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EAN : 9782226244291
445 pages
Albin Michel (03/10/2012)
3.12/5   34 notes
Résumé :
Un jeune Hongrois de 27 ans, docteur en philosophie, dont nous ne saurons pas le nom, arrive à Paris en juin 1926 après un an d’études à Berlin. Il restera deux années en France, entre un Paris où ses points d’attache se résument à quelques cafés, cabarets et hôtels, et une Bretagne idyllique où l’entraîne une femme rencontrée à Montparnasse. Étranger à ce pays qui le fascine et le maltraite, étranger aux autres, étranger à lui-même, ce jeune homme sur le fil du ras... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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Alzie
  30 avril 2014
Etranger quelque part, étranger à soi-même, étranger l'un à l'autre... trois variations aux échos infinis sur l'identité illustrées par la quête personnelle d'un jeune hongrois venu s'installer à Paris en 1926. Il a 28 ans et on ignore son nom ; docteur en philosophie il arrive à Paris sans but déterminé, après un an passé à Berlin, et découvre la capitale française qui lui est parfaitement inconnue. Il y rencontre d'autres étrangers, comme lui, ou des compatriotes, connaissant des situations peu ou prou similaires à la sienne : Borsi, un sculpteur Hongrois, Vassilieff, un Russe originaire de Kazan. Ce sont eux, au début, qu'on identifie comme les étrangers. L'art, l'exil, le statut de l'étranger, l'identité, l'Europe, sont au coeur de leurs réflexions. Ces thèmes sont traités sans pathos, avec ironie, désinvolture presque. Tout au long de cette première partie, le jeune homme s'interroge sur la forme que pourrait ou devrait prendre son avenir, ici, ailleurs, ou "là-bas chez lui". Formule qu'il ressasse à l'envi quand il se sent exclus ou renvoyé à ses origines, reprise de la bouche même de l'un des rares Français, Emile, qu'il côtoie. "Là-bas chez eux" a expliqué un jour Emile en parlant de lui à Eva sa compagne, par opposition à "ici chez nous" bien évidemment. Les bouffées de xénophobie de la même Eva n'empêcheront d'ailleurs pas le jeune hongrois de la suivre plus tard en Bretagne. Des deux côtés : rejet et attirance.

On comprend bien vite que ce jeune homme, aussi fier que cérébral, se cherche lui-même dans la grande ville étrangère, décor de sensations et d'impressions nouvelles (la fête du 14 juillet, les rencontres inopinées), ville dépouillée de tout attribut touristique (ce pourrait être Vienne, Londres...) et lieu d'une introspection identitaire qui le rend également un peu étranger à lui-même : ses racines lui paraissent soudain incertaines et bien floues (on le prend même pour un Turc). D'où vient-il ? Où doit-il construire sa vie : à Gyarmat, à Budapest, ici ? Une lettre jamais envoyée à sa famille symbolise cet état de "stand-by". L'écriture est élégante et soignée et le récit a des accents fortement autobiographiques, très construit, trop peut-être, dans un style qui mêle l'ironie à la mélancolie et à la gravité. On retrouve l'ambiance cosmopolite du Paris de l'Entre-deux-guerres dans le quartier des artistes de Montparnasse au Dôme en particulier qu'il se plait à fréquenter le ramenant peut-être lui le Hongrois, pétri de culture allemande, au meilleur de cet esprit mitteleuropa que le traité de Versailles vient de bel et bien enterrer. Et seul finalement son passeport de citoyen du "Dôme" lui paraît acceptable. Quatre mois s'écoulent ainsi.
La deuxième partie est composée de trois chapitres dont le premier compte à lui seul deux cents pages plus personnelles sous forme de souvenirs : de retour à Paris, le jeune homme écrit et raconte un séjour de deux mois en Bretagne où il a suivi Eva qui a laissé tomber Emile. Mais l'histoire avec Eva a brusquement tourné court car celle-ci l'a quitté à son tour. Cette partie consacre en l'amplifiant, par la mise en abyme du récit retrospectif introduit dans le roman, la thématique identitaire première soulevée lors de son arrivée à Paris. Etranger il l'a été encore en Bretagne : un peu moins peut-être mais d'une autre manière qu'à Paris. Et il note avec toujours autant de distance et d'ironie que les étrangers, Anglais pour la plupart, en Bretagne, étaient des boucs-émissaires comme d'autres l'étaient à Paris (quand la forêt a brûlé on l'a expliqué par le fait d'avoir retrouvé des mégots anglais !). Mais ce qui frappe surtout dans son aventure hasardeuse avec Eva relatée rétrospectivement c'est l'incapacité grandissante de ces deux êtres à se trouver, chacun creusant un peu plus le fossé qui les rend doublement et définitivement étrangers l'un à l'autre. Ce déplacement du thème idenditaire sur le terrain de l'intimité amoureuse loin d'apporter une tonalité plus légère au roman en assombrit l'issue, toute relation semblant en définitive vouée à l'échec ou à l'étiolement chez ce jeune homme en transit que l'appel du "Dôme" rattrape à la fin dans une conclusion rapide et somme toute attendue.
Une lecture troublante que j'ai beaucoup aimée pour ce rapport à "l'étranger" triplement décliné et finement décrypté. Il est toujours salutaire de se voir dans le regard d'un autre même si le portrait du français dressé ici véhicule des clichés de buveur d'apéritifs variés et d'incorrigible mangeur d'ail dans lesquels on n'est pas obligé de se reconnaître.
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Fortuna
  10 septembre 2016
Un jeune Hongrois dans le Paris des années 20, abandonnant des études de philosophie qu'il a commencées à Berlin, choisit de vivre pendant plusieurs mois sans attaches, de chambres d'hôtels miteux en petits boulots, dans les cafés où traine une population d'artistes semi-oisive, fasciné par une ville à laquelle il reste malgré tout étranger.
Loin de sa famille à laquelle il n'a jamais dit qu'il était en France, il vit une année que l'on peut qualifier d'apprentissage, quasi clandestinement, mais conscient de pouvoir revenir en arrière à tout moment - c'est à dire rentrer chez lui.
De Paris, il va suivre une jeune femme en Bretagne, mais elle demeurera une énigme, jusqu'à ce qu'elle révèle sa véritable nature et ce qu'elle pense être son désir profond : épouser un Breton, un homme de sa région, de bonne famille, qui parle sa langue.
Il vit la vie d'un étranger certes, mais à aucun moment il ne semble éprouver le désir de s'installer, semblant étranger non seulement au pays, mais à la société. Et la liberté - même illusoire - que lui procure sa vie à Paris, il sait qu'il ne la retrouvera pas chez lui.
Un très beau roman de Sandor Marai, même si ce n'est pas celui que j'ai préféré, sur la jeunesse, l'exil, l'ambiguïté de l'homme pris entre le besoin d'enracinement et le désir de liberté, les plaisirs simples d'une vie sédentaire et l'impossibilité de mener l'existence d'un autre.
Comme au coeur de son propre pays une Bretonne à Paris reste nostalgique de sa Bretagne natale, un Russe le sera de sa Russie, un Hongrois de la Hongrie, mais avec en plus ce statut d'étranger, qui malgré le sentiment d'être Européen, d'appartenir à une même famille, les renverra malgré tout à leurs différences : leur langue, leur culture, leurs coutumes, les paysages qu'ils ont laissé derrière eux. Et à une difficile - bien que possible - intégration.
Le roman ne se conclut pas, une porte reste ouverte, vers la liberté, d'autres aventures pour celui qui, malgré sa nostalgie, s'est senti à l'étroit dans sa patrie d'origine...
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ASAI
  20 décembre 2020
Quel bonheur cette lecture. Ou cette écriture. Car le plaisir est surtout dans l'écriture. Pas facile. Peu d'histoire.
Mais une musique, un rythme, des rappels, des solos, quelques sonates, un concerto... mais surtout une tonalité, qui s'apparente à une douceur, à une merveille des mots, bref, un livre dans lequel il est je pense nécessaire, pour en bénéficier, de se laisser aller bercer dans une langue extrêmement travaillée, finement, ciselée, riche, singulière, un phrasé mélodieux, drôle dans ses descriptions si précises, parfois répétitives mais pour un effet ironique et tout en dérision, bref, un livre qui m'a portée avec délices et bonheurs grâce à son écriture.
L'histoire ? maintenant ! le livre se présente en deux parties bien distinctes. Livre Premier et Livre Deuxième.
Tout le bien que je pense de ce livre se rapporte surtout au Livre Premier. La vie à Paris du jeune homme, les descriptions si détaillées, je les ai lues avec une véritable délectation, et elles n'ont pas beaucoup vieillies, alors qu'elles datent de 1926...
Le Livre Deuxième est de mon point de vie moins bien écrit et l'intérêt est moindre. Mais qu'importe.
L'oeuvre porte sur l'identité. Et l'auteur ne le savait pas, c'est un thème qui nous revient brûlant. Alors si, il le savait, lui, rescapé des boucheries, lui écoutant les discours européens, pan-européens (Aristide Briand, par exemple). Cette thématique, présente dans tout le livre, est très intéressante. En 1926, lui le Hongrois exilé à Paris y rencontre un citoyen du monde... qui dit, incidemment, "là-bas chez eux"... et à juste titre le jeune homme trainera longtemps ce "là-bas chez eux". Ce jeune homme se sentira toujours étranger, dans une Europe beaucoup plus européenne qu'on ne pense. Cette quête d'une identité nationale est pathétique chez l'auteur.
J'aime ce livre pour sa plume qui me rappelle celle de Thomas Bernhardt, entre autres, une plume complexe, mais qui ne prend pas le lecteur pour un bulot, et j'aime ce livre pour sa quête identitaire.
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Cath36
  15 janvier 2013
Roman à résonance autobiographique "les étrangers" décrit le quotidien d'un jeune exilé hongrois à Paris à la fin des années folles. Mi-roman mi-journal ce texte mélange un peu les genres, dans une écriture serrée qui rend chaque description extrêmement précise et juste, où le pragmatisme l'emporte sur les considérations philosophiques et où les reflexions ne sont que la conséquence d'une expérience de vie assez désastreuse dans laquelle l'exil n'est ressenti qu'en négatif, en dépit du fait que le personnage a choisi de lui-même de venir à Paris. Tout cela produit une impression de malaise, en dépit du style admirable de l'auteur, et même parfois d'ennui, l'analyse des sentiments de l'exilé devenant assez répétitive au fil du récit. Hésitant sans cesse entre spleen et réalité, ce texte n'a ni la puissance d'écriture d'une Nina Berberova, ni son regard panoramique et implacable, et reste assez superficiel
Trop long, pas vraiment abouti, ce livre ne m'a pas vraiment convaincue, alors que j'avais été entièrement séduite par "la soeur".
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Melopee
  13 mars 2013
Nous sommes en 1926 et un jeune Hongrois de 26 ans, docteur en philosophie, décide de rejoindre Paris après une année d'études à Berlin. Il y est immigré fugitif car sa famille n'est pas au courant du voyage ni de sa précaire installation, sur un coup de tête, dans une vie de bohème. Il se choisit un petit hôtel plutôt miteux où les murs sont fins - le voisin est d'ailleurs particulièrement actif - et le ménage paraît douteux. Mais pour les intentions du narrateur, c'est tout ce qu'il y a de plus suffisant. Il flâne dans les rues parisiennes, sans but ni projet abouti car c'est en badaud rêveur qu'il flambe son maigre pécule à l'envi. Il voit s'écouler les jours dans une bienheureuse insouciance et c'est peut-être sa conception de la vie. Il est ailleurs et cet ailleurs, Paris, l'intrigue et le surprend chaque jour. Il laisse libre cours à cette vie désinvolte faite de rencontres - quoique ses "amis" soient aussi déracinés que lui-, d'observations et de remises en question.
La première partie du roman se concentre sur cette vie solitaire faite de déambulations et autres surprises journalières. Quant à la seconde partie, elle fait une large place au voyage vers Morlaix et Saint-Malo où le narrateur n'est pas tout seul puisqu'il se risque à la vie de couple. Paris demeure tout de même un personnage de premier ordre qui hante le jeune homme et le pousse à se dépasser : accepter des petits boulots pour survivre, être opportuniste pour se faire une place et ne pas perdre la face. Tout part de là et tout pourrait y revenir.
Je ne connaissais pas Sándor Márai mais ce roman-ci me l'aura fait découvrir et aimer. Quelle écriture classieuse et élégante ! Il y a quelque chose de délicieusement suranné et qui nous rend cette période fascinante du fait des décennies passées mais aussi de cet homme solitaire qui, tout au long du livre, est plus étranger qu'intégré à l'intelligentsia parisienne. On a de l'empathie pour lui car il doit y avoir deux mondes distincts dans sa tête, deux extrêmes qui le taraudent : la vie en Hongrie avec sa famille aimante et l'effervescence à la française enthousiasmante même si codée.
Il y a quelque part de la gravité dans le propos malgré l'indolence toute relative du narrateur. Cette tranche de vie peut sans doute piocher dans l'expérience de son auteur, car Sándor Márai y a lui-même vécu cinq ans. En a-t-il gardé quelques regrets ou interrogations ? La fascination s'est-elle mêlée à une sorte de résignation désabusée ?
Car l'étranger de Sándor Márai c'est non seulement son personnage sympathique mais c'est aussi, à n'en pas douter, un peu de lui-même.
Chapeau bas !
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critiques presse (2)
NonFiction   07 août 2015
Les étrangers de Sandor Maraïest un livre où le héros n’a qu’un titre, celui de docteur en philosophie. Il est sans identité. Quelle écriture trouver pour parler de l’exil ? C’est la quête de ce roman.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Lexpress   09 janvier 2013
Etranger à une langue, étranger à une terre, étranger aux autres et à lui-même, le héros sans nom et sans ancrage de Márai aura beau rêver d'être un "citoyen du monde", il restera victime des préjugés de son époque. Victime, aussi, de ses propres illusions, sous le regard de plus en plus sombre de Márai, qui signe une version magyare du Spleen de Paris.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
FortunaFortuna   07 septembre 2016
"Le peuple" dansait, la ville s'ouvrait et l'on sentait partout l'odeur euphorique de l'Histoire. "Le peuple", pensa t-il, et maintenant qu'il en était si proche, il lui prit l'envie de sauter de la voiture. "Le peuple", éternellement leurré par le même appât trompeur, "le peuple" avait cent trente-sept ans, cent trente mille ans, et il dansait ici sur des podiums, en haillons et en célébration de la "Liberté", il tournoyait presque sagement, dans l'ivresse amère d'une naïve et triste bacchanale officiellement tolérée. Car tout ce qu'il voyait du taxi était bridé par une discipline implacable, la foule en tourbillon spectral, les guirlandes enluminées qui entrelaçaient la ville de leur scintillement bon marché et transformaient en cérémonial à l'eau de rose ce qui jadis avait été un bain de sang, un bal nocturne de sang et de corps démembrés et décapités - les boissons multicolores et la musique geignarde, tout cela s'organisait de façon civilisée, et la rue semblait domestiquée par une retenue morbide, une bienséance frémissant d'une vibration nerveuse issue des profondeurs.
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FortunaFortuna   08 septembre 2016
La salle des faits divers, songea-t-il, en suivant du regard la femme aux cheveux jaunes, se rappelant la rubrique des "Faits divers" du "Figaro", avec un souvenir aigu des formes typographiques, puis il posa son regard sur la rangée des lits. Tout ce que Paris avait écrasé, tabassé, tout ce qui avait été poignardé dans la poitrine et atteint au ventre par une balle, la nuit, le jour, était couché ici, les yeux vitreux, les visages de cire empreints d'une expression d'attente et d'une douloureuse attention - tout ce qui était résumé en deux lignes dans les journaux, avec le nom, l'âge et les faits. Ils se turent avec recueillement. Les faits divers se taisaient également, seuls quelques faibles gémissements sourds filtraient de derrière les paravents
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AlzieAlzie   15 avril 2014
Combien de millions de Tchèques, de Roumains, de Bulgares, d'Albanais, de Serbes, de Russes, d'Italiens, d'Autrichiens, d'Espagnols, de Suédois, de Norvégiens et de Hongrois, en route pour Paris, avaient-ils ressenti, quelques heures avant leur arrivée, cette même perplexité et, installés dans leur compartiment, en regardant le paysage, avaient-ils tous éprouvé la même angoisse et la même incertitude, tous étrangers et tous membres d'une seule famille, compliquée et désunie : les Européens... Eh bien, quoi qu'il en soit, une famille malgré tout : même lointain et provincial, je suis de la famille, songea-t-il à présent.
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Cath36Cath36   14 janvier 2013
Peut-être cela faisait-il partie du charme de Paris que le voyageur sensible n'éprouve pas l'impression d'être un nouveau venu mais qu'il se mette d'emblée à vivre dans la ville comme s'il y était né et en était resté éloigné pendant longtemps.
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AlzieAlzie   27 avril 2014
Imaginez seulement ce qu'ils ont sur le dos quand ils décident de se mettre à peindre un tableau aujourd'hui : Clouet, Poussin, Ingres, Chardin, Delacroix, sans parler de Monet et Manet, ainsi que Courbet, Watteau, Lautrec, Fragonard et David, accessoirement Chassériau, Corot et je ne sais trop qui encore. Et de même quand ils s'installent pour écrire un livre, ils ont sur les bras trois douzaines de noms et ici, même les révolutions ont une forme et une tradition, on ne peut pas sauter comme ça sur une barricade mon vieux !
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Vidéo de Sándor Márai
Le 29 mars 2014, l'émission “Une vie, une oeuvre” diffusée tous les samedis sur France Culture, était consacrée à l'évocation de l'écrivain hongrois Sándor Márai (1900-1989). Par Laetitia Le Guay. Réalisation : Ghislaine David. Sándor Márai s’est imposé comme l’auteur hongrois le plus lu en France, avec des romans construits comme des thrillers, autour de secrets de famille, d’événements mystérieux du passé (“Premier Amour”, “Les Braises”, “L’héritage d’Esther”, “Les Mouettes”, “La Sœur”). L’ascendant d’un être sur un autre, les limites du langage, l’étrangeté de soi à soi-même et au monde sont des thématiques récurrentes d’un univers romanesque aux récits implacables ; univers à la violence sourde dont la psychanalyse n’est jamais très loin. La vie de Sándor Márai fut itinérante : européenne et quasi-vagabonde dans la jeunesse, pour fuir la Terreur Blanche de 1919 ; hongroise pendant vingt ans ; américaine et italienne après le passage de la Hongrie dans la sphère soviétique et le choix par Márai de l’exil. Au-delà des circonstances politiques, le voyage est un mode d’être pour Sándor Márai, « une appréhension sensuelle du monde », écrit-il dans son “Journal”, « peut-etre la seule vraie passion de ma vie».». De plus en plus solitaire et difficile matériellement, mais fertile sur le plan littéraire, l’exil mènera Márai de New York à Salerne, en Italie, puis en Californie où il se donnera la mort à 89 ans, quelques mois avant la chute du mur de Berlin. Témoin de la disparition du monde du 19e siècle, observateur du destin d’une Europe malmenée par le fascisme puis le stalinisme, Márai médite de livre en livre (“Libération”, “Mémoire de Hongrie”, “Journal”), sur les totalitarismes et l’humain, dans une écriture limpide qui, au fil des années, se condense, pour devenir de plus en personnelle, fragmentaire, poétique. Il reste l’une des grandes voix de la Mitteleuropa, aux côtés de Stefan Zweig ou Thomas Mann qu’il admirait.
Avec la participation de :
Balázs Ablonczy, historien, directeur de l’Institut hongrois de Paris François Giraud, auteur du blog http://sandor-marai.blogspot.com Catherine Faye et Georges Kassai, traducteurs de Sándor Márai en français Gabrielle Napoli, collaboratrice à la Quinzaine littéraire András Kányádi, maître de conférences à l'Inalco, qui a publié sous sa direction “La Fortune littéraire de Sandor Marai” (collectif), Edition des Syrtes, 2012 Daniel Rondeau, écrivain, journaliste, diplomate Ibolya Virág, éditrice, traductrice, spécialiste de littérature hongroise Textes lus par Vincent Németh (ces textes de Sándor Márai sont tirés de) : “Les Confessions d'un bourgeois” “Les étrangers” “Journal” “Ciel et Terre”
Thèmes : Hongrie| 20e siècle| Littérature Etrangère| Presse Ecrite| Daniel Rondeau| András Kányádi| Sándor Márai
Source : France Culture
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