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ISBN : 2742770046
Éditeur : Actes Sud Junior (28/09/2007)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 24 notes)
Résumé :
Wahab est en colère. Appelé d'urgence en pleine nuit, il est sur le chemin de l'hôpital où sa mère se meurt. Au court de ce trajet hivernal, en pleine tempête de neige, il est aux prises avec ses pensées et ses souvenirs (le traumatisme d'un attentat sanglant). Sa mère va mourir et Wahab se dit qu'il va peut-être pouvoir enfin grandir et vivre. La relation d'un fils à sa mère, ce sont des douleurs et de l'amour mêlés, et il s'agit de mettre des mots sur tout cela.>Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
melina1965
  10 septembre 2013
Le dramaturge et romancier libanais Wajdi Mouawad retourne les mots pour révéler la renaissance de son héros.
C'est l'histoire d'une colère. Celle que pique Walid, un jeune homme d'origine libanaise, lorsqu'il est réveillé à quatre heures du matin, en pleine tempête de neige, par la sonnerie du téléphone.
Il décroche, on lui dit :
- Walid ?
- Oui.
- Viens vite.
Il raccroche et sort de chez lui pour aller à l'hôpital où sa mère est malade.
Au cours de ce trajet hivernal il est aux prises avec des pensées qui le bouleversent.
Il ressent presque un soulagement à l'idée que sa mère va peut-être mourir et il a le sentiment qu'à partir de ce moment, il va vraiment grandir et vivre.
Mais il y a comme un vacarme au fond de son âme qui provoque en lui une peine immense. Il parle seul et tout haut. Il doit dire des mots, beaucoup de mots qui deviennent le théâtre de sa pensée et de cette peine qu'il est en train de vivre.

Ce court texte décrit simultanément le voyage de Wahab et le processus mental, les méandres, les chemins tortueux qu'emprunte sa raison pour pallier, devine-t-on de prime abord, l'affleurement de son inévitable et abyssale douleur à venir. Il ne s'agit pas de chaos proprement dit, mais, pour reprendre un terme de physique, d'une tentative de mise en gravitation face au tumulte de la vie.
Ce récit, une adaptation pour le théâtre du premier roman de l'auteur, « Visage retrouvé », porte une puissance singulière qui lui confère un caractère inattendu. Ainsi, Wajdi Mouawad mène cette histoire à forte connotation biographique, vers une issue d'apaisement possible même si l'auteur fait progresser son récit vers une inévitable collision où les mots aux formes régressives ne font plus que désigner le langage obscène du corps face à l'insondable.
Dans un langage souvent heurté, parfois violent, en arabe, en québécois et en français, il crache, déverse ses litanies sur le monde et le genre humain en particulier."Cette torsion du langage dans les trois langues", « maternelle, adolescente et celle de maintenant" traduit l'intensité de la peur qui taraude Wahab. le silence surtout, face aux morts de la guerre civile au Liban qui le hantent et face à sa mère mourante. Des mots jaillissent comme autant de cris, de courtes phrases affluent et se télescopent pour faire place à un passé trop longtemps refoulé. La mémoire est libérée, les loups sont lâchés. En quelques heures de temps, le jeune homme fait un retour complet sur lui-même, sans échappatoire possible. La mort guette. Wahab se débat entre cauchemars éveillés, fantasmes et réalité. "Je regarde le ventre de ma mère, son ventre qui s'étire et se détend pour les toutes dernières fois de sa courte existence. (...) Il n'y a pas si longtemps j'y étais (...) et parce que j'ai connu ses entrailles, pour un instant, je deviens frère de l'agonie."
Le fils au chevet de sa mère, scrute, détaille le comportement de sa famille présente, ne se privant pas de la juger à l'emporte-pièce, sa tante surtout. L'effet loupe du regard du jeune héros sur le monde qui l'entoure amplifie la portée des mots en forçant le trait grossier, incisif ou encore terrifiant. Car Wahab a ses démons réels ou virtuels et il redoute de les affronter.
Il revoit très précisément l'attentat auquel il a assisté, enfant ; il revoit son jeune copain dans l'autobus qui " flambe ", la dislocation des corps et aussi, une inquiétante femme aux membres de bois qui lui est apparue à ce moment-là, représentant la mort le menaçant de venir le chercher aussi un jour prochain et qui le hante encore. Même le visage de sa mère lui apparaît changé. Wahab ne le reconnaît plus.
Si l'histoire tourne autour de la question de la mort d'une mère, c'est comme toujours chez Wajdi Mouawad avec la simplicité poétique des histoires que s'inventent les enfants pour s'affranchir des grands questionnements de la vie. Entre rêve et réalité, souvenir et fiction, les mots cicatrisent les maux de l'enfance et de l'adolescence et abordent côté sensible le mystère de la relation mère / fils.
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Naurile
  15 juin 2014
Le jeune Wahab, 19 ans, est appelé d'urgence au chevet de sa mère qui est en train de vivre ses derniers instants à l'hôpital. En chemin, il sent monter en lui une rage intense, une colère irrépressible face à cette mort inéluctable, une douleur infinie à l'idée de perdre sa mère mais surtout de pouvoir enfin s'en libérer pour vivre sa vie.
Ce court récit coup de poing, percutant le lecteur à chaque mot et le submergeant par le flux continu de paroles, est destiné à être lu à voix haute. La violence de langage traduit la violence de la situation. Perdre sa mère. Et devoir vivre avec ça. Après ça. Perdre celle à laquelle on est le plus attaché au monde et celle que l'on déteste parfois le plus au monde aussi. Celle qui nous a donné la vie mais nous empêche de vivre véritablement. Ce cri de rage de 70 pages résonne encore dans ma tête même si je ne l'ai pas lu à haute voix. Toute cette colère interne, retenue par le personnage devant sa famille, est crachée dans le récit avant d'être sublimée par l'acte artistique. le personnage principal ne peut ni vivre avec ni vivre sans celle qui l'a mis au monde. Pourtant, il va devoir trouver un sens propre à son existence en tant qu'individu unique.
Une lecture de laquelle on ne sort pas indemne, simplement parce qu'elle touche aux tréfonds de chacun.
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Virgule-Magazine
  16 novembre 2017
Cela arrive le temps d'un trajet vers l'hôpital, une foule de pensées qui envahissent la tête de Wahab, 19 ans. Un flot continu, incessant, terrifiant de souvenirs qui se mêlent à l'angoisse et à la colère. Car Wahab se rend au chevet de sa mère : celle-ci est mourante, elle agonise. Toute la famille est là, réunie dans la douleur, attendant l'instant infime où la vie perd son souffle, cet instant fragile que Wahab redoute plus que tout, sans vouloir se l'avouer. Car la fin tragique de sa mère s'accompagne, pour le jeune homme, d'un cheminement de l'âme pour reconquérir l'image de cette femme, avant que la maladie n'arrive et ne l'emporte.
L'avis de Catherine, 13 ans : le héros de ce livre est un adolescent révolté, qui vit des moments tragiques. Parfois, heureusement, la réalité se superpose à la fiction, ce qui rend le récit moins pesant.
L'avis de la rédaction : Ce long monologue vagabonde entre passé et présent, présent et passé, entre les affres de la guerre civile au Liban, vécue par Wahab durant son enfance, et le présent qu'il essaye de conquérir en devenant peintre. Des propos où tous les mots sont pesés, pour estimer à leur juste douleur les souvenirs qui nous rattachent à nous-même.
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Metaphore
  20 juillet 2014
Ce livre est extrêmement touchant, j'ai vraiment apprécié cette lecture! Mais j'ai été choqué que cela soit un livre jeunesse! le sujet est dur, et la manière dont il est abordé, sans fioritures ni censure, m'a mis mal à l'aise quand je m'imaginais qu'il pouvait être lus par des enfants.
Le jeune Wahab, 19 ans, est appelé en pleine nuit pour aller au chevet de sa mère mourante. le parcours dans la neige jusqu'à l'hôpital va provoquer un cheminement et une introspection qui lui permettront de faire le point sur cette relation particulière qu'il a avec sa mère. Cette femme qu'il rejette, qu'il ne reconnait plus à la manière d'un psychotique qui voit les personnes qui l'entourent devenir autre.
Le discours est ponctué de réminiscence de la guerre, des images traumatiques sont réveillées par l'événement difficile à venir.
Sa réflexion va perdurer dans la salle d'attente puis au chevet de sa mère. L'auteur a un style simple qui renvoie à la figure la cruauté des images à la manière d'un photographe de guerre où il n'est nul besoin de commentaire.
Ce cheminement va permettre au héros de se découvrir dans la relation à sa mère, de faire le deuil de ses démons et renaitre à la vie.
Un texte magnifique.
Lien : http://metaphorebookaddict.w..
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PatatosAmoureuse
  16 octobre 2012
Cet ouvrage est une adaptation pour la jeunesse du roman Un Visage retrouvé de Wajdi Mouawad.
C'est pourquoi si vous lisez l'un, je vous conseille de ne pas lire l'autre... Les deux sont extrêmement semblables (logique soit dit en passant) avec une touche de violence atténuée dans l'édition jeunesse.
Mais pour faire découvrir Mouawad à un adolescent, ce petit "obus" est parfait !
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critiques presse (1)
Lecturejeune   01 décembre 2007
Lecture jeune, n°124 - Wahab, un jeune homme de dix-neuf ans, affronte l’hiver canadien pour se rendre à l’hôpital où sa mère se meurt d’un cancer. Durant le trajet, le film de sa vie lui revient par bribes et libère sa colère dans un déluge de mots et d’images. Comment aimer une mère qui, le jour de ses 14 ans, s’est mise à « avoir un visage autre… pâle, des yeux délavés et cette longue chevelure blonde » ? Arrivé à l’hôpital, il se débat toujours avec le puzzle de son histoire et se souvient ; il avait 7 ans, d’un attentat dans son pays d’enfance : le bus en flammes, les corps dont la « peau coule » et une hallucination, « la silhouette d’une femme vêtue de noir… née du feu », aux membres de bois, qui saisit un enfant à la gorge, lui tord le cou, lui arrache la tête et la dévore. Wahad se dit frère jumeau « d’une guerre civile qui a ravagé le pays de sa naissance ». La chaleur étouffante de la terre d’enfance ou le froid polaire de la terre d’accueil sont à la mesure de la violence qui le menace de désintégration, le « prend de l’intérieur et l’emporte et le fracasse contre les récifs de sa douleur ». Il incarne la cassure symbolique d’un pays rendu fou par la douleur. Adaptation théâtrale du roman Visage retrouvé, écrit par Wajdi Mouawad en 2002, Un obus dans le cœur se présente comme un long monologue. Le personnage de Wahab se perd dans ses souvenirs, dans le dédale de sa conscience, crie sa révolte et sa tendresse avec des mots bouleversants. Comme souvent dans l’œuvre de Wajdi Mouawad, il suffit d’une sonnerie de téléphone en pleine nuit, la mort fait irruption dans l’existence du héros, et le lance dans une interminable déambulation. Au hasard de rencontres tragiques ou grotesques, il circule dans un monde poreux où réel et imaginaire se confondent. La langue rugueuse, poétique, joue de cette frontière incertaine: « Le clignement de mes yeux fait fondre le givre de mes cils et c’est l’hiver au complet qui pleure sur mon visage ». Dans cet entre-deux, le personnage avance, grandit, sort définitivement de l’adolescence. Nicole Wells
Lire la critique sur le site : Lecturejeune
Citations et extraits (5) Ajouter une citation
ZilizZiliz   02 août 2017
[ mère atteinte d'un cancer ]
Dans le meilleur des cas, elle s'évanouissait ; dans le ire, elle pleurait. La douleur était grande et il n'y avait rien à faire. Rien. Je restais là à la regarder brûler et je ne savais plus qui j'étais. Et parce que le silence qui s'installait était à vomir, à tuer, à égorger sans pitié, à écraser, je finissais par lui demander : 'Qu'est-ce que je peux faire ? Mais qu'est-ce que je peux faire ?' et c'était comme lorsque j'étais petit et que je revenais en pleurant pour trouver consolation entre ses bras. Mais là, ses bras étaient coupés et il n'y avait plus de consolation possible. Plus de consolation. Simplement le métal foudroyant de la réalité. Elle, avec son visage inconnu, elle me regardait, et je pense qu'elle était peinée par ma peine. Touchée par ma peine, comme si elle venait d'apprendre qu'elle était quelqu'un pour qui on peut éprouver de la pitié.
(p. 27-28)
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HenriHenri   15 mars 2014
On ne sait jamais quand une histoire commence. Je veux dire que lorsqu'une histoire commence et que cette histoire vous arrive à vous, vous ne savez pas, au moment où elle commence, qu'elle commence. Je veux dire... Je veux dire que vous n'êtes pas là, à marcher, tranquillement dans la rue et tout à coup, vous vous dites: tiens, voilà une histoire qui commence. Je veux dire, on ne le sait pas...puis, lorsqu'on réalise qu'on est embarqué dans une histoire, on ne sait pas comment ça va se terminer. Personne ne peut savoir. C'est seulement à la fin. Lorsque tout est consommé, qu'on ouvre les yeux et qu'on se dit: l'histoire est terminée. Elle est terminée et parce qu'elle est terminée, vous vous mettez à entendre le silence, le grand silence qui a failli vous noyer. C'est comme ça. Alors, pour conjurer le silence, on tente de trouver les mots. Pour raconter. Même si c'est n'importe quoi, mais un mot qu'on trouve au fond de soi, c'est une oasis au milieu du désert . On se précipite dessus et on le boit. On boit le mot.
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NaurileNaurile   15 juin 2014
Plein de mots, plein de phrases dans la bouche pour couvrir la tempête de mon cerveau, de ma conscience, de mon esprit, mon âme ou peu importe quoi d’autre qui est à l’intérieur, car quelque chose dans ma tête murmure très bas, très très bas, des mots violents, et malgré tout le bruit de l’autobus et de ma colère et le grincement de mes dents, malgré le vent et la neige et la tempête et la rage, je les entends ces mots, venus de la nuit du temps : "Ma mère meurt, elle meurt, la salope, et elle ne me fera plus chier !" Si j’avais un flingue, je me logerais une balle pour calmer la dispersion. Une vague immense me prend de l’intérieur et m’emporte et me fracasse contre les récifs de ma douleur. Elle jette mon cœur sur le plancher noir de l’autobus. [...] Et j’étouffe seul au fond de mon autobus, étranglé par l’obligation dans laquelle je suis d’aimer ma mère parce qu’elle meurt, alors que depuis si longtemps, son visage, le visage de ma mère, est resté oublié, enfoui quelque part au fond du désert de ma mémoire [...]
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MetaphoreMetaphore   20 juillet 2014
Un jour, ma mère s'est mise à avoir un autre visage. C'est peut-être ça le début de mon histoire. Le jour de mon quatorzième anniversaire, ma mère s'est retrouvé avec un visage tout autre. Je veux dire du tout au tout. Et personne ne s'en est étonné. Et personne ne m'a rien dit. Alors j'ai fugué.
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NaurileNaurile   15 juin 2014
je regarde le ventre de ma mère, son ventre qui s’étire et se détend pour les toutes dernières fois de sa courte existence. Je regarde son ventre. Il n’y a pas si longtemps, j’y étais. Elle m’a porté et a accouché de moi en poussant les mêmes cris que son agonie arrache de ses entrailles, et parce que j’ai connu ses entrailles, pour un instant, je deviens frère de l’agonie. Je la vois mourir. Je vois son ventre mourir. Plus rien ne peut m’y faire entrer à nouveau, m’y faire retourner. L’histoire est désormais ancienne. J’ai le sentiment qu’en assistant à sa mort, j’assiste aussi à ma propre naissance
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Vidéo de Wajdi Mouawad
Directeur du théâtre de la Colline, Wajdi Mouawad est auteur, metteur en scène et comédien. Il signe des adaptations et mises en scène de pièces contemporaines, classiques et de ses propres textes.
Ecoutez aussi : - Son passage dans Par les temps qui courent : https://www.franceculture.fr/emissions/par-les-temps-qui-courent/wajdi-mouwad - Son passage dans La Grande table : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/la-grande-table-1ere-partie-lundi-20-novembre-2017
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