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ISBN : 2742743731
Éditeur : Actes Sud (07/07/2003)

Note moyenne : 4.39/5 (sur 354 notes)
Résumé :
Lorsque le notaire Lebel fait aux jumeux Jeanne et Simon Marwan la lecture du testament de leur mère Nawal, il réveille en eux l'incertaine histoire de leur naissance : qui donc fut leur père, et par quelle odyssée ont-ils vu le jour loin du pays d'origine de leur mère? En remettant à chacun une enveloppe, destinées l'une à ce père qu'ils croyaient mort et l'autre à leur frère dont ils ignoraient l'existence, il fait bouger les continents de leur douleur : dans le l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (71) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  24 janvier 2018
Oedipe au Liban. Oedipe sur les routes de Sabra et Chatila.
La quête impitoyable d'une filiation maudite.
Jeanne et Simon, les deux enfants de Nawal Marwan, morte mutique et close sur son secret, pour donner au corps de leur mère une sépulture digne et un repos qu'elle n'a jamais trouvé, remontent le fil du temps, reviennent mettre leurs pas dans ses pas.
Remonter la chaîne de la colère et de la haine pour la briser, enfin. Découvrir la vérité et l'horreur pour les dire et les conjurer, enfin.
De Montréal, dans le cabinet rassurant d'un notaire vaguement ridicule avec son langage imagé et approximatif , à un "pays natal " , qui ne dit pas son nom mais où on reconnaît le Liban si longtemps dechiré par des luttes fratricides-et pays natal de Wajdi Mouawad- Jeanne et Simon remontent à leur naissance, en quête d'un père et d'un frère que leur mère leur a toujours cachés.
De tableaux en tableaux où présent et passé se mêlent ou se côtoient , ces modernes enfants de Jocaste reconstituent le puzzle d'une famille tragique. Simon, le boxeur et Jeanne, la mathématicienne auront besoin l'un, de sa pugnacité, et l'autre, des mystères poétiques de la mathématique moderne, pour affronter et pour déchiffrer les vérités dérangeantes - 1+1 font -ils vraiment 2?- ou pour réussir l'impossible reconstitution de leur polygone familial à l'aide d'une " vision périphérique" incomplète ou inopérante.( j'ai découvert, grâce à Jeanne, la théorie des graphes et de la vision périphérique , mais ne suis pas sûre de pouvoir vous l'expliquer!)
Texte génial, à la fois subtil et violent, poétique et politique, éternel, mythique mais évidemment incarné, allusivement historique!
Je ne l'ai pas vu porté à la scène, mais j'ai vu au moins trois fois le formidable film de Denis Villeneuve qui en est l'adaptation.
Et pendant toute ma lecture de la pièce , la "femme qui chante" avait les traits de la superbe Lubna Azabal.
Il faut lire ce grand texte théâtral contemporain... et voir ce film qui l'adapte à l'écran sans le trahir.
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TheWind
  30 avril 2018
C'est grâce à ma fille que j'ai découvert cette pièce de théâtre. Elle l'a étudiée en classe, l'a beaucoup aimée et m'a conseillé de la lire.
C'est en effet une très belle pièce. Il s'en dégage une atmosphère forte en intensité dramatique.

L'auteur Wajdi Mouawad, comme il l'explique dans la préface, a écrit cette pièce en s'inspirant du jeu et des envies des comédiens. Au fur et à mesure des répétitions, il écrivait le texte, influencé par la personnalité de chacun. Cela peut paraître surprenant mais pas tant que cela finalement. Certains auteurs de cinéma écrivent bien des scénarii en s'inspirant de la personnalité des acteurs déjà choisis.
Si le texte s'en trouve enrichi, il ne faut cependant pas négliger l'influence de l'expérience propre de Wadji Mouawad, homme de théâtre québécois, qui a dû quitté son pays natal, le Liban, à l'âge de dix ans. La guerre civile y faisait alors rage.

En faisant quelques recherches sur Internet, je me suis aperçue que cette pièce avait également été adaptée au cinéma et que le film avait reçu de nombreuses récompenses.
Ce qui n'est guère étonnant au vu du caractère poignant de l'histoire que nous raconte Wajdi Mouwad.

Cette histoire repose bien évidemment sur la terrible répression subie par les habitants lors de la guerre civile au Liban mais prend toute son essence dans la tragédie grecque. Je ne vous dirai pas de quels personnages de mythologie elle s'inspire car cela dévoilerait l'intrigue finale.

Deux fils de narration composent cette pièce. On suit tout d'abord Jeanne et Simon. Leur mère, Nawal, vient de mourir et leur lègue un testament des plus surprenants. Par les dernières volontés de Nawal, ils apprennent que leur père qu'il croyait mort est bien vivant et qu'ils ont un frère dont ils ignoraient l'existence. S'ensuit une quête à la recherche de leur père et de leur frère qu'il les mènera jusqu'au Liban.
Le deuxième fil de narration nous transpose bien des années auparavant alors que Nawal n'est qu'une jeune fille que l'on suivra ainsi jusqu'à ses soixante ans, ce qui permet de dévoiler au lecteur/spectateur les différents éléments de réponse aux interrogations de Jeanne et Simon.

Cette composition renforce bien sûr le côté tragique et intense de l'histoire, chaque époque se renvoyant l'une à l'autre. Les personnages des deux époques se croisent, s'interpellent dans une sorte d'intemporalité qui crée de l'angoisse. Les dialogues se percutent, se fracassent, se révèlent les uns aux autres pour finalement se rejoindre, ne faire plus qu'un lorsque vient l'heure de la révélation des secrets...
Toutes les vérités sont dites. le rideau peut alors se fermer.
Et le spectateur, encore abasourdi, d'applaudir.
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Sando
  17 août 2015
A la mort de leur mère, Simon et Jeanne, des jumeaux âgés de 22 ans, découvrent que cette dernière leur a caché l'existence de leur père, qu'ils croyaient mort depuis longtemps ainsi que celle d'un frère aîné. Afin de répondre aux dernières volontés de Nawal, Simon est chargé par le notaire de remettre une lettre à leur frère tandis que Jeanne se voit confier une lettre pour leur père. Si le jeune homme laisse éclater sa colère face à cette demande incongrue, sa soeur en revanche voit dans cette requête l'occasion de lever le voile sur le passé obscur de cette mère secrète et tourmentée et ainsi de remonter aux sources de leurs origines. du Québec au Liban, le voyage s'avèrera riche en surprises et en révélations. Une quête d'identité menée tambour battant, qui pourrait bien changer l'avenir des jumeaux à jamais…

J'avais été marquée il y a quelques années par l'adaptation cinématographique de la pièce de Wajdi Mouawad par Denis Villeneuve. L'histoire, terriblement sombre et glauque, m'avait vraiment perturbée à l'époque et je dois dire qu'en lisant cette fois la pièce d'origine je me suis de nouveau retrouvée imbibée par ce malaise et cette tension ambiants. N'ayant pas l'habitude de lire des pièces de théâtre, contemporaines du moins, je ne m'attendais pas à subir un choc aussi violent à la lecture de celle-ci…
Dès les premières phrases, je me suis trouvée emportée par la beauté et la puissance de l'écriture. Sa justesse et son souffle dramatique m'ont donné des frissons, rendant les personnages terriblement vivants et l'histoire encore plus terrible. Wajdi Mouawad, à travers le récit de cette tragédie familiale, nous fait naviguer entre passé et présent et c'est pour lui l'occasion d'explorer et de mettre à jour les souffrances d'un pays déchiré, défiguré par les guerres et par la haine et d'où l'espoir a déserté. Les secrets sont déterrés au fur et à mesure, révélant leur horreur dans un final époustouflant et extrêmement intense. « Incendie », qui est le deuxième volet d'une tétralogie, est un texte brillant et percutant et restera l'une des lectures fortes de cette année 2015. A découvrir absolument !

Challenge Variétés : Une pièce de théâtre
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Bruidelo
  20 janvier 2019
J'aime les textes riches avec des mélanges étonnants, remuants, et avec Incendies, je suis servie! Tout s'y mêle, l'Histoire, le mythologique, l'intime, le présent et le passé, la haine et l'amour... Wajdi Mouawad réussit à évoquer les horreurs bien réelles de la guerre du Liban en s'affranchissant de la pesanteur de l'anecdotique, dans une tragédie moderne où l'histoire d'amour fait penser à Roméo et Juliette, où le recours à la mythologie grecque nous fait ressentir à quel point la guerre est folie.
Embringués dans le vertige des engrenages, sangs, beauté, horreur mêlés, dans le grand jeu du balancier d'amour et haine, on apprend qu'1 + 1 ne font pas toujours 2, on suit Jeanne et Simon dans leur quête, on découvre la femme qui chante, qui malgré l'effroyable continue à se demander comment, dans l'escalade monstrueuse et démente de la violence, tenir la belle promesse, sortir de la haine, comment « Ne haïr personne, jamais, la tête dans les étoiles, toujours ».
Wajdi Mouawad, tout en faisant preuve d'une « volonté têtue d'interroger sur scène les brutalités du monde contemporain, tel qu'il a été façonné par la violence démesurément meurtrière des guerres qui ont émaillé le long XXème siècle », veut tenter de trouver, derrière la dune la plus sombre, la source de beauté, et c'est fort, émouvant, poignant.
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Meps
  29 avril 2018
J'ai découvert Wajdi Mouawad en lisant son roman Anima, puis en découvrant qu'il était aussi auteur de théâtre, j'ai eu envie de lire Littoral (premier tome de la tétralogie le temps des promesses), puis envie de le voir adapté sur scène (Assoiffés d'abord, puis Littoral, au festival d'Avignon 2017) puis de lire Assoiffés après en avoir vu l'adaptation.
Ce parcours de découverte m'amène tout naturellement à Incendies, le tome 2 du temps des promesses. Comme le dit si bien Mouawad en introduction de la pièce, il ne s'agit pas d'une suite narrative mais d'une reprise de la reflexion autour de la question des origines.
A lire les premières pages pourtant, on sent la filiation narrative avec Littoral. Les débuts se ressemblent comme vus à travers des miroirs déformants, un sentiment de déjà lu qui fait presque peur, peur qu'on soit dans une redite et que le si talentueux Mouawad soit dans une forme de ressassement, ressassement d'une douleur qu'il a lui même vécu dans l'exil.
Et puis l'histoire se déroule et on voit comment il arrive à rendre les choses tout à la fois différentes et semblables. Les circonstances sont presque les mêmes, les protagonistes non. Leurs réactions divergent, la recherche de l'identité passe comme dans Littoral par un retour au pays des origines, par une confrontation à l'autre pour se connaitre mieux soi-même et apprendre qui l'on est réellement.
Ce que l'on y apprend est tragique, lourd, terrible. Lire Mouawad n'est pas un moment de détente et de rire garanti (même si l'humour est malgré tout présent au milieu du désastre). Lire Mouawad c'est se confronter à l'humain dans ce qu'il a de plus noir, et en ressortir malgré tout plus vivant.
C'est être bouleversé dans ses certitudes même quand on croyait avoir tout compris. C'est se retrouver face à l'invraisemblable et se rendre compte qu'il peut tout à fait être le réel. C'est voir une fiction tenter de se rapprocher d'une réalité par le biais de l'inenvisageable.
Bref,c'est une expérience de lecteur (et je l'espère un jour de spectateur... voire d'interprète...) assez indéfinissable que j'ai tenté de vous faire ici partager sans rien dévoiler.
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Citations et extraits (70) Voir plus Ajouter une citation
books_and_stardustbooks_and_stardust   18 mai 2019
Ils disent: "Ici, la guerre ne nous rattrapera pas." Je réponds: "Elle nous rattrapera. La terre est blessée par un loup rouge qui la dévore."
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litolfflitolff   22 janvier 2013
Il y a deux jours, les miliciens ont pendu trois adolescents réfugiés qui se sont aventurés en dehors des camps. Pourquoi les miliciens ont-ils pendu les trois adolescents ? Parce-que deux réfugiés du camp avaient violé et tué une fille de Kfar Samira. Pourquoi ces deux types ont-ils violé cette fille ? Parce que les miliciens avaient lapidé une famille de réfugiés ? Pourquoi les miliciens l'ont-ils lapidée ? Parce que les réfugiés avaient brûlé une maison près de la colline du thym. Pourquoi les réfugiés ont-ils brûlé la maison ? Pour se venger des miliciens qui avaient détruit un puits d'eau foré par eux. Pourquoi les miliciens ont détruit le puits ? Parce que des réfugiés avaient brûlé une récolte du côté du fleuve au chien. Pourquoi ont-ils brûlé la récolte ? Il y a certainement une raison, ma mémoire s'arrête là, je ne peux pas monter plus haut, mais l'histoire peut se poursuivre encore longtemps, de fil en aiguille, de colère en colère, de peine en tristesse, de viol en meurtre, jusqu'au début du monde.
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KahlanAmnellKahlanAmnell   24 juin 2014
NAWAL. Simon,
Est-ce que tu pleures?
Si tu pleures ne sèche pas tes larmes
Car je ne sèche pas les miennes.
L'enfance est un couteau planté dans la gorge
Et tu as su le retirer.
À présent, il faut réapprendre à avaler sa salive.
C'est un geste parfois très courageux.
Avaler sa salive.
À présent, il faut reconstruire l'histoire.
L'histoire est en miettes.
Doucement
Consoler chaque morceau
Doucement
Guérir chaque souvenir
Doucement
Bercer chaque image.

Jeanne,
Est-ce que tu souris?
Si tu souris ne retiens pas ton rire
Car je ne retiens pas le mien.
C'est le rire de la colère
Celui des femmes marchant côte à côte

Je t'aurais appelée Sawda
Mais ce prénom encore dans son épellation
Dans chacune de ses lettres
Est une blessure béante au fond de mon coeur.
Souris, Jeanne, souris
Notre famille,
Les femmes de notre famille, nous sommes engluées dans la colère.
J'ai été en colère contre ma mère
Tout comme tu es en colère contre moi
Et tout comme ma mère fut en colère contre sa mère.
Il faut casser le fil,
Jeanne, Simon,
Où commence votre histoire?
À votre naissance?
Alors elle commence dans l'horreur.
À la naissance de votre père?
Alors c'est une grande histoire d'amour.
Mais en remontant plus loin,
Peut-être que l'on découvrira que cette histoire d'amour
Prend sa source dans le sang, le viol,
Et qu'à son tour,
Le sanguinaire et le violeur
Tient son origine dans l'amour.
Alors,
Lorsqu'on vous demandera votre histoire,
Dites que votre histoire, son origine,
Remonte au jour où une jeune fille
Revint à son village natal pour y graver le nom de sa grand-mère Nazira sur sa tombe.
Là commence l'histoire.
Jeanne, Simon,
Pourquoi ne pas vous avoir parlé?
Il y a des vérités qui ne peuvent être révélées qu'à la condition d'être découvertes.
Vous avez ouvert l'enveloppe, vous avez brisé le silence
Gravez mon nom sur la pierre
Et posez la pierre sur ma tombe.
Votre mère.
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michfredmichfred   24 janvier 2018
Les gens qui m'ont vu grandir m'ont toujours dit que cet objet était une trace de mes origines, de ma dignité en quelque sorte, puisque, d'après l'histoire, il m'a été donné par ma mère. Un petit nez rouge. Un petit nez de clown. Qu'est-ce que ça veut dire? Ma dignité à moi est une grimace laissée par celle qui m'a donné la vie. Cette grimace ne m'a jamais quitté. Laissez-moi la porter alors et vous chanter une chanson de mon cru, pour sauver la dignité du terrifiant petit ennui.
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KymchieKymchie   13 mai 2016
Je voulais te le dire. Je voulais te dire que cette nuit, mon coeur est plein d'amour, il va exploser. Partout on me dit que je t'aime trop ; moi, je ne sais pas ce que ça veut dire aimer trop, je ne sais pas ce que ça veut dire être loin de toi, je ne sais pas ce que ça veut dire quand tu n'es plus là. Je devrai réapprendre à vivre sans toi. Je comprends maintenant ce que tu as voulu dire quand tu m'as demandé : "Où serons-nous dans cinquante ans ?" Je ne sais pas. Mais partout où je serai, tu y seras. Nous rêvions de regarder l'océan ensemble. Eh bien, Nawal, je te le dis, je te le jure, le jour où je le verrai, le mot océan explosera dans ta tête et tu éclateras en sanglot car tu sauras alors que je pense à toi. Peu importe où je serai, nous serons ensemble. Il n'y a rien de plus beau que d'être ensemble.
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Videos de Wajdi Mouawad (35) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Wajdi Mouawad
Un spectacle de danse à voir jusqu?au 23 juin au Théâtre Montparnasse.
Le magazine s'associe à l'opération «Coups de théâtre» et propose toute la semaine des rencontres et des reportages sur le 6ème art. Au sommaire : Portrait du metteur en scène canadien Wajdi Mouawad. Dramaturge, écrivain et comédien, Wajdi Mouawad vient de prendre la direction du Théâtre de la Colline, à Paris.
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