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Critiques sur Jupe et pantalon (30)
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motspourmots
  19 mars 2016
Il y a des expressions auxquelles on est tellement habitué que l'on n'y prête même plus attention au point d'en oublier le sens. Tiens par exemple : "Tu devrais écouter ton corps". Plus rabâchée, on ne fait pas. Eh bien Julie Moulin a tout simplement décidé de s'y intéresser et de la prendre au pied de la lettre pour nous livrer un premier roman original, aussi drôle qu'émouvant. Et dont on ressort porteur d'une extrême tendresse pour les pièces qui composent notre corps et qui ont si peu droit à la parole...

Car ce sont elles les vedettes. Marguerite et Mirabelle les jambes, Brice et Boris les bras, Babette la paire de fesses et puis Camille le cerveau au prénom aussi masculin que féminin, chargé d'orchestrer toute cette machinerie qui permet de faire avancer A., jeune superwoman de trente ans qui court partout. Grâce à cette première partie hautement maîtrisée, à mille lieux du procédé gadget qu'elle aurait pu être, nous faisons connaissance avec A., par la voix de Marguerite, la jambe gauche, l'élément le plus fragile du corps de la jeune femme et peut-être le plus sensible. La rivalité de Brice et Boris dans l'apprentissage de l'écriture, les émois de Babette, les velléités de liberté de Mirabelle, la blessure de Marguerite, l'efficacité de Camille... Tout ceci est drôle, charmant et étonnamment juste. Jusqu'à ce que la machinerie se mette à coincer, faisant vaciller tout l'édifice lorsque Camille craque.

Agathe est à terre, son corps dit stop. Car le sujet est bien là : le burn out d'une héroïne ordinaire qui jongle avec ses différentes casquettes, veut tout assumer et surtout tout bien faire. Un petit soldat qui lutte au boulot pour ne pas être mise au placard après ses deux congés maternité, assume les charges ménagères pendant que son mari lit le journal, et se persuade que c'est normal. Il va donc lui falloir se réconcilier avec ce corps dont elle a trop ignoré les signaux d'alerte et qui la constitue, elle, Agathe, en tant que femme...

Le sujet a beau être sérieux, l'auteure ne se départit jamais de la légèreté qui lui permet de gagner la sympathie du lecteur. Il faut dire qu'on s'y est attaché à Mirabelle, Boris et à tous les autres. Au point, dans la seconde partie, lorsqu'il est mentionné qu'Agathe agite un bras ou une jambe, de lui attribuer tout de suite son prénom et de se demander ce qu'il ressent. Sacré talent !

Pas facile d'être une femme, pas facile de revendiquer de porter à la fois une jupe et un pantalon, pas facile de lâcher prise... Mais lire ce livre est un joyeux moment et peut-être aussi l'occasion de se résoudre, de temps en temps à écouter son corps.

Un premier roman étonnant, qui mérite vraiment d'être découvert !
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hcdahlem
  29 septembre 2016
Il faut certes un peu de temps pour s'habituer à ces personnages qui n'en sont pas, à Marguerite, Boris, Babette et les autres… Mais une fois enregistré le fait que les prénoms désignent les parties du corps de A., alors on s'amuse beaucoup avec ce concept. Voici donc Marguerite et Mirabelle (les jambes), Brice et Boris (les bras), Babette (les fesses) et Camille (le cerveau) qui s'invectivent, échangent des informations, tentent de se coordonner quand il ne se livrent pas des luttes de pouvoir. Ce qui nous vaut des interpellations du genre : «Camille, je t'en supplie, passe-moi Brice et Boris.»
Mais peut-être serait-il temps d'en venir à la «propriétaire» de ce corps. A., l'héroïne de ce livre, est une trentenaire au bord de la crise de nerfs. Cadre – très – dynamique, elle est toujours pressée, veut en faire en faire encore plus : «carrière brillante, mère accomplie ! Il y a tout de même un tablier qu'elle a rendu, celui de femme.» Encore quelques symptômes physiques, des poussées dépressives et un complexe de culpabilité plus loin et A. devient Agathe.
Nous voilà arrivés à ce moment de la vie où il faut rebondir pour ne pas s'enfoncer irrémédiablement, où il faut prendre conscience que Camille ne peut tout régenter et que sans le soutien de Marguerite et Mirabelle, de Brise et Boris et même de Babette, il devient impossible d'avancer.
Julie Moulin a trouvé une manière très originale de nous faire comprendre qu'il est essentiel de prendre conscience du corps avec lequel on vit et qu'il ne faut pas oublier de dialoguer avec lui, d'écouter ce qu'il nous dit. On peut aussi y lire une critique implicite des codes qui ont cours dans nombre d'entreprises, à commencer par les plus grandes, et qui imposent aux femmes bien davantage de règles et de diktats qu'à leurs collègues masculins. Dans ce milieu, il faut être parfaite faute de n'être rien du tout.
On est cependant plus dans la fable joyeuse que dans le réquisitoire et du coup, on prend un plaisir certain à suivre Agathe. Comme on prendra, j'en suis persuadé, le même plaisir en suivant le prochain roman de Julie Moulin. Une belle plume comme ça a sûrement plus d'un tour dans son sac !

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FilomenaFiametta
  08 février 2016
Jupe et Pantalon
Partie 1. Remarquable pour sa prouesse narrative, originale et très bien menée jusqu'à la chute, littérale et figurée. Ça fait du tintamarre avec tous ces membres du corps en dialogue permanent. Epuisant !
Partie 2.
J'ai bien aimé cette déambulation titubante et salutaire dans les rues de Paris, une Pénélope moderne dont l'histoire a un autre dénouement, ou peut-être une Marguerite qui a rencontré son Satan ? Toujours cette grande connaissance du corps et sa fragilité, un corps dont les membres se taisent pour se laisser imprégner par des sensations nouvelles.
Mais c'est la fin qui m'a surprise, très inattendue. Bravo Ms Moulin.
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DOMS
  22 mai 2016
Quand on ouvre "Jupe et pantalon", le premier roman de Julie Moulin, tout d'abord il y a un instant de flottement, pendant quelques pages le lecteur s'interroge… Mais qui est Marguerite, mais qui est Mirabelle ? Qui sont Brice, Boris, Babette, et enfin qui est Camille ? Camille le bien nommé puisque ce prénom, aussi bien féminin que masculin, c'est le cerveau, celui qui commande, qui ordonne, qui hésite, et qui conjugue justement ce masculin et ce féminin qui sont en chacun de nous.
Ensuite il y a A., qui pendant toute la première partie du roman n'est pas nommée, mais que l'on suit à travers les aventures de chacun de ses membres, comme une équipe soudée (ou pas !) comme une fratrie, avec ses colères, ses désaccords, son entraide, sa solidarité… Car A. comme toute super businesswoman qui se respecte, se croit capable de tout concilier. Sa famille d‘abord, avec son mari et ses deux enfants, son travail ensuite, avec la rivalité entre collègues, ces hommes qui profiteraient bien d'un instant de faiblesse pour prendre sa place, avec Étienne, ce boss, qui sous couvert d'entre-aide placerait bien un autre à sa place, A. qui pense qu'elle va arriver à s'occuper d'elle aussi parfois.
Et cette vie, cette lassitude du couple, ce rythme effréné de chaque jour, nous sont racontés par chacun des membres du corps d'A., par Marguerite essentiellement, la jambe fragile, malade, blessée mais si vaillante… Qu'il est étrange de voir la vie par ce prisme, de changer de point de vue, pour mieux comprendre, arriver à s'identifier à une paire de jambes, à une paire de fesses et pourquoi pas à un cerveau tellement sollicité, poussé à bout et si fatigué qu'il tarde à se réveiller. Tout ce stress va faire disjoncter la jolie machine qu'est le "corps composé" d'Agathe… Elle s'évanouit à l'aéroport, au moment où elle doit partir pour un rendez-vous clients important, rentre chez elle dans un semi brouillard, et réalise enfin que sa vie va exploser devant elle. Elle qui n'a rien vu venir !
Julie Moulin nous parle à travers elle de ces femmes modernes qui veulent gagner un combat pour l'égalité souvent perdu d'avance… Car comment lutter quand on rentre de congés maternité et qu'on vous fait comprendre que "Vous n'étiez pas là alors que le collègue lui … " ! Comment y arriver quand en rentrant il faut préparer le repas, coucher les enfants, préparer les cartables, faire la vaisselle, pendant que Paul est devant la télé ou lit son journal ? Comment jongler avec la nounou malade, avec l'école qui appelle pour le petit qu'il faut venir chercher de toute urgence alors qu'on est en pleine présentation stratégique avec le client, le seul, l'unique qu'il faut absolument chouchouter pour ne pas le perdre, avec les rendez-vous chez le médecin, les activités extra scolaires, et tout le reste, sans s'épuiser, s'oublier, se perdre ? Comment exister quand le poids sur vos épaules est de plus en plus lourd, les missions que vous vous assignez vous-même de plus en plus complexes, la solitude à deux de plus en plus présente pour affronter le quotidien ?
Eh bien, c'est tout simple, on ne peut pas ! Julie Moulin nous le démontre avec beaucoup d'humour pour un sujet grave traité tout en finesse. Il y a un rythme fou dans toute la première partie, comme cette vie intrépide qu'A. essaie de mener, malgré ce corps qui crie à l'aide et qu'elle oublie d'écouter… J'ai aimé justement cet intéressant parti pris dans l'écriture : dans toute la première partie, les différents membres de ce corps prennent vie et prénom pour s'exprimer, exister à la place d'A., puis Agathe apparait enfin, ses membres redeviennent des jambes, des fesses, un sexe, et elle s'éveille alors à une vie nouvelle, plus responsable, plus intime, plus évidente : elle existe, s'écoute et se révèle. Nous montrant sans doute que pour bien vivre avec les autres il faut d'abord mieux vivre avec soi-même. C'est à la fois signifiant et drôle, empreint d'humour et de réflexion, un véritable régal de lecture. A lire puis à conseiller d'urgence à toutes les copines qui tentent désespérément de se prouver qu'elles vont y arriver, avant qu'elles ne se perdent !

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kathel
  23 mai 2016
Jupe et pantalon devrait plutôt, si cela sonnait bien, avoir pour titre Pantalon et jupe pour respecter l'ordre des deux parties du roman, aussi différentes que complémentaires l'une à l'autre. Dans la première, ce sont Marguerite et Mirabelle qui prennent la parole, qui interpellent Brice et Boris, ou Babette, ou Camille. Qui sont-ils ? Que font-elles ? Marguerite et Mirabelle, depuis la petite enfance, soutiennent A., la guident dans ses déplacements, la portent, subissent blessures et lésions… Ce sont en effet les jambes de A., et les autres personnages sont ses bras, ses fesses et son cerveau. Mais arrive un moment dans la vie de cette jeune femme pressée, débordée, où ses membres se rebellent et refusent de répondre à ses sollicitations.
La deuxième partie se place alors du point de vue d'Agathe, victime de stress professionnel et familial : un mari, deux jeunes enfants, une maison, un travail prenant, mais un moment arrive où être à la hauteur partout devient trop lourd à porter. Et son corps se révolte, et elle se voit obligée de « l'écouter », comme le le sens commun le conseille bien souvent !
Chaque lecteur aura sans doute une légère préférence pour une partie ou une autre du roman, je les ai pour ma part trouvé bien complémentaires. L'auteure a donné la parole à Agathe juste lorsque je commençais à sentir un peu les limites de la première partie. L'humour s'allie à l'originalité, la finesse de l'observation à l'inventivité pour faire de ce roman une très agréable lecture, qui sort des sentiers battus, et parlera à toutes et tous, wonderwomen ou non ! Sous des abords plaisants, ce texte montre, sans démontrer, que le féminisme a encore bien des combats à mener, que ce soit dans le monde du travail, dans la ville ou dans l'espace domestique. Et qu'il ne faut pas attendre que son corps déclare forfait pour souffler un peu !
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ninachevalier
  18 octobre 2016
Jupe et pantalon Julie Moulin Alma éditions ( 298 pages 18€)

Si Amélie Nothomb est connue pour les prénoms tarabiscotés de ses personnages, l'originalité de Julie Moulin réside dans l'attribution de prénoms aux parties de son corps. C'est donc avec les jumelles Marguerite et Mirabelle que débute le roman.

Originalité double car Marguerite nous relate sa venue au monde, une naissance traumatisante, on le devine, pour les parents. Sans être «  un atterrissage brutal » comme chez Amélie Nothomb. Julie Moulin nous offre un dialogue savoureux entre jambes et bras, prêts à s 'associer, à tenter l'impossible,vu leur retard à marcher . Suspense.Comment va se passer la 1ère séance de stabilisation ? Rendez-vous donné au parc ( à barreaux) d'A. Mais que s'est -il passé pour que le parc soit au rebut dans un placard ?!

Toute le première partie,le corps avachi d' A semble être une marionnette téléguidée par Camille, «  le cerveau », qui donnent ses ordres à Boris et Brice «  les bras », Babette, «  les fesses ». Quand on est bien portant, on oublie ce qu'est le handicap. Mais le douloureux accident de Marguerite prive sa soeur jumelle de mouvement. Avoir été hospitalisées, condamnées à souffrir explique qu'elles prennent leur revanche, cavalent,skient, nagent, pédalent, courent et poussent «  leur corps à outrance ».

Si Marguerite «  se poile » au salon de beauté, elle nous divertit aussi lors de cette séance d'épilation. A. affiche ses choix : «  Je porte la barbe, moi ! Je suis un sexe moderne », sur un ton quelque peu provocateur.

Mais pour qui «  trottinent » - elles ? Elles portent A, business woman hyperactive, qui rappelle tout à fait Aurore, l'héroïne de Serge Joncour dans Repose-toi sur moi.Elle aussi mariée à un homme qui ne semble pas partager les tâches et lui laisse le fardeau des enfants. Toutes les deux sont proches du burn-out. Leur couple ne peut qu'accuser le coup à force de faire passer leur carrière avant la vie privée.
Mais quand le boss vous met la pression, confisque tout votre temps, pour Agathe, cela se traduit par des chutes, évanouissement, le Big Bang, l'implosiosn. Ses jambes ne réagissent plus. Tout le corps en surchauffe se rebelle,alerte sur l'épuisement de «  son propriétaire ».

Dans la seconde partie, Agathe réagit, entend le message envoyé par son corps.
Mais sur qui peut-elle compter ? Fabien, l'inconnu providentiel de l'aéroport ? Claire, l'amie et collègue ? Sa mère pour la soulager des enfants, qui très vite lui manquent ? Agathe jongle avec les mensonges. Comment va-t-elle pouvoir se relever ? Reconquérir son mari ? A moins qu'elle cherche à renouer avec Fabien, son flirt de jeunesse ? A l'instar du héros de Serge Joncour, Fabien a deviné Agathe, compris qu' elle devait s'aérer l'esprit. Stupéfiante sa métamorphose après cette soirée à l'Opéra Garnier : « Agathe irradie. Elle évolue en apesanteur ». En transe, tout son corps vibre devant la grâce, la souplesse des deux danseurs. Magnifique tableau sur scène et au plafond: Agathe en extase.
L'auteure met en parallèle la vie de deux femmes. Claire, célibataire,sans enfants, valse avec ses amants de passage, mais connaît la solitude en soirée. Agathe, mère, épouse, business woman, dévorée par son travail et cette vie trépidante, trop «  speed ».
Qui envier ? Qui est la plus heureuse ? Comment concilier tous les rôles sans sacrifier mari, enfants et sa liberté ? Sont évoquées les questions de la maternité, de l'allaitement. Julie Moulin s'interroge sur la place de la femme dans le couple, au travail. Comment être épanouie, trouver l'équilibre entre travail et famille , rester désirable? Comment ne pas se faire «  bouffer » ?
Les héros de Repose-toi sur moi » de Serge Joncour en ont fait les frais : «  le business, c'est soit tu bouffes les autres, soit tu te fais bouffer ».
L'auteur nous immerge dans l'univers implacable des «  open spaces », «  prison insidieuse », «  à la promiscuité intolérable » où le stress gagne le personnel.


Julie Moulin dépeint avec réalisme ce Paris vorace qui absorbe Agathe, « la bouche de métro qui engloutit, broie ». Comme Ludovic dans Repose-toi sur moi de Serge Joncour, Agathe, qui suffoque dans cette foule hostile,cette «  agitation délétère », arpente les rues de Paris. On se croirait dans le Paris de Modiano.

En fin de roman, la canne, indispensable à Agathe, impose sa cadence saccadée.


Agathe découvre les bienfaits de la marche , en silence («  colmater les plaies ») décuplés lorsqu'elle est effectuée en communion avec la nature. La marche décante, purifie permet de s'extraire du tumulte urbain, de s'approprier les paysages, de «  goûter à l'espace ». le corps se réaccorde à l'esprit et au monde. Moments salvateurs qu'elle partage avec Claire et d'autres jusqu 'à ce que leurs routes les éloignent.
La fin de leur amitié hors du commun, si précieuse surprend.

Autre source d'évasion et sas de décompression : la lecture, «  plaisir jouissif » pour Agathe qui aiguise notre curiosité à retrouver avec avidité ce roman de Mikhaïl Boulgakov ! Une vie démultipliée. Parenthèse poétique quand elle traverse le parc Monceau que « le brouillard couvre d'une écharpe de mousseline blanche ».

Pourquoi ce titre  Jupe et pantalon? On y entend la voix d'une militante féministe, disciple de George Sand. Julie Moulin revendique son statut de femme, «  les femmes étant des hommes comme les autres » et dénonce le sexisme.

Si Julie Moulin confie avoir eu besoin de quitter le «  franglais » lié au monde de la finance, consciente de ses ravages, elle en a distillé quelques miettes dans ce roman ou expressions. Judicieux, ce jeu de mots «  I am pulling your leg » de Mirabelle !

En mettant en scène une héroïne qui vit avec ce traumatisme de la brûlure et de cette greffe, l'auteur montre les dégâts collatéraux indélébiles causés par cet accident.Elle aborde la question du handicap et de la résilience. L'auteure , elle-même, n'a-t-elle pas eu à subir un coup dur de la vie ?
D'où ce pacte et cette conversation avec ses jambes. A chacun de ménager sa monture. le corps, comme le rappelle Isabelle Kauffmann dans Les corps fragiles, «  n'est pas un havre de paix mais un monde frémissant en perpétuel remaniement ». «  La vie est un cercle » conclut Agathe, au crépuscule de sa vie, atteinte par la déliquescence de son corps ( «  Mirabelle est prostrée », Boris et Brice «  ont la peau fripée ») et la voici «  traitée comme un enfant ». Et de s'interroger sur le devenir de son âme.
Le ton léger, nourri d'autodérision, cède sa place au grave.

A noter la présence d'une table des matières grandement appréciable.

Julie Moulin signe un premier roman pétri d'humour, dynamique, kinésique, ce qui est paradoxal vu les périodes d'immobilité forcée et le destin tragique de Marguerite.
Ainsi elle entraîne le lecteur dans un tourbillon endiablé, véloce à en perdre haleine, mais pas de crainte, lui ne chute pas, et reste arrimé au roman.
A lire en marchant  !




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Nathaliecez
  05 juin 2016
Lechatquilit.e-monsite.com

Jupe et pantalon de Julie MOULIN

Marguerite et Mirabelle sont les deux jambes de A. Babette est sa paire de fesses, Camille, son cerveau, Boris et Brice ses bras. Tout ce petit monde doit suivre la vie trépignante de A. Elle est mère de deux enfants, cadre dans une entreprise et passe son temps à courir. Elle va faire une chute dans un aéroport et son mari va la quitter. C'est là début d'une crise et puis, tout va de mal en pire, et toutes la parties de son corps essaient, chacun à leur façon de l'aider. Mais Agathe, je découvre son prénom à la 152 ème page, va-t-elle écouter son corps et réagir ?

Un livre tout en légèreté, ou dans la première partie, j'ai suivi les échanges, très drôles, des différentes parties de ce corps malmené par la vie d'une mère de famille active qui s'oublie quelque peu, et de cette paire de jambes qui nous raconte leur vie.
La première partie, justement, est drôle et plaisante. Ces jambes qui se racontent, est un bon moment de sourires et de rires. Mais, j'ai moins aimé la partie ou Agathe se raconte et part dans ses crises. Mirabelle et Marguerite, m'ont manqué, quoiqu'elles sont encore un peu présentes, dans cette deuxième partie, mais elles ne se racontent plus. Agathe est beaucoup moins drôle !

Un bon premier roman, cependant, sur la recherche de soit même, avec la prise de conscience de tout ce que peut engendrer un surmenage. L'écriture est très agréable à lire, et le livre original et distrayant.



Extraits :

Nos deux premières années de vie furent fastidieuses. Si je puis me permettre de donner mon opinion - de jambe -, les capacités d'un être humain se développent anormalement. Nous existions d'un point de vue physiques, certes, mais sans raison d'être, sans grâce ! Nous étions deux extrémités potelées et ridées en attente, seulement à se plier et se tendre, désaccordées aux cris de l'enfant.

A retire son pantalon. Nous sommes livides, victimes d'un combat qui nous dépasse. A nous frotte vigoureusement. Comme si nous avions froid ! Les poils noirs et drus se dressent sur notre peau blanche, leurs pointes hérissés se préparent à l'affrontement. C'est leur ultime résistance, car sur le champ de bataille ne resteront bientôt que deux jambes nues.

Ah, Babette ! Babette, le pilier, la matrone de ce corps ! On l'imagine dodue, elle est à peine potelée, rebondie à la bonne mesure, Babette est fermé et drôle, fantasque, susceptible et généreuse. Babette a monté un fonds de commerce en hémorroïdes. Sa marchandise lui interdit un port de string quotidien et nous évite une station assise prolongée. Babette n'a peur de rien, se sacrifie quand il le faut. Babette est altruiste. Elle en a vu de toutes les couleurs, de toutes les tailles. Fut un temps où nos partagions ses ébats, l'Ensemble à nouveau, un tout remué de plaisir. Ah, Babette ! Elle est plus grande qu'une paire de fesses, plus qu'un sexe. C'est une gardienne de l'humanité.

Une jambe aussi à le droit de parler ! Tu te donnes un genre, Brice, parce que tu es un bras, mais tu n'es pas si différent de moi. Tu appartiens au corps de la même femme. Un corps qui l'oblige et qu'elle refuse. Avis nous sommes plus qu'un corps. A n'est pas seulement cette femme, c'est un être humain, un concert de voix, qui toutes ont un sens. J'ai du sens en tant que jambe. On n'était pas si mal Ensemble…

La maternité est sans doute une épreuve, dit-elle. Les enfants nous font pourtant un cadeau très précieux : celui de nous faire revivre notre propre enfance. Parfois cela rouvre des blessures, des cicatrices que l'on croyait refermées. (L'eau, de nouveau, brûle.) Mais le plus souvent, c'est une renaissance, un émerveillement devant la vie, de beaux souvenirs qui remontent. La vie prend une couleur nouvelle. Tout redevient étonnement.



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lespetiteslecturesdemaud
  26 février 2016
Un premier roman drôle, original et sensible.
J'ai été immédiatement séduite tant par le thème abordé que par l'angle proposé par l'auteure. le thème abordé celui de la place des femmes a été maintes fois abordé, pourtant Julie Moulin sait l'aborder avec une finesse et une originalité toutes particulières.
Le roman est subtilement composé de deux parties : dans la première nous avons affaire à des narratrices bien particulières : des jambes. Les jambes d'A. s'appellent Marguerite et Mirabelle et elles supportent, soutiennent et entraînent A. jeune mère, épouse et working-girl pressée. Elles la portent vers toujours plus de performance au travail, en famille. Injonction des temps modernes faite aux femmes : il faut atteindre la perfection en tous points. Etre l'égal de l'Homme au travail malgré les réunions à 18h30 alors qu'on doit aller chercher les enfants à la crèche, être sur le pont dès 8h malgré la nuit passée à donner le biberon, nettoyer le vomi du petit dernier qui a eu la gastro. Accepter des déplacements professionnels pour maintenir sa carrière professionnelle à flot tout en gérant l'agenda familial. Bien sur votre maison doit être parfaitement propre, les enfants nourris aux purées bios faites maison. Et il va de soi que la femme doit continuer à être séduisante, désirable et disponible !
Vous l'aurez compris toutes ces injonctions finissent par amener A. au point de rupture. Les premières à craquer et à le lui signifier sont ses jambes. le corps abdique devant tout ce « trop » et perd pied. C'est seulement lorsque son corps lui fait bond qu'A. semble surgir dans ce roman et enfin réagir. On aborde ainsi la deuxième partie du roman de Julie Moulin. A. reprend corps, se rassemble enfin. Elle apprend à ne plus seulement être un corps en mouvement obéissant aux injonctions mais à ressentir, à prendre le temps, à s'écouter et à se faire plaisir. A. apprend à se respecter tant physiquement que moralement. Elle lâche enfin prise au gré de ses pérégrinations au coeur de Paris.
La construction du roman en deux parties est très intelligente car elle correspond parfaitement à l'évolution d'A.: d'abord un corps en mouvement déconnecté de lui-même puis une femme rassemblée à l'écoute de son corps et de ses envies. Mais elle permet également à l'auteur de nous montrer différentes facettes de son écriture. Une écriture tantôt facétieuse, drôle et originale et tantôt plus introspective, plus sensible, plus profonde.
Car Julie Moulin est une femme mais c'est aussi une plume. Elle sait en jouer, s'en amuser. Cette plume sait nous faire rire, nous émouvoir, nous surprendre, nous interroger. C'est tout ce que j'aime et que je demande à un auteur. J'ai donc adoré ce premier roman plein de finesse, de références et de sensibilité qui pour un coup d'essai est un coup de maître.
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Tlivrestarts
  20 septembre 2016
Ce 1er roman fait partie de la sélection des 68 premières fois, et encore une fois, il s'agit d'une petite perle...
Tout commence ainsi :


"Je me prénomme Marguerite. Ma jumelle s'appelle Mirabelle. Drôles de prénoms. D'aucuns verraient dans ces deux grands M une prédestination : deux jambes pour un Même Mouvement." Et ce duo n'est pas seul, il y a aussi Brice et Boris, les bras, Camille, le cerveau, Babette, les fesses et les Mam'zelles, les seins. Marguerite va nous relater sa vie de tous les jours, ses émotions, depuis la naissance de A., ce bébé de sexe féminin né le 4 juin 1976, jusqu'à sa chute...


La fantaisie de ce très bon roman repose assurément dans la narration. Donner la parole à une jambe n'est pas banal. Les premières pages sont très surprenantes, voire déstabilisantes, au point de se poser la question de la finalité de cette mise en scène. Mais très vite, j'ai décidé de lâcher prise, de me laisser porter par l'écriture de cette toute jeune écrivaine et j'ai bien fait. Je me suis prise au jeu au point d'avoir un peu de mal à le quitter à l'aube de la 2ème partie !


Ici le corps est roi. Il vit, il sent, il ressent, il exprime son avis sur les réalités du quotidien, les tensions qui y sont liées. Jamais je crois, je n'avais autant pris conscience de mes pieds et de ce que nous leur faisons endurer chaque jour un peu plus. J'avoue que ces derniers jours, j'ai été particulièrement attentive à leur sort et pour cause...


On dit que la propension au bonheur d'un pied se mesure à l'écartement entre ses orteils. P. 72

Alors même que nous abordons souvent le corps dans son ensemble, Julie MOULIN s'attache à nous montrer à quel point chaque membre a son identité, sa vie, ses agressions et ses propres moyens de les surmonter. L'image des jambes par exemple est on ne peut plus parlante. C'est une dimension très subtile à laquelle je n'avais pas forcément pensé avant mais qui devient une évidence maintenant. Réfléchissez-y !


Une autre originalité de ce roman repose dans le ton employé. Julie MOULIN use de l'humour sans modération. J'ai beaucoup ri à la lecture de "Jupe et pantalon", c'est suffisamment rare pour le remarquer. La séance d'épilation du maillot est croustillante à l'envi, j'ai adoré !
Mais ne vous y trompez pas, l'heure est grave et s'autoriser à rire de quelques scènes ne réussira pas à cacher le sérieux du sujet...


Julie MOULIN nous brosse le portrait de notre société française du XXIème siècle et fait état d'une certaine condition féminine, celle des femmes qui ont des postes à responsabilité, essaient d'être efficaces au travail comme à la maison au risque de survoler l'ensemble et de voir le chateau de cartes lentement s'effondrer. Benoîte GROULT, cette féministe décédée le 21 juin dernier, aurait certainement ri jaune à la lecture de cette satire.

La maternité, l'allaitement, les mutations de la vie de couple dans le temps sont autant de sujets abordés par petites touches :

L'avenir était devant nous. C'était avec le grand carrefour. Avant que l'amant devienne mari, avant que la femme soit mère, avant que l'envie se mue en rancoeur et que l'insomnie détruise les rêves. P. 135

Mais plus encore, entendre aujourd'hui des propos d'hommes du type :


Tu n'as pas une autre jupe ? Ils vont te prendre pour la secrétaire. On croirait que tu pars à la plage. P. 118

l'aurait certainement fait bondir et avec raison.


Pourquoi ? Tout simplement parce ce que les femmes risquent d'y laisser leur peau, de faire ce qui est appelé communément maintenant un burn-out. L'écrivaine en fait le sujet de ce roman et pose une question hautement pertinente :


[...] Compétence et compétition, est-ce la même chose ? P. 38 "

Je crois que je vais vous laisser la méditer !


Personnellement, ce roman m'a bouleversée. J'ai ressenti toute l'intensité du drame et vécu des émotions très fortes. Il s'agit pour moi d'une lecture "Coup de poing", de celles que l'on n'est pas près d'oublier tellement elles nous ont touchés !


A l'issue du roman, Julie MOULIN fait un autoportrait, son itinéraire personnel ayant a priori largement inspiré ce 1er roman. Elle y évoque notamment le statut de business woman, puis de femme au foyer. Pourquoi ne lui offririons-nous pas celui d'écrivaine ?

Lien : http://tlivrestarts.over-blo..
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colomby
  18 février 2016
Un vrai moment de plaisir que la lecture de ce livre !
La première partie est vive et humoristique, avec un point de vue très original sur la vie trépidante d'une femme moderne, qui essaie de concilier vie familiale, affective et professionnelle. La seconde partie est plus classique, elle décrit la nécessaire remise en question de cette femme au bord de la crise de nerfs.
Un bon premier roman, de lecture facile et agréable, avec une pointe de féminisme qui ne me déplaît pas, je recommande !
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Françoise Sagan : "Le miroir ***"

brisé
fendu
égaré
perdu

20 questions
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Thèmes : littérature , littérature française , littérature francophoneCréer un quiz sur ce livre