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ISBN : 2070727203
Éditeur : Gallimard (23/10/1992)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 11 notes)
Résumé :

" - A nous deux, ma belle.Les relations affectives qui s'étaient établies entre le commandant et son cheval n'avaient rien de ces effusions dévoyées, de ces léchages de museau, de ces caricatures d'amour, de tous ces résidus pervers de sentiments humains qui président aux rapports des vieilles filles et de leur pékinois. C'était d'abord un combat, où la jument savait qu'elle succomberait, où elle dé... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (4) Ajouter une critique
nadejda
19 juin 2011
«Sept heures du matin c'est tôt pour un rendez-vous d'amour»
Au cours du chapitre qui suit cette première phrase, Paul Morand nous fait découvrir par approches successives la personnalité et le cadre de vie du commandant Gardefort, ancien écuyer du Cadre noir de saumur. Il distille avec art, les réflexions que suscite toute la préparation fébrile et soignée de sa personne. L'examen lucide qu'il fait de lui-même laisserait penser qu'il va à la rencontre d'une femme.
Gardefort se prépare à accueillir Milady.
«...Une flamme de bonheur passe dans ses yeux bleus ; d'une intonation très douce et très mâle, comme s'il s'efforçait de tempérer un reproche, Gardefort lance un appel à haute voix...
A peine a-t-il parlé que la sonnette retentit.... 
...est-ce une farce de gamin rentrant de l'école ? Non, car le commandant Gardefort a souri ; il rit même ; il éclate de rire en sautant à bas de l'escalier qui conduit à la rue. La porte, il l'ouvre brusquement. Dans le grand cadre clair de la Loire, libéré par les deux batants ouverts, une fine et haute silhouette se découpe sur le ciel maintenant sans nuages.

--- Milady !

Comme chaque matin, elle est là. Mais chaque matin il l'attend comme si elle ne devait jamais revenir...

--- Sept heures, disent les habitants du voisinage. Voilà la jument Milady qui tire la sonnette du commandant»
C'est à une relation passionnelle et fusionnelle, une joute amoureuse entre le cavalier et l'animal où chacun se mesure à l'autre, que nous sommes conviés. 

«C'était d'abord un combat, où la jument savait qu'elle succomberait, où elle désirait d'ailleurs succomber, une lutte qui commençaient dans l'espièglerie, dans la ruse et se continuait dans la rage, pour se terminer dans une sorte de pâmoison soumise, de détente complète où l'un et l'autre trouvaient leur plaisir.»
« --- Comme elle est belle au passage ; elle semble repousser le sol et mépriser la terre qui la porte ! se disait Gardefort avec orgueil
Ils se promenèrent ainsi longtemps, presque sur place, sans parler, comme un homme et une femme enlacés se tiennent par la main, elle, protégée, soutenue, lui, la jambe près, la main délicate et comme à l'écoute de la bouche. Ce dialogue se prolongea. Il la respirait, il sentait monter son odeur échauffée et il savait qu'elle n'était pas moins sensible à la sienne ; quand il s'absentait, il lui laissait toujours dans sa mangeoire un vieux pyjama de pilou dans lequel il transpirait les jours d'attaque paludéenne, pour qu'elle ne se déshabituât pas de lui.»


Cette union de Gardefort et de Milady est inoubliable. L'écuyer, au caractère entier, intransigeant dans son respect de la tradition équestre, aime Milady comme un femme, plus qu'une femme, puisqu'il divorce de la sienne exaspéré par son incapacité à monter correctement en suivant ses conseils. Seule compte pour lui Milady dont il a su découvrir et mettre en valeur les qualités et qui est à la hauteur de son exigence.

«Qui eût reconnu dans cette jument puissante, au dos soutenu, au flanc bien relié, aux pieds de bonne nature, l'animal terne et mal gauchi dont le comité d'achat n'avait pas voulu ?»
Comment dans ses conditions, Gardefort pourrait-il accepter d'en être séparé ? 
Il va y être contraint par un besoin cruel d'argent, pressé par le temps, personne ne voulant lui prêter les cinquante mille francs qui lui sont réclamés par Maître Hareng, notaire chargé de régler son divorce. 
Il sera amené à vendre Milady et il ne pourra se le pardonner.
Ne supportant pas qu'elle appartienne désormais à un autre que lui, un autre indigne de la monter, il l'entraînera avec lui dans la mort.
Gardefort a été incarné de manière magistrale par Jacques dufilho dans un téléfilm d'une qualité qu'on ne connait plus actuellement, diffusé pour la première fois le 21 juillet 1976, deux jours avant le décès de Paul Morand ; ce qui peut sembler troublant car cette nouvelle, écrite au cours de l'été 1935, donne l'impression que Paul Morand s'est rassemblé pour donner dans un jaillissement, le meilleur de lui-même.
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Fortuna
16 octobre 2016
Une relation passionnelle entre un commandant à la retraite et sa jument Milady qui se termine tragiquement, un banquier ruiné en fuite rattrapé par son destin, ces deux nouvelles dramatiques de Paul Morand ont un thème commun : l'argent. Car c'est l'argent qui est le maître du destin de ces deux hommes, et qui, au delà de la passion, aura le dernier mot. L'argent qui entraine irrémédiablement leur destruction.
L'un à Saumur, attaché au passé, à l'art équestre, a trouvé à la fin de sa carrière le cheval fait pour lui. Mais il a fait l'erreur autrefois d'épouser une femme. Qui ne comprenait rien aux chevaux. L'autre à New York, au coeur du monde nouveau, de la frénésie des affaires, a bâti un empire financier. Mais il se trouve à 64 ans en pleine banqueroute.
Deux hommes qui finalement se heurteront à la finitude de leurs destinées : l'impossibilité d'aller plus loin.
Deux textes puissants, offrant une réflexion sur l'instabilité des possessions humaines, l'angoisse de l'homme privé de sa raison de vivre dans le cas de Milady, la fuite en avant de la fortune au néant pour monsieur Zéro, poursuivi pour être extradé, réfugié dans le plus petit pays du monde, réduit à n'être Personne...A la fois nostalgie d'un monde qui disparaît, un peu désuet, et absurdité de la vie moderne où tout va trop vite, où l'on ne perdrait pas "une minute de son temps à regarder flotter une plume de mouette"...Perte de soi dans les deux cas.
Deux textes sur le pouvoir de l'argent, à méditer, même si l'on n'est pas particulièrement amateur de chevaux...
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Elora
24 octobre 2012
Enfin ! J'ai envie de dire. Enfin, j'ai lu cette nouvelle (66 pages seulement dans l'édition que j'ai empruntée). Dans le monde équestre, elle fait office de classique. J'ai connu ce titre à travers d'autres lectures, grâce à d'autres cavaliers et/ou Hommes de Cheval qui écrivent (Jean-Louis Gouraud, Jérôme Garcin…), aux références que faisaient certains magazines équestres… Je l'ai vu plus d'une fois sans le noter. Longtemps j'ai hésité à découvrir ce texte… J'ai osé avec la peur de connaitre l'histoire par coeur. Mais il fallait sauter le pas.
Il était grand temps que je fasse connaissance du Commandant Gardefort et de sa belle Milady. Il la façonne depuis sa naissance. Il la travaille chaque jour selon ses propres principes équestres.
Non de non ! Que j'ai aimé ce personnage dès les premières lignes ! Ce Monsieur qui a choisi sa ville et « son » Ecole (Saumur et l'Ecole de Cavalerie et du Train) au profit de sa carrière militaire. Son amour pour son poste d'Ecuyer au Cadre Noir a fini par lui coûter sa place mais ce n'est pas grave, au fond…
Que j'ai aimé ce personnage vivant une relation d'amour avec sa jument. D'ailleurs, si quelq'un sait quel grand maître prônait ce type d'équitation, cette légèreté…
J'ai adoré ce coup de coeur qu'il a eu pour cette jument de quatre ans, à priori banale. J'ai ri lorsqu'il demande le divorce… Son épouse n'était pas assez bonne cavalière. Je l'ai trouvé fou au moment du dénouement. Effectivement, il était fou… de sa jument !
D'abord publié en 1933, cette nouvelle est incroyablement bien écrite, terriblement juste. Jamais Paul Morand ne tombe dans le « trop technique » ou dans le sentimentalisme ou dans le misérabilisme… J'ai retrouvé Saumur à la perfection.
Un vrai chef d'oeuvre !
Lien : http://lireparelora.wordpres..
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Gargantuatua
01 avril 2017
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Citations & extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
FortunaFortuna14 octobre 2016
C'est admirable, disait une jeune dame au lieutenant-colonel de service, de voir ce qu'on peut arriver à faire avec des bêtes.
- Ici nous n'appelons pas les chevaux des bêtes, Madame, répondait l'officier avec politesse.
- Comme j'aime leurs jolies petites pattes fines...
- On dit plutôt des pieds.
- ... leurs gueules, toutes mousseuses d'écume...
- Les chevaux n'ont pas de gueule, Madame, ils ont une bouche. Ce ne sont pas des lions.
Le lieutenant-colonel de service ôta son monocle et haussa les épaules. "Tous les ans, pensait-il, il nous en arrive comme ça, pendant une semaine, par l'express de Paris."
(In "Milady"")
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FortunaFortuna15 octobre 2016
La fortune lui avait souri comme sourit une femme à qui on fait des signes mais qui, quand on s'approche, ferme sa fenêtre. Aujourd'hui, elle lui claquait ses volets au nez et mieux eût valu pour lui ne jamais gagner son premier million !
(in "Monsieur zéro")
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AmbleAmble08 décembre 2015
Ce fut le divorce. Il fit défaut en conciliation. "Elle refuse d'engager ses postérieurs sous la masse" écrivit-il à l'avoué. La plaignante répliquait que son mari l'avait rendue ridicule en adressant à tout Saumur, lors de la naissance d'un poulain, une lettre de faire-part rédigée au nom de sa jument préférée. Le juge haussa les épaules...
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AmbleAmble08 décembre 2015
Et aussitôt la jument faisant le col de cygne abaissa sa jolie tête couronnée au frontal de cuir verni, tout heureuse entre les jambes apaisées du cavalier qu'elle aimait, elle goûta librement son mors.
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EloraElora30 novembre 2012
Je l'aime d'amour et elle est devenue mon épouse. Ce n'est pas une liaison, ce n'est pas un amusement, c'est ma raison de vivre. Je l'ai aimée d'abord parce que je n'étais pas sûre : aujourd'hui je l'adore parce qu'elle ne peut plus m'échapper.
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