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ISBN : 2070368157
Éditeur : Gallimard (12/07/1972)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 176 notes)
Résumé :
En se penchant un peu en arrière, il voyait, derrière le dos de Solange, la jeune femme qui était assise à côté d'elle; adossée dans son fauteuil, elle écoutait, bouche entrouverte et les yeux clos. Elle n'était pas jolie; mais Costals la désirait : 1° parce qu'il trouvait convenable que, dans la même minute ou il caressait pour la première fois une jeune personne, il en désirât une autre; 2° parce que, donnant l'apparence du sommeil, il était impossible qu'elle ne ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
  23 avril 2014
Les auteurs de romans d'amour sont les premières victimes de leur sentimentalité. Pierre Costals, le personnage central des Jeunes Filles, serait-il le représentant précoce –quoique plus complexe et psychologiquement plus profond- d'un Marc Lévy ou d'un Guillaume Musso ? Ses talents à mettre en scène les flux et reflux amoureux de ses personnages déchaînent les fantasmes de lectrices pour lesquelles l'amour n'est encore qu'un rêve parsemé de préjugés romantiques et bourgeois. Thérèse et Andrée vivent ici ou là, dans des coins perdus de province et, à l'aube de la trentaine, elles ne connaissent rien de plus de l'amour que ce que Pierre Costals, par le biais de ses romans, veut bien leur en montrer. Passionnées par désespoir, elles assaillent l'écrivain de lettres dans lesquelles toute l'infamie de leur existence transparaît, espérant susciter chez leur lecteur sinon l'amour, au moins la compassion débordante dont il fait preuve dans ses romans.si Thérèse, dévote et larmoyante, et Andrée, intellectuelle au moral solide, ne se ressemblent pas dans leurs caractères, elles sont en revanches aussi laides l'une que l'autre. Ce détail semble suffire à Pierre Costals qui, déjà bien occupé par ailleurs avec d'autres amantes -jeune fille, maîtresse et prostituée-, dédaigne longtemps de leur répondre, malgré l'abondance de leurs courriers. Et puis, il consent enfin à donner signe de vie au moment où l'engouement de ses lectrices allait s'éteindre, relançant mieux que jamais leur ardeur et les précipitant, de fait, vers une ruine douloureuse.

La forme fluide de ce roman se montre passionnante et fait s'alterner à un rythme rapide les lettres envoyées par Pierre, Andrée ou Thérèse, parfois entrecoupées d'annonces matrimoniales, de dissertations d'écrivain et de narration plus classique, venue à point nommé pour éclaircir et relancer la tension des échanges épistolaires. Cette forme éclatante s'accompagne d'un fond délicieux qui n'échappe pas à une virulente cruauté nietzschéenne. Alors que les années 30 valorisaient le mariage, Henry de Montherlant signe un acte de mort à la conception bourgeoise du couple. Plus encore que la laideur et le désespoir de ses lectrices, ce sont les fantasmes dans lesquels se repaissent Andrée et Thérèse qui dégoûtent Pierre Costals. Parle-t-on alors davantage de méchanceté que de fatigue ? Pierre Costals ne fait-il finalement pas preuve de charité en essayant de guérir deux femmes perdues de leurs illusions ? Celles-ci croient ne pouvoir assurer leur bonheur qu'à la condition de s'allier à un parti convenable ou passionné ; il semble plutôt temps qu'elles essaient de décoller par la propre force de leurs talents. Leur souffrance est un instrument d'instruction. Même s'il ne semble pas s'en rendre compte, Pierre Costals cherche à faire grandir ses maîtresses en leur donnant à croire en elles-mêmes, bien que son ambivalence nourrie d'une passion intarissable pour la nouveauté et la diversité des visages humaines le pousse lui-même à courir sans cesse après une forme d'idéal négatif : celui de la femme passive, dénuée de tout sentiment et de tout intellect.

Henry de Montherlant se promène d'ambivalences en contradictions pour tracer des portraits nuancés de ses personnages. le sentiment amoureux et la notion de couple passent au crible d'idées qui apparaissent comme un savoureux mélange d'influences nietzschéennes et de prémisses kunderiens. le premier réapparaît dans sa façon de considérer la relation amoureuse à la manière d'une annexion(« On ne devrait jamais dire à quelqu'un qu'on l'aime, sans lui en demander pardon ») et le deuxième se laisse présager dans la mélancolie que ressent Pierre à chaque fois que, choisissant momentanément une femme, il comprend devoir se priver de toutes les autres qu'il aurait pu choisir de manière tout à fait égale (« Ce monstrueux hasard à la base : l'homme qui est forcé de prendre une compagne pour la vie, alors qu'il n'y a pas de raison pour que ce soit celle-là plutôt qu'une autre, puisque des millions d'autres sont aussi dignes d'être aimées »). Si Pierre Costals rejette la notion de couple bourgeois, ce n'est pas par avarie mais au contraire par excès d'amour : amour de soi-même, et amour de l'altérité en général. Amour de la vie demandant une plénitude et une pleine disposition de l'individu, plutôt que restriction des possibilités et enfermement dans une routine d'idées et de comportements menant à terme le dépérissement de l'individu : « Tout ce qui crée des rencontres mérite encouragement, même quand il s'agit de rencontres à fin sentimentale, et malgré tout ce qu'elles supposent de niaiserie et de médiocrité ». On retrouve également le cynisme joueur d'un Oscar Wilde dans les piques lancées par Pierre Costals. Lorsque le second écrit : « Chacun de ces restaurants du Blois évoquait pour Costa des souvenirs contradictoires : heures d'ivresse, quand il y était avec une femme qu'il n'avait pas encore possédée, heures d'embêtement mortel, quand il y était avec une femme à lui », on retrouve un peu des idées du premier : « J'aime bien tout savoir de mes nouveaux amis, et rien de mes anciens ».

Pierre Costals et ses Jeunes filles sont des amis aux passions et à l'audace stimulantes, dépassés par les fluctuations de leurs désirs, maintenus par les idées qu'ils brandissent pour se justifier. Henry de Montherlant, brillant manipulateur, sait aussi maintenir son lecteur en haleine en dispersant sa série en plusieurs volumes qu'il faudrait découvrir presque aussitôt…

Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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sylvaine
  28 octobre 2012
Il est des livres dont le nom de l'auteur évoque bien quelque chose mais qui me semble t-il sont tombés en désuétude", ce roman de H de Montherlant premier tome de la série Les jeunes filles, me parait en faire partie. Et bien je trouve cela fort dommage....
Années 1925, Pierre Costals est un écrivain célèbre. Il vit de sa plume, a du succès auprès des femmes, fréquente peu les salons mondains, bref mène la vie aisée d'un jeune bourgeois parisien où l'écriture est primordiale et la gent féminine fort présente. Sa notoriété littéraire lui vaut des lettres passionnées de ses admiratrices. Parmi elles des jeunes femmes, encore jeunes filles, plus toutes jeunes, pas forcément jolies, C'est ainsi que nous découvrons mademoiselle Thérèse Pantevin, jeune fille dévote écartelée entre son amour pour Costals et sa vocation religieuse.
Andrée Hacquebaut, bientôt trente ans, est elle une jeune fille cultivée, préférant les occupations intellectuelles à celles qui lui permettrait de sortir de la misère décente dans laquelle elle vit. Elle vient une fois de temps en temps à Paris et ne cesse de vouloir le rencontrer…
Ce dernier répond parfois à leurs missives enflammées, usant souvent du silence, il attise ainsi leur passion .Véritable pourfendeur de la gent féminine où seules les plus jolies, bêtes de préférence ou les filles de joie trouvent grâce à ses yeux, Costals démonte la psychologie féminine et les regarde à travers un prisme déformant ...Rien n'échappe à sa verve ironique .mordante, caustique. Pour lui Les Jeunes Filles sont comme ces chiens abandonnés, que vous ne pouvez regarder avec un peu de bienveillance sans qu'ils croient que vous les appelez, que vous allez les recueillir, et sans qu'ils vous mettent en frétillant les pattes sur le pantalon. »
Un roman au ton certes misogyne mais fidèle portrait de la société de l'époque où pour seul avenir la jeune fille n'avait que celui de son futur époux,…
Jubilatoire à souhait, un pur bonheur de lecture.
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litolff
  03 avril 2012
Ah, Les Jeunes Filles... ! Je garde un délicieux souvenir de cynisme provocateur à la lecture de ce roman dans lequel Montherlant faisait une analyse jubilatoire de la psychologie féminine.
Costals, écrivain parisien libertin, cynique, désabusé et séducteur est l'objet d'adoration des jeunes filles qui, comme de juste, rêvent de trouver le grand amour et de convoler en justes noces.
Malheureusement pour elles, elles trouvent en la personne de Costals un homme totalement allergique à l'idée même d'amour et de mariage, qui joue avec leurs sentiments avec un cynisme redoutable.
Montherlant décortique avec brio et beaucoup de justesse psychologique la complexité des sentiments qui agitent les protagonistes de l'amour à la pitié en passant par l'amitié et pose la question de la possibilité de l'amitié dans les rapports hommes-femmes… On n'est pas loin de Bridget Jones !
En 1977, Jean Piat prêta brillamment ses traits à Pierre Costals dans une interprétation teintée d'ironie désabusée.
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Nadou38
  07 juin 2018
C'est par la lecture de ce premier tome des «Jeunes Filles» que je découvre son auteur Henry de Montherlant.
Je dois avouer que je ne connaissais pas cet académicien français et si mon ami jeeves_wilt n'avait pas insisté pour que je le lise, il serait probablement encore inconnu pour moi aujourd'hui. Merci donc à lui car je découvre une plume magnifique pour exprimer l'ambiguité des relations humaines, en particulier entre les hommes et les femmes.
«Les jeunes filles» est un gros pavé, en parti roman épistolaire, fragmenté en quatre opus. Celui-ci est le premier, dont il conserve le titre, et les suivants sont Pitié pour les femmes, le démon du bien et enfin Les lépreuses.
Pierre Costals en est le personnage principal. C'est un écrivain célèbre, séducteur et qui par sa notoriété est amené à entretenir, discrètement, de nombreuses relations avec les femmes. Parlant d'amour dans ses romans, le lectorat féminin de Costals est conséquent et certaines d'entre elles n'hésitent pas à lui écrire.
Ce premier tome nous présente ainsi les lettres de quelques-unes de ces lectrices à Costals et les difficultés pour l'écrivain d'entretenir ces relations épistolaires. En effet, on découvre un homme qui ne répond pas régulièrement à ces lettres, ou bien qui va user d'un certain cynisme dans ses réponses, toujours à la limite du respect, face à des femmes qui l'idéalisent à travers ses écrits. Je suppose un personnage qui redoute de souffrir et qui peut apparaître odieux en voulant se protéger, il est bien difficile en effet pour moi de cerner son caractère à la fin de ce premier tome...
L'auteur met en évidence les maladresses de chacun, actes manqués ou mal interprétés entre hommes et femmes, qui engendrent des situations malheureuses ou qui peuvent faire souffrir.
Une belle lecture en tout cas qui incite à lire la suite...
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moklos
  08 juin 2008
Genèse du livre :
Je rencontrai Jeannine à une soirée mondaine, à la Sorbonne, le six janvier mille neuf cent trente-quatre: et elle me disposa à la rêverie. Sa peau d'un touchant brun pâle me fit imaginer qu'elle était d'origine andalouse; de sa minuscule bouche ourlée sortaient des mots d'un timbre fraîchement ténu. Elle avait un je-ne-sais-quoi de fragile et d'éthéré dépourvu plénièrement de coquetterie. Ce soir-là nous dansâmes, et il est vrai, j'en fus heureux. le lendemain, je lui écrivis une lettre maladroite et opaque sans lui communiquer mon adresse pour qu'elle s'affairât à la chercher dans le Bottin mondain: ce qu'elle fit avec empressement, d'ailleurs. Dès ce jour, nous sortîmes abondamment et ces fréquentations me rassérénèrent: elles avaient sur moi, ô surprise, un effet roboratif.
Vint juillet, le mois du licol: Jeannine s'enferra dans la mondanité du qu'en-dira-t-on étriqué. Elle me proposa une liaison légale en m'assurant que jamais elle ne m'imposerait sa présence si cela pouvait m'être, de quelque façon, objet de désagrément. Effarouché, je gardai toutefois élégamment la pose et un proverbe persan Sââdi, que je me remémorai les jours suivants, me permit de préparer ma retraite «Quand tu entres dans une maison, observe comment tu pourras t'en sortir».
Bien qu'ébranlé, j'en vins à croire que je devais marier cette jeune fille non pas pour être heureux, mais pour la rendre heureuse, cependant je savais qu'en l'épousant, je la ferais souffrir. Pourtant je me sentais aimé de ma bonne amie et sa douce présence, au fil des mois, s'était distillée avec allégresse, en moi (sorties vespérales, échanges épistolaires, conversations téléphoniques). Mais, il me fallait être exact dans mon bon mouvement; légaliser notre union et me préoccuper alternativement de me sortir de ce traquenard conjugal indésirable.
Août survint, et je me libérai croyais-je, alors de cette idylle fort amène mais encombrante. J'annonçai à Jeannine, mon départ pour Alger. Je lui fis part que ma vie d'écrivain me commandait impérieusement cette retraite solitaire ce qui était vrai, puisque Paris m'était insupportable avec sa vie de sociabilité, de représentation et de dispersion pour ce type d'ascèse vitale. Hélas! j'en rajoutai et je lui jurai que j'étais prêt à lui donner mon intelligence, mon coeur, ma vie tout sauf le mariage. Fanfaronnade déloyale, que je fus obligé de porter, avec le temps, dans la colonne de mes débits.
Infortune! trois semaines plus tard, Jeannine me relance avec une lettre désespérée. Sa souffrance morale est palpable. Mes tentatives répétées pour la raisonner échouèrent. Imprudemment je l'invitai à venir me rejoindre à Alger pour une quinzaine, en septembre. Ma proposition est certes compromettante: je demande à une jeune fille bourgeoise de bonne famille de retrouver en Afrique du Nord, un homme, dont elle n'est pas fiancée. Jeannine accepta. Peu de temps après, je pris conscience de la démesure de mon offre; une huitaine eut largement fait l'affaire. J'attendis...
Si vous me permettez ce petit aparté, les retrouvailles de Pierre Costals et de Solange Dandillot à Gênes dans le Démon du Bien sont une transposition fidèle de notre rencontre à Jeannine et à moi à Alger. Pis, notre correspondance, la jolie singularité de Jeannine et ses mots d'enfant traversent intégralement Les Jeunes Filles. Sans elle, Les Jeunes Filles n'auraient eu qu'un maigre tome.
Deus ex Machina! mon amie me séduisit. Je lui découvris un côté animal secret inexploré qui m'avait échappé jusqu'alors. Elle était tout à fait digne de mes extravagances et à mille lieues de la petite bourgeoise conformiste parisienne. Alger lui seyait à merveille! Début octobre, Jeannine rentra à Paris et je pus enfin retourner à ma vie ascétique et à une période intense de création.
Novembre. Bref retour à Paris. L'assiduité de Jeannine redoubla le nous indésirable flottait à nouveau. Je m'ingéniai à échafauder des faux-fuyants tous plus tarabiscoté les uns que les autres et notamment la syphilis. Rien n'y fit, à bout d'arguments, je m'éclipsai à Alger pour hâter ma retraite définitive. Jeannine s'accrocha et elle me tanna... Je vous fais grâce des longs mois tortueux qui suivront, par désir légitime d'écourter ce funambulesque vaudeville.
Finalement en novembre mille neuf cent trente-six, je lui envoyai une copie des Jeunes Filles avec cette dédicace «Vous saurez à quoi vous avez échappé en ne m'épousant pas». Jeannine, ma fausse Andalouse, était devenue Solange Dandillot: ma Femme de papier et d'encre, mon Égérie pour le meilleur et pour le pire.
La porosité du nous de Jeannine m'apparût, à la longue, comme de l'anthropophagie à l'état pur. Alors je désirai ardemment la bazarder - soyons élégant - la refiler serait plus approprié, à un autre homme; pour qu'elle opérât, ailleurs, sa besogne de grignotage.
Pourquoi aurais-je consenti à me laisser entamer, en regardant béatement, Jeannine mastiquer et se curer les dents!
Caresser un sein de femme, madame Cohen, c'est toujours pour un homme ouvrir une boite de Pandore.
Henry de Montherlant
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Citations et extraits (68) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   12 janvier 2015
Ce monstrueux hasard à la base : l’homme qui est forcé de prendre une compagne pour la vie, alors qu’il n’y a pas de raison pour que ce soit celle-là plutôt qu’une autre, puisque des millions d’autres sont aussi dignes d’être aimées. L’homme qui est forcé par la nature de répéter à dix femmes les mêmes mots d’amour, y compris à celle qui lui est destinée, faux s’il le lui cache, cruel s’il le lui avoue. L’homme qui est forcé par la nature de tromper sa femme, avec tout ce qui s’ensuit de mensonges et de bassesse, malfaisant s’il laisse aller la nature, malheureux s’il la combat. La jeune fille qui devient enfant dans les larmes, et mère dans les gémissements. L’enfant, fait naturel, qui enlaidit et déforme la femme. L’acte soi-disant naturel par excellence, et qui ne peut être fait qu’à certaines époques, dans certaines conditions, avec certaines précautions. La terreur de l’enfant, ou la terreur de la maladie, comme un spectre au-dessus de chaque alcôve. L’acte soi-disant naturel par excellence entouré de toute une pharmacie qui le salit, l’empoisonne et le ridiculise. En vérité, quel homme, à condition qu’il réfléchisse un peu, ne se dira pas, lorsqu’il s’approche d’une femme, qu’il met le doigt dans un engrenage de malheurs, ou tout au moins un engrenage de risques, et qu’il provoque le destin ? Et cependant il le désire, la femme le désire, la société le désire, et la nature, si elle était capable de désirer quelque chose, le désirerait aussi, et tout cela est l’amour, qui est le fil de flammes qui retient le vivant à la terre, et suffirait à justifier la création.
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moklosmoklos   08 juin 2008
La femme, au contraire, se fait une idée positive du bonheur. C’est que, si l’homme est plus agité, la femme est plus vivante. Ah ! ce n’est pas elle qui demandera, comme le jeune homme de tout à l’heure : « Qu’est-ce que vous entendez par vivre ? » Elle n’a pas besoin d’explications. Vivre pour elle, c’est sentir. Toutes les femmes préfèrent se consumer en brulant, à être éteintes ; toutes les femmes préfèrent être dévorées, à être dédaignées. Et dans ce « sentir » quelle mobilité, quelle ampleur des réactions ! Quand on voit qu’une femme, si l’homme qu’elle aime semble l’aimer moins – ne fût-ce qu’un peu moins – souffre autant que s’il ne l’aimait pas du tout ; quand on voit qu’ensuite, si elle reconnait qu’il l’aime autant, non seulement elle en éprouve une joie merveilleuse, mais elle ajoute à sa joie cette nouvelle joie, de se faire pardonner de l’avoir soupçonné, quand on voit cela, et qu’on voit en regard la lourdeur des hommes, on donne un sens au mot vivant.
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colimassoncolimasson   10 janvier 2015
Il y a, dans le mariage musulman, tel qu’il est célébré à Alger, une coutume saisissante. La coiffeuse s’avance vers les jeunes mariés et verse de l’eau de jasmin dans les deux mains réunies de la mariée ; le mari se baisse et boit cette eau ; la coiffeuse procède de même pour le mari, mais lorsque la mariée se prépare à boire dans les mains du mari, celui-ci ouvre les mains et le liquide s’échappe. Voilà une coutume atroce : il est posé en principe que l’homme doit être heureux, et que la femme ne doit pas l’être.
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colimassoncolimasson   28 avril 2014
Ce matin, vous auriez été en flammes sur le palier, à cause de quelque explosion de réchaud, ou de je ne sais quoi, que je crois que n'aurais pas été à votre secours, parce que je n'étais pas rasé. Notez bien que le fait que je fusse nu n'était pour rien dans l'affaire. Vous savez sans doute comment est fait un homme : vous avez bien dû voir des statues. Et d'ailleurs j'étais habillé.
Votre absurde départ me prive du plaisir de vous emmener à l'exposition Claude Monet, comme je l'avais projeté. Je m'en faisais une vraie joie.
Cordialement vôtre.


Combien Andrée, dans cette lettre, le retrouva pareil à ce qu'il était! Gentillesses, plaisanteries, et même cette pointe d'inconvenance, dont elle souriait sans en être troublée. Et toujours ses allusions à sa mère, si émouvantes pour elle... Mais elle ne regrettait pas d'être revenue à Saint-Léonard. Elle pressentait que, si elle fût restée à Paris, il eût continué de la faire souffrir. Tandis que cette lettre était bonne, elle dénouait mystérieusement - oui, vraiment sans raison - sa peine. Toujours pleine des livres de Costals, elle se rappelait une phrase de l'un d'eux : "L'éloignement rapproche." Pourquoi comprenait-il tout si bien dans ses livres, et feignait-il de ne pas comprendre, dans la vie ?
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moklosmoklos   08 juin 2008
La femme est faite pour un homme, l’homme est fait pour la vie, et notamment pour toutes les femmes. La femme est faite pour être arrivée, et rivée ; l’homme est fait pour entreprendre, et se détacher : elle commence à aimer, quand, lui, il a fini ; on parle d’allumeuse, que ne parle-t-on plus souvent d’allumeurs ! L’homme prend et rejette ; la femme se donne, et on ne reprend pas, ou reprend mal, ce qu’on a une fois donné. La femme croit que l’amour peut tout, non seulement le sien, mais celui que l’homme lui porte, qu’elle s’exagère toujours ; elle prétend avec éloquence que l’amour n’a pas de limites ; l’homme voit les limites de l’amour, de celui que la femme a pour lui, et de celui qu’il a pour elle, dont il connait toute la pauvreté.
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