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Critique de Sharon


Sharon
  13 juillet 2014
Connaissez-vous bien la littérature grecque ? Non ? Moi non plus. Jusqu'à ce que je sorte ce livre de ma PAL, le seul auteur grec que j'avais lu était Homère. Alors un auteur de romans policiers grecs… N'en parlons pas.
Quant à l'histoire de la Grèce contemporaine, elle est encore plus inconnue à mes yeux que ses auteurs et si l'on évoque ce pays de nos jours, on pense à sa "crise", on pense peu à la junte militaire qui a pris le pouvoir dans les années 70 et à la chute de la royauté (à moins d'avoir lu la BD Mafalda de Quino).
Charitos, pourtant, s'en souvient, lui qui a fait ses premières armes en tant que gardien de la Bouboulina, prison dans laquelle les prisonniers politiques, ceux que l'on soupçonnait d'attentats, étaient enfermés et interrogés. Je vous laisse deviner comment ils étaient interrogés, les personnages se montrent pudiques sur ce qu'ils ont vécu, plutôt sur ce qu'ils ont enduré, et dont ils portent encore les marques – pour certains.
Le célèbre homme d'affaire qui s'est suicidé en direct est passé par cette prison, tout comme l'homme politique intègre qui, à son tour, se suicidera de manière spectaculaire devant les caméras. Une dérive de la télé-spectacle ? Certains ne sont pas loin de le penser. Un chantage ? Difficile de trouver un coupable dans un crime dont le meurtrier est aussi la victime. Mais quand deux ouvriers kurdes sont assassinés, l'affaire prend une autre dimension.
La Grèce est (déjà) en crise pendant que se construit le village olympique. le taux de chômage est important, et comme souvent dans ces cas-là, la solution est radicale : c'est la faute des étrangers qui viennent travailler en Grèce et prennent le travail des honnêtes ouvriers grecs. D'un côté, certains veulent les renvoyer chez eux (refrain connu ici aussi), de l'autre d'autres veulent les intégrer, enseigner leur langue, leur culture dans les écoles primaires. Il n'en faut pas plus non pas pour mettre le feu aux poudres, mais pour donner du grain à moudre aux enquêteurs.
Sauf que l'enquêteur, Charitos, est bien mal en point. Après avoir joué les héros, passé des heures au bloc opératoire, des jours aux soins intensifs, il est maintenant en convalescence, sous la férule de sa femme Adriani qui, pour une fois dans leur vie de couple, a la mainmise sur l'emploi du temps de son mari. Aussi, quand son chef, Guikas, dépassé par l'incompétence olympique du remplaçant de Charitos, lui demande d'enquêter officieusement, il accepte immédiatement.
Et enquêter officieusement, c'est presque aussi facile que d'enquêter officiellement – le passage de l'un à l'autre, quand les bourdes seront trop manifestes, se feront dans la douceur. Il faut dire que Charitos enquête sur des morts, et non sur des malversations financières, des comptes en Suisse ou dans les Balkans. Là, il aurait vraiment du mal à tirer des informations des personnes qu'il interroge ! Comme auxiliaire, il peut compter sur Koula, secrétaire de direction qui aspire à mieux et n'a aucune illusion sur les hommes : Dans les milieux que je fréquente, personnel et professionnel, quand les hommes flairent une femme intelligente, ils prennent leurs jambes à leur cou. Si je veux la jouer brillante, je vais finir vieille fille.Les hommes préfèrent la sécurité que leur procure une courge pour avoir l'esprit tranquille. Il peut aussi compter sur une fidèle trentenaire : sa Fiat. Il peut compter sur elle pour l'emmener aux quatre coins d'Athènes, et je ne vous cache pas que les nombreuses pages consacrées aux travaux, aux embouteillages, aux difficultés de circulation en tout genre sont parfois ennuyeuses, mais nécessaires pour montrer la vie quotidienne en Grèce.
Et le résultat de l'enquête, me direz-vous ? Il est aussi complexe que le problème que Charitos a dû résoudre, et ce n'est pas peu dire.
Lien : http://deslivresetsharon.wor..
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