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EAN : 9782258056909
504 pages
Presses de la Cité (01/04/2001)
4.12/5   117 notes
Résumé :
En 1937, Sangmi a quatorze ans lorsque son destin bascule. Enlevée par des soldats japonais, elle est emmenée avec des dizaines d'autres Coréennes. Destination : la Mandchourie. Contrainte d'intégrer pendant presque dix ans l'unité des "femmes de réconfort" créée pour "soutenir" les soldats japonais, elle connaîtra l'enfer des maisons closes que l'armée nippone a installées dans une Asie embrasée par la soif de conquête de Hirohito. Une force de caractère hors du co... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
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Un destin de fille-femme sous fond de guerre sino-japonaise et de folie meurtrière.

Sangmi est une jeune fille de 14 ans qui aime étudier quand elle est enlevée par des soldats japonais à la sortie de l'école et enrôlée de force en tant que « femme de réconfort » pour l'armée japonaise. Elle connaîtra les pires cruautés, quittant la Corée pour la Mandchourie, puis la Chine, Singapour, Java, la Malaisie, pour finir à Hiroshima. Qu'adviendra-t-il d'elle lors de la reddition japonaise ?

Ce roman est éprouvant tellement il recèle d'horreurs inimaginables, de barbaries indicibles et de sauvageries sans nom ! L'auteur nous les expose sans préavis, nous les décrit sans pudeur afin de témoigner de cette page d'Histoire si souvent tue, méconnue.
Elle nous dépeint un portrait de fille-femme hors du commun que sauvent plus d'une fois ses études en langues étrangères et sa force de caractère. Chez Sangmi vibre une puissante envie de vivre, de s'en sortir, de résister, alimentée par une haine tenace contre l'ennemi qui lui a tout pris, à commencer par son enfance.
Ce personnage me semble tout de même bien robuste et endurant face à tout ce à quoi elle doit faire face :
les viols innombrables et répétés des années durant, les conditions d'hygiène, les maladies (peste, radiations médicales, bombe atomique, paludisme), un avortement, les traversées à marche forcée de la jungle malaise, le froid insoutenable dans la neige, la famine, les blessures de torture…
Il est difficile de croire qu'une seule et même personne ait pu revenir de tout cela.
La plume de Juliette Morillot nous plonge pourtant pleinement dans ce monde asiatique aux heures les plus sombres, et sait en dégager aussi les beautés. Elle nous dévoile avec précision les parfums et saveurs, les bruits, les couleurs, les atmosphères. Les paysages en deviendraient presque enchanteurs. Certaines pages sont une ode à l'amour de la Corée. Sa connaissance de l'Asie nous apprend à discerner les menues différences, à peine perceptibles à un oeil occidental, entre les Coréens, les Chinois, les Japonais.

Un roman violent au coeur d'une page d'Histoire.
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CHALLENGE PAVES 2015/2016 (15/15)

Cette lecture a été une véritable découverte (en même temps qu'une claque terrible) d'un pan de l'Histoire que je ne connaissais pas. L'auteure, Juliette Morillot, journaliste, connait bien la Corée. Elle s'est inspirée ici d'un témoignage réel. C'est à travers le personnage de Sangmi, qu'elle va retranscrire, en les romançant, les confidences qu'elle a recueillies.

Sangmi est coréenne et vit dans une famille d'intellectuels plutôt aisés. Elle fuit la froideur de son père, professeur de médecine, dont les idées politiques se rapprochent du pouvoir en place (la Corée a été annexée par le Japon en 1910). Elle oublie aussi l'indifférence de sa mère, dont elle ignore la raison, dans l'affection de ses grands-parents maternels, qui eux haïssent la domination étrangère. Après un incident où elle a tenté de noyer la maitresse de son père, elle est placée comme aide dans une famille de pêcheurs. Une visite de son grand-père lui révèle qu'en fait elle est le fruit d'un amour de jeunesse de sa mère avec un diplomate français, à l'époque en poste à Séoul, dont il a refusé le mariage. Toute sa vie, cet aveu justifiant le manque d'amour de ses parents comme son physique atypique de métis, va la poursuivre. Mais le destin n'a pas fini d'être cruel. Alors qu'elle a 14 ans, en 1937, elle est enlevée à la sortie de l'école, pour être enrôlée sous le matricule 2444 dans l'armée japonaise, en tant que "femme de réconfort". Comme des milliers de consoeurs, elle va être utilisée comme esclave sexuelle auprès des soldats japonais en pleine conquête de l'Asie et c'est son périple à travers la Mandchourie, la Chine, la Malaisie que le lecteur va suivre, périple qui va se finir sous les décombres d'Hiroshima, anéanti par les bombes américaines.

J'ai découvert à travers ce récit les atrocités commises par les Japonais pendant la première partie du XXième siècle, notamment le fait, qu'à l'image des nazis, eux aussi avaient leurs camps d'expérimentations humaines. Je suis restée ébahie par la force de caractère de cette jeune adolescente, qui avec le désir de retrouver son père, lui a permis de faire face à l'horreur. Des bordels à soldats de Mukden à la prostitution de luxe à Shangaï, ses pas la conduiront malgré tout à de belles amitiés, des amours éphémères, des protections inattendues mais aussi à la haine d'un officier humilié. Ce récit d'un réalisme sordide, et c'est le tour de force de l'auteure, ne se départit pas de poésie à travers des descriptions d'odeurs, de couleurs, de saveurs foisonnantes. J'ai en mémoire notamment les images de la cueillette du thé dans les jardins de Boh où les parfums sont aussi enivrants pour l'odorat que la vision des saris colorés pour les yeux.

Ce roman-témoignage absolument bouleversant est un hommage à toutes ces femmes totalement oubliées par L Histoire que le gouvernement japonais a refusé de reconnaitre. 18/20 pour ce devoir de mémoire.
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Les orchidées rouges de Shanghai raconte le destin tragique de Sangmi, jeune coréenne de 14 ans dont le seul tort a été de se faire remarquer en étant bonne élève, ce qui a conduit à son enlèvement par des soldats japonais. Emmenée en Mandchourie, elle deviendra une "femme de réconfort", emprisonnée dans une maison close destinée aux soldats japonais. Son destin semble alors irrémédiablement lié à celui de l'armée nippone, qu'elle suivra au fil de sa conquête de l'Asie.

J'ai tout d'abord beaucoup apprécié cette lecture de par la finesse et le soin que met l'auteur à décrire la vie quotidienne en Corée dans les années 30 et à brosser le portrait de son héroïne, rejetée par ses parents et mise en pension dans un petit village de pêcheurs du Sud de la Corée. La description de l'occupation japonaise, puis de l'enlèvement de SangMi par les japonais et du voyage des jeunes et très jeunes filles kidnappées jusqu'à la Mandchourie, sans que celles-ci se doutent une seconde du sort qui les attend (les japonais leur ayant fait miroiter le fait de s'exiler en échange d'un travail bien rémunéré) est glaçante et nous replonge avec horreur dans ces événements pas si lointains et gardés secrets si longtemps. On sent que l'auteur connaît bien son sujet, l'histoire de la Corée et du Japon et les petits détails de la vie quotidienne qui rendent son récit très réaliste et attachant.

Malheureusement la deuxième moitié du livre m'a complètement perdue. Après la Mandchourie, SangMi est d'abord envoyée à Shanghaï où elle va vivre mille aventures, passant de la maison close pour soldat à une histoire d'amour / haine avec son protecteur japonais qui lui fera côtoyer la bonne société shanghaienne de l'époque. Même si cela commence à faire beaucoup, cette partie sonne encore très juste de par sa plongée dans le contexte historique et dresse un portrait vibrant de la ville de Shanghaï et du contraste entre la pauvreté, les horreurs de la guerre et la vie privilégiée des riches et des colons qui ont choisi de fermer les yeux sur ce qui se passe autour d'eux. C'est après que ça se gâte : d'aventure en rebondissement, de coups du sort en retournements de situation fort opportuns, le personnage de SangMi semble n'exister que pour permettre à l'auteur de dresser un compte rendu exhaustif de toutes les horreurs de la guerre et des exactions de l'armée japonaise. Au fil des pages, on passe par un camp de prisonniers, on découvre les expérimentations menées par les médecins japonais sur leurs captifs, on fait un petit détour par la Chine qui lutte contre l'occupant nippon, puis c'est reparti pour la conquête de Singapour par l'armée japonaise, puis toujours plus loin à Java et dans les îles du Pacifique... Et au milieu de toutes ces horreurs, notre héroïne trouve le temps de tomber amoureuse plusieurs fois (d'hommes ou de femmes, c'est selon) et sauve miraculeusement sa vie même dans les pires dangers ou quand elle est proche de la mort, y compris par des rebondissements assez invraisemblables et cousus de fil blanc.

Comme en plus cette partie n'échappe pas à de nombreux clichés (ah la description de la population malaise avec les "Malais au regard jaloux", les "Chinois gras et rusés" et les "Sikhs racés, enturbannés de blanc et prêts à brandir le sabre qui défend leur honneur"), j'ai eu vraiment du mal à m'accrocher et à finir ce roman qui m'a paru de plus en plus agaçant et a fini par franchement m'énerver avec son final encore plus rocambolesque que le reste. Dommage de rester sur cette mauvaise impression, d'autant que l'auteur semble s'être inspirée au départ d'un témoignage réel : je retiendrai donc plutôt de ce roman sa première partie et la description d'une partie de l'histoire coréenne-japonaise qui a longtemps été tenue cachée malgré le fait qu'elle ait irrémédiablement brisé la vie de milliers de jeunes femmes.
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Après avoir acheté ce livre, j'ai cru que je m'étais fait avoir, qu'il ne s'agissait que d'une banale histoire romancée, une de plus, sur l'Asie. Et puis, dans un période de "vaches maigres" livresques, je me suis vraiment penchée sur lui, j'ai commencé à le lire ... et je n'ai plus lâché.
Le style en est simple, sans apprêts. On ne peut dire de lui qu'il soit exclusivement littéraire ou journalistique. Il ressemble à un mélange réussi des deux.
L'intrigue se base sur le destin de Mun halmoni, une vieille Coréenne que Juliette Morillot rencontra à Séoul en 1995 et qui lui raconta sa triste histoire de "femme de réconfort" pour les troupes japonaises pendant la Seconde guerre mondiale. Bien entendu, pour les besoins de la cause, Morillot a un peu arrangé les rebondissements, par-ci, par-là mais le fond demeure authentique et l'on ne peut qu'être épouvanté par ce qu'on découvre là.
En 1937, la jeune Sangmi (nom japonais : Kawamoto Naomi), quatorze ans, est sujette d'Hiro-Hito puisque son pays, la Corée, a été conquis il y a déjà quelque temps par l'Empire du Soleil Levant. C'est une brillante élève dont l'intelligence comble de joie et de fierté son instituteur japonais, l'honorable M. Nagata. Et quand l'administration militaire japonaise commence ses opérations de recrutement pour l'effort de guerre, elle a beaucoup de peine à décliner une invitation à rejoindre le service du Japon.
Mais alors qu'elle revient chez elle après sa journée de classe, elle est enlevée par les militaires, dirigée par un homme qui, tout au long du roman, sera son mauvais génie, à la fois éperdument amoureux d'elle et la haïssant en même temps pour la puissance du sentiment qu'elle lui inspire et la fierté qu'elle refuse d'abandonner : Fujiwara.
Après une soirée donnée en l'honneur d'officiers japonais et pendant lesquelles les jeunes filles enlevées en même temps que Sangmi servent à l'"amusement" de leurs hôtes, après avoir été elle-même violée par un Fujiwara qui ne veut plus la lâcher, Sangmi commence sa triste vie de chosen pi (traduction littérale : "vagin coréen"), nom donné à toutes les femmes coréennes qui furent contraintes de se prostituer pour "détendre" les troupes d'occupation japonaise pendant la Seconde guerre mondiale.
Mais le pire n'est peut-être pas là - aussi brutales, aussi horribles que puissent être ces "passes" qui tiennent de l'abattage. Poursuivie par la haine de Fujiwara, Sangmi sera même déportée dans un camp de concentration japonais et soumise à des expériences médicales qui auraient réjoui le sinistre Dr Mangele.
Et pourtant, Sangmi survivra. Elle parviendra même, après la fin du conflit, à recouvrer un semblant de vie "normale" même si, vous vous en doutez, il lui sera désormais impossible de faire l'amour avec un homme, celui-ci fût-il - comme son mari, juif allemand - le plus tendre possible.
Sous ses dehors romancés, "Les Orchidées rouges de Shanghaï" soulève deux grands débats :
1) la tolérance inouïe, le "pardon" accordé par les vainqueurs aux autorités japonaises alors que celles-ci avaient agi envers leurs prisonniers de guerre avec autant de cruauté que les Nazis l'avaient fait envers les leurs. Ce qui explique en partie pourquoi, aujourd'hui, au Japon, le silence est toujours maintenu sur cette page atroce de l'Histoire du pays. de vagues excuses, c'est ce qui a été accordé aux survivantes - et encore, prononcées du bout des lèvres.
La chose est d'autant plus révoltante que ces femmes, désormais "souillées", ont été rejetées, dans la majeure partie des cas, par leurs propres familles.
2) et bien entendu le statut de la Femme lorsque la Guerre survient.
Ce livre a en outre le mérite d'inciter à en savoir un peu plus sur l'occupation japonaise dans les pays asiatiques. Car je ne sais si vous l'avez remarqué, , si les librairies regorgent d'ouvrages sur les exactions des Nazis en Europe, les livres traitant des méfaits des militaires nippons sont beaucoup, beaucoup plus rares.
Une lacune à combler d'urgence. J'espère que "Les Orchidées rouges de Shanghaï" pourra commencer à vous y aider. ;o)
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Des romans sont parus ces dernières années mettant enfin en lumière l'histoire des femmes de réconfort. Ce sujet sensible, honteux fait le tour du monde, suscitant beaucoup d'intérêt. Parmi les différents romans lus sur ce sujet, celui-ci révèle toute l'atrocité, sans minimiser les faits. Passionnée par la culture coréenne, j'ai dévoré cette histoire, ce combat extraordinaire, cette lutte incessante pour être libre. A la lecture de ce récit, vous vous direz comment quelqu'un a pu vivre tout ça, a pu endurer ces atrocités, a pu être le témoin de tous les événements importants de l'histoire de l'Asie… Certes vers la fin, on peut se dire, ce n'est pas possible, c'est exagéré pour que l'auteur explique ce qui se passe en Malaisie, en Mandchourie… Je ne rentre pas dans ce débat car pour moi l'âme de ce roman est ailleurs. Mon avis ne pourra jamais rendre hommage au travail de recherche magnifique de Juliette Morillot qui a su si bien amener l'histoire de la Corée dans celle de Min Sangmi. J'ai énormément appris à travers ce livre (notamment la présence de femmes de réconfort australiennes et hollandaises, l'unité 731…) et je ne peux que remercier la maison d'édition Les Presses de la Cité d'avoir réédité ce roman avec une couverture si représentative de son histoire. Ce roman m'a donné envie d'en savoir plus sur les sujets abordés pour comprendre, pour apprendre…

J'ai eu un coup de coeur pour ce livre qui se révèle le plus complet que j'ai lu à ce jour sur les femmes de réconfort et sur le contexte historique remarquablement décrit. Un indispensable dans ma bibliothèque.

Divisé en quatre parties, quatre époques relatant l'histoire de Mun, une histoire dure, d'une rare violence mais nécessaire pour tenter de comprendre l'inimaginable.

Gros plus, une carte, un glossaire et une chronologie viennent compléter ce récit bouleversant.

Séoul, 1995.

Juliette Morillot raconte sa rencontre avec Mun halmeoni, une vieille dame qui vend ses produits dans la rue depuis quarante ans. Une rencontre qui a permis de mettre l'histoire de cette dame en lumière. C'est ainsi qu'est née l'adaptation libre et romancée du destin de Mun halmeoni. Pour rendre justice à ces victimes oubliées par l'histoire, pour médiatiser ce « problème » qui dérange encore aujourd'hui même après 76 ans, l'auteur est parti à la recherche des anciennes femmes de réconfort et d'anciens soldats japonais en Corée, au Japon, en Chine, en Malaisie, en Indonésie, au Cambodge, aux Pays-Bas et aux Etats-Unis.

Tous ont parlé comme un exutoire aux lourds secrets dissimulés par honte, par peur, par culpabilité… Des enfances brisées par une guerre où les civils sont les dommages collatéraux des gouvernements de leurs pays. le nombre des femmes de réconfort se comptent par centaines de milliers, des enfants, des jeunes femmes, des mères arrachées à leur enfance, à leurs foyers pour être au service de l'armée nippone.

Même les termes « femmes de réconfort » données à celles qui ont dû se prostituer est minimisé, cachant ce mur de la honte et du silence qui s'est brisé quand Kim Hak-sun intente un procès contre l'Etat japonais. Un esclavage sexuel qui reste un problème épineux des relations nippo-coréennes.

Des indemnités versées par le Japon mettent un terme à cette polémique dont le problème est pour eux réglé, faisant partie du passé. Un passé qui ne sera jamais oublié à l'heure où les victimes meurent, des associations voient le jour, des manifestations ont lieu tous les mercredis.

Mun s'est éteinte sans jamais rien avoir demandé, ni témoigné, l'une des nombreuses victimes de l'oubli.

Si vous tapez « femme de réconfort » ou « comfort women », unité 731, camp de Harbin sur Internet, vous trouvez de nombreux articles, sites, livres… qui pourront vous apporter des informations supplémentaires. Mon avis ne pourra jamais retranscrire l'émotion, le bouleversement que j'ai eu en découvrant ce récit.

« Nous avons été des milliers à subir cette infamie.

A être violées quotidiennement. »

Première époque : le rapt.

Kim Sangmi a vécu dans une famille aisée mais sans l'amour de sa mère qui porte toute son attention à sa dernière-née Kyoko. Son père est une personnalité éminente et respectée, docteur et professeur de médecine, un fervent patriote du Japon contrairement à Kim Sangmi qui a les mêmes valeurs patriotiques que ses grands-parents pour son pays.

Depuis 1910, la Corée est devenue une province de l'Empire japonais. Les Coréens durent subir la domination du Japon et la dictature de l'empereur Hirohito qui n'a cessé de les humilier et de les torturer dans l'indifférence des pays occidentaux.

Depuis toute petite, Kim Sangmi est mise à l'écart, reléguée avec son halmeoni dans une dépendance comme un secret honteux qu'il faut cacher.

Sous domination nippone, Kim Sangmi a dû changer de nom, parler japonais, s'habiller comme les Japonais, adopter le shintoïsme… Renier ses origines, ses croyances, son identité pour adopter celle de l'occupant.

25 ans après avoir été vaincu par les Japonais, de nouvelles lois sont promulguées dans le seul but de soumettre les Coréens à la doctrine japonaise.

A l'école, le programme n'est que propagande sur le Japon et tous les Coréens vivent dans la peur d'être dénoncés.

Le destin de Kim Sangmi prend un tournant décisif quand elle découvre que son père entretient une maîtresse. Un acte désespéré pour attirer l'attention de sa mère et la voilà envoyée à Mokpo, une ville portuaire. Quand son grand-père lui explique les raisons du rejet de sa mère et de sa haine envers elle, tout s'éclaire.

Désormais seule, Kim Sangmi est kidnappée par l'armée nippone et se voit contrainte de se prostituer comme nombre de jeunes filles et d'enfants attirées par la promesse d'un avenir meilleur.

Deuxième époque : le cauchemar.

Déplacée de bordels en bordels, Kim Sangmi devient une des nombreuses prostituées au service de l'ennemi. A Shanghai, elle assiste aux pires atrocités de l'armée japonaise.

Troisième époque : La trêve.

Sa rencontre avec Nagata, son ancien professeur d'anglais va être l'un de ses pires cauchemars. Après avoir connu les bordels de soldats, Kim Sangmi devient une prostituée de luxe pour l'ascension de Nagata dans les sphères du pouvoir. Jusqu'à ce non-retour, la pire atrocité pour une femme. Ce jour-là, Kim Sangmi n'eut que haine pour celui qui a brisé sa vie de femme. Et son cauchemar ne faisait que commencer.

Quatrième époque : le feu.

Kim Sangmi est détenue au camp de Harbin où elle devient l'un des nombreux cobayes pour des expériences médicales. Des atrocités inhumaines lui seront faites jusqu'à ce qu'elle puisse s'évader de cet enfer. En Mandchourie, elle reprend sa vie en main mais tandis que la population chinoise est décimée, Kim Sangmi n'aura de cesse de croiser sur sa route, Fujiwara, son tortionnaire.

Les Orchidées rouges de Shanghai, une lecture qui laisse son empreinte indélébile au coeur de ses lecteurs !

De la Corée au Japon, de Shanghai à la Mandchourie, en passant par Singapour et Hiroshima, Kim Sangmi va être le témoin impuissant des atrocités commises par les hommes assujettis à Hirohito.

Le récit le plus complet des livres sur les femmes de réconfort et leur combat pour la justice de leurs vies brisées !

On ne ressort pas indemne d'une telle lecture, Kim Sangmi passe à travers tous les événements des heures les plus sombres de l'histoire de l'Asie et on se demande comment elle a réussi à survivre à tout ça. L'auteur amène les saveurs, les descriptions des paysages et de l'histoire avec une précision qui au travers des pages recèle une ode d'amour à la Corée. Ce qu'a subi Kim Sangmi rappelle ce que les nazis ont perpétré aux races jugées inférieures (les matricules, les expériences médicales, les tortures, les camps d'internements et d'exterminations…).

Le témoignage glaçant d'une des milliers de femmes de réconfort et de son parcours incroyable pour sa liberté et celle de son pays !

Un devoir de mémoire impossible à lâcher !
Lien : https://leboudoirdulivre.wor..
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
Je reconnus que Madame Kim n'était en fait ni méchante ni bonne. Simplement humaine, et donc faible. Une femme ordinaire, qui faisait son travail sans se poser de questions. Son rôle consistait à tenir un bordel pour soldats, elle s'y employait à merveille, avec fermeté et entrain, nullement apitoyée par le sort tragique des filles qui y travaillaient, mais sans hypocrisie ou bassesse pour autant. Il lui suffisait de savoir qu'une fois entre les murs de son établissement, ses pensionnaires ne manquaient de rien, et sa conscience restait en paix. Madame Kim faisait partie de ces gens dont l'horizon se cantonne au pas de leur porte. On eût pu mourir sous ses yeux qu'elle n'eût pas bronché, ne se sentant pas directement responsable. Madame Kim n'entendait rien, ne voyait rien.
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J'ignore le pardon. La religion enseigne le pardon. Mais je ne peux pas pardonner. La colère m'étouffe encore, vive, tapie au fond de mon ventre comme un insecte géant qui décorerait mes entrailles. Je hais les Japonais. Je les hais avec violence qui puise ses racines dans mon corps blessé, humilié, dans mes rêves piétinés. Aujourd'hui encore, plus de cinquante ans après la fin de la guerre, je ne peux croiser un Japonais dans la rue sans que le sang ne bourdonne aux tempes et que mes pieds ne se dérobent sous moi. Le temps n'efface rien, ni la douleur ni la rancœur.
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Il avait le regard grave et, après avoir hésité à me parler anglais, notre langue de complicité, avait opté pour le japonais. Funeste présage pour qui connait la complexité des langues d'Asie. Le japonais comme le coréen sont des langues cruelles pour les femmes et les faibles, car inséparables d'une image figée du monde et de la société, hiérarchisée selon deux axes confondus : position sociale et personnelle, âge et sexe. A ces critères s'ajoute une nuance qu'apporte le choix des particules de politesse qui varient en fonction de l'atmosphère de la discussion, officielle ou décontractée. En quelques instants, par la magie noire des langues, je chutai au plus bas des relations stylistiques.
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Nous avions créé notre univers, un univers à l'écart du monde, de ses vicissitudes, obéissant à des lois connues de nous seuls et que chaque jour nous réécrivions avec le corps et l'esprit. Un univers où la guerre n'existait pas. Mais un univers où l'amour non plus n'avait pas sa place. Car le sentiment qui nous liait était de la même nature que le mot "silence". Le prononcer suffisait à le détruire.
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La misère ne se partage pas. Et dans le désespoir et la fatigue, l'injustice et l'impatience égoïste des hommes avaient recréé de nouvelles différences formant une cour des miracles où mendiants et mourants obéissaient à une hiérarchie aussi cruelle et injuste que celle des nantis.
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Vidéo de Juliette Morillot

Juliette Morillot évoque son univers d'écriture
Interview vidéo de Juliette Morillot à l'occasion de la parution de son roman Les Sacrifiés, paru aux éditions Belfond. S'inspirant d'un fait-divers qui a défrayé la chronique au début du XXe siècle, l'auteur met à nu avec une modernité implacable les rouages de la passion amoureuse et de la manipulation féminine. Un roman époustouflant, de la Malaisie coloniale aux États-Unis des années 1950, en passant par Londres et l'Argentine.
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