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EAN : 9782020668378
158 pages
Éditeur : Seuil (08/04/2005)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 55 notes)
Résumé :
Introduction à la pensée complexe
Nous demandons à la pensée qu'elle dissipe les brouillards et les obscurités, qu'elle mette de l'ordre et de la clarté dans le réel, qu'elle révèle les lois qui le gouvernent. Le mot de complexité, lui, ne peut qu'exprimer notre embarras, notre confusion, notre incapacité à définir de façon simple, à nommer de façon claire, à ordonner nos idées. Sa définition première ne peut fournir aucune élucidation: est complexe ce qui n... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
Fleitour
  11 avril 2019
Il y a 98 chroniques à son nom sur babelio, c'est aussi son âge. Avec ma chronique il aura 99 ans, désolé cher Edgar Morin. J'ai bien aimé ce livre car j'ai sans cesse mis en parallèle le Brexit.
Rassurez vous ce livre n'est qu'une introduction à la pensée complexe, fort heureusement, car il a publié sa méthode en six tomes.

Dès l'introduction, il nous glisse cette remarque, "La complexité ne saurait être quelque chose qui se définirait de façon simple". Cela m'a bien rassuré. Il ajoutera dans sa préface que la complexité est un mot problème non un mot solution.

La quatrième de couverture est pour le néophyte plus convainquant puisque dit-il, "nous demandons à la pensée de dissiper les brouillards et les obscurités". Je fonctionne ainsi, enfin je le crois.
Pour ne pas confondre complexité et complétude, je vous suggère ces quelques traductions de termes parfois éloignés de notre langage courant.
complétude soit : état ou caractère de ce qui est complet, achevé,
incomplétude : l'inachevé
la complexité : jamais content
la complexité : l'incertitude ou l'ambiguïté
le paradigme: un modèle une façon de voir les choses, exemple : la terre est plate
dénotatif : le sens du mot , sans superflu, pas imagé
Je suis preneur de toute définition utile pour la compréhension de l'ouvrage, n'hésitez pas à m'en proposer d'autres. ( Concernant l'ouvrage de Paul Tillich je m'étais permis de suggérer quelques définitions du domaine philosophique) .

J'ai assez facilement décelé qu'Edgar Morin était sceptique sur bien des paradigmes actuellement en vogue, qu'il était méfiant des aveuglements de la pensée et de ce qu'il appelle "la pathologie du savoir".
D'où cette forme suprême du doute, je doute de tout. Néanmoins il y a une chose qui revient souvent c'est le concret, sur lequel il aime revenir, celui-ci lui offre des bases de réalité non ambiguës.

La façon dont il aborde le domaine de l'intelligence et de la pensée est subtile. Pour lui la pensée est fluide, instable, en évolution permanente et on pourrait ajouter insaisissable . de plus "la raison évolutive, porte en elle-même son pire ennemi, la rationalisation".
C'est la rationalisation qui risque de l'étouffer,"on peut appeler cela le délire logique ou le délire de cohérence qui cesse d'être contrôlée par la réalité dont nous partons".

En effet, rentrer dans le monde d'Edgar Morin c'est pénétrer le monde de l'incertain de l'ambiguïté de l'inachevé.
Le monde d'Edgar Morin c'est l'inverse du Brexit , prendre une décision par le biais d'un élément purement numérique, pour conduire une nation, vers un destin totalement inconnu.
Faire un vrai sondage robuste mais équivalent à un lancé d'une pièce, pile ou face.

Dans le monde de l'incertain, changer d'un paradigme à un autre totalement opposé et dont la future réalité est non testée c'est être devenu aveugle ou fou.
Dans l'usage professionnel des sondages, la notion de corrélation est essentielle. En fonction de l'ampleur des changements attendus on exige un 70% pour la solution choisie contre 30 pour la solution écartée. On affine aussi les questions, de fait un statisticien ne peux se résoudre à finaliser un problème sur une seule réponse à une seule question.

L'attitude des Anglais de considérer que le Brexit s'impose à eux pour 50 % plus epsilon, est pour une pensée logique, insensée. La réalité, c'est à dire la complexité doit s'imposer ce qu'Edgar Morin décline en, "ce qui ne peut se réduire à une idée simple".

N'importe qu'elle scientifique parlerait d' absurdité, ce que les anglais appelle a Palmerston Folly, du nom d'un premier ministre libéral Palmerston qui fit édifier des forts en pleine mer vers 1840 pour se prémunir contre une invasion française !
Quand affirmer que cette décision s'inscrit dans le domaine de la complexité au sens d'Edgar Morin c'est suggérer que la rationalité éprouve de la tolérance à l'égard des mystères de l'intelligence, page 156.
La vraie rationalité est profondément tolérante à l'égard des mystères.
P 156

Edgar Morin aux 140 livres a conservé un regard bienveillant sur l'auteure de Harry potter.
La raison est évolutive et va encore évoluer c'est là encore ouvrir un étonnant débat sur notre avenir, et ne parle t-il pas "de la préhistoire de la pensée" dans ses dernières observations..
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Nowowak
  13 juin 2020
Cette lecture titille mes besoins de cogitation. Une envie de me perdre dans les dédales de la pensée d'un cerveau (le mien) jamais au repos. le voilà l'insolent lévrier qui carbure au son de vaseuses explications philosophiques qui ne sont que les miennes et rougissent de la lecture de ceux qui ont compris ce que j'ai peine à deviner. Merci donc à Edgar Morin et à tous ceux qui éclairent le chemin. Malheureusement pour notre ego, ils montrent aussi la boue dans laquelle on marche. C'est exactement ce que disait Héraclite : "il y a de l'harmonie dans la dysharmonie, et vice versa."
* L'acceptation de la complexité, c'est l'acceptation d'une logique qui peut prendre différentes formes pour aller jusque la contradiction.
* Une méthode de réflexion qui respecte les valeurs de l'intelligence sous ses formes les plus utiles, les plus performantes, dans l'obtention d'un résultat probant ou pour d'autres personnes simplement le fait de se lever de son lit sans se casser la figure.
* se cache partout. Est-ce l'art d'observer puis d'accomplir des actes avec efficacité, d'aller d'un point A à un point B de la meilleure façon ? Une tendance à se rapprocher de la perfection sans jamais l'atteindre, une culture du "bien fait, vite fait". Parfois, c'est une manière d'arriver à ses fins de façon plaisante, d'allier l'envie au besoin.
* En partant toujours de l'observation, la logique s'appuie sur les connaissances, les informations, sa propre expérience et celle des autres. Elle s'élabore en utilisant une large panoplie : la déduction, la comparaison, le calcul des hypothèses, le jugement, le tri, le choix. C'est un raisonnement qui a pour but de décider quoi et comment faire.
* Dans l'absence d'éléments suffisants, de conseils et de repères, elle s'éloigne de l'imitation pour devenir invention. Elle est aidée par la créativité, l'imagination, l'instinct. Elle puise dans l'intelligence qui est n'est autre qu'une capacité à s'adapter aux situations nouvelles et inconnues.
* La logique est une béquille qui évite de boiter. Une attitude qui exclut l'immobilité et la contemplation si elles n'entrent pas un cadre actif de compréhension. C'est une arme qui cherche à prendre le contrôle sur les événements, à les diriger, à éviter la souffrance de celui qui subit et qui ne parvient qu'à un résultat médiocre s'il en est démuni.
* La logique n'emprunte pas toujours les chemins de la bienveillance et de l'honnêteté. Quand elle veille à des intérêts personnels de façon prioritaire, en oubliant toute notion de partage, d'équité, de solidarité, de respect et autres vertus, elle devient une logique intentionnelle malsaine voire malade. Elle s'éloigne de la vérité pour se rapprocher de la plénitude. Une approche égoïste qui possède néanmoins ses codes et ses fonctions. Une attitude manipulatrice, oppressive, qui ne tient pas compte de l'impact sur les autres.
* D'arme de raisonnement, elle devient instrument de torture au service du mal. le bien ne représentant que le revers d'une médaille dédiée au bonheur d'une seule individualité. En son "âme et conscience", elle abuse de sa liberté pour tenter de l'accroître. le bien-être des autres lui est étranger car dans ce calcul l'autre n'est qu'un faire-valoir.
* Or la logique est logique si elle fait preuve d'objectivité et de neutralité. le pathos et les sentiments la détournent du droit chemin.
* Ce texte que je viens d'écrire argumente sur un thème ancien sans références philosophiques. Il n'a pas pioché dans les lectures salutaires de Kant, Hegel, Russell, Deleuze et d'autres sages qui se sont penchés bien plus longuement sur le sujet. Il est donc incomplet. Il sera peut-être modifié, amélioré. Vouloir bien grandir, voilà quelque chose de logique.
* Si j'avais été logique dans ma démarche d'écriture, j'aurais lu cette phrase essentielle d'Edgar Morin : "Nous demandons à la pensée qu'elle dissipe les brouillards et les obscurités, qu'elle mette de l'ordre et de la clarté dans le réel, qu'elle révèle les lois qui le gouvernent. le mot de complexité, lui, ne peut qu'exprimer notre embarras, notre confusion, notre incapacité à définir de façon simple, à nommer de façon claire, à ordonner nos idées. Sa définition première ne peut fournir aucune élucidation: est complexe ce qui ne peut se résumer en un maître mot, ce qui ne peut se ramener à une loi ni se réduire à une idée simple. La complexité est un mot problème et non un mot solution." Seulement cette pensée est tellement parfaite pour ma compréhension que je n'aurais rien pu ajouter.
* Ne rien savoir est une logique qui ignore la logique et par voie de conséquence peut, sous un certain angle, être considérée comme une logique très logique. Pourquoi ? Parce que si la logique n'est de plus agir quand d'autres ont mieux agi, les jours de l'humanité seraient comptés. La logique accepte l'oubli, l'erreur, la maladresse car tout n'est qu'éternellement recommencé. Ce n'est guère logiquemais n'est-ce pas ainsi que l'univers est conçu, en remplaçant la logique des morts par l'inconséquence des vivants ?
* Edgar Morin l'écrit : "Toute connaissance produit de l'ignorance et du mystère. (...) La lumière d'une allumette dans la nuit éclaire certes une zone, mais elle montre surtout l'obscurité du reste...". Chaque connaissance engendre la découverte de mille autres connaissances. Celui qui s'éloigne de la connaissance mène donc une quête logique en se débarrassant du poids de la théorie pour offrir au monde la fraîcheur du novice qui s'émerveille devant l'éclosion d'une fleur.
Nowowak
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IreneAdler
  29 janvier 2016
Il est loin, très loin des dogmes scientifiques qui prévalent (ou prévalaient ? Les articles du livre datent des années 1980).
Il nous explique très bien le problème des sciences aujourd'hui : elles n'ont pas de vision d'ensemble des phénomènes qu'elles étudient. Il donne l'exemple du cerveau : tandis que la biologie étudie les phénomènes neuronaux, la psychologie étudie le fonctionnement de la pensée. Or dans la réalité, les deux fonctionnent ensemble.
Ce qu'il rejette, c'est le découpage artificiel de la science, mais tellement accepté que chacun pense que le réel est ainsi découpé ; cela a permis de grandes découvertes, mais la science doit se réformer (ou se reformer). Morin voudrait quelque chose de très simple à énoncer, mais de très difficile et pour lui indispensable : la transdisciplinarité scientifique.
C'est un petit livre très intéressant et qui ouvre de grandes perspectives pour les sciences, si elles acceptent de s'ouvrir les unes aux autres. C'est un petit livre qui fait réfléchir, à conseiller à chaque étudiant voulant devenir chercheur.
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LLebrown
  21 mars 2019
Une critique un peu longue mais c'est difficile de faire court et complexe.
Dans le coin bleu, la simplicité avec ses armes redoutables que sont la disjonction, la réduction et l'unidimensionnalisation. Dans le coin rouge euh non plutôt vert ou orange… dans le coin arc-en-ciel, la pensée complexe et son légendaire combo disjonction/conjonction.
Edgar Morin, 97 ans, enlève son peignoir et vient introduire la pensée complexe via cette compilation de 6 articles et textes de colloques écrits majoritairement dans les années 80. J'ai volontairement passé la main sur l'article 2 « le dessin et le dessein complexe » et sur le 5 « la complexité et l'entreprise ». J'avais déjà lu le 4 qui était comme le 5 publié dans la revue Management France dont le nom ne m'inspirait guère.
Que dire. Peut-être que l'introduction nous indique que l'on se lance dans une aventure tout sauf… simple. En effet est complexe « ce qui ne peut se résumer en un maître mot, ce qui ne peut se ramener à une loi ni se réduire à une idée simple. » Cette introduction se confronte donc au problème d'envisager la complexité de façon non simplifiante… tout en se voulant abordable. En cela, Edgar Morin a recours à des processus d'explications simples qui, il l'explique, ne sont pas exclus du processus de pensée complexe. Il a aussi recours à des mots « compliqués », ces concepts, qui peuvent nous inciter à jeter l'éponge. Je pense notamment aux trois principes de la pensée complexe tels que définis dans l'article 3 « paradigme de la complexité » à savoir le principe dialogique, la récursion organisationnelle et le principe hologrammatique. Ce ne sont pas les passages les plus inspirants.
J'ai surtout retenu cette idée sur laquelle Morin insiste : la complexité n'est pas la complétude. Il s'appuie et s'inspire d'Adorno qu'il cite à plusieurs reprises « La totalité est la non-vérité ». Ainsi appréhender la complexité d'un objet ou d'une situation n'implique pas d'en avoir une connaissance totale mais bien de tenter d'en avoir une vision non parcellaire afin d'éviter de construire une pensée mutilante. Pour Morin, la parcellisation de la connaissance (séparer les sciences des sciences humaines à l'université par exemple) a participé à faire progresser l'erreur et l'ignorance en même tant que la connaissance. « L'erreur n'est pas dans l'erreur mais dans le mode d'organisation de notre savoir en système d'idées » mais aussi de « l'organisation de notre connaissance, incapable de reconnaître et d'appréhender la complexité du réel. » On ne peut qu'être d'accord.
J'ai aussi adhéré au principe du méta-point de vue qui invite l'observateur à s'intégrer dans l'observation, cela semble évident une fois dit, et à l'idée que la littérature, notamment le roman, est souvent d'un grand secours quand il s'agit de traiter la complexité du sujet (« celui qui occupe le site du « je »). Il prêche un convaincu mais quand ce sera mon tour de prêcher des non-convaincus, j'aurais Morin avec moi.
Une phrase m'a cependant interpellé : « J'étais (je me considère) gauchiste et droitier. » Il s'explique en disant être attaché à la liberté (en cela, il se dit « droitier ») et en même temps, il pense que les rapports humains et sociaux devraient changer en profondeur (son côté « gauchiste »). On peut comprendre ce positionnement mais cette politique du « ni-ni » (ou du « et-et », on est pas loin du « yéyé » mot qu'il aurait inventé) prête parfois à confusion. Je me suis parfois demandé si cette invitation à la pensée complexe ne nous accompagnait pas vers une pensée un peu tiède et molle, une pensée qui nous dispenserait de prendre position et dire non. Edgar Morin a prouvé durant sa carrière qu'il était un intellectuel qui était cependant capable de s'engager, on pense notamment à sa participation à la tribune « Israël/Palestine : le cancer » qui l'a rapidement classé comme « mauvais juif » auprès des défenseurs aveugles de l'Etat d'Israël. Pas si simple de classer Morin.
Au final, je dirai que ce petit livre permet de mettre au clair ce que l'on entend par complexité. En cela, il porte bien son nom. « Introduction à la pensée complexe » aurait pu s'appeler aussi « Invitation à la pensée complexe » car plus qu'une méthode, il donne l'envie de boxer avec notre propre rapport à la complexité, à la rationnalisation et à la simplification. Et ça, c'est pas rien les amis. Ding, ding, round 2 !
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Arthemyce
  17 janvier 2019
Bien malin celui qui réussirait à résumer la pensée complexe dans une critique, là où l'auteur, penseur, aura déjà réussi la prouesse d'en restituer, avec une clarté magistrale et dans un format court et accessible, la substantifique moelle.
Ce livre, à l'heure actuelle, est le plus essentiel qu'il m'ait été donné de lire.
Je ne saurai que trop le conseiller : à ceux qui doutent et tiennent compte des details et intéractions, pour les conforter dans cette habitude saine ; à ceux qui ne doutent jamais, pour qu'ils prennent conscience de la vacuité des certitudes.
La pensée complexe, c'est le dépassement de ces paradigmes contraires que sont le « holisme » et le « réductionnisme », pour penser le « tout » et la « partie » sans réduire l'un à l'autre ou l'autre à l'un. C'est aussi considérer les antagonismes comme à la fois fondamentaux et inextricables, à l'instar d'une cellule (système) qui est en même temps un milieu fermé et ouvert sur l'extérieur (éco-système), en état d'équilibre sous-tendu par une dynamique résultant du déséquilibre système/éco-système.
C'est encore l'acceptation, par la mécanique, infinie, d'approfondissement récursif, de l'incomplétude ; dont le corolaire trivial affirme que « la totalité est non-vérité ».
La réflexion de Morin donne le vertige. Il s'agit véritablement d'une révolution paradigmatique qui changera votre regard sur le monde à tout jamais.

P.S. : Il peut être nécessaire d'avoir une certaine culture en Sciences (Physique notamment, Biologie un peu - niveau Terminale S) et en épistémologie pour bien appréhender d'une part les exemples mais surtout l'impact des révolutions paradigmatiques (Relativisme, Méca. Quantique).
La première moitié du 2nd chapitre est un peu ardue, mais c'est la seule, le reste est globalement accessible même si évidemment ce n'est pas un roman de gare.
Si j'avais pu, une étoile en plus.
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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
enkidu_enkidu_   08 août 2016
Il y a une telle complexité dans l'univers, il est apparu une telle série de contradictions que certains scientifiques croient dépasser cette contradiction, dans ce qu'on peut appeler une nouvelle métaphysique. Ces nouveaux métaphysiciens cherchent dans les mystiques, notamment extrêmes-orientales, et notamment bouddhistes, l'expérience du vide qui est tout et du tout qui n'est rien. Ils perçoivent là une sorte d'unité fondamentale, où tout est relié, tout est harmonie, en quelque sorte, et ils ont une vision réconciliée, je dirais euphorique, du monde.

Ce faisant, ils échappent à mon avis à la complexité. Pourquoi ? Parce que la complexité est là où l'on ne peut surmonter une contradiction voire une tragédie. Sous certains aspects, la physique actuelle découvre que quelque chose échappe au temps et à l'espace, mais cela n'annule pas le fait qu'en même temps nous sommes incontestablement dans le temps et dans l'espace.

On ne peut réconcilier ces deux idées. Devons-nous les accepter telles quelles ? L'acceptation de la complexité, c'est l'acceptation d'une contradiction, et l'idée que l'on ne peut pas escamoter les contradictions dans une vision euphorique du monde.

Bien entendu, notre monde comporte de l'harmonie, mais cette harmonie est liée à de la dysharmonie. C'est exactement ce que disait Héraclite : il y a de l'harmonie dans la dysharmonie, et vice versa. (pp. 86-87)
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blogocultureblogoculture   19 janvier 2011
Ainsi, le concept d’information présente de grandes lacunes et de grandes incertitudes. Cela est une raison, non pour le rejeter, mais pour l’approfondir. Il y a, sous ce concept, une richesse énorme, sous-jacente, qui voudrait prendre forme et corps. Cela est, évidemment, aux antipodes de l’idéologie “informationnelle” qui réifie l’information, la substantialise, en fait une entité de même nature que la matière et l’énergie, en somme fait régresser le concept sur les positions qu’il a pour fonction de dépasser. C’est donc dire que l’information n’est pas un concept-terminus, c’est un concept point de départ. Il ne nous révèle qu’un aspect limité et superficiel d’un phénomène à la fois radical et polyscopique, inséparable de l’organisation.
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enkidu_enkidu_   08 août 2016
A de nombreuses reprises, il m'est apparu qu'on avait de moi la vision d'un esprit se voulant synthétique, se voulant systématique, se voulant global, se voulant intégratif, se voulant unifiant, se voulant affirmatif et se voulant suffisant. On a l'impression que je suis quelqu'un qui a élaboré un paradigme qu'il sort de sa poche en disant : « Voilà ce qu'il faut adorer, et brûlez les anciennes tables de la Loi. » Ainsi, à plusieurs reprises, on m'a attribué la conception d'une complexité parfaite que j'opposerai à la simplification absolue. Or, l'idée même de complexité comporte en elle l'impossibilité d'unifier, l'impossibilité d'achèvement, une part d'incertitude, une part d'indécidabilité et la reconnaissance du tête-à-tête final avec l'indicible. Cela ne veut pas dire pour autant que la complexité dont je parle se confond avec le relativisme absolu, le scepticisme du type Feyerabend.

Si je commence par m'auto-analyser, il y a en moi une tension soit pathétique, soit ridicule entre deux pulsions intellectuelles contraires. C'est, d'une part, l'effort infatigable pour articuler les savoirs dispersés, l'effort vers le remembrement et, d'autre part, en même temps, le contre-mouvement qui détruit cela. À de nombreuses reprises, et depuis très longtemps, j'ai cité cette phrase d'Adorno, que je re-cite en préface à Science avec conscience : « La totalité est la non-vérité », parole merveilleuse venant de quelqu'un qui s'est formé évidemment dans la pensée hegelienne, c'est-à-dire mû par l'aspiration à la totalité. (p. 127)
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enkidu_enkidu_   07 août 2016
Le sujet est renvoyé, comme perturbation ou bruit, précisément parce qu'il est indescriptible selon les critères de l'objectivisme : « Il n'y a rien dans nos théories présentes de la pensée qui nous permette de distinguer logiquement entre un objet comme une pierre et un sujet comme unité de conscience, lequel nous apparaît seulement comme un pseudo-objet si nous le logeons dans le corps d'un animal ou humain et l'appelons Ego. » Le sujet devient fantôme de l'univers objectif : c'est le « mystérieux X qui défie la description en termes de prédicats applicables à quelque objet contenu dans l'univers ».

Mais chassé de la science, le sujet prend sa revanche dans la morale, la métaphysique, l'idéologie. Idéologiquement, il est le support de l'humanisme, religion de l'homme considéré comme le sujet régnant ou devant régner sur un monde d'objets (à posséder, manipuler, transformer). Moralement, c'est le siège indispensable de toute éthique. Métaphysiquement, c'est la réalité ultime ou première qui renvoie l'objet comme un pâle fantôme ou, au mieux, un lamentable miroir des structures de notre entendement.

De tous ces côtés, glorieusement ou honteusement, implicitement ou ouvertement, le sujet a été transcendantalisé. Exclue du monde objectif, « la subjectivité ou conscience (a été identifiée) avec le concept d'un transcendantal qui arrive de l'Au-delà » (Gunther). Roi de l'univers, hôte de l'univers, le sujet se déploie donc dans le royaume non occupé par la science. À l'élimination positiviste du sujet, répond, à l'autre pôle, l'élimination métaphysique de l'objet ; le monde objectif se dissout dans le sujet qui le pense. Descartes est le premier à avoir fait surgir dans toute sa radicalité cette dualité qui allait marquer l'Occident moderne, posant alternativement l'univers objectif de la res extensa, ouvert à la science, et le cogito subjectif irrésistible, irréductible premier principe de réalité.

Depuis, effectivement, la dualité de l'objet et du sujet se pose en termes de disjonction, de répulsion, d'annulation réciproque. La rencontre entre sujet et objet annule toujours l'un des deux termes : ou bien le sujet devient « bruit » (noise), non-sens, ou bien c'est l'objet, à la limite le monde, qui devient « bruit » : qu'importe le monde « objectif » pour qui entend l'impératif catégorique de la loi morale (Kant), pour qui vit le tremblement existentiel de l'angoisse et de la quête (Kierkegaard). (pp. 55-56)
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enkidu_enkidu_   07 août 2016
Nous vivons sous l'empire des principes de disjonction, de réduction et d'abstraction dont l'ensemble constitue ce que j'appelle le « paradigme de simplification ». Descartes a formulé ce paradigme maître d'Occident, en disjoignant le sujet pensant (ego cogitans) et la chose étendue (res extensa), c'est-à-dire philosophie et science, et en posant comme principe de vérité les idées « claires et distinctes », c'est-à-dire la pensée disjonctive elle-même. Ce paradigme, qui contrôle l'aventure de la pensée occidentale depuis le xviie siècle, a sans doute permis les très grands progrès de la connaissance scientifique et de la réflexion philosophique ; ses conséquences nocives ultimes ne commencent à se révéler qu'au xxe siècle.

Une telle disjonction, raréfiant les communications entre la connaissance scientifique et la réflexion philosophique, devait finalement priver la science de toute possibilité de se connaître, de se réfléchir, et même de se concevoir scientifiquement elle-même (...) la pensée simplifiante est incapable de concevoir la conjonction de l'un et du multiple (uniras multiplex) (...) ainsi, on arrive à l'intelligence aveugle. L'intelligence aveugle détruit les ensembles et les totalités, elle isole tous ses objets de leur environnement. Elle ne peut concevoir le lien inséparable entre l'observateur et la chose observée. Les réalités clés sont désintégrées. Elles passent entre les fentes qui séparent les disciplines. Les disciplines des sciences humaines n'ont plus besoin de la notion d'homme. Et les pédants aveugles en concluent que l'homme n'a pas d'existence, sinon illusoire. Tandis que les media produisent la basse crétinisation, l'Université produit la haute crétinisation. La méthodologie dominante produit un obscurantisme accru, puisqu'il n'y a plus d'association entre les éléments disjoints du savoir, plus de possibilité de les engrammer et de les réfléchir.
(...)
Malheureusement, la vision mutilante et unidimensionnelle, se paie cruellement dans les phénomènes humains : la mutilation tranche dans les chairs, verse le sang, répand la souffrance. L'incapacité de concevoir la complexité de la réalité anthropo-sociale, dans sa micro-dimension (l'être individuel) et dans sa macro-dimension (l'ensemble planétaire de l'humanité), a conduit à d'infinies tragédies et nous conduit à la tragédie suprême. (pp. 18-21)
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