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EAN : 9782070777259
176 pages
Éditeur : Gallimard (02/03/2006)

Note moyenne : 4.15/5 (sur 51 notes)
Résumé :

Quiconque visite le Rwanda est saisi par la beauté de son paysage, mais il est aussi effaré par la violence de son histoire post-coloniale.

Tout se passe comme si le bien et le mal irrémédiablement inséparables avaient scellé sous ses mille et une collines un pacte d'amitié. Il y a d'un côté les collines ; il y a, de l'autre, le million de crânes qui les jonchent. Mais ce qui prédomine, dans ce récit, c'est le remords des survivants, qui se t... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
AMR_La_Pirate
  03 mars 2017
Un peu d'histoire…
Au Rwanda cohabitent trois grands groupes ethniques, les éleveurs Tutsis, les agriculteurs Hutus et les artisans Twas. Ce pays a d'abord été colonisé par l'Allemagne sous administration Tutsi, puis par la Belgique et à ce titre a été rattaché au Congo Belge. En 1962, les Hutus proclament l'indépendance du Rwanda, chassent et déportent les Tutsis. Juvénal Habyarimana devient président après un coup d'état. Les Tutsis exilés fondent le Front Patriotique Rwandais (F.P.R.) qui cherche à renverser ce président hutu : une véritable guerre civile éclate et le président est assassiné en avril 1994 ; plus de huit cent mille tutsis et hutus modérés sont alors massacrés entre avril et juillet 1994 malgré les interventions de l'O.N.U dont l'opération Turquoise française. En juillet 1994, Paul Kagamé leader du F.P.R. devient vice-président puis président de la république en 2000, faisant adopter une nouvelle constitution
Dans ce récit autobiographique, publié en 2006, il s'agit bien pour l'auteure de mettre des mots, ses mots à elle, sur des morts afin qu'ils ne soient pas oubliés ; il s'agit aussi de répondre par des mots, ses propres mots, à cette insulte trop souvent reçue, « inyenzi », « cafard », du nom de cet insecte considéré comme nuisible et invasif, malodorant, habile à se cacher, honni entre tous, synonyme de paria, de pestiféré… C'est tout le pouvoir de catharsis de la littérature qui est ici convoqué, pour dire l'indicible des déplacements de populations des années soixante, puis du génocide de 1994. Nous entrons dans un livre terrible où « les mots sont sans émotion, glacés par la mort ».
Dès sa plus tendre enfance, l'auteure a connu la violence des conflits ethniques et les déplacements de populations ; elle nous les décrit à la fois à partir de son point de vue de petite fille dans une langue épurée, d'une émouvante efficacité et avec le recul de la femme de cinquante ans, en proie a de terribles cauchemars récurrents, qui témoigne et, par là, se révèle dans une posture d'écrivain au service de la mémoire et du souvenir des victimes.
Mukasonga a à peine trois ans quand « l'engrenage du génocide » commence : elle connaît l'exclusion et la déportation dans des zones de brousse, véritables ghettos, puis la persécution violente et meurtrière. Dans les années soixante, en pleine période de terreur militaire, cette petite fille a vu en allant chercher de l'eau « les corps ligotés des victimes qui agonisaient lentement dans les eaux basses du lac » et a du subir les crachats, les coups, les insultes et les menaces de jeunes miliciens à peine plus âgés qu'elle, chargés « d'humilier et de terroriser une population sans défense ».
À douze ans, sa réussite à l'examen national, inespéré à cause des quotas ethniques, lui permet d'intégrer l'enseignement secondaire, mais elle doit quitter sa famille et entrer « dans un autre monde », toujours victime d'humiliation et de rejet. Les rares Tutsis admises au lycée doivent être parmi les meilleures et travailler pour cela nuit et jour : les bons résultats sont leur seule protection mais elles sont prises en grippe, toujours traitées de cafards et doivent se mettre au service des autres élèves.
Quand Mukasonga est admise à l'école d'assistante sociale, il n'y a que six Tutsies sur la trentaine d'élèves de première année et « les signes avant-coureurs et l'accumulation inexorable des menaces » augmentent encore ; elle a choisi ce métier « pour rester près de la terre, des paysans », sans imaginer alors qu'elle exercerait cette profession en France. Chassée de cette école, sauvée in extrémis, elle s'enfuit au Burundi avec un de ses frères, pour avoir la possibilité ou la chance de continuer leurs études : « et surtout, les parents ne savaient comment le dire, il fallait au moins que quelques uns survivent, gardent la mémoire, que la famille, ailleurs, puisse continuer ». Comment imaginer le dilemme d'une famille qui doit choisir qui va partir et qui devra rester, qui va devoir « vivre au nom de tous »?
La déplacée, l'humiliée, la rejetée devient alors une exilée, une réfugiée, avec d'autres Rwandais, Tutsis et aussi Hutus modérés, « victimes de la même folie ethnique ». Elle parvient à exercer la profession d'assistante sociale pour des projets de l'UNICEF : elle épouse un français avec qui elle a deux enfants. Sa vie se construit loin de « l'inguérissable blessure » du Rwanda, pays toujours interdit pour les Tutsis.
L'horreur du génocide de 1994 est indicible. La lecture du chapitre XIII est difficile ; on n'en sort pas indemne, mais on continue de lire ces passages insoutenables par respect pour ceux qui les ont vécus et parce que Mukasonga leur donne un « tombeau de papier » sur lequel nous devons nous recueillir. le pèlerinage final est un appel de ces morts sans sépulture, de ces cadavres abandonnés, de ces ossements dispersés, les trente-sept membres de la famille de Mukasonga et tous les autres, qui ne sont plus que des noms dans le souvenir, qu'une foule anonyme. le pèlerinage final est aussi une confrontation avec les assassins, qui ne se sont pas contentés d'écraser les inyenzi, les cafards, mais qui a pris plaisir à leur agonie ; ce plaisir immonde est au-delà de la capacité du pardon.
Lire ou relire ce livre à la lumière de la réouverture en novembre 2016 de l'enquête judiciaire sur l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du président rwandais Habyarimana nous remet, plus de vingt après, face au génocide perpétré par les Hutus contre les Tutsis et nous pousse à nous interroger : deux ethnies différentes ou deux groupes, deux clans d'un même peuple ? Que dire des familles mixtes ? Quelle part de responsabilité des colonisateurs ?
Il ne faut pas perdre de vue que Hutus et Tutsis parlaient la même langue, avaient les mêmes pratiques religieuses et vivaient en harmonie quand les colonisateurs européens, allemands puis belges, sont arrivés au Rwanda à la fin du XIXème siècle. Les politiques coloniales ont alors tout fait pour diviser les différents groupes, exagérant les différences raciales (nez trop étroit, cheveux trop abondants, peau trop claire) et institutionnalisant les clivages…
L'homme est le pire ennemi de l'homme : quel terrible constat ! Comment donner du sens à cette horreur ? Comment continuer à vivre et à avancer dans une telle Histoire ? L'apaisement n'est possible que dans un retour aux origines, aux traditions orales d'avant « la parole d'oppression des missionnaires », au plus intime consigné dans le cahier d'écolier de Mukasonga, dans une forme de poésie et de merveilleux de l'ancienne Afrique, celle qui véhiculait une altérité vraie entre faune, flore et humanité.
Il faut lire Mukasonga.
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bina
  23 janvier 2015
Les cafards doivent être éradiqués, c'est à ce titre que les tutsi furent massacrés.
Inyenzi ou les cafards est le premier titre écrit par Scholastique Mukasonga. C'est un livre témoignage, hommage à ses morts, 37 membres de sa famille (père, mère, frère, soeurs, beaux-frères, belle-soeur, neveux et nièces) ayant été massacrés en 1994 au Rwanda, pour le seul motif qu'ils étaient tutsi dans un pays dominé par les hutu. Ils avaient une volonté d'éradication systématique des tutsi, au même titre que les cafards.
Enfant, adolescente, jeune femme, Scholastique Mukasonga a toujours connu les suspicions, la fuite et la crainte pour des raisons ethniques. Jusqu'à sa fuite au Burundi avec son frère, laissant le reste de sa famille sur place. Son père voulait que ses enfants s'en sortent par le haut, par les études, c'est pourquoi son frère et elle vont alternativement poursuivre leurs études, et partir à l'étranger. Son frère au Sénégal, et elle, en France, en suivant son mari rencontré au Burundi.
Le massacre de sa famille, elle le vit dans la terreur, à distance, depuis la France, et il lui a fallut dix ans pour avoir la force de revenir sur les lieux du drame avec son mari et ses deux fils.
Alors pour ne pas que les morts sans sépulture tombent dans l'oubli, elle écrit, mémoire de sa famille comme le souhaitaient ses parents. Elle a été choisie pour survivre.
Ce livre est un témoignage bouleversant, qui mêle le regard de l'adulte,( le temps de l'écriture), et le vécu de l'enfance (le temps de la narration), avec une opinion avisée sur ce qui s'est passé dans son pays. Ce tableau du Rwanda de la fin des années 1950 au massacre de 1994 dresse en négatif l'impact de la politique coloniale belge, et le rôle, ou plutôt le non-rôle des institutions internationales (l'ONU en particulier) pendant ce génocide.
A lire, à faire lire, pour ne pas que cela se reproduise.
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M_a_r_c
  04 novembre 2017
Paru en 2006, Inyenzi Ou Les Cafards est le premier livre de Scholastique Mukasonga. Il raconte le massacre des Tutsis, qui s'est déroulé au Rwanda d'avril à juillet 1994.
Ce génocide, le quatrième du XXe siècle avec celui des Arméniens (1915), des Juifs d'Europe (deuxième guerre mondiale) et des Cambodgiens (1975), est le plus rapide en termes de nombre de morts par jour (près d'un million de victimes en l'espace de trois mois). Il est aussi celui qui repousse le plus loin les limites de l'horreur, vu la sauvagerie des méthodes utilisées pour massacrer les Tutsis et les Hutus jugés trop modérés.
Scholastique Mukasonga n'était pas au Rwanda en 1994 et n'a donc pas vécu les événements « de l'intérieur ». Née en 1956 et émigrée en France en 1992, elle a toutefois traversé les différentes crises qui ont préparé ce génocide. Enfant, adolescente puis adulte, elle a subi les humiliations, les brimades, les exactions de plus en plus nombreuses et de plus en plus violentes à l'encontre des Tutsis, ces « Inyenzi », ces cafards, comme les surnommaient les Hutus radicaux.
Sa famille, restée au pays à l'exception de l'un de ses frères, André, a été presque entièrement décimée. Ses parents, ses frères et soeurs, ses neveux et nièces ont presque tous péri. Tout comme la quasi-totalité de leurs voisins.
Pour cette raison sans doute, le livre de Scholastique Mukasonga n'a pas tant pour but de raconter le déroulement du génocide que d'essayer de donner aux morts, qu'elle évoque longuement, la sépulture qui leur a été refusée par leurs bourreaux. Il est plus une évocation, une prière, qu'un récit des événements. Il témoigne toutefois de la manière dont les survivants, comme dans tout génocide, dans tout massacre, peinent à gérer l'après, tiraillés entre la haine de leurs bourreaux et une sorte de honte liée au fait d'avoir survécu là où tant d'autres ont péri de manière atroce.
Les Arméniens furent massacrés par les Turcs il y a un siècle. Les Juifs par les nazis il y a 70 ans. Ce fut ensuite au tour, il y a 40 ans, des Cambodgiens d'être massacrés par le régime Khmer rouge. le Rwanda, c'était il y a une vingtaine d'années seulement. Et depuis, même s'ils ne peuvent pas être qualifiés de génocides au sens strict du terme, les massacres se poursuivent aux quatre coins de la planète.
Comme si le présent n'était qu'une répétition sans fin des horreurs du passé, comme si nous ne semblions vouloir tirer aucun enseignement de ce dernier. A tous les niveaux, des plus puissants responsables politiques de la planète aux simples citoyens que nous sommes vous et moi, nous répétons inlassablement « plus jamais ça », mais c'est tout aussi inlassablement que nous répétons tous les mêmes gestes qui ont permis que de telles atrocités soient commises.
Je suis écoeuré par toutes ces atrocités, par l'assiduité que met l'homme à nuire à son prochain, à le détester, à l'écraser, par l'évidence avec laquelle semble s'imposer à lui la haine de ses semblables. Je suis aussi découragé. Parce qu'il est d'ores et déjà acquis que ce que certains essaient de mettre en place aujourd'hui, de reconstruire pour aider les autres sera de nouveau balayé demain par la folie et la cruauté des hommes. Je peine de plus en plus à croire en un futur meilleur, à tenir mienne cette maxime qui dit qu'il faut croire en l'Homme malgré les hommes…
Pourtant, quels que soient le découragement, l'abattement, aussi vains que soient les efforts de ceux grâce à qui la flamme vacillante de l'humanité ne s'éteint pas complètement, il n'y pas d'autre choix que de continuer. Continuer à espérer, continuer à croire que demain sera meilleur qu'aujourd'hui. Même si tout ce qui arrive jour après jour incite à penser le contraire. Car rien ne serait pire que de baisser les bras et de laisser le champ plus libre encore qu'il ne l'est déjà aux ennemis de l'humain. (Fin de la parenthèse…)

Lien : https://livrelecteur.wordpre..
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nanek
  13 mai 2016
J'avais 9 ans quand je regardais les informations télés sans rien comprendre de ce que je voyais ni n'entendais.
Merci pour ce récit d'un passé si présent, ce pays me bouleverse et je ne renonce pas à m'y rendre un jour.
Les victimes citées ne seront plus jamais anonymes et ce peuple déchiré aura encore longtemps besoin de ne pas oublier.
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Acerola13
  25 juin 2020
Inyenzi ou les cafards est le troisième ouvrage de Scholastique Mukasonga que je lis, et de loin mon préféré. Son écriture y est moins "naïve" que dans les deux autres livres d'elle que j'ai lus (Notre-Dame du Nil et La femme aux pieds nus), et retrace la seconde partie du 20e siècle rwandais, à la chute annoncée et si sanglante.
Cette façon de raconter les prémices du génocide met le lecteur sous tension : quarante années auparavant, les signes sont déjà là, et le récit se déroule sans qu'on ne puisse l'arrêter vers son effroyable conclusion.
On y découvre donc les premiers déplacements de la famille de Mukasonga de Nyungwe vers Magi, puis vers Nyamata, loin de leur lieu de vie initial. L'épuration ethnique est lancée dès l'automne 1959, avant même la déclaration d'indépendance et la date officielle de rupture avec la Belgique, en 1962. Loin d'être un simple récit de l'instant présent, Inyenzi fournit au lecteur de nombreuses remarques et anecdotes qui s'insèrent parfaitement dans la narration et apportent un éclairage postérieur fascinant sur les évènements : déplacements des Tutsis vers des régions peu peuplées mais que les Belges avaient prévu de coloniser, obligation de cultiver du café pour les réfugiés (malgré la difficulté et le temps nécessaire à faire croître une plante qui ne fournit aucun apport nutritionnel à ses cultivateurs, déjà pauvres), distribution de riz subordonnée à la fréquentation de l'école, simulacre de démocratie lors des élections, où les Tutsis se voient forcés de voter pour celui qui mettra en oeuvre leur extermination, ou encore instrumentalisation des réfugiés au Burundi, fausse menace justifiant la mise à sac des villages des déplacés au Rwanda.
Un éclairage bienvenu, aussi cruel que violent, sur le prélude au génocide rwandais et la difficulté pour les survivants de faire le deuil de leurs familles décimées. Sans aucun doute un de mes coups de coeur de l'année.
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
SsidjSsidj   20 octobre 2020
Il fallait au moins que quelques-uns survivent, gardent la mémoire, que la famille, ailleurs, puisse continuer.
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AMR_La_PirateAMR_La_Pirate   03 mars 2017
On s’est installé dans une maison abandonnée, celle de Mbayiha, un homme jeune et vigoureux qui avait réussi à défricher une grande parcelle. Mon père déclara qu’elle conviendrait pour la famille. Il planta son bâton. À Gitagata. C’est là qu’il a passé tout le reste de sa vie. C’est là qu’on l’a tué avec ma mère. Maintenant, il n’y a plus rien. Les tueurs se sont acharnés sur la maison jusqu’à en effacer la moindre trace. La brousse a tout recouvert. C’est comme si nous n’avions jamais existé. Et cependant, ma famille a vécu là. Dans l’humiliation, la peur de chaque jour, dans l’attente de ce qui allait survenir et que nous ne savions pas nommer : le génocide. Et je suis la seule à en détenir la mémoire. C’est pour cela que j’écris ces lignes.

[…]


Ma mère cultivait avec soin, il faudrait dire avec piété, les plantes anciennes. […] Elle passait parfois un après-midi entier sur la petite parcelle réservée aux plantes en voie de disparition. C’était pour elle comme les survivants d’un temps plus heureux auprès desquels, semblait-il, elle puisait une énergie nouvelle. Elle les cultivait non pas pour la consommation quotidienne mais en témoignage de ce qui était menacé de disparaître et qui, effectivement, dans le cataclysme du génocide a disparu.

[…]

Les Tutsis du Nyamata attendaient l’holocauste. Comment auraient-ils pu y échapper ? […] Une satisfaction morbide me traversa l’esprit : à Nyamata, depuis si longtemps, nous savions ! Mais comment aurais-je pu imaginer l’horreur absolue dans laquelle allait être plongé le Rwanda : un peuple tout entier se livrant aux pires des crimes sur les vieillards, les femmes, les enfants, les bébés, avec une cruauté, une férocité si inhumaines qu’elles laissent aujourd’hui les assassins sans remords.
Je n’étais pas parmi les miens quand on les découpait à la machette. Comment ai-je pu continuer à vivre pendant les jours de leur mort ? Survivre ! C’était, il est vrai, la mission que nous avaient confié les parents à André et à moi. Nous devions survivre et je savais à présent ce que signifiait la douleur de survivre. […] J’avais en charge la mémoire de tous ces morts : ils m’accompagneraient jusqu’à ma propre mort.
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AMR_La_PirateAMR_La_Pirate   03 mars 2017
Le bâton du maître ne connaissait aucune excuse !
Il y avait pourtant une excuse qui était admise aussi bien par l’instituteur que par les parents : la rencontre des éléphants. […]
Les éléphants n’étaient pourtant pas le plus grand danger que les écoliers pouvaient rencontrer sur la route de Nyamata. Il y avait aussi la cruauté des hommes… Mais de cela je parlerai plus tard.

[…]

Je rêvais parfois l’impossible : avoir un livre pour moi toute seule.

[…]

Hélas ! Le rivage du lac, qui était comme le jardin de nos jeux innocents, devint bientôt le lieu de tous les cauchemars.

[…]

Les militaires exigeaient que, dans chaque maison, soit accroché le portrait du président Kayibanda. Les missionnaires veillèrent à ce que soit placée à ses côtés l’image de Marie. Nous vivions sous les portraits jumeaux du président qui nous avait voués à l’extermination et de Marie qui nous attendait au ciel.
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frandjfrandj   27 octobre 2017
(p. 116)

Comment aurais-je pu imaginer l’horreur absolue dans laquelle allait être plongé le Rwanda: un peuple tout entier se livrant aux pires des crimes, sur les vieillards, les femmes, les enfants, les bébés, avec une cruauté si inhumaine qu’elle laisse aujourd’hui les assassins sans remords.
Je n’étais pas parmi les miens pendant qu’on les découpait à la machette. Comment aurais-je pu continuer à vivre pendant les jours de leur mort ? Survivre ! C’était la mission que nous avait confiée les parents à André et à moi. Nous devions survivre et je savais à présent ce que signifiait la douleur de survivre. C’était un poids énorme qui tombait sur mes épaules.
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thedocthedoc   05 mai 2014
Le 1er juillet 1962, le Rwanda devint officiellement indépendant. Avec l'aide des Belges et de l'église catholique, le MDR-Parmehutu pouvait établir ce qu'un rapport de l'ONU désignait dès mars 1961 comme la "dictature raciale d'un seul parti". Des milliers de Tutsi avaient été massacrés, plus de 150 000 avaient fui dans les pays avoisinants, ceux qui restaient au Rwanda allaient être réduits à l'état de parias.
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