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Nick Montgomery (Autre)Carla Bergman (Autre)Juliette Rousseau (Traducteur)
EAN : 9791095630371
290 pages
Editions du Commun (15/01/2021)
4.04/5   12 notes
Résumé :
À quoi ressemble la joie dans les milieux de lutte ? Qu'est-ce qui nous rend collectivement et individuellement plus capables, plus puissants et pourquoi, parfois, les milieux radicaux produisent tout l'inverse et nous vident de tout désir ?

C'est à ces questions que Joie militante tente de répondre, combinant propositions théoriques, analyses de cas pratiques et entretiens avec des militant·e·s issu·e·s de luttes diverses : féminisme, libération Noi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Si la lutte peut être source de joie, comme « aventure collective à l'issue incertaine », « accroissement soudain du pouvoir partagé », « ouverture phénoménale des possibles », « sentiment profond de prendre part au monde comme jamais », l'incapacité à trouver des façons d'avancer peut aussi susciter rage, déception et frustration, comme l'explique Juliette Rousseau, la traductrice et l'éditrice de ce livre, dans sa préface. Nick Montgomery et carla bergman traquent ce qu'ils nomment le « radicalisme rigide » : « la fabrication infinie d'impératifs et de devoirs, la culpabilité lorsque l'on ressent de la peur et de la solitude, l'affrontement des point de vue politiques qui requiert un.e gagnant.e et un.e perdant.e, etc. » Ils l'analysent, le définissent, tentent de lui opposer une critique pour affirmer et défendre la multiplicité de façons d'être autrement.
(...)
Ouvrage particulièrement nourrissant pour tous ceux qui s'investissent dans des luttes et sont confrontés aux tensions inhérentes à toutes formes de militantisme. Nick Montgomery et carla bergman ouvrent des réflexions et montrent des chemins plutôt qu'ils ne proposent une nouvelle théorie.

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Cet ouvrage est destiné d'abord aux personnes qui sont déjà familières avec le militantisme, conscientes et révoltées contre les injustices de ce qui est appelé ici l'Empire (cf. cit. 3), rompues aux réactions violentes des pouvoirs établis et habituées à l'éventualité que leurs luttes ne soient pas couronnées de succès. Ces personnes sont a priori méfiantes vis-à-vis du bonheur et surtout de son injonction (cit. 4), mais en quête de la joie qui provient d'une certaine émancipation conférée par l'activisme. Néanmoins, au sein même des mouvements contestataires, une tendance existe vers le « radicalisme rigide » qui, par excès de zèle et avec condescendance, empêche l'épanouissement de la joie. Précisons d'emblée que le radicalisme rigide a trois causes : l'idéologie héritée du marxisme, la morale héritée du christianisme et l'évaluation incessante héritée du système scolaire.
Avant de parvenir à cette analyse, l'ouvrage se développe de la manière suivante : l'Introduction pose quelques notions fondamentales dont la définition spinoziste de la joie tenant compte de l'affectivité de l'action et du jugement éthique, les conditions d'un militantisme joyeux par le dépassement de la dyade : optimisme/pessimisme, et un discours sur l'anarchisme. le chap. Ier. « L'Empire, le militantisme, et la joie » se concentre principalement sur l'opposition entre bonheur et joie, pouvoir et joie, Empire et joie : il procède donc par la négation ; le chap. 2, « Amitié, liberté, éthique, affinité » procède à l'inverse, et nous y trouvons développée la conception spinoziste de l'éthique, appliquée à certains mouvements de contestation, dont la résurgence autochtone. le chap. 3, « La confiance et la responsabilité comme notions communes » poursuit dans la même ligne, en posant certains concepts théoriques, notamment celui de « notions communes », y compris la « convivialité » d'Ivan Illic, toujours en relation avec des luttes (cf. les protestations de la Place Tahrir en Égypte, cit. 7). le chap. 4, « Ambiances étouffantes, burnout et performance politique » revient sur le radicalisme rigide, tandis que le chap. 5 « Défaire le radicalisme rigide, activer la joie » se penche sur ses trois causes que nous avons anticipées. Enfin, une sorte de conclusion intitulée « Outro », sans donner à proprement parler de solution universelle ni univoque pour atteindre la joie, pose surtout des modalités d'un militantisme fondé sur la notion « d'être en prise » (cit. 10).
La démonstration est rigoureuse – malgré un plan à l'anglo-saxonne pas très structuré – étayée par de nombreuses contributions d'auteurs interviewés ainsi que par des événements contestataires venant surtout d'outre-Atlantique ; le style est toujours très accessible, servi par une traduction vivace et riche, ne reculant devant aucun registre linguistique. L'on s'habitue à une écriture inclusive systématique, mais peut être plus difficilement à la taille de la police typographique, qui est vraiment menue surtout dans le italiques, les notes et les références bibliographiques (placées à la fin de chaque chap., plutôt qu'en fin d'ouvrage, ce qui aurait sans doute facilité leur consultation).
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
Défaire l'assujettissement ne revient pas à une forme d'opposition consciente ou à trouver une façon d'être joyeux.se au milieu de la misère. Contester le monopole radical de l'Empire sur la vie veut dire interrompre son emprise affective et infrastructurelle, défaire certains de nos attachements et de nos désirs, et en créer de nouveaux.
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7. « L'anxiété, l'addiction, et la dépression ne sont pas simplement des secrets à révéler ou des illusions à révoquer. Prêcher contre les horreurs de l'Empire peut alimenter le cynisme ou le détachement ironique plutôt que de défaire l'assujettissement. On peut se sentir contraint.e et diminué.e, et ce malgré notre conscience politique. Les sujet.te.s de l'Empire sont "libres" d'être défiant.e.s et d'avoir du ressentiment vis-à-vis du système dans lequel ils et elles vivent. On peut haïr l'Empire autant que l'on veut, tant que l'on continue de travailler, de payer son loyer et de consommer. Il n'y a pas de correspondance simple entre les intentions et les actions, comme si le problème c'était simplement de trouver quoi faire et de le faire. Défaire l'assujettissement ne revient pas à une forme d'opposition consciente ou à trouver une façon d'être joyeux.se au milieu de la misère. Contester le monopole radical de l'Empire sur la vie veut dire interrompre son emprise affective et infrastructurelle, défaire certains de nos attachements et de nos désirs, et en créer de nouveaux.
[…]
Voici ce qu'un.e participant.e anonyme au soulèvement du Caire, en Égypte, où les personnes ont pris la désormais célèbre place Tahrir, avait à en dire :
"Jamais La Caire n'a été aussi vivant que durant la première place Tahrir. Puisque plus rien ne fonctionnait, chacun prenait soin de ce qui l'entourait. Les gens se chargeaient des ordures, balayaient eux-mêmes le trottoir et parfois même le repeignaient, dessinaient des fresques sur les murs, se souciaient les uns des autres. Même la circulation était devenue miraculeusement fluide, depuis qu'il n'y avait plus d'agents de la circulation. Ce dont nous nous sommes soudain rendu compte, c'est que nous avions été expropriés des gestes les plus simples, ceux qui font que la ville est à nous et que nous lui appartenons. Place Tahrir, les gens arrivaient et spontanément se demandaient à quoi ils pouvaient aider, ils allaient à la cuisine, brancardaient les blessés, préparaient des banderoles, des boucliers, des lance-pierres, discutaient, inventaient des chansons. On s'est rendu compte que l'organisation étatique était en fait la désorganisation maximale, parce qu'elle reposait sur la négation de la faculté humaine de s'organiser. Place Tahrir, personne ne donnait d'ordre. Évidemment que si quelqu'un s'était mis en tête d'organiser tout cela, ce serait immédiatement devenu le chaos." » (pp. 149-152)
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10. « Fondamentalement, cette façon d'être en prise n'est pas une nouvelle forme d'optimisme ou une nouvelle foi en l'idée que les choses vont s'améliorer, mais une dynamique ouverte et dangereuse. Cette capacité à être présent.e, qu'adrienne maree brown appelle "être éveillé.e à ta vraie vie, en temps réel" inclut plus des multiplicités brouillonnes qui nous composent : le trauma, les déclencheurs émotionnels, et la brillance. La joie n'est pas la même chose que l'optimisme. Elle n'est pas heureuse ni ne promet une révolution future. En réalité, être présent.e peut aussi vouloir dire s'ouvrir à la cruauté et à l'autodestruction qu'impliquent certains attachements optimistes.
Une deuxième façon d'être en prise vient avec la capacité à se connecter aux héritages de résistance, de rébellion, et aux luttes du passé. Comme nous l'a expliqué Silvia Federici […], il s'agit de repousser l'amnésie sociale imposée par l'Empire. » (pp. 255-256)
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Historiquement, le militantisme est souvent associé aux avant-gardes marxistes-léninistes et maoïstes et à la façon qu’ont eue ces idéologies de façonner la lutte des classes et les luttes de libération nationale. Ces idéaux de militantisme ont été remis en question, en particulier par les luttes Noires, Autochtones et les féministes postcoloniales, qui ont pointé du doigt les écueils des idéologies rigides, de directions politiques patriarcales, et la négligence du soin et de l’amour. La figure traditionnelle du militant et de la militante – zélé.e, rigide et brutal.e – a aussi été remise en question par le situationnisme, l'anarchisme, le féminisme, les politiques queers, et d’autres courants qui ont fait le lien entre action directe et lutte pour la libération du désir et de l’expérimentation.
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9. « Peu de temps après avoir appris à marcher, les enfants sont enfermé.e.s dans les écoles, et soumis.e.s à un contrôle et une évaluation constantes. À l'école, les nouvelles capacités ne peuvent être affirmées que si elles sont conformes aux critères établis par l'instruction, c'est-à-dire que lorsqu'un.e élève a appris une chose en particulier, au bon moment et de la bonne façon. La curiosité et la découverte de liens émergents doivent être écrasées pour pouvoir créer cette conformité, et ceux et celles qui refusent ou résistent sont rapidement classifiées comme des enfants "problématiques", qui ont besoin d'une forme d'enseignement corrective, d'être médicamentées, suivies en thérapie ou punies.
Ceux et celles qui s'en sortent apprennent à intégrer l'évaluation incessante au regard de standards imposés par l'extérieur. En réduisant les vies à ces standards externes, l'école écrase la disposition pour la joie. Les adultes, les parents, et d'autres intervenant.e.s sont chargé.e.s de perpétuer ce processus à l'extérieur de l'école, en apprenant aux enfants à tout catégoriser et mesurer, y compris eux et elles-mêmes. Il y a toujours une personne devant, qui a mieux fait, et de façon plus performante. L'évaluation annule l'immédiateté de la vie, là où nous pouvons sentir le déferlement de la nouveauté, les potentiels, et apprendre en explorant le monde, au gré de nos curiosités.
[…]
Cette tendance à l'évaluation constante et à l'imposition de standards externes s'est infiltrée dans de nombreuses dimensions de la vie sous l'Empire. Elle existe même chez les radicaux.les : ce qui change c'est seulement le type de standards et le mode d'évaluation. Est-ce que c'est radical ? Est-ce que c'est anarchiste ? Est-ce que c'est critique ? Est-ce que c'est révolutionnaire ? Est-ce que c'est anti-oppressif ? Comment est-ce que ça pourrait être récupéré, perverti ou rendu déficient ? Qu'est-ce qui est problématique ? Où sont les manquements ? À quel point est-ce que c'est limité, inefficace et de courte durée ? » (pp. 231-232)
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