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ISBN : B00OPM8ALA
Éditeur : (30/11/-1)

Note moyenne : 4.32/5 (sur 61 notes)
Résumé :
"Lorsque le notaire Lebel lit aux jumeaux Jeanne et Simon le testament de leur mère Nawal, il réveille en eux l’incertaine histoire de leur naissance : qui fut leur père, et par quelle odysée ont-ils vu le jour loin du pays d’origine de leur mère ? En remettant à chacun une enveloppe, destinée l’une à ce père qu’ils croyaient mort et l’autre à leur frère dont ils ignoraient l’existence, il fait bouger les continents de leur douleur : dans le livre des heures de cett... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  24 janvier 2018
Oedipe au Liban. Oedipe sur les routes de Sabra et Chatila.
La quête impitoyable d'une filiation maudite.
Jeanne et Simon, les deux enfants de Nawal Marwan, morte mutique et close sur son secret, pour donner au corps de leur mère une sépulture digne et un repos qu'elle n'a jamais trouvé, remontent le fil du temps, reviennent mettre leurs pas dans ses pas.
Remonter la chaîne de la colère et de la haine pour la briser, enfin. Découvrir la vérité et l'horreur pour les dire et les conjurer, enfin.
De Montréal, dans le cabinet rassurant d'un notaire vaguement ridicule avec son langage imagé et approximatif , à un "pays natal " , qui ne dit pas son nom mais où on reconnaît le Liban si longtemps dechiré par des luttes fratricides-et pays natal de Wajdi Mouawad- Jeanne et Simon remontent à leur naissance, en quête d'un père et d'un frère que leur mère leur a toujours cachés.
De tableaux en tableaux où présent et passé se mêlent ou se côtoient , ces modernes enfants de Jocaste reconstituent le puzzle d'une famille tragique. Simon, le boxeur et Jeanne, la mathématicienne auront besoin l'un, de sa pugnacité, et l'autre, des mystères poétiques de la mathématique moderne, pour affronter et pour déchiffrer les vérités dérangeantes - 1+1 font -ils vraiment 2?- ou pour réussir l'impossible reconstitution de leur polygone familial à l'aide d'une " vision périphérique" incomplète ou inopérante.( j'ai découvert, grâce à Jeanne, la théorie des graphes et de la vision périphérique , mais ne suis pas sûre de pouvoir vous l'expliquer!)
Texte génial, à la fois subtil et violent, poétique et politique, éternel, mythique mais évidemment incarné, allusivement historique!
Je ne l'ai pas vu porté à la scène, mais j'ai vu au moins trois fois le formidable film de Denis Villeneuve qui en est l'adaptation.
Et pendant toute ma lecture de la pièce , la "femme qui chante" avait les traits de la superbe Lubna Azabal.
Il faut lire ce grand texte théâtral contemporain... et voir ce film qui l'adapte à l'écran sans le trahir.
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TheWind
  30 avril 2018
C'est grâce à ma fille que j'ai découvert cette pièce de théâtre. Elle l'a étudiée en classe, l'a beaucoup aimée et m'a conseillé de la lire.
C'est en effet une très belle pièce. Il s'en dégage une atmosphère forte en intensité dramatique.

L'auteur Wajdi Mouawad, comme il l'explique dans la préface, a écrit cette pièce en s'inspirant du jeu et des envies des comédiens. Au fur et à mesure des répétitions, il écrivait le texte, influencé par la personnalité de chacun. Cela peut paraître surprenant mais pas tant que cela finalement. Certains auteurs de cinéma écrivent bien des scénarii en s'inspirant de la personnalité des acteurs déjà choisis.
Si le texte s'en trouve enrichi, il ne faut cependant pas négliger l'influence de l'expérience propre de Wadji Mouawad, homme de théâtre québécois, qui a dû quitté son pays natal, le Liban, à l'âge de dix ans. La guerre civile y faisait alors rage.

En faisant quelques recherches sur Internet, je me suis aperçue que cette pièce avait également été adaptée au cinéma et que le film avait reçu de nombreuses récompenses.
Ce qui n'est guère étonnant au vu du caractère poignant de l'histoire que nous raconte Wajdi Mouwad.

Cette histoire repose bien évidemment sur la terrible répression subie par les habitants lors de la guerre civile au Liban mais prend toute son essence dans la tragédie grecque. Je ne vous dirai pas de quels personnages de mythologie elle s'inspire car cela dévoilerait l'intrigue finale.

Deux fils de narration composent cette pièce. On suit tout d'abord Jeanne et Simon. Leur mère, Nawal, vient de mourir et leur lègue un testament des plus surprenants. Par les dernières volontés de Nawal, ils apprennent que leur père qu'il croyait mort est bien vivant et qu'ils ont un frère dont ils ignoraient l'existence. S'ensuit une quête à la recherche de leur père et de leur frère qu'il les mènera jusqu'au Liban.
Le deuxième fil de narration nous transpose bien des années auparavant alors que Nawal n'est qu'une jeune fille que l'on suivra ainsi jusqu'à ses soixante ans, ce qui permet de dévoiler au lecteur/spectateur les différents éléments de réponse aux interrogations de Jeanne et Simon.

Cette composition renforce bien sûr le côté tragique et intense de l'histoire, chaque époque se renvoyant l'une à l'autre. Les personnages des deux époques se croisent, s'interpellent dans une sorte d'intemporalité qui crée de l'angoisse. Les dialogues se percutent, se fracassent, se révèlent les uns aux autres pour finalement se rejoindre, ne faire plus qu'un lorsque vient l'heure de la révélation des secrets...
Toutes les vérités sont dites. le rideau peut alors se fermer.
Et le spectateur, encore abasourdi, d'applaudir.
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Meps
  29 avril 2018
J'ai découvert Wajdi Mouawad en lisant son roman Anima, puis en découvrant qu'il était aussi auteur de théâtre, j'ai eu envie de lire Littoral (premier tome de la tétralogie le temps des promesses), puis envie de le voir adapté sur scène (Assoiffés d'abord, puis Littoral, au festival d'Avignon 2017) puis de lire Assoiffés après en avoir vu l'adaptation.
Ce parcours de découverte m'amène tout naturellement à Incendies, le tome 2 du temps des promesses. Comme le dit si bien Mouawad en introduction de la pièce, il ne s'agit pas d'une suite narrative mais d'une reprise de la reflexion autour de la question des origines.
A lire les premières pages pourtant, on sent la filiation narrative avec Littoral. Les débuts se ressemblent comme vus à travers des miroirs déformants, un sentiment de déjà lu qui fait presque peur, peur qu'on soit dans une redite et que le si talentueux Mouawad soit dans une forme de ressassement, ressassement d'une douleur qu'il a lui même vécu dans l'exil.
Et puis l'histoire se déroule et on voit comment il arrive à rendre les choses tout à la fois différentes et semblables. Les circonstances sont presque les mêmes, les protagonistes non. Leurs réactions divergent, la recherche de l'identité passe comme dans Littoral par un retour au pays des origines, par une confrontation à l'autre pour se connaitre mieux soi-même et apprendre qui l'on est réellement.
Ce que l'on y apprend est tragique, lourd, terrible. Lire Mouawad n'est pas un moment de détente et de rire garanti (même si l'humour est malgré tout présent au milieu du désastre). Lire Mouawad c'est se confronter à l'humain dans ce qu'il a de plus noir, et en ressortir malgré tout plus vivant.
C'est être bouleversé dans ses certitudes même quand on croyait avoir tout compris. C'est se retrouver face à l'invraisemblable et se rendre compte qu'il peut tout à fait être le réel. C'est voir une fiction tenter de se rapprocher d'une réalité par le biais de l'inenvisageable.
Bref,c'est une expérience de lecteur (et je l'espère un jour de spectateur... voire d'interprète...) assez indéfinissable que j'ai tenté de vous faire ici partager sans rien dévoiler.
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Cielvariable
  27 avril 2018
Pièce à la fois émouvante, dérangeante et déroutante, extrêmement bien ficelée et bien écrite. C'est l'histoire de jumeaux, Simon et Jeanne, qui font des recherches pour trouver leur père et leur frère. Puis, ça devient une véritable histoire d'horreur : violence, mort, viols, guerre, etc. L'histoire alterne entre le présent des personnages et le passé de leur mère dont ils cherchent à percer le secret.
Cette pièce est très poignante, très émouvante, la révélation finale est une chute vertigineuse.
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Errant
  23 juillet 2017
Un peu perdu au début, peut-être parce que je ne lis jamais de pièce de théâtre, j'ai été globalement estomaqué par la puissance d'évocation de ce texte. Comme dénonciation de la violence guerrière tellement imprégnée dans les moeurs qu'on en oublie l'origine réelle du conflit, j'ai rarement, sinon jamais, lu mieux. S'y mêle une histoire des plus tordues dont je ne vois pas vraiment l'utilité mais si l'auteur choisit un effet de toge ça le regarde puisque cela ne gâche en rien le plaisir de la lecture. J'ai trouvé le personnage de Simon mal dégrossi, quais caricatural en fait, mais c'est une bien petite réserve. La pièce de théâtre et le film ont connu pas mal de succès; avec un texte d'une telle force, le contraire aurait été surprenant!
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
michfredmichfred   24 janvier 2018
Les gens qui m'ont vu grandir m'ont toujours dit que cet objet était une trace de mes origines, de ma dignité en quelque sorte, puisque, d'après l'histoire, il m'a été donné par ma mère. Un petit nez rouge. Un petit nez de clown. Qu'est-ce que ça veut dire? Ma dignité à moi est une grimace laissée par celle qui m'a donné la vie. Cette grimace ne m'a jamais quitté. Laissez-moi la porter alors et vous chanter une chanson de mon cru, pour sauver la dignité du terrifiant petit ennui.
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TheWindTheWind   30 avril 2018
NAWAL : Un jour de plus où je l'aurai dans mes bras. Swada, je regarde le soleil et je me dis qu'il regarde le même soleil. Un oiseau passe dans le ciel, il regarde peut-être le même oiseau. Un nuage au loin, je me dis qu'il est au-dessus de lui, qu'il court pour se protéger de la pluie. À chaque instant je pense à lui et chaque instant est comme une promesse de mon amour pour lui.
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CielvariableCielvariable   27 avril 2018
Il y a deux jours, les miliciens ont pendu trois adolescents réfugiés qui se sont aventurés en dehors des camps. Pourquoi les miliciens ont-ils pendu les trois adolescents? Parce que deux réfugiés du camp avaient violé et tué une fille du village de Kfar Samira. Pourquoi ces deux types ont-ils violé cette fille? Parce que les miliciens avaient lapidé une famille de réfugiés. Pourquoi les miliciens l'ont-ils lapidée? Parce que les réfugiés avaient brûlé une maison près de la colline du thym. Pourquoi les réfugiés ont-ils brûlé la maison? Pour se venger des miliciens qui avaient détruit un puits d'eau foré par eux. Pourquoi les miliciens ont détruit le puits? Parce que les réfugiés avaient brûlé une récolte du côté du fleuve au chien. Pourquoi ont-ils brûlé la récolte? Il y a certainement une raison, ma mémoire s'arrête là, je ne peux pas monter plus haut, mais l'histoire peut se poursuivre encore longtemps, de fil en aiguille, de colère en colère, de peine en tristesse, de viol en meurtre, jusqu'au début du monde.
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MepsMeps   29 avril 2018
Ecoute ce que je te dis: le sang est sur nous et dans une situation pareille, les souffrances d'une mère comptent moins que la terrible machine qui nous broie. La douleur de cette femme, ta douleur, la mienne, celle de tous ceux qui sont morts cette nuit ne sont plus un scandale, mais une addition, une addition monstrueuse qu'on ne peut calculer.
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CielvariableCielvariable   27 avril 2018
JIHANE. Cet enfant ne te regarde pas, Nawal.

NAWAL. Il est dans mon ventre.

JIHANE. Oublie ton ventre! Cet enfant ne te regarde pas. Ne regarde pas ta famille, ne regarde pas ta mère, ne regarde pas ta vie.

NAWAL. Je mets ma main là, je vois déjà son visage.

JIHANE. Ce que tu vois ne compte pas! Cet enfant ne te regarde pas. Il n'existe pas. Il n'est pas là.

NAWAL. Elhame me l'a dit. Elle m'a dit "Tu portes un enfant".

JIHANE. Elhame n'est pas ta mère.

NAWAL. Elle me l'a dit.

JIHANE. Peut importe ce qu'a pu te dire Elhame. Cet enfant n'existe pas.

NAWAL. Et quand il sera là?

JIHANE. Il n'existera pas.

NAWAL. Je ne comprends pas.

JIHANE. Sèche tes larmes!

NAWAL. C'est toi qui pleures!

JIHANE. Ce n'est pas moi qui pleure, c'est toute ta vie qui coule.
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Wajdi Mouawad raconte la légende de l'oiseau amphibie sur France Culture.
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