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EAN : 9782070323142
192 pages
Éditeur : Gallimard (14/05/1985)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 72 notes)
Résumé :
Fouquet a dû croire que tout s'achète, même le destin.
Fouquet est l'homme le plus vif, le plus naturel, le plus tolérant, le plus brillant, le mieux doué pour l'art de vivre, le plus français. Il va être pris dans un étau, entre deux orgueilleux, secs, prudents, dissimulés, épurateurs impitoyables, Louis XIV et Colbert. Il succombera, étant resté un homme du temps de la Fronde, vivant dans un magnifique désordre, avec quinze ans de retard sur l'époque absolu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Alzie
  24 août 2014
Paul Morand (1888-1976) qui s'est introduit dans les lettres par la poésie, est un écrivain diplomate réputé pour ses nouvelles. Il peut être intéressant de rencontrer un auteur là où on l'attend le moins. Cet essai historique écrit en 1961 et heureusement réédité par Gallimard dans la collection Folio/histoire en fournit l'occasion : "Fouquet ou le Soleil offusqué". Une plongée dans les eaux troubles du Grand Siècle après une visite à Vaux qui n'a rien pour me déplaire. La narration très rythmée rassemble ici, pour le meilleur, l'histoire et la littérature. La vie de Nicolas Fouquet (1618-1680), marquis de Belle-Isle et vice-roi d'Amérique, est connue bien sûr et ne sera pas forcément une découverte pour nombre de lecteurs, mais la qualité d'un livre se révèle aussi par son style, et là, comment ne pas être conquis par celui de Paul Morand ? Un moment d'histoire inscrit dans un vrai bonheur de lecture.
Le portrait de Fouquet le dispendieux, "ce roi de la finance galante" (p.47), est dressé avec brio dès les premières pages, après une incursion dans sa généalogie familiale, adossé à celui de Mazarin son "génie du mal" (chapitre 3) dont il est inséparable ayant fait sa fortune, et de celui de Colbert, le commis besogneux, avaricieux, auquel il s'oppose en tout point. La figure emblématique du roi se profile en majesté au-dessus des trois. La vivacité de ton, l'esprit, les formules lapidaires, la férocité, s'agrègent aux témoignages ou aux mémoires des petits et des grands contemporains, à d'autres écrits ou citations d'auteurs, et non des moindres, Madame de Sévigné, Brienne, Madame de Lafayette, Voltaire, Goethe, Dumas, Sainte-Beuve, Paul Valery etc., qui loin de brouiller les cartes ou d'assécher le propos ne font que l'agrémenter ou le pimenter. C'est réjouissant.
"Fouquet est un personnage de Stendhal" et "Colbert est un héros De Balzac" (p.65).
Incroyable Fouquet, adoubé par Richelieu et très tôt parlementaire, puis mis au service de Mazarin, son ascension est fulgurante. C'est que l'écureuil bondissant - c'est l'emblème de son blason - est devenu encore plus leste pendant la Fronde, "alchimiste de la monnaie fiduciaire", il est nommé surintendant des finances en 1653. Dès lors, il prête, pensionne, signe, assigne et réassigne. Une signature qui vaut de l'or auprès des banquiers privés. Le seul tort de Fouquet, s'amuse Paul Morand, ne cachant pas ses sympathies, est d'avoir confondu les finances publiques avec les siennes... "Le grand livre de la dette publique" (chapitre 5) est à lui seul ébouriffant. Mais l'homme est aussi un lettré et un mécène qui lance son style à Vaux, cela fera sa renommée. Trente mille volumes ornent sa bibliothèque, il fréquente Mademoiselle de Scudery et Madame de Plessis Bélière ; fraye avec "l'intelligentsia" : Corneille, Scarron, Molière et La Fontaine, Lebrun, le Nôtre etc.
Coeur battant du livre, la fête du 17 août 1661 à Vaux, offerte à Louis XIV où Molière donne "Les Fâcheux" ; la fête qui a marqué les contemporains et dont l'écho nous parvient encore est rejouée là dans tous ses fastes (chapitre 12). Elle prend, sous la plume de Morand, l'allure d'une apothéose extravagante suscitant des images plus sûrement étonnantes et vivantes que la piètre figuration dansée et filmée offerte au visiteur d'aujourd'hui qui la découvre sur écran dans la salle à manger du château. Revanche de l'écriture sur une bien morne et plate projection.
Car cette féerie estivale qui précède de peu l'arrestation de Nicolas Fouquet (5 septembre 1661), sans être à l'origine de sa disgrâce, comme il est parfois suggéré, n'en constitue pas moins une étape décisive dans la chute du surintendant. De Fontainebleau ce jour là Louis XIV en personne et sa cour sont venus admirer, en toute proximité, ce que sa jeune et toute puissance royale va bientôt lui permettre d'accaparer. Le sort de Nicolas Fouquet s'était scellé quatre mois auparavant, à la mort du cardinal de Mazarin, lorsque Louis XIV avait décidé de prendre les rênes de son destin. La duchesse de Chevreuse et la reine-mère, Anne d'Autriche, n'étant pas étrangères, en première instance, au complot minutieusement ourdi par Colbert, l'ancien commis du cardinal, et le roi, pour éliminer l'encombrant ministre. L'auteur dévoile un à un les dessous de ce guet-apens historique si précisément ourdi en vue de l'arrestation de Fouquet et documente avec un soin d'archiviste les détails d'un procès encore plus soigneusement réglé.
Restent les questions. Pourquoi Fouquet n'a-t-il rien fait pour échapper à ce traquenard ? Désinvolte ? Trop confiant en sa bonne étoile ? Loyauté envers le roi ? Il a pourtant "senti" Colbert ("Du génie dans l'ordre et de l'ordre dans la méchanceté" p.62). Il aurait eu les moyens de le neutraliser. Rien. Il a aussi lâché sa charge de parlementaire qui aurait pu lui assurer l'immunité devant la Chambre de justice chargée de le juger. Malgré les avertissements de ses amis Fouquet se laisse cueillir à Nantes par D'Artagnan où le roi l'a devancé. Le mousquetaire lui offre même un bouillon avant son transfert en carrosse pour Angers... (dernière amabilité du roi). Le reste est connu : six prisons puis la relégation définitive à Pignerol.
L'organisation et le déroulement du procès qui va durer près de trois ans font apparaître les figures indissociables de cette affaire (Mazarin et Colbert) et révèlent le caractère de Louis XIV. La charge contre Colbert et Mazarin a beau être virulente, l'essai n'est pas un plaidoyer en faveur de Nicolas Fouquet, qui n'en a nul besoin d'ailleurs. C'est plutôt la détestation de l'arbitraire et de l'impitoyable absolutisme royal qui auraient animé Paul Morand. Ayant très vite assuré sa défense par lui-même - c'était un bon juriste - Fouquet réussit, rebondissant avec une énergie surprenante, pendant trois années de procédures douteuses et frauduleuses orchestrées contre lui, à retourner l'opinion en sa faveur et à fragiliser l'ensemble de l'accusation. Il n'échappe pas pour autant à son destin tragique que le lecteur peut s'empresser d'aller découvrir sur mes très vives recommandations.
Passionnant.
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jpryf
  20 avril 2011
C'est un livre déjà ancien, publié en 1961 chez Gallimard, que je termine et que je ne peux que conseiller. Il est de Paul Morand et est consacré à Fouquet : »Fouquet ou le soleil offusqué ». On le trouve dans la collection de poche « folio histoire ».
C'est donc un essai sur Fouquet et sur sa cruelle destinée puisqu'a prés avoir eu une carrière éblouissante avec Mazarin, il devait être ruiné et fait prisonnier après la fameuse réception de Louis XIV à Vaux-le-Vicomte.
Paul Morand revient sur le détail de cette vie et sur le caractère de Fouquet qui dit-il a pâti plus de ses qualités que de ses défauts. Fouquet aimait le beau mais à un point tel qu'il rendit Louis XIV jaloux et on connaît la suite.
Ce qui étonne c'est que Fouquet, pourtant averti par de nombreux amis, n'ait pas pris quelques précautions et surtout qu'il soit tombé dans le piège qui lui fut tendu par Colbert. En effet, du moment qu'il accepta de vendre sa charge de Procureur Général du parlement qui lui accordait des immunités, il fut perdu.
Intéressant aussi, la manière dont il se défend à son procés, intelligement, ferme sans arrogance. Brillant.
Voilà un livre d'histoire écrit avec talent par un romancier, ce sont les meilleurs
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Epictete
  01 janvier 2014
Je vais régulièrement à Vaux le Vicomte où se situe le chateau, le domaine construit par Fouquet. C'est toujours une visite magnifique, car on est moins dans un musée que dans un lieu de vie. On y croit. (Voila un peu de publicité qui ne rapporte rien, mais vous pouvez programmer une sortie)
Ce livre, avec beaucoup d'autres, permet de compléter l'information recueillie sur les lieux. C'est de l'histoire qui vit.
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JulyF
  18 mai 2019
Est-ce une biographie ? C'est en tout cas le récit de l'aventure de Fouquet, passé du cabinet de Mazarin aux splendeurs de Vaux-le-Vicomte puis au cachot de Pignerol.
On a beau connaître la chute, on découvre avec émotion un ami des arts imprévoyant, un homme confiant dans les moeurs de l'époque qu'il ne voit pas changer. Son procès truffé d'irrégularités traîne en longueur, mais reste plus vivace que son incarcération solitaire durant deux décennies.
Le style est enlevé, bien documenté. L'époque est dépeinte avec moult détails, artistiques aussi bien que politiques. Une lecture instructive et distrayante.
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ChristianAttard
  14 juin 2017
Paul Morand signe ici un brillant essai sur le flamboyant intendant des Finances que fut Nicolas Fouquet. Il ne cache pas sa sympathie pour ce personnage qui restera à jamais énigmatique. Car il ne fit sûrement pas qu'offusquer Louis XIV. Véritable Janus, Fouquet ouvrit le grand siècle et ferma aussi cette néfaste habitude qui fut celle de confondre les finances de la France avec les siennes propres. Son panache, sa générosité, son intelligence manipulatrice effacent pour Paul Morand ses malversations, et les soupçons de complot lancé contre un roi traumatisé dans son enfance par la Fronde.
Les termes de son procès laissent en outre entendre qu'il était détenteur d'un secret qu'il ne trahit jamais durant sa longue captivité et sa mort très mystérieuse.
Mais Paul Morand avec brio, s'attache beaucoup plus à une personnalité exceptionnelle qu'à son itinéraire historique précis, sublimant parfois L Histoire qui est trop souvent âpre et cruelle.
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
LaurenebLaureneb   03 mai 2018
La raison regrette souvent d'avoir eu raison conte le coeur. Et peut-être, en haïssant Fouquet, le Roi cède-t-il à une intime nostalgie, le regret de la liberté telle qu'elle régnait avant le despotisme de Versailles où l'art lui-même sera entièrement engagé dans la politique, politique du meuble, de la tapisserie, de la tragédie, des manufactures décoratives, politiques de la peinture, politique des jardins ? Louis XIV, athlète à la volonté de fer, voit-il avec une sourde envie le laisser-aller, la gracieuse négligence du dernier homme de la Renaissance, d'un alchimiste de la monnaie fiduciaire, du Surintendant Fouquet ? La France de Louis XIV ne regrette-t-elle pas parfois la France de Louis XIII ?
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IansougourmerIansougourmer   18 février 2013
Il y a des êtres émergés de la nuit, dont la poussée vitale est celle d'une fusée serpentine : ainsi Colbert. D'autres s'épanouissent goulûment au soleil du bonheur, étendent joyeusement leurs frondaisons, jusqu'au jour où la tempête les punit de leur téméraire porte à faux : tel Fouquet.
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luocineluocine   21 novembre 2009
Louis XIV, avec amertume, pense à Versailles qui n'a pas d'eau; il n'a jamais vu pareil surgissement, cette féerie de sources captées, ces nymphes obéissant à d'invisibles machines. Il se fait expliquer comment la rivière d'Anqueil a été domestiquée, resserrée dans des lieux de tuyaux d'un plomb précieux. Fouquet ne lui dit peut être pas que ce plomb appartient à l'Etat, vient d'Angleterre sans payer de douane, mais Colbert le dira au roi. Car Colbert est là, déguisant sa haineuse passion, qui observe tout, envie tout.
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IansougourmerIansougourmer   18 février 2013
Fouquet mort, à qui on a volé sa dernière fille, Colbert vivant, entouré de ses filles, toutes trois duchesses, cette révolution de deux destins semble trop parfaite, accomplie jusqu'à l'étrangeté ; elle est pourtant logique, morale, lumineuse : l'impatient à été bloqué, l'homme qui attendait son heure l'a trouvée ; les biens de ce monde ont glissé des mains du premier dans celles du second.
Mais Fouquet à sauvé sa vie profonde, laissant Colbert condamné à ramer sur la galère mondaine, avec des gants parfumés.
Les dieux n'aiment pas l'homme heureux.
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gillgill   27 juin 2012
Les biographies ont coutume de débuter par l'étude de la famille et des aïeux du héros.
Malgré l'ennui de ces préliminaires, et pour ne pas déroger à la tradition, il faut dire deux mots des "Fouquet", à travers les âges.
Le Surintendant en est éclairé.
Cela commence assez brillamment par un Jean Fouquet qui est chevalier, propriétaire, à l'est d'Angers, d'un petit manoir, "les moulins neufs", homme de guerre très apprécié de son chef, le maréchal de Boussac, qui commandait les armées du roi....
(extrait du premier chapitre "Album de famille")
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Vidéo de Paul Morand
PROUST PRIX GONCOURT 1919 : L?EXPOSITION DU CENTENAIRE
Drouant, 10 décembre 1919 : Marcel Proust reçoit le 17e prix Goncourt pour "À l?ombre des jeunes filles en fleurs", deuxième volet d?"À la recherche du temps perdu". Cette décision fait date : une nouvelle ère littéraire s'ouvre avec la consécration d'un roman sans égal, où se joue notre rapport au temps, à la réalité, à la subjectivité et aux êtres aimés. Les jours qui suivent sont marqués par un mouvement de contestation dans la presse hexagonale. Ce qui fera dire à Jacques Rivière, ami de l?écrivain et directeur de la NRF, témoin de cette « petite émeute » de papier : « Seuls les chefs d??uvre ont le privilège de se concilier du premier coup un ch?ur aussi consonant d?ennemis. Les sots jamais ne se mettent en révolution sans qu?il leur ait été fait quelque positive et vraiment cruelle injure. » Retour à la Galerie Gallimard sur l'histoire de ce prix, à partir des archives des Éditions Gallimard, de la Maison de Tante-Léonie (Illiers-Combray), du prix Goncourt (Nancy), de la Bibliothèque nationale de France, et de la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, avec la présentation d'une soixantaine de documents exceptionnels dont certains ont été exposés dans le cadre du Printemps proustien dans la Maison de Tante-Léonie à Illiers-Combray: lettres, épreuves d?imprimerie, manuscrits et « placards » originaux, dessins et photographies. À voir en particulier le carnet de notes personnel de Marcel Proust "Moi prix Goncourt (vers 1920-1921)" et pour la première fois exposés, deux dessins de Paul Morand prêtés par la Bibliothèque nationale de France : "Marcel Proust au Ritz" (vers 1917) et "Marcel Proust sur son lit de mort" (novembre 1922).
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>Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire>Biographie générale et généalogie>Politiciens, économistes, juristes, enseignants (844)
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