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ISBN : 2226244298
Éditeur : Albin Michel (03/10/2012)

Note moyenne : 3.13/5 (sur 26 notes)
Résumé :
Un jeune Hongrois de 27 ans, docteur en philosophie, dont nous ne saurons pas le nom, arrive à Paris en juin 1926 après un an d’études à Berlin. Il restera deux années en France, entre un Paris où ses points d’attache se résument à quelques cafés, cabarets et hôtels, et une Bretagne idyllique où l’entraîne une femme rencontrée à Montparnasse. Etranger à ce pays qui le fascine et le maltraite, étranger aux autres, étranger à lui-même, ce jeune homme sur le fil du ras... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Fortuna
10 septembre 2016
Un jeune Hongrois dans le Paris des années 20, abandonnant des études de philosophie qu'il a commencées à Berlin, choisit de vivre pendant plusieurs mois sans attaches, de chambres d'hôtels miteux en petits boulots, dans les cafés où traine une population d'artistes semi-oisive, fasciné par une ville à laquelle il reste malgré tout étranger.
Loin de sa famille à laquelle il n'a jamais dit qu'il était en France, il vit une année que l'on peut qualifier d'apprentissage, quasi clandestinement, mais conscient de pouvoir revenir en arrière à tout moment - c'est à dire rentrer chez lui.
De Paris, il va suivre une jeune femme en Bretagne, mais elle demeurera une énigme, jusqu'à ce qu'elle révèle sa véritable nature et ce qu'elle pense être son désir profond : épouser un Breton, un homme de sa région, de bonne famille, qui parle sa langue.
Il vit la vie d'un étranger certes, mais à aucun moment il ne semble éprouver le désir de s'installer, semblant étranger non seulement au pays, mais à la société. Et la liberté - même illusoire - que lui procure sa vie à Paris, il sait qu'il ne la retrouvera pas chez lui.
Un très beau roman de Sandor Marai, même si ce n'est pas celui que j'ai préféré, sur la jeunesse, l'exil, l'ambiguïté de l'homme pris entre le besoin d'enracinement et le désir de liberté, les plaisirs simples d'une vie sédentaire et l'impossibilité de mener l'existence d'un autre.
Comme au coeur de son propre pays une Bretonne à Paris reste nostalgique de sa Bretagne natale, un Russe le sera de sa Russie, un Hongrois de la Hongrie, mais avec en plus ce statut d'étranger, qui malgré le sentiment d'être Européen, d'appartenir à une même famille, les renverra malgré tout à leurs différences : leur langue, leur culture, leurs coutumes, les paysages qu'ils ont laissé derrière eux. Et à une difficile - bien que possible - intégration.
Le roman ne se conclut pas, une porte reste ouverte, vers la liberté, d'autres aventures pour celui qui, malgré sa nostalgie, s'est senti à l'étroit dans sa patrie d'origine...
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Alzie
30 avril 2014
Etranger quelque part, étranger à soi-même, étranger l'un à l'autre... trois variations autour d'une quête identitaire aux échos infinis.
En 1926, un jeune Hongrois de 28 ans, dont on ignore le nom, docteur en philosophie, s'installe à Paris sans but déterminé, après un an passé à Berlin, et découvre une ville qui lui est parfaitement inconnue. Il y rencontre d'autres étrangers, comme lui, ou des compatriotes, connaissant des situations peu ou prou similaires à la sienne : Borsi, un sculpteur Hongrois, Vassilieff, un Russe originaire de Kazan. Ce sont eux, au début, qu'on identifie comme les étrangers. L'art, l'exil, le statut de l'étranger, l'identité, l'Europe, sont au coeur de leurs réflexions. Ces thèmes sont traités sans pathos, avec ironie et désinvolture presque. Tout au long de cette première partie, le jeune homme s'interroge sur la forme que pourrait ou devrait prendre son avenir, ici, ailleurs, ou là-bas chez lui. Cette dernière formule étant reprise de la bouche même de l'un des rares Français, Emile, qu'il côtoie, la ressassant à l'envi quand il se sent exclus ou renvoyé à ses origines : "Là-bas chez eux", explique un jour Emile à Eva, sa compagne, par opposition à ici chez nous, bien évidemment. Les bouffées de xénophobie de cette même Eva, n'empêcheront d'ailleurs pas le jeune hongrois de la suivre plus tard en Bretagne. Des deux côtés, rejet et attirance.

On comprend bien vite que ce jeune homme, aussi fier que cérébral, se cherche lui-même dans la grande ville étrangère, décor de sensations et d'impressions nouvelles (la fête du 14 juillet, les rencontres inopinées), ville dépouillée de tout attribut touristique (ce pourrait être Vienne, Londres...) et lieu d'une introspection identitaire qui le rend également un peu étranger à lui-même : ses racines lui paraissent soudain incertaines et bien floues (on le prend même pour un Turc). D'où vient-il ? Où doit-il construire sa vie : à Gyarmat, à Budapest, ici ? Une lettre jamais envoyée à sa famille symbolise son état de "stand-by".
L'écriture est élégante et soignée et le récit a des accents fortement autobiographiques, très construit, trop peut-être, dans un style qui mêle l'ironie à la mélancolie et à la gravité. On retrouve l'ambiance cosmopolite, interlope du Paris de l'entre-deux guerres, ainsi que le quartier des artistes de Montparnasse qu'il se plait à fréquenter lui rappelant peut-être, à lui le Hongrois pétri de culture allemande, le meilleur de cet esprit mitteleuropa que le traité de Versailles vient de bel et bien enterrer. Seul le passeport de citoyen du "Dôme" semble lui convenir et quatre mois s'écoulent ainsi.
La deuxième partie est composée de trois chapitres dont le premier qui compte deux cents pages plus personnelles sous forme de souvenirs : de retour à Paris, le jeune homme écrit et raconte son séjour de deux mois en Bretagne où il a suivi Eva, qui a laissé tomber Emile. L'histoire a tourné court lorsque Eva l'a quitté brusquement à son tour, à l'issue de cette aventure bretonne étrange. Cette partie consacre en la renforçant, et en la déplaçant, la variation première, entamée lors de son immersion à Paris, sur sa propre quête identitaire. Etranger, en Bretagne il l'est encore, un peu moins peut-être certes ici, mais d'une autre manière qu'à Paris et il note avec toujours autant de distance et d'ironie que les étrangers d'ici, Anglais pour la plupart, sont des boucs-émissaires comme d'autres à Paris (la forêt qui brûle est certainement le fait de mégots anglais nettement plus désinvoltes et plus inflammables que les mégots français). Mais ce qui frappe surtout c'est, au-delà de leur rencontre hasardeuse, l'incapacité grandissante de ces deux êtres à se trouver, creusant chacun un peu plus de son côté le fossé qui va les rendre doublement et définitivement étrangers l'un à l'autre. Ce déplacement du thème sur le terrain de l'intimité amoureuse achève de donner à ce roman une tonalité très pessimiste, voire funèbre. L'appel du "Dôme" fera le reste dans une conclusion rapide et somme toute attendue.
Une lecture troublante que j'ai aimée : il est salutaire de se voir dans le regard d'un étranger, même si je trouve les Français trop réduits ici à ce qu'ils sont probablement aussi : des buveurs d'apéritifs très variés et d'incorrigibles mangeurs d'ail.
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Cath36
15 janvier 2013
Roman à résonance autobiographique "les étrangers" décrit le quotidien d'un jeune exilé hongrois à Paris à la fin des années folles. Mi-roman mi-journal ce texte mélange un peu les genres, dans une écriture serrée qui rend chaque description extrêmement précise et juste, où le pragmatisme l'emporte sur les considérations philosophiques et où les reflexions ne sont que la conséquence d'une expérience de vie assez désastreuse dans laquelle l'exil n'est ressenti qu'en négatif, en dépit du fait que le personnage a choisi de lui-même de venir à Paris. Tout cela produit une impression de malaise, en dépit du style admirable de l'auteur, et même parfois d'ennui, l'analyse des sentiments de l'exilé devenant assez répétitive au fil du récit. Hésitant sans cesse entre spleen et réalité, ce texte n'a ni la puissance d'écriture d'une Nina Berberova, ni son regard panoramique et implacable, et reste assez superficiel
Trop long, pas vraiment abouti, ce livre ne m'a pas vraiment convaincue, alors que j'avais été entièrement séduite par "la soeur".
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Melopee
13 mars 2013
Nous sommes en 1926 et un jeune Hongrois de 26 ans, docteur en philosophie, décide de rejoindre Paris après une année d'études à Berlin. Il y est immigré fugitif car sa famille n'est pas au courant du voyage ni de sa précaire installation, sur un coup de tête, dans une vie de bohème. Il se choisit un petit hôtel plutôt miteux où les murs sont fins - le voisin est d'ailleurs particulièrement actif - et le ménage paraît douteux. Mais pour les intentions du narrateur, c'est tout ce qu'il y a de plus suffisant. Il flâne dans les rues parisiennes, sans but ni projet abouti car c'est en badaud rêveur qu'il flambe son maigre pécule à l'envi. Il voit s'écouler les jours dans une bienheureuse insouciance et c'est peut-être sa conception de la vie. Il est ailleurs et cet ailleurs, Paris, l'intrigue et le surprend chaque jour. Il laisse libre cours à cette vie désinvolte faite de rencontres - quoique ses "amis" soient aussi déracinés que lui-, d'observations et de remises en question.
La première partie du roman se concentre sur cette vie solitaire faite de déambulations et autres surprises journalières. Quant à la seconde partie, elle fait une large place au voyage vers Morlaix et Saint-Malo où le narrateur n'est pas tout seul puisqu'il se risque à la vie de couple. Paris demeure tout de même un personnage de premier ordre qui hante le jeune homme et le pousse à se dépasser : accepter des petits boulots pour survivre, être opportuniste pour se faire une place et ne pas perdre la face. Tout part de là et tout pourrait y revenir.
Je ne connaissais pas Sándor Márai mais ce roman-ci me l'aura fait découvrir et aimer. Quelle écriture classieuse et élégante ! Il y a quelque chose de délicieusement suranné et qui nous rend cette période fascinante du fait des décennies passées mais aussi de cet homme solitaire qui, tout au long du livre, est plus étranger qu'intégré à l'intelligentsia parisienne. On a de l'empathie pour lui car il doit y avoir deux mondes distincts dans sa tête, deux extrêmes qui le taraudent : la vie en Hongrie avec sa famille aimante et l'effervescence à la française enthousiasmante même si codée.
Il y a quelque part de la gravité dans le propos malgré l'indolence toute relative du narrateur. Cette tranche de vie peut sans doute piocher dans l'expérience de son auteur, car Sándor Márai y a lui-même vécu cinq ans. En a-t-il gardé quelques regrets ou interrogations ? La fascination s'est-elle mêlée à une sorte de résignation désabusée ?
Car l'étranger de Sándor Márai c'est non seulement son personnage sympathique mais c'est aussi, à n'en pas douter, un peu de lui-même.
Chapeau bas !
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Gwordia
01 octobre 2012
Ayant constaté en librairie la prescription scolaire récurrente du titre Les Braises, j'étais très curieuse de découvrir cet auteur. Adulé dans son pays dans les années trente puis oublié et interdit après 1948, Sándor Márai s'exile en Europe puis en Californie où il se suicide en 1989. Son oeuvre a été redécouverte dans les années 1990 et l'écrivain jouit désormais d'une reconnaissance remarquable : il est considéré comme faisant partie du patrimoine littéraire européen du XXe siècle.
Initialement publié en 1931, le roman initiatique Les Étrangers n'avait jusqu'alors jamais été traduit en français. Il compte parmi les plus importants de l'oeuvre de Márai et appartient à la veine de ses romans d'inspiration directement autobiographique. Ceux qui le liront entièrement découvriront apparemment une fabuleuse fresque de Paris où l'auteur a vécu 5 ans juste avant de l'écrire et retrouveront le thème cher à l'auteur de l'exil, aussi bien géographique qu'intérieur.
Pour ma part, impossible d'apprécier le style, pas plus que le personnage. L'écriture m'est apparue confuse, absconse. Abandon en page 46.
Lien : http://gwordia.hautetfort.co..
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Les critiques presse (2)
NonFiction07 août 2015
Les étrangers de Sandor Maraïest un livre où le héros n’a qu’un titre, celui de docteur en philosophie. Il est sans identité. Quelle écriture trouver pour parler de l’exil ? C’est la quête de ce roman.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Lexpress09 janvier 2013
Etranger à une langue, étranger à une terre, étranger aux autres et à lui-même, le héros sans nom et sans ancrage de Márai aura beau rêver d'être un "citoyen du monde", il restera victime des préjugés de son époque. Victime, aussi, de ses propres illusions, sous le regard de plus en plus sombre de Márai, qui signe une version magyare du Spleen de Paris.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations & extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
FortunaFortuna07 septembre 2016
"Le peuple" dansait, la ville s'ouvrait et l'on sentait partout l'odeur euphorique de l'Histoire. "Le peuple", pensa t-il, et maintenant qu'il en était si proche, il lui prit l'envie de sauter de la voiture. "Le peuple", éternellement leurré par le même appât trompeur, "le peuple" avait cent trente-sept ans, cent trente mille ans, et il dansait ici sur des podiums, en haillons et en célébration de la "Liberté", il tournoyait presque sagement, dans l'ivresse amère d'une naïve et triste bacchanale officiellement tolérée. Car tout ce qu'il voyait du taxi était bridé par une discipline implacable, la foule en tourbillon spectral, les guirlandes enluminées qui entrelaçaient la ville de leur scintillement bon marché et transformaient en cérémonial à l'eau de rose ce qui jadis avait été un bain de sang, un bal nocturne de sang et de corps démembrés et décapités - les boissons multicolores et la musique geignarde, tout cela s'organisait de façon civilisée, et la rue semblait domestiquée par une retenue morbide, une bienséance frémissant d'une vibration nerveuse issue des profondeurs.
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FortunaFortuna08 septembre 2016
La salle des faits divers, songea-t-il, en suivant du regard la femme aux cheveux jaunes, se rappelant la rubrique des "Faits divers" du "Figaro", avec un souvenir aigu des formes typographiques, puis il posa son regard sur la rangée des lits. Tout ce que Paris avait écrasé, tabassé, tout ce qui avait été poignardé dans la poitrine et atteint au ventre par une balle, la nuit, le jour, était couché ici, les yeux vitreux, les visages de cire empreints d'une expression d'attente et d'une douloureuse attention - tout ce qui était résumé en deux lignes dans les journaux, avec le nom, l'âge et les faits. Ils se turent avec recueillement. Les faits divers se taisaient également, seuls quelques faibles gémissements sourds filtraient de derrière les paravents
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AlzieAlzie15 avril 2014
Combien de millions de Tchèques, de Roumains, de Bulgares, d'Albanais, de Serbes, de Russes, d'Italiens, d'Autrichiens, d'Espagnols, de Suédois, de Norvégiens et de Hongrois, en route pour Paris, avaient-ils ressenti, quelques heures avant leur arrivée, cette même perplexité et, installés dans leur compartiment, en regardant le paysage, avaient-ils tous éprouvé la même angoisse et la même incertitude, tous étrangers et tous membres d'une seule famille, compliquée et désunie : les Européens... Eh bien, quoi qu'il en soit, une famille malgré tout : même lointain et provincial, je suis de la famille, songea-t-il à présent.
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Cath36Cath3614 janvier 2013
Peut-être cela faisait-il partie du charme de Paris que le voyageur sensible n'éprouve pas l'impression d'être un nouveau venu mais qu'il se mette d'emblée à vivre dans la ville comme s'il y était né et en était resté éloigné pendant longtemps.
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Cath36Cath3615 janvier 2013
Il existe un ordre supérieur, Kant, la loi, les étoiles dans le ciel. C'est à cela que je pense, moi aussi. Je pense qu'il faut rester fidèle à notre boussole interne et que nous devons suivre notre direction quoi qu'il advienne. Je ne sais pas qui je suis. Je ne sais pas ce qui m'arrivera. Le métier ? Ce n'est pas si important, il y en a tant. Qu'on soit chapelier, vendeur de parapluies ou professeur duniversité, finalement on vit de quelque chose .Moi c'est autre chose qui m'intéresse. J'aimerai savoir qui je suis.
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L' émission "Un livre toujours" vous présente «Les Grands Romans» de Sandor Marai, publié au Livre de Poche (collection Pochothèque).
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