AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 9791034730353
Éditeur : Dupuis (07/09/2018)

Note moyenne : 4.26/5 (sur 88 notes)
Résumé :
La légende parle d'un "âge d'or, où vallées et montagnes n'étaient entravées d'aucune muraille. Où les hommes allaient et venaient librement..." Mais ce temps lointain est bien révolu. Le royaume est accablé par la disette et les malversations des seigneurs de la cour. À la mort du vieux roi, sa fille Tilda s'apprête à monter sur le trône pour lui succéder. Avec le soutien du sage Tankred et du loyal Bertil, ses plus proches conseillers et amis, elle entend mener à ... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
Alfaric
  17 septembre 2018
Les éditions Dupuis sortent dans leur prestigieuse collection Aire Libre dédiée aux « romans graphiques » les 232 pages du tome 1 de "L'Âge d'Or" qui bénéficie d'un gros tirage et d'une bonne couverture médiatique (avec par exemple une prépublication estivale en partenariat avec France Inter). Pourtant, et cela arrive de temps en temps, j'ai le plus grand mal à me positionner : d'un côté on a une avalanche de critiques presse dithyrambiques assez suspectes qui parlent d'un chef-d’œuvre incontournable en des termes trop semblables pour ne avoir été piochés dans une interview promotionnelle voire un communiqué éditorial, d'un autre côté le résultat de Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil est impressionnant de travail et de talent ici mis au service d'un projet frais qui respire la bonne volonté et la bonne humeur...
Entre crépuscule du Moyen-Âge et aube de la Renaissance c'est après une longue fin de règne qu'on assiste à un « le vieux roi Rohan est mort, donc vive la jeune reine Tilda ! »... Sauf que Tilda est prématurément victime d'un énième game of thrones (attention un traître peut ne cacher un autre, puis un autre, et encore un autre), et elle échappe à l'exil pour se retrouver en cavale avec Tankred le vieux chevalier idéaliste d'origine nobiliaire et Bertil le jeune page pragmatique d'origine roturière. Ils partent tous ensemble vers la Péninsule retrouver le Seigneur Alabaret, fidèle parmi les fidèles de son père qui devait lui confier un important secret. La Forêt d'Aumale, le Phalanstère des moniales féministes, le manoir déserté d'Albaret, le Grand Soir de la Cité d'Ohman : on suit donc le schéma archétypal de la Quête du Héros aux mille et un visages, et la Team Tilda parcourt le royaume pour découvrir que ce n'est pas une révolte mais la révolution (et tout le monde est à la recherche d'un fabuleux trésor pour conquérir le pouvoir, le conserver ou le retrouver)... Qui est Abigaëlle l’abbesse anarchiste ? Qui est Hellier le Tabellion l'âme de la révolution ? Pourquoi Bertil et Tankred s’éloignent-ils l'un de l'autre alors que les événements font rejoindre leurs idéaux ? Pourquoi Tilda victime de visions, de transes et de stigmates renonce-t-elle à ses idées de changements et de réformes pour adopter le conservatisme de ceux qui lui ont tout prix ? Quelle est cette légende de l'Âge d'Or qui parle d'une époque où tous les homme étaient égaux et où il n'y avait ni serviteurs ni seigneurs, ni exploités ni exploiteurs ? Et quelle est cette Boîte de Pandore qui suscite le toutes les convoitises des homines crevarices : voudraient-ils s'emparer de l'Espoir pour tous nous amener et dans les ténèbres nous lier ??? L'utopie est à portée mains ou définitivement illusoire donc la suite et la fin de ce diptyque peut finir en apothéose ou en eau de boudin (et j'espère que les prescripteurs d'opinion ne vont pas l'utiliser pour opposer « romans graphiques » et BDs qui ne sont que pour les teubés)
Cyril Pedrosa abandonne donc les autofictions si chères aux « romans graphiques » et avec Roxanne Moreil ils racontent tous deux une véritable histoire de 500 pages découpée en deux parties : nous sommes dans un anti conte de fées car c'est dans une ambiance fantastico-onirique nous projetant dans les univers de Charles Perrault qu'il réalise un pur conte politique qui a été pensé durant la campagne présidentielle de 2017 qui vit la victoire du président des riches Emmanuel Macron autoproclamé successeur de cette sorcière de Margaret Thatcher)
Du coup je ne sais pas si ce sont les auteurs, les éditeurs ou les critiques presse qui sont un peu naïfs :
- un moyen-âge de fantaisie, ça s'appelle de la Fantasy ^^
- il n'y a rien d'extraordinaire à s'inspirer du Moyen-Âge réel pour créer un Moyen-Âge fictif
- si tu veux éviter les hommes providentiel, évite de center ton histoire sur une princesse rebelle ^^
- le women's lib ne date quand même pas d'hier en bande dessinée, même s'il été bien trop long à se dessiner (et qu'il est toujours à développer parmi la profession, n'est-ce pas messieurs les éditeurs)
- la critique sociale et le côté antisystème, c'est ce que je vous indique dans tous genres et tous les médias possibles et imaginables depuis des années et des années donc rien de neuf sous le soleil...
- on suit des schémas très classiques (roman médiéval, conte de fée, récit d'apprentissage), et force est de constater qu'on reprend toutes les péripéties du cape et épée qui fit les beaux jours du cinéma populaire au XXe siècle et qui fit les beaux jours du roman-feuilleton populaire au XIXe siècle
- on s'éclate visuellement à mélanger des codes du Moyen-Âge (tapisseries, livres d'heures, tableaux de maîtres) à des méthodes résolument modernes pour aboutir à des couleurs absolument superbes, des doubles planches à profusion, et des personnages qui évoluent non de cases en cases mais à l'intérieur de cases... mais avec des personnages graphiquement simples / basiques cela ressemble parfois à un album de "Où est Charlie" ? ^^
1 question pour les amateurs de bandes dessinées : pourquoi faire évoluer des personnages aussi «  moches » dans des dessins aussi beaux mis en valeur par un découpage aussi audacieux que fluide (ah ça on sent une fois de plus un ancien de l’École des Gobelins ^^) ? Je ne suis pas pour le glamour hollywoodien où le moindre personnage semble sortir d'une écurie de top modèles, mais maintenant j'ai l'impression que plus un dessinateur a du talent et plus il fait dans le charadesign minimaliste...
1 question pour les auteurs : pourquoi avoir commencé le récit par un détournement médiéval des Pieds Nickelés ? Ces Pieds Nickelés reviennent dans le récit pour ce qui semble être un interlude : qu'avez voulu faire avec eux, ou quels message avez-vous voulu faire passer avec eux ?
1 question pour l'éditeur : puisqu'on commence par une sextuple planche, vu le prix de l'album pourquoi ne pas l'avoir mise sous forme de poster ?
Je laisse tous les bénéfices du doute aux auteurs car en tournant les pages défilait dans ma tête le film auxquels ils ont déjà dû penser et qu'a rappelé aux plus belles et plus grandes heures de l'animation européenne héritière de Paul Grimault... L'animation française est la 3e au monde et elle dispose de tous les talents nécessaires pour devenir la 1ère en quantité comme en qualité, sauf que comme nous autres elle a les dirigeants qu'elle ne mérite pas !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          502
marina53
  17 février 2019
« Le Roi est mort, vive le Roi ! » ... L'on se presse, l'on s'agite dans les couloirs du royaume pour assister au sacre de la nouvelle reine, Tilda. Ducs, barons et autres seigneurs ont tous répondu à l'appel. Même le seigneur Tankred et son protégé Bertil, pourtant forcés à l'exil par Loys de Vaudémont. En coulisse, la future reine Tilda se rend bien compte que son royaume est au plus mal, les terres sont moins fécondes, les caisses se vident, le peuple a faim. Qui plus est, le seigneur Ulrik veut doubler les impôts. Une mesure que Tilda réfute aussitôt. Elle songe déjà aux nouvelles mesures... Malheureusement, derrière son dos, l'on fomente. Sa propre mère, de Vaudémont et tous les vassaux du royaume ont fait serment d'allégeance à son jeune frère. Ce dernier ne tarde d'ailleurs pas à exiger son exil sur l'île de Malefosse. Bientôt sauvée par Tankred et Bertil, elle pourra compter sur leur soutien pour récupérer son royaume...

Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil nous plongent dans un conte médiéval captivant, riche, épique, parfois onirique. Rejetée du trône qui lui était pourtant promis, Tilda va tenter, avec l'aide et le soutien du seigneur Tankred et de Bertil, de reconquérir le trône. Évidemment, bien des obstacles, des événements inattendus, des personnages peu fiables, des traîtres vont s'interposer pour mener à bien son dessein. C'est un long et passionnant voyage qui attend ces valeureux et attachants personnages. Voilà une oeuvre foisonnante, aussi bien sur le fond que sur la forme. Car, graphiquement, Cyril Pedrosa fait montre d'une prouesse inégalée. Quelle imagination et quelle magie se dégage de ces pages ! Variant sa palette de couleurs, ses ambiances, son trait parfois, ses jeux de lumière, l'auteur nous plonge dans des décors magnifiques. Ses doubles pleines pages sont sublimes.
Un album maîtrisé et d'une grande imagination...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          470
Presence
  13 novembre 2018
Ce tome est le premier d'un diptyque qui forme une histoire complète et indépendante de toute autre. La première édition date de 2018. L'histoire a été coécrite par Cyril Pedrosa & Roxanne Moreil et mise en images par Pedrosa. Il s'agit d'une bande dessinée en couleurs comprenant 224 planches.
Dans le bois d'Armand, des nobles avec leurs serviteurs se livrent à une chasse à courre, les chiens pourchassant le gibier. Un peu à l'écart de la progression de la meute, trois gueux discutent : Poudevigne (le gros), Languille (le grand maigre), Petit Paul le bossu. Ils évoquent ce qui est arrivé au père Mathurin qui avait récupéré le cadavre encore frais d'une biche dans un fossé. Il l'avait faite préparer par sa femme, mais Ancelin, l'intendant du château, était arrivé alors qu'ils s'apprêtaient à la manger. Ils estiment qu'il n'est pas juste qu'ils ne puissent pas eux aussi manger des parties nobles du gibier. Ils entendent le cor du seigneur d'Alancelle et en déduise que la bête a été mise à mort et qu'ils pourront avoir un peu de tripailles. Ils pensent qu'ils pourraient jouir d'une vie plus douce dans le royaume de la Péninsule. Leur discussion est interrompue par un noble, accompagné de son épouse et de son équipage, qui leur demande comment rejoindre la roue d'Antrevers. Les gueux leur répondent, mais Petit Paul ayant des propos malheureux, la récompense pour cette information leur échappe.
Tous les seigneurs dont la santé le leur permet sont venus au château du roi, pour assister à ses funérailles, et participer à la cérémonie d'intronisation de son successeur. Dans la grande salle, Tankred de Malefort accompagné de l'écuyer Bertil croise Loys de Vaudémont qui le toise avec mépris, et l'asticote pour ses bons sentiments. Dans la salle du pouvoir, Tilda (la princesse) reçoit un seigneur pour régler une affaire d'impôts. Elle ne cache pas son mépris pour cet individu grassouillet, même si sa mère lui fait observer qu'elle n'est pas encore reine. Dans ses appartements, le petit frère de Tilda reçoit des pages qui lui enjoignent de revêtir ses habits de deuil. En se rendant dans ses appartements, Tilda fait un malaise sur le seuil. Elle tombe dans les bras de Tankred. Une fois remise, elle évoque avec lui sa montée sur le trône et le fait qu'elle va recevoir en héritage un royaume en souffrance. le lendemain elle se rend seul devant la dépouille du roi avant la cérémonie, mais elle est arrêtée par les soldats car le seigneur Loys Vaudémont réalise un coup d'état, en installant le jeune prince sur le trône, avec l'appui de la reine mère. Tilda est condamnée à l'exil sur l'île de Malefosse.
Cyril Pedrosa a acquis sa renommée avec des bandes dessinées intimistes comme Portugal (2011) et Équinoxe (2015). le lecteur ne s'attend donc pas à ce qu'il réalise un récit de chevalerie dans un moyen-âge de pacotille, sans velléité de reconstitution historique. Dans des interviews, Roxanne Moreil et lui ont déclaré qu'ils souhaitaient raconter une véritable épopée ce qui justifie la pagination abondante, ce tome n'étant que le premier d'un diptyque. le lecteur découvre effectivement une histoire de succession au sein d'un royaume étendu. Il y a une princesse qui est l'héritière naturelle du trône. D'un côté, c'est l'enfant la plus âgée du roi ; de l'autre côté, la coscénariste souhaitait qu'il y ait des personnages féminins forts. Il croise une princesse, un prince, une reine mère, plusieurs seigneurs régnant sur leur fief, des soldats, des gueux. Il est question d'impôts, de famine, de serfs, de guerre. Les tenues des personnages évoquent une sorte de bas moyen-âge, que ce soit les tenues civiles ou les tenues militaires. L'architecture des constructions (châteaux, maisons, cabanes) reste assez vague, avec une influence hispanisante par endroit.
L'intrigue repose sur une quête claire : Tilda veut retrouver le trésor indiqué par son père. Elle dispose d'une lettre d'un de ses vassaux indiquant qu'il détient une information relative au trésor, dans son fief de la Péninsule. Contrainte et forcée par le coup d'état ayant placé son frère sur le trône, elle se met en marche, secondée par 2 fidèles compagnons : un chevalier ayant été au service de son père, et son écuyer ayant joué enfant avec elle. Comme dans toute quête qui se respecte, il y a des obstacles sur la route, et des épreuves à passer. La particularité réside dans le fait que Tilda n'est pas au meilleur de sa forme, blessée dans sa fuite, et sujette à des visions qui altèrent sa perception et la font défaillir régulièrement. du coup, les épreuves prennent des formes qui sortent de l'ordinaire : ce n'est pas une épreuve physique (même s'il y a des affrontements à l'épée), ni des épreuves d'intelligence (même si les personnages sont amenés à réfléchir). Les épreuves que doit surmonter Tilda sont d'un autre ordre : elle doit se confronter à des communautés au mode de fonctionnement plus ou moins éloigné de celui du domaine de son père, ainsi qu'à ses visions qui semblent annoncer un futur belliqueux et sanglant.
Dès la couverture, le lecteur se rend compte que la narration visuelle va aussi s'avérer inhabituelle. Il regarde des personnages aux morphologies exagérées, que ce soit la silhouette longiligne de Tilda, la carrure extraordinaire de Tankred, la difformité de Petit Paul, la silhouette décharnée du seigneur Albaret. Quand il observe les visages, il voit des traits simplifiés et des expressions un peu exagérées, que ce soit l'air idiot du bossu, ou les yeux ronds de Bertil. L'artiste peut également exagérer d'autres parties du corps, comme la longueur du nez de Tankred, ou le double menton de Jeanine, la servante du seigneur Albaret. Ainsi le lecteur a parfois l'impression de regarder des personnages de dessin animé pour la jeunesse, avec une influence de l'esthétique des princesses Disney comme la belle au bois dormant. Dans le même temps, il apprécie l'expressivité des visages et se rend compte de l'étendue de la gamme des états d'esprit qu'ils reflètent, et des émotions qu'ils montrent. le lecteur ne s'attend pas forcément à lire un mépris distancié aussi convaincant sur le visage Loys de Vaudémont, ou une assurance tranquille sur le visage de Tankred de Malefort, ou encore une telle souffrance sur celui de Tilda reflétant de terribles tourments intérieurs.
Le lecteur est encore plus surpris par la mise en couleurs qui peut être intensément flamboyante (pour la chasse à courre), ou étonnamment expressionniste (pour la progression de Tilda sous les eaux). Dans la vidéo promotionnelle de l'ouvrage, le lecteur découvre que Cyril Pedrosa a réalisé ses planches de manière traditionnelle, en détourant les formes par des traits encrés, et en appliquant des aplats de noir. La suite sort de l'ordinaire puisqu'il a numérisé toutes ses planches, et appliqué les aplats de couleurs à l'infographie, en inversant le contraste pour certaines planches, les aplats de noir devenant alors une surface avec une couleur. le lecteur plonge dans ce qui lui semble être un tourbillon de couleurs souvent pastel, rarement naturalistes. Il est également déstabilisé par le fait que les traits de contours ne sont presque jamais noirs, et souvent de différentes couleurs au sein d'une même case. L'artiste a su ainsi créer une apparence à nulle autre pareille, totalement originale pour une bande dessinée. Cette approche chromatique génère une sensation de lecture à la fois riche et troublante. le lecteur se retrouve sans cesse à ajuster son état d'esprit, passant d'une scène rouge et orange (la chasse à courre) avec une impression d'incendie, à une scène violette et taupe dans le château (pour une sensation feutrée et vaguement féminine), puis à une séquence très rose dans la chambre de Tilda (alors que son comportement n'est pas celui d'une petite fille féminine). Au fil des séquences, le lecteur éprouve des sensations étranges, suivant que la mise en couleurs est en adéquation avec les couleurs naturelles (vert foncé et bleu foncé dans une clairière la nuit), ou en sans rapport évident (un violet sombre pour des rochers en montagne).
Il faut donc un temps d'adaptation au lecteur pour qu'il se rende compte que derrière ces apparences à l'esthétisme très marqué et très personnel, Cyril Pedrosa réalise des dessins descriptifs avec un fort niveau de détails. le lecteur peut ainsi prendre le temps de regarder l'ameublement des différentes pièces du château du défunt roi, le détail des bâtiments du domaine d'Abigaëlle, ainsi que son potager, les ouvrages entassés dans la bibliothèque, les ornements du carrosse du jeune roi et de la reine mère, l'architecture de la demeure du seigneur Albaret, ou encore les étonnantes ruines qui abritent le trésor. En découvrant la première scène le lecteur se rend également compte que l'artiste a composé une suite de 3 dessins en double page qui en fait n'en forment qu'un seul sur 6 pages. Il représente un décor en toile de fond sur lequel se déplace les personnages, sans délimitation de case. Sur un unique décor, il représente donc à plusieurs reprises (endroits) les mêmes personnages en train de progresser. Il a indiqué s'être inspiré des peintures de Pieter Brueghel l'Ancien (1525-1569), et en particulier de son tableau Chasseurs dans la neige (1565). En outre la pagination lui permet de développer des scènes à sa guise.
Le lecteur s'immerge donc un conte à la forme baroque, aux côtés de personnages complexes dépassant le clivage bien /mal. En effet, dans la scène introductive de la chasse à courre, la discussion entre les 3 compères comprend une dimension politique affirmée, soulignant que les gueux n'ont droit au mieux qu'aux restes de la classe dirigeante, et encore si les représentants de cette dernière sont dans un bon état d'esprit. La scène suivante avec l'aéropage du seigneur et de sa dame vient enfoncer le clou. La scène mettant face à face Tilda et un seigneur repu explicite la charge que font peser les impôts sur le peuple. La notion de classe fait surface à de nombreuses reprises, faisant apparaître les privilèges des nobles, mais aussi une barrière infranchissable quand Tilda (personne royale) remet à sa place Bertil (simple manant), un moment d'autant plus cruel qu'il n'y a pas d'intention méchante. Petit à petit, l'existence d'un texte décrivant un âge d'or fait progresser l'idée que cette société de classe n'est pas un ordre naturel et qu'il est possible d'imaginer une autre organisation qui a déjà existé par le passé. Il se produit alors un effet des plus déconcertants concernant le personnage de Tilda. Au début du récit, il ne fait nul doute qu'elle en est l'héroïne au sens romanesque du terme. Mais elle incarne aussi une forme de société inégalitaire et oppressive. Il apparaît que le précédent roi est tombé malade juste après avoir été mis en contact avec ce précieux trésor lié à l'âge d'or, comme s'il n'avait pas pu supporter la remise en question de la société de puissants et de serfs, comme s'il avait été contaminé par un virus, celui d'un ordre social plus juste et équitable.
Le portrait de Tilda devient de plus en plus ambigu au fur et à mesure du récit. Elle incarne la domination des nobles sur le peuple, et aussi le principe que sa naissance lui donne le droit de vie et de mort sur ses sujets. Dans le même temps, Tilda ne souhaite qu'améliorer la condition de son peuple, éradiquer la famine, lever des impôts plus justes, ramener une autre forme d'âge d'or. Son corps porte même les stigmates physiques de sa souffrance psychique. Mais c'est au lecteur de se demander si cette souffrance est générée par les épreuves à surmonter pour arriver au trésor qui lui permettra d'entamer la reconquête du trône, ou par l'intuition qu'elle va se retrouver face à un changement de paradigme, par l'incompatibilité entre la royauté et le bonheur de tous. S'il y prête attention, le lecteur constate que le seigneur Albaret porte lui aussi un stigmate révélateur : il est aveugle. Il a régné comme un seigneur éclairé et bienveillant, mais il est resté aveugle aux injustices consubstantielles d'un gouvernement de type royauté.
Cette première moitié de l'âge d'or propose un voyage sortant de l'ordinaire, un conte à la forme à la fois classique et inhabituelle. La mise en images impressionne par son foisonnement, par ses couleurs surprenantes, par sa forme aventureuse, et par sa rigueur et sa précision, ainsi que par les détails concrets. Il s'agit bel et bien d'un conte se déroulant dans un moyen-âge imaginaire, mettant en scène une princesse, son preux chevalier et son écuyer. Il s'agit bien d'un conte avec un deuxième niveau de lecture relatif à la forme d'une société. Dans le même temps, il n'y a pas de héros, même s'il y a des personnages au coeur pur. Il n'y a pas de hauts faits mettant en avant la valeur et le courage de l'héroïne, mais des épreuves plus complexes et moins directes. Roxanne Moreil & Cyril Pedrosa ont réalisé une histoire captivante et envoûtante, au charme esthétique original.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
Lagagne
  14 janvier 2019
Ce roman graphique est absolument magnifique ! le trait est vif et subtil, les couleurs sont splendides, les mouvements et les ombres sont parfaits. Chaque détail est traité avec importance. L'oscillation entre onirisme et réalité est bluffant.
Niveau scénario, on a une vraie intrigue politique, avec un royaume à reprendre au méchant régent, un peuple qui se soulève, la quête d'un idéal égalitaire. Mais on a aussi une part de fantastique avec le trésor d'Ohman ou les étranges phénomènes qui semblent entourer Tilda. On a de la chevalerie, de la roublardise, de la trahison, de grands idéaux.
On entre dans un univers fabuleux dont il est difficile et douloureux de sortir, tant on est plongé dans un autre monde, une autre époque, d'autres couleurs. Mais en même temps, on peut toujours y voir un écho à notre époque actuelle. Un très beau travail.
Commenter  J’apprécie          280
Foxfire
  19 novembre 2018
La superbe couverture de "l'âge d'or" m'avait bien tapée dans l'oeil. Mais vu le prix du livre j'avais préféré attendre que ma bibliothèque en fasse l'acquisition, ce qui n'a pas tardé. Il faut dire que "l'âge d'or" semble faire l'unanimité auprès des critiques. Cet accueil enthousiaste est-il mérité ? Globalement oui, l'ouvrage de Pedrosa et Moreil est une belle B.D.
Graphiquement "l'âge d'or" est tout simplement magnifique. le trait est original et ne manque pas de personnalité., la colorisation est très intéressante, dégageant beaucoup d'impact et la mise en page est à l'avenant mettant en valeur ces belles planches.
L'histoire développée est intéressante. Même si certains éléments auraient demandé à être approfondis, l'intrigue est prenante et dégage un mystère bien séduisant.
Mais malgré toutes ces évidentes qualités, il manque un petit quelque chose à cette B.D. J'ai eu le sentiment que jamais "l'âge d'or" ne prenait totalement son envol, la faute, selon moi, aux personnages manquant de chair et d'âme. "L'âge d'or" m'est apparu comme un peu désincarné.
Malgré ce bémol, "l'âge d'or" reste une lecture valant le détour. Ce défaut que je pointe s'améliorera peut-être avec le second tome permettant ainsi à "l'âge d'or" d'être le chef-d'oeuvre qu'il aurait pu être.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          250

critiques presse (10)
Culturebox   17 janvier 2019
Ce roman graphique publié en septembre est tout à la fois une saga médiévale et une fable politique sur l'utopie.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LaPresse   20 décembre 2018
Du déjà vu? Pas quand le récit prend comme ici des accents féministes et politiques. Mieux, les illustrations de Cyril Pedrosa sont belles comme des enluminures.
Un premier de deux tomes tout simplement somptueux.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Elbakin.net   26 octobre 2018
Les auteurs ont pensé leur diptyque d’un seul tenant, avec quatre parties structurées comme quatre saisons. A ce premier tome - globalement - lumineux, les auteurs ont d’ores et déjà annoncé un second tome plus “crépusculaire”. On l’attend.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
LaLibreBelgique   09 octobre 2018
"L’Âge d’or" est un joyau graphique taillé par Cyril Pedrosa. Coécrit avec Roxane Moreil, il imagine une utopie politique médiévale.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Sceneario   03 octobre 2018
Un premier volume, sur deux, qui interpelle. On devine un fond qui va devenir plus complexe, au fur et à mesure de l'évolution de Tilda, de son avancée dans l'histoire, on attend donc vivement le second tome !!! A coup sur, l'un des chef d'œuvre de cette rentrée, un album puissant qui n'a pas fini de se révéler aux lecteurs !
Lire la critique sur le site : Sceneario
BoDoi   26 septembre 2018
Les rebondissements sont nombreux et palpitants, la psychologie des personnages s’enrichit au fil des séquences et l’intrigue générale est tout simplement passionnante. Voilà une des grandes bandes dessinées de 2018, qui a, en plus, le mérite de pouvoir s’adresser au plus grand nombre. Étincelant.
Lire la critique sur le site : BoDoi
ActuaBD   25 septembre 2018
Habitué des récits fournis et à de beaux et forts volumes, Cyril Pedrosa récidive et signe un nouveau diptyque dans la magnifique collection Aire Libre chez Dupuis. Derrière ses atours de belle et grande chanson de geste, L’Âge d’or est certainement un des récits marquants de cette rentrée littéraire 2018.
Lire la critique sur le site : ActuaBD
BDZoom   11 septembre 2018
Le conte épique de Roxanne Moreil, mis en images (à moins qu’il ne s’agisse d’enluminures…) par Cyril Pedrosa, fait en effet assurément déjà partie des grands incontournables de cette très riche rentrée.
Lire la critique sur le site : BDZoom
Culturebox   07 septembre 2018
Le dessinateur Cyril Pedrosa et sa compagne et co-scénariste Roxanne Moreil publient le 7 septembre "L'âge d'or", un roman graphique époustouflant de maîtrise. Un second volume devrait paraître dès 2020.
Lire la critique sur le site : Culturebox
BDGest   04 septembre 2018
Le mélange entre un design sorti des âges et une réalisation « high tech » s’avère surprenant de justesse. Bravo l’artiste ! Palpitant sur le fond, percutant dans la manière, Moreil et Pedrosa réalisent un véritable chef-d’œuvre avec ce premier tome de L’Âge d’or. Vivement la suite !
Lire la critique sur le site : BDGest
Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
marina53marina53   17 février 2019
- « La nature à tous a donné même forme. » « Et réchauffe chacun de la même chaleur. » « Nous suivons avec raison son inclination... » « … pour donner mêmes avantages à nos semblables... » « ...qui sont nos frères. »

- Votre traduction est plus élégante que la mienne...

- Il me semble surtout que nous n'en fassions pas tout à fait la même lecture...

- Je n'en conteste pas les valeurs et les principes. Vous savez à quel point ils me guident. Mais... La nature n'a pas donné à tous « même forme ». Ce n'est pas vrai. Elle a doté les hommes d'une violence dont les femmes doivent se protéger.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150
marina53marina53   17 février 2019
Les honneurs d'aujourd'hui doivent être accueillis avec la même réserve que les disgrâces passées.
Commenter  J’apprécie          200
HarioutzHarioutz   10 février 2019
- J'ai appris que Tankred de Malefort était en ces lieux. Vous êtes bien à son service ?
- Je suis sous sa protection ... depuis la mort de mes parents qui travaillaient sur ses terres.
- Quel noble cœur que le sien !
- Vous le connaissez donc ?
- Je l'ai lu, autrefois.
- Sa pensée me guide !
- Vraiment ? Vous aimez vous aussi marcher au rythme lent de "réformes mesurées" ?
- De justes réformes ! Pour le bien du peuple.
- Oh, certes ! Certes ... A condition que chacun, maîtres et serviteurs, reste bien à sa place?
- On ne peut changer l'ordre naturel du monde.
- Vous pensez donc que "le monde" est né ainsi ? Avec des arbres, des rivières, du vent, du soleil ... et des seigneurs et des serfs ?
- Je ...
- Il fut un temps, jeune homme ... où vallées et montagnes n'étaient entravées d'aucune muraille. Où les hommes allaient et venaient librement ... avec pour seules règles celles qu'ils avaient choisies, unis devant les drames et les joies ... Les hommes alors partageaient tout, en période d'abondance ou de disette, comme des frères.
- "L'âge d'or" ...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
AlfaricAlfaric   19 septembre 2018
La nature à tous a donné même forme
Et réchauffe chacun de la même chaleur.
Nous suivons avec raison son inclinaison
Pour donner mêmes avantages à nos semblables
qui sont nos frères

Nul ne saurait chercher la félicité
Au détriment de son prochain.
Se priver de quelques jouissance pour l'offrir à autrui
Est signe de noble cœur
Et expression de la sagesse.

Ainsi nature et raison se répondent
Et nous invitent à entraide mutuelle.
Pour le bien général, et par commun consentement
Nous faisons partage
Du festin de la vie.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          172
AlfaricAlfaric   05 octobre 2018
- Il dit quoi, le gros Martin ?
- Il dit : « Poudevigne, il râle comme un putois, mais il est fainéant comme une loutre. »
- Ah oui, il dit ça gros Martin ?
- Oui. Je savais pas que c'était fainéant une loutre.
- Et bien, tu lui diras, au gros Martin, que moi au moins j'ai pas un cul gros comme un vache !
Commenter  J’apprécie          110
Lire un extrait
Videos de Roxanne Moreil (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Roxanne Moreil
La première édition du Prix BD Fnac France Inter, parrainée par Antoine de Caunes, est décernée par un jury grand public et professionnel sur la base d?une sélection de 20 albums établie par les Libraires Fnac.
Après les succès rencontrés avec ses albums Portugal et Les Équinoxes, Cyril Pedrosa revient avec L'Âge d'or qu'il a co-écrit avec Roxanne Moreil. Plongez dans l'histoire de la princesse Tilda parcourir un monde médiéval imaginaire, plein de poésie et de magie.
L'interview complète sur Fnac.com : https://www.fnac.com/Raconte-moi-un-dessin-Cyril-Pedrosa-interroge-la-possibilite-de-changer-le-monde/cp41494/w-4
Toutes les infos sur le Prix : https://www.fnac.com/prix-bd-fnac
Suivez tous les épisodes de Raconte-moi un dessin sur notre chaîne : https://www.youtube.com/watch?v=PVrs6U2yzsg&list=PL15DE563DE6F1B507
Retrouvez-nous sur Facebook : https://fr-fr.facebook.com/Fnac Instagram @fnac_officiel : https://www.instagram.com/fnac_officiel Twitter @fnac : https://twitter.com/fnac
+ Lire la suite
autres livres classés : médiévalVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr




Quiz Voir plus

Les personnages de Tintin

Je suis un physicien tête-en-l'air et un peu dur d'oreille. J'apparais pour la première fois dans "Le Trésor de Rackham le Rouge". Mon personnage est inspiré d'Auguste Piccard (un physicien suisse concepteur du bathyscaphe) à qui je ressemble physiquement, mais j'ai fait mieux que mon modèle : je suis à l'origine d'un ambitieux programme d'exploration lunaire.

Tintin
Milou
Le Capitaine Haddock
Le Professeur Tournesol
Dupond et Dupont
Le Général Alcazar
L'émir Ben Kalish Ezab
La Castafiore
Oliveira da Figueira
Séraphin Lampion
Le docteur Müller
Nestor
Rastapopoulos
Le colonel Sponsz
Tchang

15 questions
3263 lecteurs ont répondu
Thèmes : bd franco-belge , bande dessinée , bd jeunesse , bd belge , bande dessinée aventure , aventure jeunesse , tintinophile , ligne claire , personnages , Personnages fictifsCréer un quiz sur ce livre
.. ..