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ISBN : 2070365085
Éditeur : Gallimard (19/12/1973)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 108 notes)
Résumé :
« L'infirmière lui prit le menton dans sa main, exactement comme on fait avec les enfants, quand on les interroge sur ce qu'ils désirent, et demanda :
"Ainsi, si je venais cette nuit... cela te ferait plaisir ?"
Luca leva les yeux vers elle et :
"Bien sûr, répondit-il avec simplicité, bien sûr que cela me ferait plaisir."
Droite et immobile, elle le couvait de ses yeux brillants, de ses yeux si jeunes et si différents des vieilles et... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
CorinneCo
  02 novembre 2015
Luca Mansi se sent envahi peu à peu par un dégoût impossible à dominer. Comme si ses yeux d’enfants s’ouvraient, face à l’adolescence toute proche, devant le spectacle désolant de sa vie. Le tourment de son insignifiance le porte à se dépasser, à exiger de lui-même une forme de transfiguration. Alberto Moravia nous entraîne dans une crise adolescente mortifère. Peu à peu Luca se débarrasse de tout ce qui peut le rattacher émotionnellement à son existence. Il veut être libre de tout : libre de ne plus aimer ses parents, libre de devenir un cancre à l’école, lui qui était bon élève, libéré de ses passions, de ses centres d’intérêt. Dans un passage presque hallucinatoire il va enterrer ses économies dans un parc public. L’ultime, sur la voie de cette sorte de chemin rédempteur, c’est le refus de se nourrir. Le livre s’achemine vers un lent suicide, même si Luca réfute ce mot, cette idée. Pour lui c’est une désobéissance à la vie même. Enfermé dans son « jeu mortel » chaque abnégation de sa part le transporte. Elu d’un royaume sombre et délicieux, entre apathie et doux délire, il s’enfonce dans un néant inerte. Une planète figée où lui seul existe, pensée pure et intransigeante. Enfant solitaire, adolescent peu remuant, ses parents ne voient rien. Luca n’arrive pourtant pas à dominer ses pulsions sexuelles. Il résiste de toutes ses forces, en éprouve une honte, une bassesse même : voilà un autre combat à mener avec lui-même. Près de succomber, il triomphe pourtant : pâle gladiateur que ronge insidieusement la maladie. Moravia nous entraîne dans le cerveau torturé de Luca, lentement nous acceptons sa fin inéluctable. Luca tombe malade, Luca délire, Luca renait. La vie reprend ses droits malgré lui. La présence d’une infirmière avive ses pulsions et il cède. Comme au bord du gouffre, un pied au-dessus du vide, il décide de faire marche arrière, mais juste un pas. On devine, à la fin du livre, qu’il contemple l’abîme devant lui, même s’il a décidé de s’en éloigner, peut-être momentanément. Aux dernières pages, Luca "invente" une autre forme « de désobéissance ». En maître de la noblesse amère des sentiments, Moravia, dissèque ce pauvre cerveau d’adolescent comme peut-être le fit-il pour lui-même. Il nous conduit dans des contrées obscures, magnifiques, glacées et funestes ; Un voyage immobile au royaume du désespoir adolescent. Ce n’est pas de l’empathie que l’on ressent pour Luca, c’est une forme d’assentiment, d’acceptation de sa décision. Le feu de l’écriture est tempéré par un souffle distancié. La Désobéissance peut-être vue comme une étude, un délire, une aventure désenchantée, une forme de monstruosité. C’est une désincarnation.
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andreas50
  26 avril 2018
Italie, années 50. Luca, un ado de 16 ans, revient en ville après avoir passé les vacances au bord de la mer. Depuis quelques temps, il s'est développé rapidement au point de ressembler à un homme adulte.
Son corps n'est plus le même, et ce phénomène lui cause un profond malaise, un mal-être qui se caractérise par de l'irritabilité, de violentes crises de colère. Luca se rebelle, non pas devant des tâches ardues, mais devant des choses insignifiantes. le jeune homme lui-même n'en connaît pas la raison. Tout peut déclencher son courroux : les petits problèmes de la vie quotidienne, l'affection étouffante de ses parents, le contacts avec ses camarades, ses condisciples. Peu à peu la réalité déplaisante de son état le pousse à remettre en question le bien-fondé de l'école, de la religion, de la famille. Il se détache inexorablement des conventions sociales, de l'amitié, de ses rapports avec autrui. Une crise d'adolescence s'est amorcée, qui va l'amener plus loin que se qu'il imagine. Il va aller jusqu'à se désobéir à lui-même, à son corps, à son esprit, à mettre en danger son intégrité physique et mentale.
Sa désobéissance totale passe par le refus de s'alimenter, par le rejet de ses possessions matérielles, de son argent. Un dépouillement suprême. Tout ce qui le rattache émotionnellement à la société humaine, cause de ses angoisses, est abandonné. Il va aller jusqu'à renier l'existence, son absurdité.
Les conséquences se font vite sentir : torpeur, inertie, mal de vivre. C'est sans compter sur les prémisses de la sexualité, une nouvelle situation qui va véritablement le perturber.
Un jour, la soeur de sa mère tombe malade, et, pour lui éviter le bruit, il est convenu que ses cousins et leur gouvernante passent une journée à la maison. Cette femme, d'âge mûr, au physique ingrat, va inviter Luca à participer à des jeux pour amuser les enfants. Peu à peu, les jeux vont se transformer en rapprochements tactiles et sensuels entre elle et Luca.Sans avoir eu véritablement de rapports intimes,
le jeune homme va se rendre compte qu'il existe autre chose dans la vie que contrainte et ennui.
Visions de femmes, de leurs corps ; rêves obsédants de caresses, de plaisir sexuel vont venir occuper son esprit de façon obsessionnelle.
Quelques mois plus tard, Luca est cloué au lit par la maladie. Une infirmière est conviée à s'occuper de lui. Aussitôt une relation amoureuse s'installe entre eux. Luca y perdra son innocence et connaitra le véritable plaisir sexuel qui l'éloignera de sa dérive existentielle.
Ce court roman autobiographique d' Alberto Moravia est dense, fouillé, introspectif. Dans sa jeunesse, l'auteur est frappé de tuberculose osseuse. Sa maladie aura des conséquences névrotiques et sera à l'origine de ce récit, véritable appel aux malades, les exhortant à ne pas mourir trop vite, aux êtres sains à vivre intensément, dans l'hédonisme, clef du bonheur. Pas de monde harmonieux sans communication sexuelle.
Il y a comme du Camus, du Sartre dans le roman de Moravia, dans le refus radical de la société, dans le dégoût de vivre, dans le sentiment de vacuité de l'existence. Un refus qui va jusqu'à la désobéissance.
Mais chez Moravia, ce rejet du monde se transforme un jour en une réconciliation avec le réel par la voie du désir charnel, par la découverte de la sexualité, passage obligé pour l'épanouissement de l'Homme. le roman de Moravia se termine sur une note optimiste.
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Ellane92
  22 mai 2015
Luca, fils de famille bourgeoise, a quinze ans et de la colère à revendre. Bon élève, adolescent apprécié de ses parents, il ne trouve pas sa place dans un monde pour lui vide de sens. A l'âge où tout est mouvant, il perd ses repères, peine à en trouver d'autres qui conviennent à ce qu'il est et à ce qu'il veut. Il décide de se focaliser sur la reprise en main de sa vie, c'est-à-dire le détachement vis-à-vis des contingences, qu'il s'agisse de personnes ou d'objet. Pour Luca, le seul moyen de vivre, ou plus exactement, le seul moyen d'exister, c'est se rebeller, désobéir, refuser ce qu'on attend de lui.

Oeuvre dense, parfois étouffante, La désobéissance décrit de façon très précise, presque clinique, le cheminement psychologique De Luca, cet adolescent replié sur lui-même, sa prise de conscience, sa colère, son détachement, sa chute dans l'isolement, ce sentiment d'être étranger au monde.
J'ai trouvé dans la première partie de ce livre une analyse à la fois fine et très juste du désir de mort. La colère, le ressentiment, le renoncement sont criants de justesse, tout comme la rébellion contre le couple parental et la société bourgeoise. En revanche, j'ai été moins convaincue par la seconde partie qui s'intéresse au "remède", à la sensualité comme denier rempart contre le désir de mort. le désir (et pas que sensuel) me semble un bien meilleur moteur de vie que son apaisement... (forcément, depuis le temps que j'ingurgite les livres de Tonton Sigmund !), mais ce n'est que mon avis.
L'écriture d'A. Moravia est fluide, belle, sensuelle, dense, et les idées qu'il développe, les sujets qu'il évoque, sont toujours d'actualité.
Une oeuvre forte, un auteur à découvrir.
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palamede
  06 septembre 2015
Luca ne supporte plus l'autorité de ses parents et de ses professeurs. L'adolescent rejette leurs valeurs bourgeoises et lutte contre une vie quotidienne vide de sens. Refusant les contingences sociales, il décide de désobéir. Une attitude dont le couronnement ne peut être que le refus de l'injonction de vivre.
Mais Luca ne meurt pas, il découvre le désir charnel, la passion sans amour en contrepoint de son désir de mort. Bientôt, son refus de la normalité est battu en brèche par une sensualité exacerbée née de l'intervention d'une banale infirmière. Un apprentissage des sens, qui éteignant sa colère et sa révolte, le fera passer de l'adolescence à l'âge adulte.
La désobéissance, une oeuvre sensuelle et personnelle où Alberto Moravia analyse magistralement la découverte de la sexualité, l'initiation à celle-ci comme un passage essentiel pour l'intégration et l'épanouissement de l'homme dans la société.

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Luniver
  10 mai 2014
Âgé d'une quinzaine d'années, Luca voit sa vie s'effriter : le monde lui semble soudain rempli d'injonctions arbitraires et absurdes. Les valeurs qui lui tenaient à coeur enfant n'échappent pas à cette impression de fausseté générale. Ainsi quand il découvre que le portrait religieux auquel ses parents l'envoyaient prier cachait le coffre-fort familial, le jeune garçon réalise qu'on l'envoyait vénérer l'argent, et pas Dieu.
Luca décide donc de désobéir. « Il faut » bien travailler à l'école ? Il ne fera plus le moindre effort. « Il faut » respecter la valeur de l'argent ? Il déchirera ses billets de banque. Cette désobéissance sera totale, jusqu'à cesser de se nourrir correctement, même s' « il faut » prendre des forces, et d'espérer voir la mort arriver. Sa renaissance ne viendra qu'avec la découverte de la sexualité, auprès de l'infirmière engagée pour rester à son chevet.
Ce roman initiatique est assez dense, le genre de livre qui demande au lecteur de s'arrêter toutes les dix pages pour réfléchir et assimiler ce qu'il vient de lire. le récit possède différents niveaux de lecture, du passage d'un enfant à l'âge adulte et les désillusions qui l'accompagnent, au refus politique d'obéir aux ordres de la société. Étant friand des livres qui disent beaucoup en peu de pages, nul doute que je retrouverai prochainement l'auteur sur mon chemin.
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
andreas50andreas50   25 avril 2018
Répercuté par la voûte du tunnel, le fracas des roues lui parut une voix monotone qui répétait avec exaltation toujours les mêmes mots. Il lui sembla même distinguer ces mots, les mêmes, pleins d'espoir, qui, depuis qu'il s'était éveillé de son délire, l'avaient accompagné jour après jour dans sa lente guérison; et il compris que dorénavant non seulement le fracas du train sous un tunnel ou la blancheur des neiges sur la cime d'une montagne, mais aussi toutes les choses allaient avoir pour lui un sens et lui parler dans leur langage muet.
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FRANGAFRANGA   28 janvier 2012
Autrefois, Luca avait eu un très grand amour-propre et il avait été au nombre des meilleurs élèves. A présent, au contraire, dès le premier mois de cours, il était parmi les derniers. Sous cette avalanche de reproches et de mauvaises notes, il éprouvait une particulière satisfaction, car il lui semblait que ces reproches étaient, en réalité, des éloges, et ces mauvaises notes de bonnes notes pour la conduite qu'il avait désormais décidé d'avoir. Mais, en même temps, il ne pouvait s'empêcher de se sentir envahi par une profonde amertume à la pensée que sa condition d'écolier empirait de jour en jour et allait bientôt devenir incurable. Souvent, il se demandait pourquoi diable il se comportait de la sorte, et il s'apercevait qu'il ne pouvait trouver d'autre motif qu'une sorte de point d'honneur obscur, aride, ingrat, entièrement négatif et pourtant presque insoutenable. "Pourquoi est-ce que je fais cela ?" se demandait-il. En attendant, au milieu de ces contradictions, le temps passait.
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Ellane92Ellane92   20 juin 2015
Ainsi le désir des sens avait été plus fort que son désir de mort, et, en rendant aimable pour lui la laideur, l'avait, contre son gré, ramené dans cette vie dont il voulait à tout prix sortir.
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blanchenoirblanchenoir   03 septembre 2013
Durant ces années, cette bonté avait été pour lui ce que, pensait-il, devait être le soleil pour l'herbe et les fleurs pour des champs : une vague de lumière éternelle et peut-être indifférente, mais infiniment généreuse encore qu'aveugle, qui ruisselait sur tous ses actes, même les plus infimes, sur tous les instants de sa vie, même les plus fugitifs, et qui les réchauffait et les vivifiait.
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gaillard1gaillard1   20 septembre 2010
[...] c'était cela vivre, cela continuer à vivre : faire avec passion et ténacité des choses absurdes et insensées, pour lesquelles il était impossible de fournir la moindre justification et qui mettaient continuellement ceux qui les faisaient dans un état de servitude, de remords et d'hypocrisie.
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