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EAN : 9782226244291
445 pages
Albin Michel (03/10/2012)
3.18/5   41 notes
Résumé :
Un jeune Hongrois de 27 ans, docteur en philosophie, dont nous ne saurons pas le nom, arrive à Paris en juin 1926 après un an d’études à Berlin. Il restera deux années en France, entre un Paris où ses points d’attache se résument à quelques cafés, cabarets et hôtels, et une Bretagne idyllique où l’entraîne une femme rencontrée à Montparnasse. Étranger à ce pays qui le fascine et le maltraite, étranger aux autres, étranger à lui-même, ce jeune homme sur le fil du ras... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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Sandor Marai nous offre avec Les étrangers un de ces plus beaux textes.
C'est le récit à la troisième personne d'un jeune hongrois docteur en philosophie qui arrive à Paris à la fin des années 20, après avoir passé une année à Berlin où il n'a pas fait grand chose.
Le livre est composé de deux parties, la première étant consacrée à sa vie dans le Paris des années folles où il croisera de nombreux artistes, étrangers pour la plupart d'entre eux. Notre personnage, dont nous ne connaîtrons ni le nom, ni le prénom, a rêvé de cette ville sans trop savoir ce qu'il était venu y chercher. Il vit au jour le jour dans des hôtels miteux, sans aucun projet, ni recherche d'activités. Il ne semble pas avoir prise sur les évènements et les rencontres. Il ne sait pas ce qu'il fait là mais il sait qu'il ne veut pas retourner en Hongrie, ni donner de nouvelles à sa famille.
Il est entre parenthèses, préoccupé essentiellement par la gestion de son maigre pécule dont il ne reste rien à la fin de la première partie.
Il se fait quelques vagues relations avec lesquelles il arpente les rues et les cafés de la capitale et rencontre une jeune femme, Eva, dont les mains, qu'il a l'impression de reconnaître, l'attirent, comme les siennes, il l'apprendra plus tard, ont attiré Eva.
Ce sont ces mains d'ailleurs qui, dans la deuxième partie, l'agrippent pour le faire monter dans un train en direction de la Bretagne.
Changement de décor : nous sommes dans le Finistère, en bord de mer, et le couple nouvellement formé vit une étrange liaison. Les corps se parlent dans des décors incandescents mais les mots sont absents.
Cet épisode fait l'objet des plus belles pages du livre : description de la maison des pêcheurs où ils vivent, fêtes champêtres, feu de forêt, journées sur le bateau de pêche ou baignades dans l'océan. Nous ressentons le ravissement de Marai découvrant cette nouvelle contrée.
Etranger à lui-même, aux autres, à sa maîtresse, au pays, le jeune hongrois comprendra qu'il est temps de retourner chez lui.
Magnifique roman d'apprentissage où le cheminement du personnage passe par l'inaction, le déphasage, l'absence à soi et aux autres.
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Etranger quelque part, étranger à soi-même, étranger l'un à l'autre... trois variations aux échos infinis sur l'identité illustrées par la quête personnelle d'un jeune hongrois venu s'installer à Paris en 1926. Il a 28 ans et on ignore son nom ; docteur en philosophie il arrive à Paris sans but déterminé, après un an passé à Berlin, et découvre la capitale française qui lui est parfaitement inconnue. Il y rencontre d'autres étrangers, comme lui, ou des compatriotes, connaissant des situations peu ou prou similaires à la sienne : Borsi, un sculpteur Hongrois, Vassilieff, un Russe originaire de Kazan. Ce sont eux, au début, qu'on identifie comme les étrangers. L'art, l'exil, le statut de l'étranger, l'identité, l'Europe, sont au coeur de leurs réflexions. Ces thèmes sont traités sans pathos, avec ironie, désinvolture presque. Tout au long de cette première partie, le jeune homme s'interroge sur la forme que pourrait ou devrait prendre son avenir, ici, ailleurs, ou "là-bas chez lui". Formule qu'il ressasse à l'envi quand il se sent exclus ou renvoyé à ses origines, reprise de la bouche même de l'un des rares Français, Emile, qu'il côtoie. "Là-bas chez eux" a expliqué un jour Emile en parlant de lui à Eva sa compagne, par opposition à "ici chez nous" bien évidemment. Les bouffées de xénophobie de la même Eva n'empêcheront d'ailleurs pas le jeune hongrois de la suivre plus tard en Bretagne. Des deux côtés : rejet et attirance.

On comprend bien vite que ce jeune homme, aussi fier que cérébral, se cherche lui-même dans la grande ville étrangère, décor de sensations et d'impressions nouvelles (la fête du 14 juillet, les rencontres inopinées), ville dépouillée de tout attribut touristique (ce pourrait être Vienne, Londres...) et lieu d'une introspection identitaire qui le rend également un peu étranger à lui-même : ses racines lui paraissent soudain incertaines et bien floues (on le prend même pour un Turc). D'où vient-il ? Où doit-il construire sa vie : à Gyarmat, à Budapest, ici ? Une lettre jamais envoyée à sa famille symbolise cet état de "stand-by". L'écriture est élégante et soignée et le récit a des accents fortement autobiographiques, très construit, trop peut-être, dans un style qui mêle l'ironie à la mélancolie et à la gravité. On retrouve l'ambiance cosmopolite du Paris de l'Entre-deux-guerres dans le quartier des artistes de Montparnasse au Dôme en particulier qu'il se plait à fréquenter le ramenant peut-être lui le Hongrois, pétri de culture allemande, au meilleur de cet esprit mitteleuropa que le traité de Versailles vient de bel et bien enterrer. Et seul finalement son passeport de citoyen du "Dôme" lui paraît acceptable. Quatre mois s'écoulent ainsi.

La deuxième partie est composée de trois chapitres dont le premier compte à lui seul deux cents pages plus personnelles sous forme de souvenirs : de retour à Paris, le jeune homme écrit et raconte un séjour de deux mois en Bretagne où il a suivi Eva qui a laissé tomber Emile. Mais l'histoire avec Eva a brusquement tourné court car celle-ci l'a quitté à son tour. Cette partie consacre en l'amplifiant, par la mise en abyme du récit retrospectif introduit dans le roman, la thématique identitaire première soulevée lors de son arrivée à Paris. Etranger il l'a été encore en Bretagne : un peu moins peut-être mais d'une autre manière qu'à Paris. Et il note avec toujours autant de distance et d'ironie que les étrangers, Anglais pour la plupart, en Bretagne, étaient des boucs-émissaires comme d'autres l'étaient à Paris (quand la forêt a brûlé on l'a expliqué par le fait d'avoir retrouvé des mégots anglais !). Mais ce qui frappe surtout dans son aventure hasardeuse avec Eva relatée rétrospectivement c'est l'incapacité grandissante de ces deux êtres à se trouver, chacun creusant un peu plus le fossé qui les rend doublement et définitivement étrangers l'un à l'autre. Ce déplacement du thème idenditaire sur le terrain de l'intimité amoureuse loin d'apporter une tonalité plus légère au roman en assombrit l'issue, toute relation semblant en définitive vouée à l'échec ou à l'étiolement chez ce jeune homme en transit que l'appel du "Dôme" rattrape à la fin dans une conclusion rapide et somme toute attendue.

Une lecture troublante que j'ai beaucoup aimée pour ce rapport à "l'étranger" triplement décliné et finement décrypté. Il est toujours salutaire de se voir dans le regard d'un autre même si le portrait du français dressé ici véhicule des clichés de buveur d'apéritifs variés et d'incorrigible mangeur d'ail dans lesquels on n'est pas obligé de se reconnaître.
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Un jeune Hongrois dans le Paris des années 20, abandonnant des études de philosophie qu'il a commencées à Berlin, choisit de vivre pendant plusieurs mois sans attaches, de chambres d'hôtels miteux en petits boulots, dans les cafés où traine une population d'artistes semi-oisive, fasciné par une ville à laquelle il reste malgré tout étranger.
Loin de sa famille à laquelle il n'a jamais dit qu'il était en France, il vit une année que l'on peut qualifier d'apprentissage, quasi clandestinement, mais conscient de pouvoir revenir en arrière à tout moment - c'est à dire rentrer chez lui.

De Paris, il va suivre une jeune femme en Bretagne, mais elle demeurera une énigme, jusqu'à ce qu'elle révèle sa véritable nature et ce qu'elle pense être son désir profond : épouser un Breton, un homme de sa région, de bonne famille, qui parle sa langue.
Il vit la vie d'un étranger certes, mais à aucun moment il ne semble éprouver le désir de s'installer, semblant étranger non seulement au pays, mais à la société. Et la liberté - même illusoire - que lui procure sa vie à Paris, il sait qu'il ne la retrouvera pas chez lui.

Un très beau roman de Sandor Marai, même si ce n'est pas celui que j'ai préféré, sur la jeunesse, l'exil, l'ambiguïté de l'homme pris entre le besoin d'enracinement et le désir de liberté, les plaisirs simples d'une vie sédentaire et l'impossibilité de mener l'existence d'un autre.
Comme au coeur de son propre pays une Bretonne à Paris reste nostalgique de sa Bretagne natale, un Russe le sera de sa Russie, un Hongrois de la Hongrie, mais avec en plus ce statut d'étranger, qui malgré le sentiment d'être Européen, d'appartenir à une même famille, les renverra malgré tout à leurs différences : leur langue, leur culture, leurs coutumes, les paysages qu'ils ont laissé derrière eux. Et à une difficile - bien que possible - intégration.
Le roman ne se conclut pas, une porte reste ouverte, vers la liberté, d'autres aventures pour celui qui, malgré sa nostalgie, s'est senti à l'étroit dans sa patrie d'origine...
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Quel bonheur cette lecture. Ou cette écriture. Car le plaisir est surtout dans l'écriture. Pas facile. Peu d'histoire.
Mais une musique, un rythme, des rappels, des solos, quelques sonates, un concerto... mais surtout une tonalité, qui s'apparente à une douceur, à une merveille des mots, bref, un livre dans lequel il est je pense nécessaire, pour en bénéficier, de se laisser aller bercer dans une langue extrêmement travaillée, finement, ciselée, riche, singulière, un phrasé mélodieux, drôle dans ses descriptions si précises, parfois répétitives mais pour un effet ironique et tout en dérision, bref, un livre qui m'a portée avec délices et bonheurs grâce à son écriture.
L'histoire ? maintenant ! le livre se présente en deux parties bien distinctes. Livre Premier et Livre Deuxième.

Tout le bien que je pense de ce livre se rapporte surtout au Livre Premier. La vie à Paris du jeune homme, les descriptions si détaillées, je les ai lues avec une véritable délectation, et elles n'ont pas beaucoup vieillies, alors qu'elles datent de 1926...
Le Livre Deuxième est de mon point de vie moins bien écrit et l'intérêt est moindre. Mais qu'importe.

L'oeuvre porte sur l'identité. Et l'auteur ne le savait pas, c'est un thème qui nous revient brûlant. Alors si, il le savait, lui, rescapé des boucheries, lui écoutant les discours européens, pan-européens (Aristide Briand, par exemple). Cette thématique, présente dans tout le livre, est très intéressante. En 1926, lui le Hongrois exilé à Paris y rencontre un citoyen du monde... qui dit, incidemment, "là-bas chez eux"... et à juste titre le jeune homme trainera longtemps ce "là-bas chez eux". Ce jeune homme se sentira toujours étranger, dans une Europe beaucoup plus européenne qu'on ne pense. Cette quête d'une identité nationale est pathétique chez l'auteur.
J'aime ce livre pour sa plume qui me rappelle celle de Thomas Bernhardt, entre autres, une plume complexe, mais qui ne prend pas le lecteur pour un bulot, et j'aime ce livre pour sa quête identitaire.
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Roman à résonance autobiographique "les étrangers" décrit le quotidien d'un jeune exilé hongrois à Paris à la fin des années folles. Mi-roman mi-journal ce texte mélange un peu les genres, dans une écriture serrée qui rend chaque description extrêmement précise et juste, où le pragmatisme l'emporte sur les considérations philosophiques et où les reflexions ne sont que la conséquence d'une expérience de vie assez désastreuse dans laquelle l'exil n'est ressenti qu'en négatif, en dépit du fait que le personnage a choisi de lui-même de venir à Paris. Tout cela produit une impression de malaise, en dépit du style admirable de l'auteur, et même parfois d'ennui, l'analyse des sentiments de l'exilé devenant assez répétitive au fil du récit. Hésitant sans cesse entre spleen et réalité, ce texte n'a ni la puissance d'écriture d'une Nina Berberova, ni son regard panoramique et implacable, et reste assez superficiel
Trop long, pas vraiment abouti, ce livre ne m'a pas vraiment convaincue, alors que j'avais été entièrement séduite par "la soeur".
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critiques presse (2)
NonFiction
07 août 2015
Les étrangers de Sandor Maraïest un livre où le héros n’a qu’un titre, celui de docteur en philosophie. Il est sans identité. Quelle écriture trouver pour parler de l’exil ? C’est la quête de ce roman.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Lexpress
09 janvier 2013
Etranger à une langue, étranger à une terre, étranger aux autres et à lui-même, le héros sans nom et sans ancrage de Márai aura beau rêver d'être un "citoyen du monde", il restera victime des préjugés de son époque. Victime, aussi, de ses propres illusions, sous le regard de plus en plus sombre de Márai, qui signe une version magyare du Spleen de Paris.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
"Le peuple" dansait, la ville s'ouvrait et l'on sentait partout l'odeur euphorique de l'Histoire. "Le peuple", pensa t-il, et maintenant qu'il en était si proche, il lui prit l'envie de sauter de la voiture. "Le peuple", éternellement leurré par le même appât trompeur, "le peuple" avait cent trente-sept ans, cent trente mille ans, et il dansait ici sur des podiums, en haillons et en célébration de la "Liberté", il tournoyait presque sagement, dans l'ivresse amère d'une naïve et triste bacchanale officiellement tolérée. Car tout ce qu'il voyait du taxi était bridé par une discipline implacable, la foule en tourbillon spectral, les guirlandes enluminées qui entrelaçaient la ville de leur scintillement bon marché et transformaient en cérémonial à l'eau de rose ce qui jadis avait été un bain de sang, un bal nocturne de sang et de corps démembrés et décapités - les boissons multicolores et la musique geignarde, tout cela s'organisait de façon civilisée, et la rue semblait domestiquée par une retenue morbide, une bienséance frémissant d'une vibration nerveuse issue des profondeurs.
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Certaines femmes possèdent le don, en exécutant un simple geste comme celui d'ôter leurs gants, de provoquer magiquement l'illusion d'un déshabillage total, dépouillant l'un après l'autre leurs doigts ensorceleurs de leur vêtement intime avec une liberté impudique pour que jaillisse enfin la chair. Alors le dos de la main se découvre entièrement, révélant sa nudité soignée et banale, la main elle-même s'étale sur la table, les doigts s'étirent et c'est comme si cette partie du corps mise à nu disait : eh bien, me voilà. La main qui s'était effeuillée ici et offerte en public était osseuse, un peu brutale, dotée de doigts d'une longueur moyenne, une main entretenue, laborieuse et obéissante, aux ongles coupés assez court.
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La salle des faits divers, songea-t-il, en suivant du regard la femme aux cheveux jaunes, se rappelant la rubrique des "Faits divers" du "Figaro", avec un souvenir aigu des formes typographiques, puis il posa son regard sur la rangée des lits. Tout ce que Paris avait écrasé, tabassé, tout ce qui avait été poignardé dans la poitrine et atteint au ventre par une balle, la nuit, le jour, était couché ici, les yeux vitreux, les visages de cire empreints d'une expression d'attente et d'une douloureuse attention - tout ce qui était résumé en deux lignes dans les journaux, avec le nom, l'âge et les faits. Ils se turent avec recueillement. Les faits divers se taisaient également, seuls quelques faibles gémissements sourds filtraient de derrière les paravents
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Combien de millions de Tchèques, de Roumains, de Bulgares, d'Albanais, de Serbes, de Russes, d'Italiens, d'Autrichiens, d'Espagnols, de Suédois, de Norvégiens et de Hongrois, en route pour Paris, avaient-ils ressenti, quelques heures avant leur arrivée, cette même perplexité et, installés dans leur compartiment, en regardant le paysage, avaient-ils tous éprouvé la même angoisse et la même incertitude, tous étrangers et tous membres d'une seule famille, compliquée et désunie : les Européens... Eh bien, quoi qu'il en soit, une famille malgré tout : même lointain et provincial, je suis de la famille, songea-t-il à présent.
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Peut-être cela faisait-il partie du charme de Paris que le voyageur sensible n'éprouve pas l'impression d'être un nouveau venu mais qu'il se mette d'emblée à vivre dans la ville comme s'il y était né et en était resté éloigné pendant longtemps.
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Avez-vous déjà vécu cette expérience terrible : quand l'amour entre en conflit avec l'amitié ? Mais savez-vous qu'il existe un roman formidable qui nous dit lequel de ces deux sentiments finit toujours par l'emporter ?
« Les braises », de Sandor Marai, c'est à lire au Livre de poche.
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