AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2070323145
Éditeur : Gallimard (14/05/1985)

Note moyenne : 3.78/5 (sur 58 notes)
Résumé :
Fouquet a dû croire que tout s'achète, même le destin.
Fouquet est l'homme le plus vif, le plus naturel, le plus tolérant, le plus brillant, le mieux doué pour l'art de vivre, le plus français. Il va être pris dans un étau, entre deux orgueilleux, secs, prudents, dissimulés, épurateurs impitoyables, Louis XIV et Colbert. Il succombera, étant resté un homme du temps de la Fronde, vivant dans un magnifique désordre, avec quinze ans de retard sur l'époque absolu... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Alzie
  24 août 2014
Paul Morand (1888-1976) qui s'est introduit dans les lettres par la poésie, est un écrivain diplomate réputé pour ses nouvelles. Mais il peut être intéressant de rencontrer un auteur là où on l'attend le moins. Un essai historique écrit en 1961 et heureusement réédité par Gallimard dans la collection Folio/histoire m'en fournit l'occasion : "Fouquet ou le Soleil offusqué". La plongée dans les eaux troubles du Grand Siècle après une visite à Vaux, n'a rien qui puisse me déplaire, au contraire. Une narration très rythmée rassemble ici l'histoire et la littérature. La vie de Nicolas Fouquet (1618-1680), marquis de Belle-Isle et vice-roi d'Amérique, est connue bien sûr et ne sera pas forcément une découverte pour nombre de lecteurs, mais la qualité d'un livre se révèle aussi par son style, et là, comment ne pas être conquis par celui de Paul Morand ? Un moment d'histoire inscrit dans un vrai bonheur de lecture.
Le portrait de Fouquet le dispendieux, "ce roi de la finance galante" (p.47), est dressé avec brio dès les premières pages, après une incursion dans sa généalogie familiale, adossé à celui de Mazarin son "génie du mal" (chapitre 3) dont il est inséparable ayant fait sa fortune, et de celui de Colbert, le commis besogneux, avaricieux, auquel il s'oppose en tout point. La figure emblématique du roi se profile en majesté au-dessus des trois. La vivacité de ton, l'esprit, les formules lapidaires, la férocité, s'agrègent aux témoignages ou aux mémoires des petits et des grands contemporains, à d'autres écrits ou citations d'auteurs, et non des moindres, Madame de Sévigné, Brienne, Madame de Lafayette, Voltaire, Goethe, Dumas, Sainte-Beuve, Paul Valery etc., qui loin de brouiller les cartes ou d'assécher le propos ne font que l'agrémenter ou le pimenter. C'est réjouissant.
"Fouquet est un personnage de Stendhal" et "Colbert est un héros De Balzac" (p.65).
Incroyable Fouquet, adoubé par Richelieu et très tôt parlementaire, puis mis au service de Mazarin, son ascension est fulgurante. C'est que l'écureuil bondissant - c'est l'emblème de son blason - est devenu encore plus leste pendant la Fronde, "alchimiste de la monnaie fiduciaire", il est nommé surintendant des finances en 1653. Dès lors, il prête, pensionne, signe, assigne et réassigne. Une signature qui vaut de l'or auprès des banquiers privés. Les finances publiques en prennent un coup (déjà et toujours), sont le siège d'une confusion de longue date avec les finances privées mais dont le surintendant s'accommode tout à fait bien. le seul tort de Fouquet, s'amuse Paul Morand, ne cachant pas ses sympathies, est d'avoir confondu les finances publiques avec les siennes. "Le grand livre de la dette publique" (chapitre 5) est à lui seul ébouriffant. Mais l'homme est aussi un lettré qui devient vite un mécène et lance un style à Vaux, celui de sa renommée. Trente mille volumes ornent sa bibliothèque, il fréquente Mademoiselle de Scudery et Madame de Plessis Bélière. L'intelligentsia : Corneille, Scarron, Molière et La Fontaine, Lebrun, le Nôtre etc., c'est lui.
Coeur battant du livre, la fête du 17 août 1661 à Vaux, offerte à Louis XIV Molière donne "Les Fâcheux", qui a tant marqué les esprits des contemporains et dont l'écho nous parvient encore, est rejouée dans tous ses fastes (chapitre 12). Elle prend, sous la plume de Morand, l'allure d'une apothéose extravagante, qui suscite des images autrement plus étonnantes et vivantes que celles de la piètre figuration dansée et filmée offerte au visiteur d'aujourd'hui qui découvre la salle à manger du château. Revanche de l'écriture, dans ce cas précis, sur une bien morne projection.
Car cette féerie estivale qui précède de peu l'arrestation de Nicolas Fouquet (5 septembre 1661), sans être à l'origine de sa disgrâce comme il est parfois suggéré, n'en constitue pas moins une étape décisive dans la chute du surintendant. de Fontainebleau ce jour là, Louis XIV en personne et sa cour sont venus admirer, en toute proximité, ce que sa jeune puissance royale va bientôt lui permettre d'accaparer. le sort de Nicolas Fouquet se scelle en effet quatre mois auparavant, à la mort du cardinal de Mazarin, lorsque Louis XIV décide de prendre les rênes de son destin royal. La duchesse de Chevreuse et la reine-mère, Anne d'Autriche, n'étant pas étrangères, en première instance, au complot minutieusement ourdi par Colbert, l'ancien commis du cardinal, et le roi, pour éliminer ensuite l'encombrant ministre. L'auteur s'empare et dévoile un à un les dessous du guet-apens historique si précisément documenté qui prépare l'arrestation de Fouquet et ceux de son procès encore plus soigneusement réglé et archivé.
Pourquoi Fouquet n'a-t-il rien fait pour échapper à ce traquenard ? Désinvolte ? Trop confiant en sa bonne étoile ? Loyauté envers le roi ? Il a pourtant "senti" Colbert ("Du génie dans l'ordre et de l'ordre dans la méchanceté" p.62). Il a eu les moyens de le neutraliser. Rien. Il a aussi lâché sa charge de parlementaire qui aurait pu lui assurer l'immunité devant la Chambre de justice chargée de le juger. Malgré les avertissements de ses amis, il se laisse cueillir à Nantes où le roi l'a devancé, par D Artagnan, qui lui offre un bouillon avant son transfert en carrosse pour Angers (dernière largesse du roi).
Six prisons puis la relégation définitive à Pignerol. Tout le talent de Paul Morand se concentre ensuite sur l'organisation et le déroulement du procès qui va durer près de trois ans et qui est tout autant indissociable des figures de Mazarin et de Colbert, que révélateur du caractère de Louis XIV. La charge contre Colbert et Mazarin a beau être virulente, l'essai n'est pas un plaidoyer en faveur de Nicolas Fouquet, qui n'en a nul besoin d'ailleurs, même à posteriori. C'est peut-être la détestation de l'arbitraire et de l'impitoyable absolutisme royal qui a animé l'auteur de cet essai. Ayant très vite assuré sa défense par lui-même - c'était un bon juriste - Fouquet réussit, rebondissant avec une énergie surprenante, pendant trois années de procédures douteuses et frauduleuses orchestrées contre lui, à retourner l'opinion en sa faveur et à fragiliser l'ensemble de l'accusation. Il n'échappe pas pour autant à son destin tragique que le lecteur peut s'empresser d'aller découvrir sur mes très vives recommandations.
Passionnant.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          145
jpryf
  20 avril 2011
C'est un livre déjà ancien, publié en 1961 chez Gallimard, que je termine et que je ne peux que conseiller. Il est de Paul Morand et est consacré à Fouquet : »Fouquet ou le soleil offusqué ». On le trouve dans la collection de poche « folio histoire ».
C'est donc un essai sur Fouquet et sur sa cruelle destinée puisqu'a prés avoir eu une carrière éblouissante avec Mazarin, il devait être ruiné et fait prisonnier après la fameuse réception de Louis XIV à Vaux-le-Vicomte.
Paul Morand revient sur le détail de cette vie et sur le caractère de Fouquet qui dit-il a pâti plus de ses qualités que de ses défauts. Fouquet aimait le beau mais à un point tel qu'il rendit Louis XIV jaloux et on connaît la suite.
Ce qui étonne c'est que Fouquet, pourtant averti par de nombreux amis, n'ait pas pris quelques précautions et surtout qu'il soit tombé dans le piège qui lui fut tendu par Colbert. En effet, du moment qu'il accepta de vendre sa charge de Procureur Général du parlement qui lui accordait des immunités, il fut perdu.
Intéressant aussi, la manière dont il se défend à son procés, intelligement, ferme sans arrogance. Brillant.
Voilà un livre d'histoire écrit avec talent par un romancier, ce sont les meilleurs
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
JulyF
  18 mai 2019
Est-ce une biographie ? C'est en tout cas le récit de l'aventure de Fouquet, passé du cabinet de Mazarin aux splendeurs de Vaux-le-Vicomte puis au cachot de Pignerol.
On a beau connaître la chute, on découvre avec émotion un ami des arts imprévoyant, un homme confiant dans les moeurs de l'époque qu'il ne voit pas changer. Son procès truffé d'irrégularités traîne en longueur, mais reste plus vivace que son incarcération solitaire durant deux décennies.
Le style est enlevé, bien documenté. L'époque est dépeinte avec moult détails, artistiques aussi bien que politiques. Une lecture instructive et distrayante.
Commenter  J’apprécie          50
Epictete
  01 janvier 2014
Je vais régulièrement à Vaux le Vicomte où se situe le chateau, le domaine construit par Fouquet. C'est toujours une visite magnifique, car on est moins dans un musée que dans un lieu de vie. On y croit. (Voila un peu de publicité qui ne rapporte rien, mais vous pouvez programmer une sortie)
Ce livre, avec beaucoup d'autres, permet de compléter l'information recueillie sur les lieux. C'est de l'histoire qui vit.
Commenter  J’apprécie          90
ChristianAttard
  14 juin 2017
Paul Morand signe ici un brillant essai sur le flamboyant intendant des Finances que fut Nicolas Fouquet. Il ne cache pas sa sympathie pour ce personnage qui restera à jamais énigmatique. Car il ne fit sûrement pas qu'offusquer Louis XIV. Véritable Janus, Fouquet ouvrit le grand siècle et ferma aussi cette néfaste habitude qui fut celle de confondre les finances de la France avec les siennes propres. Son panache, sa générosité, son intelligence manipulatrice effacent pour Paul Morand ses malversations, et les soupçons de complot lancé contre un roi traumatisé dans son enfance par la Fronde.
Les termes de son procès laissent en outre entendre qu'il était détenteur d'un secret qu'il ne trahit jamais durant sa longue captivité et sa mort très mystérieuse.
Mais Paul Morand avec brio, s'attache beaucoup plus à une personnalité exceptionnelle qu'à son itinéraire historique précis, sublimant parfois L Histoire qui est trop souvent âpre et cruelle.
Commenter  J’apprécie          32
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
LaurenebLaureneb   03 mai 2018
La raison regrette souvent d'avoir eu raison conte le coeur. Et peut-être, en haïssant Fouquet, le Roi cède-t-il à une intime nostalgie, le regret de la liberté telle qu'elle régnait avant le despotisme de Versailles où l'art lui-même sera entièrement engagé dans la politique, politique du meuble, de la tapisserie, de la tragédie, des manufactures décoratives, politiques de la peinture, politique des jardins ? Louis XIV, athlète à la volonté de fer, voit-il avec une sourde envie le laisser-aller, la gracieuse négligence du dernier homme de la Renaissance, d'un alchimiste de la monnaie fiduciaire, du Surintendant Fouquet ? La France de Louis XIV ne regrette-t-elle pas parfois la France de Louis XIII ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
IansougourmerIansougourmer   18 février 2013
Il y a des êtres émergés de la nuit, dont la poussée vitale est celle d'une fusée serpentine : ainsi Colbert. D'autres s'épanouissent goulûment au soleil du bonheur, étendent joyeusement leurs frondaisons, jusqu'au jour où la tempête les punit de leur téméraire porte à faux : tel Fouquet.
Commenter  J’apprécie          120
IansougourmerIansougourmer   18 février 2013
Fouquet mort, à qui on a volé sa dernière fille, Colbert vivant, entouré de ses filles, toutes trois duchesses, cette révolution de deux destins semble trop parfaite, accomplie jusqu'à l'étrangeté ; elle est pourtant logique, morale, lumineuse : l'impatient à été bloqué, l'homme qui attendait son heure l'a trouvée ; les biens de ce monde ont glissé des mains du premier dans celles du second.
Mais Fouquet à sauvé sa vie profonde, laissant Colbert condamné à ramer sur la galère mondaine, avec des gants parfumés.
Les dieux n'aiment pas l'homme heureux.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
gillgill   27 juin 2012
Les biographies ont coutume de débuter par l'étude de la famille et des aïeux du héros.
Malgré l'ennui de ces préliminaires, et pour ne pas déroger à la tradition, il faut dire deux mots des "Fouquet", à travers les âges.
Le Surintendant en est éclairé.
Cela commence assez brillamment par un Jean Fouquet qui est chevalier, propriétaire, à l'est d'Angers, d'un petit manoir, "les moulins neufs", homme de guerre très apprécié de son chef, le maréchal de Boussac, qui commandait les armées du roi....
(extrait du premier chapitre "Album de famille")
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
luocineluocine   21 novembre 2009
Louis XIV, avec amertume, pense à Versailles qui n'a pas d'eau; il n'a jamais vu pareil surgissement, cette féerie de sources captées, ces nymphes obéissant à d'invisibles machines. Il se fait expliquer comment la rivière d'Anqueil a été domestiquée, resserrée dans des lieux de tuyaux d'un plomb précieux. Fouquet ne lui dit peut être pas que ce plomb appartient à l'Etat, vient d'Angleterre sans payer de douane, mais Colbert le dira au roi. Car Colbert est là, déguisant sa haineuse passion, qui observe tout, envie tout.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Videos de Paul Morand (30) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Paul Morand
« Tout un monde : Jacques de Lacretelle et ses amis » Anne de Lacretelle, Éditions de Fallois, février 2019.
Figure de la vie littéraire à partir des années 1920, Jacques de Lacretelle (1888-1985), prix Femina en 1922 avec « Silbermann », a côtoyé des écrivains tels que Marcel Proust, Paul Morand, Jean Cocteau ou François Mauriac. Sa fille décrit l'intimité de ces personnages, leur vie mondaine, leurs voyages. ©Electre 2019
>Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire>Biographie générale et généalogie>Politiciens, économistes, juristes, enseignants (844)
autres livres classés : louis xivVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
1639 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre