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Victor Goldschmidt (Éditeur scientifique)
ISBN : 2081218119
Éditeur : Flammarion (16/06/2008)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 75 notes)
Résumé :
Le principe qui fonde cette oeuvre novatrice se situe dans le concept de "loi", non pas celui d'une loi universelle, puisque Montesquieu souligne la relativité des lois du fait de leurs conditions historiques, géographiques, climatiques et sociales, mais celui de l'universalité de la loi. "Au sortir du collège, on me mit dans les mains des livres de droit. J'en cherchais l'esprit", résumait Montesquieu. Avec lui, la loi prend une signification nouvelle qui domine to... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (5) Ajouter une critique
candlemas
  30 juillet 2017
De l'Esprit des Lois, publié en 1748, est une référence incontournable pour saisir les fondements des institutions qui gouvernent nos société contemporaines. Empruntant aux classifications d'Aristote, débattant des notions de droit naturel aux côtés de Rousseau et de Hobbes, Montesquieu a surtout l'originalité de replacer la loi non comme un commandement, une valeur abstraite à suivre a priori, mais comme une variable qu'il constate, analyse, suivant les cultures, la géographie, L Histoire, pour mieux en dégager les grandes tendances. Il tire cette approche d'une théorie des climats par ailleurs contestable dans sa hiérarchisation des moeurs et différentiation des "races", alors même qu'il était personnellement opposé à l'esclavage.
Montesquieu estime que la République, qu'elle soit aristocratique ou démocratique, tire son essence, son moteur , de la vertu ; la monarchie de la pratique de l'honneur ; le despotisme de la crainte.
Il dégage un principe quasi mécanique de l'application possible d'un régime de libertés dans la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.
Cependant, les débats entre ses commentateurs sur le point de savoir s'il prône ou non le libéralisme ou l'élite aristocratique me semble surtout justifier de le classer, comme Machaviel, comme un observateur pragmatique des rapports politiques et des principes de gouvernement. Il s'interroge plus sur l'efficacité et la cohérence des institutions que sur leurs principes de vertu. Il le fait cependant avec une liberté qui l'a obligé à publier -comme tant d'autres- à Genève son ouvrage, qui fut mis à l'index.
Modéré en toute chose, visiblement adepte du juste milieu, Montesquieu me semble, par certaines de ses réflexions singulières, donner à réfléchir encore aujourd'hui. Ainsi sur la relativité du concept de liberté, dont il convient de considérer le ressenti, souvent plus que la réalité objective (valable aussi bien souvent sur le "ressenti" en matière de justice et de pauvreté... différenciation entre le ressenti et le réel bien connue des organismes de sondages, des PDG d'entreprises et des agences de com...) ; sur la valeur de l'exemple pour réformer une société ; sur l'adaptation des lois aux caractéristiques intimes d'un peuple. Combien d'erreurs de gouvernement seraient encore évitées par l'application de ces quelques principes simples...
Je finirai ce commentaire par le style de M. Charles de Secondat, baron de Montesquieu... remarquable ! plein d'esprit et d'éloquence, vif et précis ; on sent chez Montesquieu l'influence des auteurs latins tels que Cicéron. Par l'alternance de phrases courtes qui ponctuent sa démonstration, il développe un art consommé de la rhétorique, mais avec l'élégance du français du XVIIIème siècle.
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AMR
  17 mars 2017
Il est toujours enrichissant de se replonger dans les classiques en période de crise. le N° 146 de l'hebdomadaire le 1 cite cette semaine L'esprit des Lois à l'occasion de son numéro consacré à la corruption… C'est l'occasion pour moi de re-parcourir Montesquieu.
L'esprit des lois est le fruit de presque vingt ans de réflexion sur ses expériences passées, ses voyages en Allemagne, Hongrie, Autriche, Italie, Hollande, Angleterre… Montesquieu s'est épuisé dans cette tâche monumentale, par amour pour la raison et la vérité dans un profond respect de la nature humaine.
Publié en 1748, cet ouvrage est toujours aussi juste et résonne à nos oreilles de lecteurs du XXIème avides de comprendre les grands problèmes contemporains.
Montesquieu part des lois naturelles, une forme de raison primitive qui régit le monde : les lois des hommes sont les lois positives, issues de la raison humaine et dans cette logique, les lois politiques de chaque pays ne devraient être que des prolongements de cette distinction fondamentale, quels que soient les époques, les pays et les gouvernements. Les élans lyriques de la préface donnent toute la mesure de l'oeuvre accomplie et de l'espoir que Montesquieu fonde dans une science politique lucide et sereine
Mais les différents types de gouvernement, républicain (démocratie et aristocratie), monarchique et despotique, n'appliquent plus vraiment ces principes fondateurs et complexes. Montesquieu insiste sur les notions indispensables de vertu démocratique et de modération aristocratique ; il met cependant en garde sur les risques de l'ambition, « pernicieuse dans une république », mais parfois bénéfique dans la monarchie placée sous le signe de l'honneur ; enfin la crainte suscitée dans les régimes despotiques est inconcevable dans une société civilisée. Chacun de ces mots, aux sens très forts mériteraient un long développement.
Rapidement, le concept de corruption fait son apparition : « la corruption de chaque gouvernement commence presque toujours par celle des principes ». Pour ne parler ici que de la démocratie, régime qui nous rapproche de notre époque actuelle, Montesquieu isole deux menaces : l'ambition individuelle dans un souci d'égalité et une forme d'insubordination ou « esprit d'égalité extrême » quand « chacun veut être égal à ceux qu'il choisit pour lui commander ». Cette situation provoque l'anarchie et favorise le despotisme.
Les pouvoirs judiciaire, exécutif et législatif des différentes nations ne fonctionnent pas de manière égale face aux réalités communes dégagées par Montesquieu. C'est pourquoi il prône la séparation et l'équilibre des trois pouvoirs, la liberté politique se limitant au « droit de faire tout ce que les lois permettent », dans « cette tranquillité d'esprit qui provient de l'opinion que chacun a de sa sureté ».
Montesquieu ne se limite pas au domaine politique : son analyse est d'une telle ampleur qu'elle englobe aussi l'espace et la géographie avec notamment sa fameuse théorie des climats qui en influençant le tempérament des peuples agissent aussi sur les lois ; c'est l'occasion d'aborder la question de la servitude et de l'esclavage et de déconsidérer par l'ironie cette pratique aujourd'hui taxée de crime contre l'humanité ; en effet, il nous propose un faux plaidoyer en faveur de l'esclavage qui rappelle l'extermination des indiens d'Amérique et leur remplacement par la main d'oeuvre africaine, la réalité des plantations sucrières, qui stigmatise aussi les différences raciales, reprend la théorie de l'absence d'âme chez les noirs, rabaisse leur naïveté... L'auteur revisite les idées reçues pour mieux les mettre à mal.
Montesquieu donnait une forme de suprématie aux climats froids et aux peuples nordiques ; dans les pays froids, les gens sont plus vigoureux, plus courageux, moins enclins aux plaisirs, moins sensibles à la douleur. Plus les zones sont tempérées et chaudes et plus leurs habitants sont timides, soumis à la recherche des plaisirs et à la sensibilité… Naturellement les lois doivent tenir compte de ces différences.
Le climat interfère aussi dans les relations entre hommes et femmes et est cause d'une « inégalité naturelle ». Nous pouvons lire des pages sur la nubilité, la polygamie, la situation des femmes en Orient, la pudeur, la répudiation et le divorce…
De même les conditions de fertilité du sol influencent les conditions de vie et de subsistance : on ne légifère pas de la même façon pour des nations cultivatrices ou commerçantes, pour des peuplades d'éleveurs de troupeaux ou de chasseurs.
Certes, les déductions de Montesquieu peuvent sembler un peu hâtives ; j'ai en mémoire l'expérience avec la langue du mouton qui l'amène à écrire des généralités sur la psychologie des peuples… Mais il a au moins eu le mérite de démontrer que la science politique doit tenir compte de phénomènes physiques, psychologiques et économiques.
La fin de cet essai est plus compliquée, très juridique et donc d'une lecture plus difficile… J'avoue l'avoir un peu survolé à partir du Livre XXVI. Montesquieu donnent des conseils avertis aux législateurs après avoir fait en quelque sorte un grand historique de droit depuis les origines.
Chez Montesquieu, la science politique doit être utile au bonheur des hommes, dans le progrès social et la garantie d'une certaine liberté, modérée par une forme de vertu et d'obligation morale.
Ainsi, pour cet érudit en matière de littérature grecque et latine, la démocratie antique était une sorte de gouvernement idéal mais incompatible avec les civilisations modernes. Il avouait aussi une nette préférence pour la constitution anglaise et réfléchissait à une constitution semblable pour la France, à une adaptation de la monarchie absolue en limitant les pouvoirs royaux à une époque où l'on commençait à se révolter contre les privilèges. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen s'inspirera de ses idées notamment en ce qui concerne la séparation des pouvoirs ; par contre, Montesquieu préférait la liberté à l'égalité et ne revendiquait pas l'abolition de tous les privilèges.
L'auteur a développé une méthode et des expérimentations scientifiques pour mettre en lumière un ordre universel, général et admis au-dessus des personnalités qui dirigent les hommes et les pays. Dans ce grand travail de clarification et de compréhensions des lois humaines, il garde cependant une posture critique envers les abus, les tyrannies et les intolérances.
À relire et à méditer.
À conseiller peut-être comme livre de chevet aux candidats à l'élection présidentielle qui s'approche…
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Fx1
  07 octobre 2014
Cette oeuvre à était pensée pendant toute une vie , il faut bien une vie entiére pour la comprendre .
Indispensable pour une vie ou la pensée soit vivante .
Un monument de la philosophie au service de la démocratie .
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lord_mahammer
  27 août 2017

Une lecture ardue, et pourtant essentielle. Une puissance phénomènale. Un livre qui a traversé les siècles et les frontières, et dont la redécouverte profonde ferait un bien fou à notre monde vascillant.
La lecture du Tome 1 est essentielle.
La lecture du Tome 2 est plus ardue, et les concepts y sont moins puissants.
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VACHARDTUAPIED
  01 avril 2013
Oeuvre d'une vie, livre à lire pour l'oeuvre de notre vie....
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Citations & extraits (69) Voir plus Ajouter une citation
AMRAMR   17 mars 2017
Si je pouvais faire en sorte que tout le monde eût de nouvelles raisons pour aimer ses devoirs, son prince, sa patrie, ses lois; qu’on pût mieux sentir son bonheur dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque poste où l’on se trouve ; je me croirais le plus heureux des mortels.
Si je pouvais faire en sorte que ceux qui commandent augmentassent leurs con­naissances sur ce qu’ils doivent prescrire, et que ceux qui obéissent trouvassent un nouveau plaisir à obéir, je me croirais le plus heureux des mortels.
Je me croirais le plus heureux des mortels, si je pouvais faire que les hommes pussent se guérir de leurs préjugés. J’appelle ici préjugés, non pas ce qui fait qu’on ignore de certaines choses, mais ce qui fait qu’on s’ignore soi-même.
C’est en cherchant à instruire les hommes, que l’on peut pratiquer cette vertu générale qui comprend l’amour de tous. L’homme, cet être flexible, se pliant dans la société aux pensées et aux impressions des autres, est également capable de connaître sa propre nature lorsqu’on la lui montre, et d’en perdre jusqu’au sentiment lorsqu’on la lui dérobe. (Préface)

[…]

Il ne faut pas beaucoup de probité pour qu’un gouvernement monarchique ou un gouvernement despotique se maintiennent ou se soutiennent. La force des lois dans l’un, le bras du prince toujours levé dans l’autre, règlent ou contiennent tout. Mais, dans un État populaire, il faut un ressort de plus, qui est la vertu.
Ce que je dis est confirmé par le corps entier de l’histoire et est très conforme à la nature des choses. Car il est clair que, dans une monarchie, où celui qui fait exécuter les lois se juge au-dessus des lois, on a besoin de moins de vertu que dans un gouvernement populaire, où celui qui fait exécuter les lois sent qu’il y est soumis lui-même, et qu’il en portera le poids.
Il est clair encore que le monarque qui, par mauvais conseil ou par négligence, cesse de faire exécuter les lois, peut aisément réparer le mal : il n’a qu’à changer de conseil, ou se corriger de cette négligence même. Mais lorsque dans un gouvernement populaire les lois ont cessé d’être exécutées, comme cela ne peut venir que de la corruption de la république, l’État est déjà perdu. (Livre III)

[…]

La corruption augmentera parmi les corrupteurs, et elle augmentera parmi ceux qui sont déjà corrompus. Le peuple se distribuera tous les deniers publics ; et, comme il aura joint à sa paresse la gestion des affaires, il voudra joindre à sa pauvreté les amusements du luxe. Mais, avec sa paresse et son luxe, il n’y aura que le trésor public qui puisse être un objet pour lui.
Il ne faudra pas s’étonner si l’on voit les suffrages se donner pour de l’argent. On ne peut donner beaucoup au peuple sans retirer encore plus de lui ; mais, pour retirer de lui, il faut renverser l’État. Plus il paraîtra tirer d’avantages de sa liberté, plus il s’approchera du moment où il doit la perdre. Il se forme de petits tyrans qui ont tous les vices d’un seul. Bientôt ce qui reste de liberté devient insupportable : un seul tyran s’élève ; et le peuple perd tout, jusqu’aux avantages de sa corruption.
La démocratie a donc deux excès à éviter : l’esprit d’inégalité, qui la mène à l’aristocratie ou au gouvernement d’un seul ; et l’esprit d’égalité extrême, qui la conduit au despotisme d’un seul, comme le despotisme d’un seul finit par la conquête. (Livre VIII)

[…]

Il n’y a point encore de liberté, si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative, et de l’exécutrice. Si elle était jointe à la puissance législative, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens serait arbitraire ; car le juge serait législateur. Si elle était jointe à la puissance exécutrice, le juge pourrait avoir la force d’un oppresseur.
Tout serait perdu, si le même homme, ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exerçaient ces trois pouvoirs ; celui de faire des lois, celui d’exécuter les résolutions publiques, & celui de juger les crimes ou les différends des particuliers. (Livre XI)
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filippofilippo   29 janvier 2016
L’homme, comme être physique, est, ainsi que les autres corps, gouverné par des lois invariables. Comme être intelligent, il viole sans cesse les lois que Dieu a établies, et change celles qu’il établit lui-même. Il faut qu’il se conduise ; et cependant il est un être borné ; il est sujet à l’ignorance et à l’erreur, comme toutes les intelligences finies ; les faibles connaissances qu’il a, il les perd encore : comme créature sensible, il devient sujet à mille passions. Un tel être pouvait, à tous les instants, oublier son créateur ; Dieu l’a rappelé à lui par les lois de la religion. Un tel être pouvait, à tous les instants, s’oublier lui-même ; les philosophes l’ont averti par les lois de la morale. Fait pour vivre dans la société, il y pouvait oublier les autres ; les législateurs l’ont rendu à ses devoirs par les lois politiques et civiles.
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ZedbahrZedbahr   05 avril 2012
La liberté politique ne consiste point à faire ce que l'on veut. Dans un Etat, c'est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu'à pouvoir faire ce que l'on doit vouloir, et à n'être point contraint de faire ce que l'on ne doit pas vouloir.
Il faut se mettre dans l'esprit ce que c'est que l'indépendance, et ce que c'est que la liberté.
La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent; et si un citoyen pouvoit faire ce qu'elles défendent, il n'auroit plus de liberté, parce que les autres auroient tout de même ce pouvoir.
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OrpheaOrphea   24 septembre 2013
Les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient d'autre force qui pût les soutenir que celle de la vertu. Ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses et de luxe même.
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OrpheaOrphea   08 octobre 2013
Les hommes sont tous égaux dans le gouvernement républicain; ils sont égaux dans le gouvernement despotique: dans le premier, c'est parce qu'ils sont tout; dans le second, c'est parce qu'ils ne sont rien.

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