, a conçu une machine meurtrière, le règne de la Terreur.
Police secrète, déportations, purges, exterminations, massacres. Il utilisa les mêmes armes que le pouvoir qu'il avait renversé. Le tsar avait sa police secrète, le tsar déportait en Sibérie, le régime tsariste organisait des pogroms, bâillonnait la presse, assassinait ou emprisonnait ses opposants..
La dictature stalinienne ne fut pas anonyme, cette tyrannie a eu ses tyrans. Une armée de tyrans.
Le bolchévisme, le mouvement auquel appartenait Staline, et qui, lors de la révolution d'octobre 1917 était un courant minoritaire, n'aura jamais cessé de combattre le menchévisme, le trotkisme, le luxemburgisme, c'est à dire et plus largement tous les mouvements qui combattaient farouchement toutes les dictatures, ceux qui portaient le plus exactement l'idéal communiste. Mais là où Lenine et Trotsky parlaient de l'internationale communiste , Staline se gargarisait de nationalisme. Et c'est en cela que Staline étouffa l'héritage de la révolution d'Octobre.
Mais pour l'histoire, le régime stalinien restera l'illustration d'un régime communiste au pouvoir. Comme le furent ceux de Mao, et de Pol Pot. C'est bien connu, la propagande trouve ses lettres là où la censure les inventent.
Le jeune Staline était charismatique, poète, enjôleur hâbleur, rebelle, séducteur, aventurier, il est devenu l'un des plus grands dictateur du 20e siècle. Et ce n'est pas le fruit du hasard.
Le jeune Staline n'est pas le fruit du communisme, il est le pur produit qu'une dictature a d'elle même engendré.
Pauvre, roturier, géorgien, il a tout simplement utilisé, pour se rendre maître de la Russie, les mêmes armes que le tsarisme lui avait enseignées : suprématie du plus fort, du plus puissant, établissement d'un caste dirigeante auto proclamée.
Avec les pierres du Palais d'Hiver il a tout simplement investit le Kremlin.
L'URSS n'est plus.
Le Kremlin existe toujours.
Raspoutine,et Staline eurent en commun le même cuisinier : le grand père de Vladimir Poutine.
Comme quoi, c'est toujours dans le même pot qu'on fait encore la même soupe.

Astrid Shriqui Garain
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umezzu
  18 septembre 2017
Montefiore reprend dans le détail la jeunesse de Staline, avec sous-jacente la question : qu'est ce qui dans une jeunesse conduit à former un dictateur ?
On voit un Staline qui part de rien ou presque, mais dont la volonté et l'obstination le conduisent à devenir un très bon élève au séminaire, avant qu'il n'adhère complètement aux théories communistes du moment. L'ex séminariste devient alors bandit de droit commun. Son action et l'attitude de la police politique tsariste à son égard laisse planer une ambiguïté sur le double ou triple jeu qu'il aurait pu mener à cette époque.
Dans l'ère pré-révolutionnaire, il navigue, louvoie, et avec les évenements de 1917 il devient indispensable à Lénine, qui ne s'apercevra que trop tard qu'il a placé à la tête du parti un individu sans scrupules, sans limites, manoeuvrier et autoritaire.
La biographie de Montefiore est complète et révèle un personnage plus complexe que son imagerie le laisserait penser. Individualiste, cavaleur, recréant volontiers a posteriori son histoire, le chef sanguinaire était aussi quelqu'un qui avait soif d'apprendre et qui était doté d'un vrai instinct politique.
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kedrik
  07 septembre 2011
Ce livre ne devrait pas s'appeler le Jeune Staline mais plutôt Les multiples vies de Staline tant il a vécu une vie tumultueuse. Chaque chapitre semble parodier les aventures de Conan le Barbare : c'est Staline le voleur, Staline le pirate, Staline l'exilé... Fils putatif d'un cordonnier alcoolique, Staline est très vite élevé par une mère tellement aimante qu'elle le dresse à coup de poings, pas méchamment, hein, c'est comme ça qu'on faisait dans le temps. Je dis fils putatif car tout au long de sa jeunesse Staline va avoir des parrains très généreux, ce qui permet de douter de la paternité du gamin. Gamin violent, il est très tôt le chef de bande des petits merdeux du coin. Élève brillant, on le destine au séminaire. Mais l'usine à popes est tout sauf un lieu d'élévation. Agressions sexuelles, violence, jeu et autres vices sont le quotidien des élèves. Staline y apprend ce qu'est la surveillance, la punition et la terreur. Et paradoxalement, c'est au séminaire qu'il va lire en cachette Hugo, Zola et Marx et devenir un révolutionnaire. Il développe un athéisme de circonstance.
Une fois ses études laissées sur le bas-côté, vient la vie criminelle. Car la révolution, ce n'est pas un emploi de bureau. Il y a d'abord le jeu trouble avec la police tsariste, car on ne sait jamais qui manipule qui. Staline change souvent d'identité et de résidence, mais conserve un goût immodéré pour l'action et la manipulation. Lénine a besoin d'argent ? Staline va le financer, flingue à la ceinture. Attaque de banque, de train, de diligence... Ce n'est pas le Caucase, c'est un vrai far west géorgien. Les bombes pleuvent, on dirait un épisode des Mystères de l'ouest. Et Staline manque plusieurs fois de trouver la mort dans des attaques hasardeuses ou des plans foireux. Mais non, il s'entête et fait assassiner gendarmes et traitres. Souvent, la police tsariste le traque, et parfois, elle finit par lui mettre la main au collet. C'est alors la prison, d'où il s'évade dans la grande tradition vidocquienne. Même exilé en Sibérie, il revient de tout et s'en sort in extremis.
Puis vient la vraie montée en puissance politique. Les magouilles. le passage par Londres et Munich. Les jeux de pouvoir entre mencheviks et bolcheviks. C'est là aussi un tourbillon enivrant, avec des trahisons, des complots, des changements d'identité... Un vrai roman. La révolution d'octobre ? Staline la rate presque tellement les évènements sont chaotiques. Mais quand il faut écarter un adversaire et s'imposer, vous pouvez compter sur lui. Toujours.
Au final, cette biographie est étrange. Il est difficile de voir dans ce criminel endurci le futur dictateur implacable. C'est irréel, on a un vrai héros d'aventure, un criminel façon Mesrine version poète, c'est très difficile de le relier au type qui va tuer des millions de russes. Mais sa vie folle de crapule lui donne la dureté et le tranchant nécessaire. Les amitiés forgées dans le crime vont lui servir de marchepied pour accéder au trône. Les rancoeurs tenaces provoqueront les massacres de demain (ainsi, il se fait casser la gueule par une bande de Tchétchènes lors d'une énième magouille et se vengera bien plus tard en déportant ce peuple). Il se dessine aussi un séducteur avec un beau palmarès mais qui est incapable d'avoir une vie amoureuse. La révolution prend toujours le dessus. C'est également un père ignoble qui reproduit le schéma parental déplorable qu'il a connu. le comble est quand il se met en ménage avec une fillette de 13 ans.
On peut douter de la véracité de tout ça en se disant que c'est de la propagande. Sauf que c'est exactement l'inverse : toutes ces informations ont été mises de côté quand fut construit le culte stalinien. C'est au contraire parce que tout cela n'était pas connu pendant le régime de Staline que ce passé tumultueux devient crédible. Ce sont des témoignages expurgés, des confidences d'ancien frère de crime, des archives retrouvées qui composent cette mosaïque. C'est n'est pas encore le Staline monstrueux, c'est un Staline en devenir. Il suffirait qu'il ne croise pas Lénine ou que la police tsariste fasse correctement son travail pour que la Russie ne connaisse pas son boucher le plus terrible. Il aurait pu également rester un poète, tout comme son homologue allemand aurait pu devenir peintre.
Lien : http://hu-mu.blogspot.com/20..
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manuel007
  01 mars 2011
J'en ai appris beaucoup sur le jeune et le Staline adulte. Un peu difficile en lecture à cause des dates et des noms russes. Un peu trop long. le grand-père de poutine a cuisiner pour Raspoutine, Lénine et Staline.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
WolandWoland   07 février 2012
[...] ... Sosso ferma lui-même les yeux de Kato. Accablé, il réussit à se tenir aux côtés du corps de sa femme avec le reste de la famille, pour une photographie, puis il s'effondra. "Personne ne pouvait croire qu'il était aussi blessé," écrivit Elisabedachvili (= ami de Staline, d'obédience bolchevik). Il sanglotait qu'"il n'avait pas réussi à la rendre heureuse."

Sosso était si désespéré que ses amis craignirent de lui laisser son Mauser. "J'étais si accablé de chagrin que mes camarades me retirèrent mon pistolet," raconta-t-il plus tard à une petite amie. "Je réalisais le nombre de choses que je n'avais pas appréciées dans la vie. Quand ma femme était en vie, certaines fois je ne rentrais pas le soir. Je lui disais de ne pas s'inquiéter à mon sujet mais, lorsque je revenais à la maison, elle était assise là. Elle avait veillé toute la nuit."

Le décès fut annoncé dans le journal "Tskaro" ( 1 ) ; et les funérailles se déroulèrent à neuf heures du matin, le 25 novembre 1907, à l'église Kouloubanskaïa, tout à côté de la demeure des Svanidze - là où ils s'étaient mariés. La dépouille fut ensuite transportée à travers la ville et inhumée à l'église de Sainte-Nina, à Koubia. Les funérailles de rite orthodoxe furent tout à la fois éprouvantes et burlesques. Staline, pâle et en larmes, "était très abattu, cependant il me salua de façon amicale, comme au bon vieux temps," se souvient Iremachvili. Sosso l'entraîna à part : "Cette créature", il désigna le cercueil ouvert, "a adouci mon coeur de pierre. Elle est morte et, avec elle, meurent les derniers sentiments d'affection que pouvait m'inspirer l'humanité." Il se posa la main sur le coeur : "Là, c'est si désespéré, si indescriptiblement désolé."

( 1 ) : La réaction de Staline à cette mort est très comparable à son comportement après le suicide de sa seconde épouse, Nadia Allilouïeva, en 1932 : menace de suicide, apitoiement sur soi-même et autocritique pour négligence. ... [...]
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WolandWoland   07 février 2012
[...] ... Au début, les livres n'étaient pas vraiment des brûlots de la conspiration marxiste mais le genre de textes inoffensifs qu'interdisait le séminaire. Les garçons participaient à un club d'ouvrages mis à l'index, "la Bibliothèque Bon Marché" et commencèrent à récupérer d'autres livres d'une librairie tenue par un ancien narodnik (= disciple d'Alexandre Herzen et adepte d'un socialisme "à la russe). "Rappelle-toi la petite librairie et son propriétaire", écrivit plus tard Iremachvili (= ami d'enfance de Staline mais d'obédience menchevik) au grand Staline. "Comment nous réfléchissions et parlions là à voix basse à propos de grandes questions sans réponse !" Staline découvrit les romans de Victor Hugo, en particulier "Quatre-vingt-treize", dont le héros, Cimourdain, prêtre et révolutionnaire, deviendrait un de ses prototypes. (1) Mais Hugo était strictement interdit par les religieux.

La nuit, Tache Noire (= un prêtre spécialement haï par les élèves et qui devait son surnom au jeune Djougachvili) patrouillait dans les couloirs, vérifiant sans cesse si les lumières étaient éteintes, si les garçons n'étaient pas occupés à lire ou à se livrer à d'autres vices plaisants. Dès qu'il s'éloignait, ils rallumaient les bougies et se remettaient à lire. Sosso (= diminutif géorgien pour Josef) bien entendu "exagérait et dormait à peine ; les yeux larmoyants, il paraissait malade. Lorsqu'il commença à tousser plusieurs nuits de suite," Iremachvili "lui retira le livre des mains et souffla la chandelle." ...

(1) : Hugo décrit ainsi ce personnage : "Personne ne l'avait vu pleurer. Vertu inaccessible et glaciale. Il était l'effrayant homme juste. Pas de milieu pour un prêtre dans la Révolution. (...) Il fallait qu'il fût infâme ou qu'il fût sublime. Cimourdain était sublime ; mais sublime dans l'isolement, dans l'escarpement, dans la lividité inhospitalière ; sublime dans un entourage de précipices. Les hautes montagnes ont cette virginité sinistre." Victor Hugo - "Quatre-vingt-treize" - Paris - Classiques Garnier - 1963 - Page 140 ... [...]
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enkidu_enkidu_   26 décembre 2016
L’ancien Dieu conserva une place dans sa conscience athée. Lors de l’une de leurs réunions au cours de la Seconde Guerre mondiale, il pardonna l’antibolchevisme de Winston Churchill en disant : « Tout cela est du passé et le passé appartient à Dieu. » Des amis comme Kapanadze devinrent prêtres, mais Staline resta en contact avec eux et se montra généreux. Ses dignitaires et lui-même entonnaient des hymnes religieux au cours de leurs dîners bolcheviques fort arrosés. Il mélangeait orthodoxie et marxisme en plaisantant à demi : « Seuls les saints sont infaillibles. Le Seigneur Dieu peut être accusé d’avoir créé les pauvres. » Mais au pouvoir, ses acteurs parlent mieux que lui : ainsi il interdit impitoyablement l’Église et élimina ou déporta les prêtres – jusqu’en 1943, lorsqu’il rétablit le Patriarcat orthodoxe, geste simplement destiné, en ce temps de guerre, à exploiter le vieux patriotisme russe.

Peut-être révéla-t-il sa véritable vision de Dieu lorsqu’il envoya à son protégé Alexeï Kossyguine (futur chef du gouvernement sous Brejnev) quelques poissons en cadeau après la Seconde Guerre mondiale, avec ces mots : « Camarade Kossyguine, voici pour toi quelques dons de Dieu ! J’exécute Sa volonté ! J. Staline. » D’une certaine manière, en tant que maître suprême de la science de l’Histoire, le séminariste de Tiflis se considérait vraiment comme l’exécuteur de la volonté de Dieu.

« Supposez-vous, s’interrogea Roosevelt à plusieurs reprises, que cela ait fait quelque différence en lui ? Cela n’explique-t-il pas en partie cette qualité de compréhension dans sa nature que nous ressentons tous ? » Peut-être fut-ce la « prêtrise » qui enseigna à Staline « la manière dont un gentleman chrétien doit se comporter ». (pp. 164-165)
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enkidu_enkidu_   26 décembre 2016
« Sosso fut dès le départ un conspirateur philosophe. Nous apprîmes de lui l’art du complot, dit Vardoïan. J’étais subjugué par sa manière de parler et de rire, ses manières. Je me pris à l’imiter malgré moi et mes amis m’appelèrent alors ‘’le gramophone de Sosso’’. »

Cependant jamais Sosso ne fut un de ces Géorgiens ouverts et insouciants. Même à cette époque, « c’était un homme très insolite et mystérieux », explique David Saguirachvili, un jeune socialiste qui le rencontra alors et le remarqua « qui marchait dans les rues de Tiflis, mince, marqué de variole et vêtu sans recherche, chargé d’une grosse pile de livres ».

Staline assista à une soirée débridée donnée par Aliocha Svanidze. Les fêtards burent des cocktails de jus de melon et de cognac et s’enivrèrent magistralement. Et pendant ce temps Sosso, étendu sur un sofa de la véranda, lisait et prenait des notes en silence. Ils se lancèrent à sa recherche : « Où est-il ? – Sosso est en train de lire, répondit Aliocha Svanidze. – Et que lis-tu ? demandèrent ses amis d’un ton moqueur. – Les Mémoires de Napoléon, répliqua Sosso. C’est étonnant les erreurs qu’il a commises. Je les relève ! ». (pp. 174-175)
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manuel007manuel007   01 mars 2011
Sous vos yeux se dresse le héros de Gogol qui pris d'aberration se crut roi d'Espagne, tel est le sort de tous les mégalomanes.
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