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ISBN : 2226326812
Éditeur : Albin Michel (29/03/2017)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 26 notes)
Résumé :
Dans ce texte mêlant le récit personnel, la méditation et une relecture spirituelle du livre de Job, Marion Muller-Colard donne à entendre la foi comme une audace. De son expérience de pasteur en milieu hospitalier, elle retient la plainte existentielle de patients soudain privés des repères d’un Dieu avec lequel ils croyaient pourtant avoir passé un contrat. Relisant sa propre expérience de la menace au chevet d’un de ses fils gravement malade, elle part en quête d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Maldoror
  30 septembre 2014
"Si Dieu est tout-puissant et bon, comment peut-il accepter l'existence du mal et de la souffrance ?" Cette grande, grosse question lancinante constitue depuis des millénaires, faute de véritable réponse, une terrible épine dans le pied, voire dans le coeur, des croyances. Elle est même la grande source d'incroyance.
Quand on imagine les générations de théologiens, prophètes, philosophes, mystiques qui se sont penchées sur le problème de toute la force de leurs convictions et de leurs intelligences, à la place de notre auteure, tout un chacun aurait pu être raisonnablement effrayé en s'engageant dans l'approche de cette équation diabolique.

Mais voilà pas de roulements de tambour dans le livre, pas d'arrogance, pas de prétention d'aucune sorte, pas de grande théorie et surtout aucun dogmatisme. Marion Muller-Colard arrive comme sur la pointe des pieds, en tremblant, avec la toute petite centaine de pages de son livre. Et elle nous pose son vécu, son expérience. Elle nous écrit avec une infinie délicatesse et une grande sensibilité ce que la souffrance qu'elle a elle-même endurée, ce que les détresses qu'elle a accompagnées au quotidien comme aumônier d'hôpital, ont fait résonner en elle, ont réussi à forger dans sa spiritualité et sa théologie personnelle. Et ainsi, une espèce de foi de convertie lui fait vouloir partager ses expériences et ses réflexions dans l'espoir de nous aider un tant soit peu à surmonter nos malheurs et surtout à ne pas nous tromper de combat dans nos épreuves.

En effet, la plus grande partie de l'ouvrage est consacrée à démolir nos croyances naturelles magiques, nos "enclos", qui nous fourvoient et nous abattent, parce qu'elles ne résistent pas à cette équation impossible.
Or, l'auteure semble nous dire qu'au bout du compte, cette problématique elle-même n'a probablement pas de sens parce que notre image de Dieu est fausse. Il n'est pas le grand magicien, le grand juge ou autres représentations qui nous encombrent. Elle nous dit donc de nous tourner vers "l'Autre Dieu", celui que nous ne connaissons pas, que nous n'appréhendons pas, qui est en dehors de la plupart de nos fois. Évidemment, elle ose à peine nous dire où regarder, qui est ce Tout-Autre que presqu'ontologiquement on ne peut concevoir par nous-mêmes. Et elle nous rappelle que nous sommes pollués systématiquement et presque en permanence par nos penchants superstitieux. Alors, elle glisse très précautionneusement sa réponse très personnelle, au fond quasi-mystique, issue de son expérience, et qui trouve écho avec l'expérience de Job, dont elle est une spécialiste, et dont l'histoire constitue le grand livre de la Bible sur le problème du mal.

Ce sont cette authenticité, cette sensibilité, ce vécu fort qui crédibilisent terriblement son propos et laissent penser qu'elle a touché une part d'essentiel voire peut-être de vérité. Ainsi, sur de tels sujets, avec lesquels l'humanité – dont chacun de nous évidemment – se débat en permanence, ce livre constitue, à mon sens, une de ces petites lumières dont on a du mal à faire l'économie sur nos petites routes humaines souvent bien sombres. J'ai beaucoup aimé !
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frandj
  30 mars 2019
J'ai déjà lu plusieurs livres de Marion Muller-Colard, qui concernent la spiritualité pratique, celle qu'il est possible de méditer et de mettre en action au jour le jour. Tous sont courts, mais ils ne sont pas "petits" car ils nous aident à monter une marche dans notre humanité hésitante ou souffrante.
Celui-ci me semble précieux. Il se centre sur le Livre de Job dans l'Ancien Testament, qui pose le problème de la responsabilité de Dieu dans le Mal. Job est un "juste" très pieux, qui se retrouve dépossédé de toutes ses richesses et accablé d'un ulcère, à la suite d'une sorte de "pari" entre le Seigneur (Yahweh) et l'Adversaire (Satan). Tout le monde connait l'image de cet homme qui, sur son tas de fumier, se refuse à maudire Dieu. A dire vrai, le texte intégral dans la Bible me parait un peu fastidieux, mais Marion Muller-Colard en communique l'essentiel dans son propre livre. De plus, à sa manière discrète, l'auteure fait aussi référence à sa souffrance de mère, dont le fils est passé très près de la mort, alors qu'il était presque nouveau-né: elle nous fait comprendre à demi-mots que cette épreuve l'a conduite à une sévère dépression – une "dépression métaphysique", dont elle s'est relevée difficilement. Marion Muller-Colard, toujours proche de son expérience vécue, la met en relation avec le destin de Job.
L'homme a un puissant besoin de comprendre et d'être protégé. C'est la motivation du "contrat" qu'il passe avec Dieu: c'est du donnant-donnant. Et si un malheur frappe une personne, ce serait nécessairement parce qu'elle aurait fait une faute grave, pour laquelle elle doit être punie. Sinon, la justice divine serait-elle injuste ? mais... Dieu peut-il être injuste ? L'auteure dénonce ce type de problématique. Ayant médité sur cette question cruciale, elle finit par écrire: « Rien n'est injuste, car cela voudrait dire que quelque chose est juste ». (p. 74) Et personnellement j'oserai ajouter: rien n'est juste, non plus, car cela voudrait dire que quelque chose est injuste. « Les voies du Seigneur sont impénétrables », disent certains. Marion Muller-Colard, qui se considère d'une certaine manière comme une « agnostique », préfère écrire: « Je sonde, chaque jour un peu plus, à quel point je n'ai pas la connaissance de ce Dieu en qui je crois » (p. 44) D'ailleurs, si je reviens maintenant au texte originel dans la Bible, je lis que Dieu demande directement à Job s'il comprend ce que c'est d'être Dieu ! Que peut répondre Job, si ce n'est reconnaitre son ignorance (et confesser sa soumission) ?
Au lieu de marchander comme un boutiquier, au lieu de raisonner comme si la vie humaine répondait à une logique stricte et basique, au lieu de se demander « pourquoi ? », il vaudrait mieux se poser une question toute différente: « pour quoi ? » (en deux mots), qui ouvre un nouvel horizon au lieu de le borner. L'Evangile suggère cette attitude. La souffrance physique ou morale n'est pas une fin, elle n'est ni juste ni injuste, et c'est surtout une occasion offerte pour "rebondir", si on peut. Ici, l'auteure s'appuie aussi sur sa douloureuse expérience personnelle: le moment intense où, au chevet de son fils près d'achever sa jeune vie, elle découvre en elle « la fulgurante acceptation qu'il puisse mourir », ce qui « était peut-être la première véritable prière de [s]a vie ». (p. 82)
Naturellement, l'homme – croyant ou non – a toujours eu et aura toujours les plus grandes difficultés à accepter les épreuves qu'il traverse. La réflexion de Marion Muller-Colard sur ce sujet grave fait du bien, mais rien ne me garantit que je peux la mettre en pratique au moment décisif: ça passe ou ça casse...
En tout cas ceci est un beau livre à lire, et surtout à relire à tête reposée. Je profite de cette occasion pour signaler le livre à la fois très sombre et très lumineux de Lytta Basset, intitulé "Ce lien qui ne meurt jamais", abordant exactement le même thème.
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Biquette
  19 septembre 2014
Quel sens a la prière ? est elle seulement la projection d'un désir d'apaisement ? . La théologienne, elle même, interroge son approche de Dieu face à la maladie de son bébé . A l'exemple de Job, qu'elle cite abondament, elle entrevoit le passage d'une prière basée sur l'échange à une dimension de désir et de gratuité . Texte dense, enraciné dans l'expérience, non sans humour, Marion Muller Colard puise dans la Bible ce qui fait source et qui libère . Une méditation de grande qualité .
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dupuisjluc
  08 juin 2017
Un petit opus qui traite de l'image que nous avons de Dieu et de la façon dont celle-ci résiste ou pas face à l'adversité.
Toute cette réflexion est basée sur le livre de Job et sur l'expérience de Marion Muller-Colard, sur son vécu lorsque son fils, encore bébé, passe très proche de la mort...
Très bien écrit, dans un langage accessible à tout un chacun et pas aux seuls théologiens, ce livre nous fait réfléchir à notre propre perception de Dieu et à notre façon de voir la vie.
Un livre ressourçant que je ne peux que recommander!
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Citations et extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
MaldororMaldoror   01 octobre 2014
Fâchée avec mon Dieu imaginaire qui avait rompu sans préavis mon contrat inconscient de protection, je manquais de secours spirituel. Je ne trouvais pas de prière qui puisse être autre chose qu’une immense contradiction, une négociation régressive avec la peau morte d’un Dieu qui ne tenait pas.

Pourtant, lorsque je caressais, du bout des doigts, le visage bleu et enflé de cet enfant presque étranger, dans le roulis devenu rassurant de l’oxygène qui lui parvenait machinalement, j’étais parfois saisie par une sérénité démente. Il arrive que l’impuissance ouvre sur des paysages singuliers.
La détresse m’avait dilatée et, en quelque sorte, elle avait élargi ma surface d’échange avec la vie. Et près de ce petit corps, se superposait à ma supplication muette pour qu’il vive, la conviction profonde que, ‘quoi qu’il arrive’, ce qui était incroyable et sublime, c’était qu’il fût né. Et que cela, jamais, ne pourrait être retiré à quiconque. Ni à lui, ni à moi, ni au monde, ni à l’histoire.

Je mis du temps à comprendre que cette clairvoyance fulgurante était peut-être la première véritable prière de ma vie.
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MaldororMaldoror   05 octobre 2014
« Je ne juge personne », dit Jésus, parce qu’il sait combien profondes sont nos ténèbres et terrifiante cette vie crue à laquelle nous sommes nés. Il sait aussi que nous avons plus d’aptitude à consolider nos malheurs qu’à les consoler. Il sait que les enclos fermés de nos systèmes nous projettent plus loin dans nos enfers que le malheur lui-même, que nous sommes la seule espèce vivante qui double sa peine à se sentir maudit en plus que d’être malade. Il sait – et n’est-il pas d’ailleurs venu pour cela ? – que les significations perverses que nous donnerons aux événements nous feront plonger en désespoir plus sûrement que les événements eux-mêmes. Il sait notre faculté à nous mettre au ban, à ployer sur le regard imaginaire d’un Dieu totalitaire. Il connaît nos incompressibles relents de religiosité, notre compréhension pathétiquement binaire et notre quête folle d’un coupable.
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MaldororMaldoror   18 septembre 2014
La grande vieillesse est souvent une disgrâce qui s'étire nonchalamment jusqu'à la mort sans se presser - c'est bien ce qu'on lui reproche. Si l'on a réussi l'exploit de rallonger la vie, ce n'est décidément pas par son bon bout. On en vient à gaver d'existence des hommes et des femmes qui ont atteint depuis plusieurs années leur seuil de satiété. On n'imagine pas la peine qu'il y a à vivre sans appétit. La très ancienne bénédiction biblique, qui reposa finalement sur Job après bien des tourments - mourir 'rassasié de jours' -, a viré au supplice. Il faudrait pouvoir mourir en sortant de table, après avoir rendu grâce. Au lieu de quoi on nous ligote à notre chaise et nous voilà punis, condamnés à rester à la table d'un interminable repas. Si bon qu'il fût, on est écœuré à la seule vue des restes.
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MaldororMaldoror   17 septembre 2014
Je venais les bras vides, sur mes deux jambes, et mes deux jambes étaient déjà de trop. La vieille femme, elle, était en fauteuil roulant.

Elle m'a haïe au premier coup d'œil. Elle a haï mes jambes, ma mobilité, cette aisance que j'avais à respirer. Chacun de mes gestes aiguisait l'un de ses deuils. Je ne vous parle même pas de ma jeunesse. J'avais vingt-trois ans. J'étais pimpante, que je le voulusse où non. Et j'emballais le tout de l'audace d'un sourire.

Mon corps entier, ce corps de jouissance et de disponibilité, ce corps de jeune fille très sûr de son avenir, un corps si conciliant que je pouvais sereinement l'oublier - mon corps entier poussait avec désinvolture la vieille femme dans les retranchements de son enfer.
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NeigelineNeigeline   05 janvier 2015
Ce qu'il (Job) a perdu d'essentiel, c'est la sécurité de l'enclos. La Plainte désigne les barrières arrachées, le portail battant au vent. Elle désigne l'impossibilité de reconstruire puisque la Menace n'a pas dit son vrai nom et qu'on ne saurait pas comment la refouler aux marges de l'enclos. A quoi bon rebâtir ce qui peut être aussitôt arbitrairement détruit ? A quoi bon mettre des enfants au monde s'ils peuvent en être subitement retirés sans préavis ?

Job a perdu la confiance en ce Dieu contractuel qui protégeait sa vie.

Ce qu'il faut comprendre - pour comprendre mon vieux frère Job et tous les frères et soeurs qui le suivirent dans la gueule de la Plainte, c'est que le contrat brutalement rompu contenait un trésor dont dépendent tous les autres trésors : l'appétence de la vie et l'appétit des vivants. (...) Job a perdu jusqu'au désir de vivre.
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Videos de Marion Muller-Colard (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marion Muller-Colard
L'Éternité ainsi de suite Marion Muller-Colard Bayard, Labor et Fides, (mars 2019)
C'est un petit texte étincelant et le récit d'une rencontre entre un artiste défunt et une femme inspirée et sensible. Marion Muller-Colard réussit le pari fou de nous faire découvrir un artiste à travers l'évocation d'une de ses dernières ?uvres à la troublante signification. Un très belle lecture en ce début de temps de Carême. © La Procure
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