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Critique de jongorenard


jongorenard
  06 février 2020
"Elmet" est raconté par Daniel, un adolescent de 14 ans qui a été emmené avec sa soeur Cathy, 15 ans, par leur père John pour vivre isolé sur une colline boisée du Yorkshire rural, terres de l'ancien royaume médiéval d'Elmet. Avant la mort de leur grand-mère qui s'occupait d'eux, ils vivaient dans un village de bord de mer où Cathy vivait sous la menace de garçons. Leur mère insaisissable, presque mystérieuse, semble entrer et sortir de leur vie jusqu'à ce que leur grand-mère leur dise un jour qu'elle ne reviendra pas. J'aurais aimé en savoir un peu plus sur l'histoire de cette mère, bien que plus loin dans le roman, on obtienne quelques renseignements. Leur père est un gentil colosse qui a utilisé dans le passé son corps pour gagner sa vie en participant à des combats de boxe illégaux à mains nues ou en aidant des crapules à régler leurs problèmes. Mais à présent, il construit une maison pour ses enfants et essaie de les protéger du monde extérieur. Ce qui est clair, c'est que John les aime. Daniel, doté d'une grande douceur d'âme, tient la maison et cuisine alors que Cathy, plus garçon manqué, chasse et ressemble davantage à son père. Ils mènent une vie en autarcie, sauf pour les études où ils se rendent chez leur voisine Vivien, jusqu'à ce que l'odieux M. Price, propriétaire légitime du terrain et sorte de seigneur local, se présente. L'histoire change alors de dimension en ne s'intéressant plus seulement à cette famille, mais aux traitements injustes, cupides et horribles dont sont victimes les travailleurs et les locataires de Price. Les choses se compliquent alors sérieusement et préparent un dénouement brutal. J'ai été impressionné par ce premier roman de Fiona Mozley. L'écriture est très belle, elle évoque un monde barbare et enchanteur et réussit à être à la fois poétique et violente comme dans cette phrase qui décrit des hommes assistant à un combat de boxe brutal en pleine nature : « Un cercle d'hommes au-dessus d'un cercle de champignons dont le réseau s'étendait sous terre au-dessus de cercles de calcaires. » J'adore. le récit fait penser à un conte avec des éléments intemporels comme la vie en autarcie ou des personnages incroyables à la force presque mythique. Mais petit à petit, des détails viennent ancrer le récit dans notre époque contemporaine en continuum cependant avec l'ancien Elmet. Car on met rapidement en parallèle les deux époques, les conditions de vie des gens, leur pauvreté ou leur richesse, leur statut social de dominés ou de dominants. le procédé peut sembler facile, mais le côté « drame social réaliste » du roman a fonctionné pour moi. le rythme de la narration est plutôt lent au début pour s'accélérer ensuite. Les parenthèses dans le futur proche du narrateur sont intéressantes et installent une vraie tension dans le récit. Ce roman est aussi celui d'une histoire familiale racontée par un enfant plein de candeur avec des personnages archétypaux, néanmoins crédibles individuellement. L'entrée en jeu de M. Price sonne pour Daniel la fin de l'innocence, la fin de l'état de bonheur, comme dans un roman d'apprentissage. le personnage principal n'est cependant pour moi, ni le père, ni les enfants, mais bien la maison. Je ne sais pas combien de fois le mot est écrit et je ne serais pas surpris qu'il soit dans les plus fréquemment utilisés. le récit est très habité par cette idée de maison, sa construction, la protection qu'elle offre, la notion d'appartenance qu'elle sous-tend, la préparation de la nourriture, les tâches quotidiennes qui s'y déroulent et qui rythment la vie de famille. Elle est comme un nid dans la forêt, le centre de tout et l'enjeu des luttes familiales. Elle est construite sur un terrain abandonné, mais qui n'appartient plus à la famille. Cela renvoie au thème moral du droit au logement, qui, en soi, est très intéressant et actuel, mais qui aurait également pu être beaucoup mieux développé. Bien sûr, le logement doit être abordable, les salaires doivent être équitables, mais qui accepterait qu'une famille vienne construire une maison sur sa propriété ? Cette tension problématique et les forces qui poussent John et M. Price à agir comme ils le font auraient pu être explorées de manière plus approfondie. Cela n'altère en rien la réussite de Fiona Mozley dans ce premier roman et j'ai hâte de lire ce qu'elle écrira ensuite.
Merci à Babelio et à l'éditeur pour le livre offert dans le cadre d'une masse critique.
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