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Myriam Chirousse (Traducteur)
ISBN : 2757815717
Éditeur : Points (28/01/2010)

Note moyenne : 3.72/5 (sur 37 notes)
Résumé :
Lorsque pour échapper au viol et à la mort la jeune Léola revêt l'armure d'un chevalier tué, elle ne sait pas qu'elle va dorénavant devoir vivre comme un homme et apprendre à se battre. Nynève la rousse, la guérisseuse, la sorcière, devient son guide et l'aide à grandir et à faire sa route de femme indépendante dans ce Moyen Âge réel et fantasmé qui permet au talent de conteuse de Rosa Montera de nous montrer, en l'espace d'une vie, un siècle qui marque l'ouverture ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Marple
  06 juillet 2013
J'aurais bien aimé vivre la vie de Leola ! En tout cas, j'ai pris beaucoup de plaisir à la suivre dans ce grand roman d'aventure historique, de forêts sombres en châteaux ou en citadelles cathares, entourée de sa joyeuse troupe d'amis cabossés ou d'ennemis sanguinaires.
Leola, c'est une jeune paysanne du XIIe qui mène une vie simple et laborieuse entre son père, son frère et son promis... jusqu'à ce que la guerre fasse irruption dans son univers et l'oblige à quitter ses habitudes et à se débrouiller par elle-même. Débutent alors ses apprentissages, ses rencontres et ses voyages... dignes d'un grand roman d'aventures ! Ainsi que les tournois, les guerres entre croisés et cathares, la vie à la cour d'Aliénor d'Aquitaine... comme dans un roman historique qui se respecte ! Sans oublier les amours, les amitiés et les angoisses... pour en faire une magnifique biographie imaginaire !
Trois livres en un seul donc, d'autant plus intéressant qu'il dégage un profond message de compassion et de tolérance. C'est ce qu'écrit Rosa Montero dans sa postface vantant cette 'première renaissance' du XIIe siècle, faite de liberté, d'ouverture, de raffinement. C'est ce qu'elle nous montre aussi dans le roman par les valeurs des Parfaits, ou les personnalités de Nynève et Leola, foncièrement généreuses mais tout aussi foncièrement humaines, y compris dans leur mauvaise humeur ou leur goût des hommes...
Ce roman m'en a rappelé beaucoup d'autres, très différents mais tous remplis de vie, d'humanité et de péripéties : Les 3 mousquetaires, du sang sur la soie, Les révoltés de Cordoue, Kristin Lavransdatter, Les misérables, de grandes espérances... Tout ça pour dire que j'ai beaucoup aimé ce livre, découvert un peu par hasard suite à une critique de Pasc-Ray (merci !) et me réjouis de retrouver bientôt Rosa Montero.
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MissLeo
  12 novembre 2012
"Je suis femme et j'écris. Je suis plébéienne et je sais lire. J'ai vu dans ma vie des choses merveilleuses. J'ai fait dans ma vie des choses merveilleuses. Pendant un temps, le monde fut un miracle. Puis l'obscurité est revenue."

L'histoire :
Leola a quinze ans, et mène sereinement sa vie de jeune paysanne serve en compagnie de son père et de son frère Antoine, sur les terres du seigneur d'Aubenac. Pour échapper à la violence d'une armée d'hommes de fer en déroute, elle revêt l'armure d'un chevalier décédé. Commence alors une vie d'errance, aux côtés de l'énigmatique Nynève, rencontrée au hasard d'une halte en forêt. Léola apprend à manier les armes, et participe avec succès à son premier tournoi. La voici désormais pourvue d'un fier destrier ! Déguisées en hommes, les deux femmes parviennent au château de Dhuoda, étrange duchesse lunatique, qui deviendra très proche de Léola, et lui apprendra à se comporter comme une dame. En sa compagnie, elle découvriront la vie à la Cour d'Alienor d'Aquitaine, avant qu'un événement regrettable ne les pousse à reprendre la route. Elle connaîtront alors une vie d'aventures et de souffrance, qui les mènera aux quatre coins du Royaume de France, perturbé par d'incessantes guerres de pouvoir et de religion.

L'opinion de Miss Léo :
Le Roi Transparent est un très beau roman, d'une intelligence et d'une vivacité réjouissantes, comme on aimerait en lire plus souvent ! Porté par une superbe héroïne atypique, le récit nous plonge au coeur d'un XIIème siècle contrasté, tour à tour violent et somptueusement raffiné. Il ne s'agit cependant pas d'un ouvrage documentaire, l'auteur prenant quelques libertés avec la chronologie pour nous livrer un concentré de presque deux siècles d'histoire médiévale. Elle s'en explique d'ailleurs dans une courte postface, et je trouve ses arguments tout à fait respectables. Cela ne m'a pas gênée outre mesure, mais il faut dire que mes connaissances sont assez limitées...
Le texte de Rosa Montero est avant tout extraordinairement romanesque. le périple de Léola prend la forme d'une fresque épique et intimiste, rédigée à la première personne, qui passionne le lecteur dès les toutes premières pages. Les nombreuses péripéties permettent une immersion rapide dans un monde poussiéreux et tourmenté, dont les contours et les enjeux se dessinent progressivement. Obligée de lutter pour sa survie, la jeune femme apprend à se battre auprès d'un vieux guerrier solitaire. En bonne escrimeuse, j'ai beaucoup aimé ces quelques scènes d'initiation au combat, qui contribuent par ailleurs à établir le caractère du personnage principal. La route de Léola sera par la suite semée d'embûches et d'ennemis divers, qui justifient à eux seuls la lecture du roman.
Mais ce n'est pas tout. A ces aventures palpitantes vient en effet se greffer une réflexion philosophique sur l'amour, la tolérance et le progrès. le lecteur découvre avec Léola le déroulement des tournois de chevalerie (qui me fascinaient lorsque j'étais enfant), la servitude paysanne, la vie de la noblesse, mais aussi la naissance de nouveaux conflits religieux, les catholiques voyant d'un (très)mauvais oeil l'émergence du mouvement cathare. le Roi Transparent évoque les progrès réalisés dans le domaine de la philosophie et des arts, qu'accompagnent un semblant de démocratisation de la culture et une valorisation de la place de la femme dans la société. le roman se déroule pour l'essentiel en pays occitan, terre des Cathares et de la reine Alienor, dont la Cour faisait figure d'exception en matière de raffinement et d'ouverture culturelle. C'est là que naissent la fin'amor et les débats d'idées, là aussi qu'émerge l'espoir, notamment en matière de tolérance. Hélas, ce fameux XIIème siècle sera aussi celui de la violence et de la régression : c'est le temps des Croisades, mais aussi de l'Inquisition, et nul n'est en sécurité. Difficile dans ces conditions de mener une vie sereine et épanouie. le progrès attendra !
Au centre du roman se trouvent deux femmes modernes et attachantes, qui illuminent le chaos dont elles sont témoin. On fond pour cette formidable Léo, paysanne devenue guerrière, plus courageuse que bien des hommes de son temps, mais qui n'en demeure pas moins femme, en dépit des blessures physiques et morales endurées au fil des ans. Son évolution est en tout point remarquable, et l'on se prend vite d'affection pour cette adolescente naïve et un peu fruste qui se métamorphose avec l'expérience en femme forte et réfléchie. Sa compagne de voyage n'est pas en reste : Nynève est une femme cultivée, lettrée, qui prétend avoir connu Arthur et Merlin, et dont l'intelligence et les connaissances médicales forcent l'admiration.
Autour de ces deux femmes de caractère gravite une belle galerie de personnages : alchimiste, forgeron, religieuses, maître d'armes, chevaliers, mais aussi quelques figures connues, comme Aliénor d'Aquitaine, Chrétien de Troyes, Richard Coeur de Lion, ou encore Héloïse et Abélard... Tout ce petit monde contribue à donner du corps et de la substance à un roman par ailleurs et très riche et extrêmement bien construit, qui tient jusqu'au bout ses promesses. La fin (captivante) est d'ailleurs parfaitement réussie.
J'ai hâte de découvrir les autres textes de l'auteur, qui semblent tout aussi prometteurs !
Lien : http://leslecturesdeleo.blog..
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Parthenia
  21 janvier 2015
Ce roman mêle habilement récit féérique et faits historiques, légende arthurienne et persécutions contre les cathares...
Pourtant, le début de l'histoire ne laissait à aucun moment présager une telle orientation. Léola, jeune paysanne de 15 ans, a vu le seigneur d'Aubenac, à la suite d'une bataille meurtrière, recruter son père, son frère Antoine et son amoureux Jacques pour poursuivre la guerre contre son ennemi.
Pour se protéger de la soldatesque, elle revêt l'armure d'un chevalier décédé. de rencontres en rencontres, Léola va s'initier tour à tour au maniement des armes, à l'écriture et la lecture, à l'éducation des nobles dames de ce temps.
Mais sa rencontre la plus importante reste celle avec Nynève, personnage mystérieux qui prétend être la Viviane de la légende et avoir connu la cour du roi Arthur ; elle dévoile même la vérité sur "le vieux Myrddin" (Merlin) qui n'était qu'"un menteur et un truand, mais (...) aussi un barde extraordinaire, un conteur magnifique." (page 145)
Nous ne saurons jamais vraiment la vérité au sujet de Nynève. Est-elle folle ? Mythomane ? ou la fée de la légende ?
En tout cas, elle ne quittera plus notre héroïne jusqu'à la fin du livre, se déguisera comme elle en homme pour lui servir d'écuyer (et surtout des conseils avisés que Léola ne suivra pas toujours)...
Le corps de Léola, qui a choisi de mener une vie d'homme, est marqué en conséquences : "J'ai perdu deux doigts à la main gauche, le petit doigt et l'annulaire, tranchés par la hache d'un énergumène, et j'ai le corps déchiré par les cicatrices des blessures que Nynève a recousues avec une habileté miraculeuse." (page 196)
Bien que le récit, par certains épisodes, fleurette souvent avec le merveilleux, on n'en est pas moins ancré dans l'Histoire du XIIème-XIIIème siècle. En effet, l'auteure nous livre des informations intéressantes sur les pratiques de ce temps, comme l'apposition de la signature des peintres ou sculpteurs sur leurs oeuvres à partir du XIIème siècle (page 162/3), et aborde différents thèmes cruciaux de cette période, comme la naissance de la sainte Inquisition avec l'ordre des dominicains, la persécution des cathares, la pratique de la fin'amor où les dames éprouvent l'amour de leurs prétendants par des défis cruels condamnant parfois ces chevaliers au ridicule ou à la mort (page174/5)
Rosa Montero nous brosse le portrait d'un XIIème siècle finalement très féminin avec les figures fictives de Léola et Nynève, de la Dame blanche qui se transforme en Dame noire, celles historiques d'Aliénor, Héloïse et des Parfaites. Or, la liberté de ces femmes est de plus en plus menacée par la montée de l'obscurantisme et du fanatisme, et le comté de Toulouse, dernière terre de refuge contre ces forces rétrogrades, n'y résiste pas longtemps.
Les repères temporels sont de deux sortes : l'âge de l'héroïne que l'on suit de ses 15 ans à ses 40 ans et les événements historiques mais ceux-ci sont trompeurs car, comme nous le signifie l'auteure à la fin de l'ouvrage, nous avons affaire ici à une achronie c'est-à-dire que les dates des événements historiques ne sont pas respectées afin de les faire tenir dans la période de 25 ans couverte par l'histoire.
Ainsi, les figures historiques évoquées ou rencontrées n'ont pas pu être toutes contemporaines de l'héroïne : Abélard (1079-1142), Héloïse (1092-1162), Aliénor d'Aquitaine (1122-1204), Richard Coeur de Lion (1157-1199), Simon de Montfort (1164-1218), ni les événements qui la touchent : la croisade des Albigeois (1209-1229), la croisade des enfants (1212), le siège de Montségur (1244).
Et là, vous vous demandez sûrement à quoi peut bien faire référence le titre du livre ? Tout simplement, à une légende du Moyen-Âge qui provoque la mort de celui qui la raconte. D'étape en étape, l'histoire dure plus longtemps, et se précise, tout comme le dessin d'Avalon que peint Nynève sur les murs de leurs maisons successives, mais pour aucune de ces deux énigmes nous n'aurons le mot de la fin.
D'ailleurs, en parlant de la fin, celle-ci est ouverte mais je ne peux en dire plus sous peine de vous gâcher la surprise...
Concernant, l'édition numérique, j'ai rencontré un problème de mise en page avec la partie narrative qui suit la partie dialoguée sans saut à la ligne, ce qui m'a un peu gênée dans ma lecture en m'obligeant souvent à revenir en arrière.
Pour conclure, un livre passionnant qui fourmille d'informations très intéressantes sur le Moyen-Âge. Il reprend certains des thèmes et des codes des chansons de geste de cette époque, et c'était vraiment captivant. de plus, d'ordinaire, je n'aime pas trop le mélange des genres fantasy/historique mais là, je dois avouer que chaque élément s'intègre vraiment bien à l'intrigue. Je déplore toutefois quelques facilités narratives comme les retrouvailles avec Jacques (page 332) ou le sauvetage de Léola par Léon le forgeron.
Lien : http://parthenia01.eklablog...
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Brunilde
  03 novembre 2014
"J'ai voulu saisir les mythes et les rêves, l'odeur et la sueur de ce temps là. de sorte que ce livre est volontairement anachronique, ou plutôt achronique."
Vous l'aurez compris ce n'est pas un roman historique a proprement parlé. La vie de l'héroïne, cette paysanne guerrière appelée Léola, se déroule sur 25 ans, alors qu'en réalité les évennements mentionnés se passent sur plus d'un siècle : entre la première croisade (1096) et la croisade des Albigeois se terminant en 1229.
Dans ce Moyen-Age rêvé, fantasmé, l'auteur veut rendre d'un foisonnement des idées, d'un renouveau des arts, une sorte de renaissance avant la Renaissance elle-même. Cela est illustré dans le roman par le développement de la fine amor à la cour d'Alienor, ou encore les Parfaits de Montsegur.
De l'importance des personnages féminins.
Léola, démontre qu'une élévation spirituelle est possible. En devenant chevalier, elle adopte les préceptes de la chevalerie en protégeant les faibles. Elle apprend aussi à lire et à écrire.
Ninève se déclare elle-même sorcière. Elle est la gardienne des anciennes croyances à la Terre, des mythes arthuriens. Grace à ce personnage, l'auteur insuffle poésie et merveilleux dans l'histoire
Dhuoda, autre achronisme. Pour l'Histoire, c'est une aristocrate carolingienne qui a écrit un traité d'éducation pour son fils. D'ailleurs, un lycée à Nîmes porte encore son nom. Mais pour le roman, elle représente la part sombre et excessive de la féminité. D'abord, la Dame Blanche, symbole de pureté, elle devient la Dame Noire, instrument sans pitié de la répression.
J'ai beaucoup aimé ce roman, l'histoire est à la croisée des chemin entre roman historique et histoire fantastique. le style poétique de Rosa Montero est facile et agréable à lire.
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keisha
  22 mars 2013
Ne comptez pas sur moi pour vous conter la légende du roi transparent, car je tiens à la vie.
En revanche, je pourrais vous narrer la passionnante histoire de Léola, née paysanne analphabète et devenue chevalier, au cours d'un 12ème siècle en pays occitan. Période de l'amour courtois à la cour d'Aliénor d'Aquitaine, de croisades, en particulier contre les Cathares. Bûchers et Inquisition.
Accompagnée de Nynève, qui se prétend fée de la connaissance, guérisseuse en tout cas, elle connaîtra un parcours parfois douloureux et sombre, mais restera fidèle à elle-même.
Rosa Montero cette fois ne nous emmène pas en Espagne, ni dans le futur, mais dans une époque qu'elle avoue la passionner. "S'il fallait faire rentrer ce livre dans un genre narratif, je crois qu'il se trouverait plutôt dans celui des romans d'aventures ou fantastiques."
Elle s'y connaît suffisamment pour offrir plus qu'un roman historique (fort bien documenté par ailleurs). La touche de fantastique, roi Arthur et chevaliers de la Table ronde, demeure légère. Surtout elle dresse un bon portrait de deux femmes n'acceptant pas le sort dévolu aux femmes de l'époque si elles ne sont pas nobles, elles luttent et s'instruisent tout du long de leur existence.
Encore un roman de Rosa Montero que je recommande chaudement.
Un bon extrait des Considérations finales de l'auteur:
"Pendant un peu plus d'une centaine d'années, le monde a semblé devenir merveilleusement fou, avec une explosion de modernité et de liberté. C'est l'époque des troubadours, du raffinement provençal, des cours d'amour, de la prépondérance des dames. La femme acquiert une importance inusitée; une infinité de chartes d'affranchissement sont délivrées aux bourgs, donnant ainsi lieu aux premières villes modernes; la lecture et l'écriture sortent des monastères et commencent à être fréquentes chez les nobles et chez les bourgeois; les notions modernes de liberté, de bonheur et d'individualisme germent timidement dans le coeur des humains. Ce fut un siècle trépidant et plein de changements.(...) Les chrétiens qui ont accompagné cette révolution étaient les cathares, dont le bon sens et la civilité me paraissent admirables. Pendant près d'un siècle, enfin, le monde, ou du moins une partie du monde connu, a vécu ce rêve de progrès. Et puis la répression a vaincu. Mais le pouvoir absorbe toujours une partie de ce qu'il écrase, et c'est ce qui a germé de nouveau lors De La Renaissance : les résidus de ces temps lumineux.
Ce roman prétend refléter ce processus, mais vu de l'intérieur de la conscience des êtres humains. Plus que les données historiques, j'ai voulu saisir les mythes et les rêves, l'odeur et la sueur de ce temps-là.
Lien : http://enlisantenvoyageant.b..
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
PenellePenelle   19 juillet 2008
Je suis femme et j'écris. Je suis plébéienne et je sais lire. Je suis née serve et je suis libre. J'ai vu dans ma vie des choses merveilleuses. J'ai fait dans ma vie des choses merveilleuses. Pendant un temps, le monde fut un miracle. Puis l'obscurité est revenue. La plume tremble entre mes doigts chaque fois que le bélier cogne contre la porte. Un solide portail de métal et de bois qui ne tardera pas à voler en éclats. Des hommes de fer lourds et sales s'entassent à l'entrée. Ils viennent nous chercher. Les Bonnes Femmes prient. Moi, j'écris. C'est ma plus grande victoire, ma conquête, le don dont je me sens le plus fière. Et même si les mots sont dévorés peu à peu par le grand silence, ils constituent aujourd'hui ma seule arme. L'encre tremble dans l'encrier au gré des coups, elle aussi apeurée. Sa surface se ride comme celle d'un petit lac ténébreux. Mais voilà qu'elle se calme étrangement. Je lève la tête dans l'attente d'un assaut qui ne vient pas. Le bélier s'est arrêté. Les Parfaites aussi ont cessé le bourdonnement de leurs prières. Serait-ce que les croisés ont pu entrer dans le château ? Je me croyais préparée à cet instant mais je ne le suis pas : mon sang recule tout au fond de mes veines. Je pâlis, tout entière transie par le froid de la peur. Mais non, ils ne sont pas entrés : nous aurions entendu le fracas de la porte qui se brise, l'effondrement des sacs de terre dont nous l'avons renforcée, les pas rapides des prédateurs montant l'escalier. Les Bonnes Femmes écoutent. Moi aussi. Les hommes de fer cliquettent sous les meurtrières de notre forteresse. Ils se retirent. Oui, ils sont en train de se retirer. Le soleil est sur le point de disparaître et ils préfèrent sans doute savourer leur victoire à la lumière du jour. Ils n'ont pas besoin de se hâter : nous ne pouvons pas nous enfuir et il n'existe plus personne qui puisse nous aider. Dieu nous a accordé une nuit de plus. Une longue nuit. J'ai toutes les bougies de la réserve à ma disposition, puisque
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VALENTYNEVALENTYNE   04 mai 2018
– Tu es folle, je marmonne à Nynève tandis que nous nous y rendons. Je ne veux pas participer je vais être ridicule.
– Tu te trompes, ma Léo… Nous avons beaucoup de chance. C’est un tournoi sans blasons ! Tout tournoi qui se respecte exige la présentation de documents de noblesse, de sorte que celui-ci n’est rien qu’une pauvre joute villageoise. J’ai assisté à quelques-unes et elles sont lamentables. Mais je dois admettre qu’elles finissent parfois en véritable boucherie, car les pires fripons de la contrée s’y présentent à l’occasion et commettent toutes sortes de violences.
Je m’arrête net. Une sueur glacée perle sur ma nuque.
– Mais ne t’inquiète pas, car ce sont général des tournois de débutants… de bourgeois ventripotents qui veulent jouer aux chevaliers et de jeunots imberbes qui savent à peine lever leurs lances. Nous allons nous inscrire et si je vois que c’est dangereux pour toi, nous nous retirerons. Ça peut être une bonne affaire pour nous… Tu sais que, outre le trophée, le vainqueur garde les armes du vaincu, mieux encore, son cheval.
– Et si je perds ? Nous n’avons même pas de destrier à nous … Ça peut être un désastre.
– Roland t’a dit qu’il ne fallait jamais penser à la possibilité de perdre. Tu vas gagner, j’en suis sûre. C’est comme de jouer aux dés, Léo. Il faut toujours courir une part de risque dans la vie. C’est plus drôle. Nous sommes arrivées à l’enclos des chevaux. Il n’y a qu’une demi-douzaine d’animaux, tous vieux et fatigués. Nynève commence à parlementer avec le maquignon. Au fond, attachée à la clôture, il y a une jument jeune et robuste.
– Et cette jument ? je demande, interrompant la négociation. L’homme arque des sourcils étonnés. Nynève me foudroie du regard.
– Oui, Monseigneur, en effet : cet animal ressemble à la jument de madame votre mère… dit mon amie.
J’ai fait quelque chose de mal mais je ne sais pas quoi. Je n’ose plus ouvrir la bouche et Nynève décide de louer un baudet aux os saillants, une selle complète avec des étriers et deux lances qu’elle choisit avec un soin méticuleux. Nous sanglons et nous sellons l’animal et je monte dessus en tenant l’une des deux lances. Nynève, qui porte l’autre, marche à mes côtés. Dès que nous nous sommes éloignées de quelques pas, elle se retourne vers moi avec un geste de colère.
– Quelle ignorante tu es, Léola ! Tu ne sais pas qu’un chevalier ne montera jamais sur une jument ? Il aimerait mieux qu’on lui coupe les jambes à coups de hache. C’est le plus grand des affronts qu’on puisse imaginer pour un guerrier… Ça, et monter dans un char. Tu nous as presque fait remarquer.
– Je suis désolée… Je balbutie.
Les chevaliers ont vraiment des habitudes extraordinaires et incompréhensibles. Pourquoi monter un mauvais canasson fatigué quand on peut avoir une belle jument fougueuse ? Simplement à cause de son sexe ? Nous méprisent-ils, nous haïssent-ils à ce point, nous autres femelles ? Je regarde vers le bas, vers mes petits seins bandés et recouverts par le gambison et le fer. Je regarde ma poitrine lisse et bombée comme celle d’un mâle. S’ils savaient.
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MarpleMarple   04 juillet 2013
Les hommes ont coutume d'appeler destin ce qui leur arrive quand ils ont perdu la force de lutter.
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PartheniaParthenia   21 janvier 2015
Dans le silence émouvant de la cérémonie, je me suis souvenue du monde raffiné de la reine Aliénor et à quel point m’avaient émue ces merveilleux paladins du Grand Tournoi de Poitiers, ces guerriers courtisans dans lesquels je voyais la plus haute représentation de la noblesse. Mais la véritable noblesse, maintenant je le sais, c’est ça. C’est marcher toute sa vie d’un pas juste, d’un pas qui sort du cœur. C’est que nos actes soient en harmonie avec nos pensées, même si le prix en est élevé. Et n’imposer ces pensées à personne, et rester modeste et compatissant dans notre grandeur. Mon vieil ami le saint Chevalier avait raison : nos derniers jours sur Terre sont le moment de la grande vérité. Une fin honorable confère dignité et signification à toute une existence.
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VALENTYNEVALENTYNE   06 mai 2018
Le Maître veut m’apprendre à jouter.
– C’est très utile, en plus d’être honorable. Tu peux gagner des armes, des chevaux et même des rançons en argent. Parfois aussi des terres.
J’ai aidé à soigner les chevaux de mon maître et, par chance, je sais monter, même si je ne l’avais jamais fait avec une selle et les longs étriers des guerriers. S’y habituer est toutefois très facile. Le plus dur est d’apprendre à manier cette énorme lance, plus longue que deux destriers mis l’un derrière l’autre. Lestée de plomb comme elle est, au début j’étais incapable de lever sa pointe du sol et de la maintenir en l’air. A présent, j’arrive à la tenir plus ou moins droite pendant que je chevauche et le Maître me fait enfiler des anneaux qui pendent d’une corde. Il faut essayer de viser juste au grand galop et je n’ai pas encore réussi à embrocher un seul anneau avec cette épouvantable lance.
– J’ai l’impression que tu vas mieux te battre sur tes deux pieds dans un tournoi… grogne le Maître.
– Je suis désolée, mais ça demande une grande force, dis-je en guise d’excuse.
– C’est vrai qu’il faut de la force, mais là encore c’est l’adresse qui compte. Juste avant que la lance de ton rival ne te touche, tu dois avancer ton bouclier pour recueillir l’impact et le dévier. Ne t’accroche pas à ton cheval : c’est ce qui te fera tomber. Au contraire, il vaut mieux que tu te mettes brièvement debout sur tes étriers pour avoir une plus grande capacité de mouvement, et plus d’ampleur pour mieux accompagner le glissé de la lance… L’art d’un bon jouteur consiste à bien manier le bouclier à l’aide d’un bras, pendant que l’autre place en même temps la lance sur un point précis de ton adversaire, là où tu auras calculé que tu vas lui faire perdre l’équilibre.
– Et comment est-ce qu’on calcule ça ?
– En tombant et en retombant jusqu’à le savoir.
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Vidéo de Rosa Montero
Que faire contre la maladie ? Comment les livres peuvent-ils aider à traverser sereinement cette épreuve ? Les écrivains Pascal Quignard, auteur de «Performances de ténèbres» et Rosa Montero, qui publie «La Chair», apportent leurs réponses, optimistes, à cette douloureuse question. Egalement invité de la Grande Librairie, Christophe André explique comment la méditation peut changer une vie. A leurs côtés sur le plateau, le professeur Pierre Delion, qui milite pour une psychiatrie humaine, et Patrizia Paterlini-Bréchot, auteur de «Tuer le cancer», participent au débat.
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