AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Jean Jourdheuil (Autre) Scharzinger £m Heinz (Autre)
EAN : 9782707310330
101 pages
Éditeur : Editions de Minuit (01/09/1985)
3.38/5   17 notes
Résumé :
Les neuf textes qui composent ce recueil permettent de retracer l'itinéraire de l'auteur. Dans les années 50 (Le Père, Autoportrait deux heures du matin, Projection 1975 et Deux lettres), il traite de problèmes rencontrés par l'édification du socialisme en R.D.A. À partir de 1961,il s'attache à redécouvrir le passé de l'Allemagne, ce qui le conduit à se tourner vers la mythologie grecque (Horace, 1968), puis à s'engager dans des recherches tout à fait originales, de... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
jlvlivres
  29 août 2020
Son « Hamlet-Machine » s'ouvre sur la fameuse fin de la culture européenne : « J'étais Hamlet. Je me tenais sur le rivage et je parlais avec le ressac BLABLA, dans le dos les ruines de l'Europe ». Suivent les conseillers qui marchent « au pas de l'oie », et qui forment le cortège funèbre du « géniteur ». On connait l'histoire d'Hamlet, prince de Danemark, dont Claudius, l'oncle, vient d'épouser Gertrude, la toute récente veuve du frère Polonius. Son spectre viendra hanter Hamlet, lui révélant qui l'a assassiné. C'est sans compter que Hamlet est amoureux d'Ophélie, la fille de Polonius. Mais ce dernier ne veut pas de cette liaison. Espionnant les amoureux caché derrière une tenture, il est tué par Hamlet qui l'a pris pour Claudius. Qui donc a tué qui ? de toutes façons, Heiner Müller ré-écrit le tout à sa manière. « J'arrêtai le cortège funèbre, ouvris le cercueil avec mon épée, la lame se brisa, j'y parvins avec le tronçon restant et distribuai le géniteur mort VIANDE QUI SE RESSEMBLE S'ASSEMBLE aux miséreux tout autour. le deuil se changea en allégresse, l'allégresse en gloutonnerie, sur le cercueil vide l'assassin saillait la veuve ». C'était pour le début. Par la suite, cela ne s'arrange pas, tout au long des cinq parties.
A vrai dire, la pièce est assez complexe. Heiner Müller reconnait que « Toute pièce d'une véritable valeur théâtrale se conçoit comme la montée d'un orgasme ». Et de même « Si l'on ne comprend pas que la pièce est une comédie, c'est qu'elle doit être un naufrage ». Dans « Album de famille », Hamlet s'adresse d'ailleurs de façon bizarre à Ophélie « Laisse-moi manger ton coeur qui pleure mes larmes, Ophélie ». Puis dans « L'Europe de la femme », Ophélie devient l'image de la destruction de soi. le tout se poursuit dans « Scherzo » par « Université des morts. Chuchotements et murmures. de leurs pierres tombales (chaires) les philosophes morts lancent leurs livres sur Hamlet. Galerie des femmes mortes. La femme à la corde La femme aux veines ouvertes, etc. Hamlet les contemple dans l'attitude d'un visiteur de musée (de théâtre). Les femmes mortes lui arrachent ses vêtements. D'un cercueil dressé portant l'inscription HAMLET I sortent Claudius et, vêtue et maquillée en putain, Ophélie. Strip-tease d'Ophélie ». Ensuite dans « Peste à BUDA bataille pour le Groenland », on ne sait plus très bien où l'on est. Il est cependant clair que dans un régime communiste, et la référence à la Hongrie est là pour éviter de dire la RDA, la Révolution a échoué, selon Heiner Müller. Au régime nazi de son enfance, qui n'a certes rien eu de bien humain, il ajoute la faillite du système collectiviste. « Ce qui m'intéresse le plus, lorsque j'écris une pièce, c'est de détruire des choses. Pendant trente ans j'ai été obsédé par Hamlet : j'ai donc écrit un court texte, Hamlet-machine, pour essayer de détruire Hamlet. L'une de mes autres obsessions était l'histoire de l'Allemagne : j'ai essayé de détruire toute cette obsession, ce complexe. Je crois que ce qui me fait agir, c'est de réduire les choses à leur squelette, d'arracher leur chair, de les dépouiller de leur surface. C'est ainsi qu'on en finit avec elles ». Et pour finir « « Furieuse attente / Dans l'armure terrible / Des millénaires » , ce sera une sorte d'apocalypse dans laquelle Ophélie devient pratiquement une nouvelle Electre « C'est Electre qui parle. Au coeur des ténèbres. Sous le soleil de la torture. Aux métropoles du monde. Au nom des victimes. Je rejette toute la semence que j'ai reçue. Je change le lait de mes seins en poison mortel. Je reprends le monde auquel j'ai donné naissance. J'étouffe entre mes cuisses le monde auquel j'ai donné naissance. Je l'ensevelis dans mon sexe. A bas le bonheur de la soumission. Vive la haine, le mépris, le soulèvement, la mort. Quand elle traversera vos chambres avec des couteaux de boucher, vous connaîtrez la vérité ».
Déjà le titre allemand « Hamlet-Maschine », dont les initiales sont sans aucun doute aussi celles de Heiner Müller est celui de la négation. Mais si on suit le texte on passe de l'acte 1 « J'étais Hamlet » à l'acte 4 « Je ne suis pas Hamlet ». D'ailleurs cette forme affirmative, ou négative, ne semble n'avoir aucune importance. de même que les questions sont peut être de simples affirmations « Que me veux tu. ». Bref une pièce fort noire, reflet de la situation en RDA. « Et le porteur du laurier interrogea: / le vainqueur doit-il être jugé? / Et le porteur de la hache interrogea: / L'assassin doit-il être honoré? / Et le porteur du laurier dit: / Si l'assassin est jugé / le vainqueur est jugé / Et le porteur de la hache dit: / Si le vainqueur est honoré / L'assassin est honoré. / Et le peuple regarda l'un et indivisible auteur / de ses actes différents et garda le silence ».
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
Lunaire
  08 février 2017
J'ai choisie au hasard un cours de théâtre contemporain Allemand. Et me voila, j'ai pour lecture Hamlet-Machine de Muller dans les mains.
Réticente au début, je dois avouer que ce n'est pas mon truc à la base, le théâtre Allemand.
Dans Hamlet-Machine qui est composé de plusieurs pièces, l'auteur entremêle les textes classiques et les temps anciens avec l'actualité de son temps. Et nous montre avec brio que le théâtre qu'importe à qu'elle époque il intervient remet en question une actualité, pose des questions et à une part d'universalité.
Commenter  J’apprécie          00

Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
hupomnematahupomnemata   20 décembre 2010
Ma place, si mon drame avait encore lieu, serait des deux cotés du front, entre les fronts, au-dessus. Je me tiens dans l'odeur de transpiration de la foule et jette des pierres sur policiers soldats chars vitres blindées. Je regarde à travers la porte à deux battants en verre blindé la foule qui afflue et je sens ma sueur froide. J'agite, étranglé par l'envie de vomir, mon poing contre moi-même qui suis derrière le verre blindé. Je me vois, agité de crainte et de mépris, dans la foule qui afflue, l'écume à la bouche, agiter mon poing contre moi-même. Je pends par les pieds ma viande en uniforme. Je suis le soldat dans la tourelle du char, ma tête est vide sous le casque, le cri étouffé sous le chenilles. Je suis la machine à écrire. Je fais le noeud coulant quand les meneurs vont être pendus, enlève le tabouret, me brise la nuque. Je suis mon prisonnier. J'alimente les ordinateurs en informations sur moi. Mes rôles sont salive et crachoir couteau et plaie dent et gorge cou et corde. Je suis la banque informatique. Sanglant dans la foule. Respirant derrière la porte à deux battants. Secrétant une bave de mots dans ma bulle insonorisée au-dessus de la bataille. Mon drame n'a pas eu lieu.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
hupomnematahupomnemata   20 décembre 2010
C'est Electre qui parle. Au coeur des ténèbres. Sous le soleil de la torture. Aux métropoles du monde. Au nom des victimes. Je rejette toute la semence que reçue. je change le lait de mes seins en poison mortel. Je reprends le monde auquel j'ai donné naissance. J'étouffe entre mes cuisse le monde auquel j'ai donné naissance. Je l'ensevelis dans mon sexe. A bas le boheur de la soumission. Vive la haine, le mépris, le soulèvement, la mort. Quand elle traversera vos chambres avec des couteaux de boucher, vous connaîtrez la vérité.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
hupomnematahupomnemata   18 décembre 2010
MAUSER




CHOEUR: tu as combattu sur le front de la guerre civile
L'ennemi ne t'a trouver aucune faiblesse
Nous ne t'avons trouvé aucune faiblesse.
A présent tu es toi-même une faiblesse
Qu'il ne faut pas que l'ennemi nous trouve.
Tu as distribué la mort dans la ville de witebsk
Aux ennemis de la révolution sur notre ordre
Sachant: le pain quotidien de la révolution
Dans la ville de Witebsk comme dans d'autres villes
Est la mort de ses ennemis, sachant: l'herbe même
Il nous faut l'arracher afin qu'elle reste verte
Nous les avons tués de ta main.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
hupomnematahupomnemata   18 décembre 2010
Des machinistes, à l'insu de l'interprète d'Hamlet, installent un réfrigérateur et trois postes de télévision. Bruit du réfrigérateur. Trois programmes sans le son.
Le décor est un monument. Il représente, agrandi cent fois, un personnage historique. La pétrification d'une espérance. Son nom est interchangeable. L'espérance ne s'est pas réalisée. Le monument gît sur le sol, renversé trois ans après les funérailles nationales de celui qui fut haï et vénéré par ses successeurs au pouvoir. La pierre est habitée. Dans les spacieux orifices du nez et des oreilles plis de la peau et de l'uniforme de la statue démolie s'est nichée la population pauvre de la métropole. A cette chute du monument après un temps convenable succède le soulèvement. Mon drame, s'il avait encore lieu, aurait lieu dans le temps du soulèvement.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
hupomnematahupomnemata   18 décembre 2010
C'ÉTAIT UN HOMME QUI NE PRENAIT QU'À TOUS. J'arrêtai le cortège funèbre, ouvris le cercueil avec mon épée, la lame se brisa, j'y parvins avec le tronçon restant et distribuai le géniteur mort VIANDE QUI SE RESSEMBLE S'ASSEMBLE aux miséreux tout autour. Le deuil se changea en allégresse, l'allégresse en gloutonnerie, sur le cercueil vide l'assassin saillait la veuve VEUX-TU QUE JE T'AIDE À GRIMPER ONCLE ÉCARTE LES JAMBES MAMAN. Je me couchai par terre et j'entendis le monde tourner au pas cadencé de la putréfaction.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30

Videos de Heiner Müller (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Heiner Müller
Quartett d’Heiner Müller : lu par Jeanne Moreau et Sami Frey (France Culture / Festival d’Avignon). Lecture proposée par France Culture et le Festival d’Avignon, enregistrée en direct et en public dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, au Festival d’Avignon, le 9 juillet 2007 - Une production de France Culture. Photographie : Quartett - lecture © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon. « C’était il y a tout juste dix ans, le 9 juillet 2007. Jeanne Moreau lisait avec Sami Frey sur la scène de la Cour d’honneur du palais des Papes, “Quartett” de Heiner Muller. “Quartett” fut écrit en 1981 par Heiner Müller, écrivain et dramaturge allemand. C’est un palimpseste des “Liaisons dangereuses” de Choderlos de Laclos, mettant en scène la marquise de Merteuil et le comte de Valmont. Müller avait confié à Jean Jourdheuil son désir de voir interpréter la Merteuil par Jeanne Moreau. Ce désir resta secret jusqu’au jour ou France Culture confia à Jean Jourdheuil un hommage à Heiner Müller en 2005. Ainsi France Culture et le Festival d’Avignon, dirigé alors par Vincent Baudriller et Hortense Archambault, décidèrent de réaliser ensemble ce rêve de Heiner Müller. 60 ans après avoir joué le “Prince de Hombourg” avec Gérard Philipe, 18 ans après avoir interprété la “Célestine” dans la mise en scène d’Antoine Vitez, Jeanne Moreau remontait sur les planches de la Cour d’honneur, accompagnée par Sami Frey. Cette lecture de “Quartett” est vertigineuse car Sami Frey et Jeanne Moreau jouent tous les rôles, échangent leurs rôles, échangent le féminin et le masculin. Ce fut une émotion très forte pour les 2000 spectateurs de la Cour : deux immenses comédiens seuls sur le plateau, d’une beauté saisissante, chacun assis à une petite table éclairée d’une lumière bleue dans la nuit d’été. » Blandine Masson Lu par Jeanne Moreau et Sami Frey Réalisation : Blandine Masson Une proposition de Jean Jourdheuil “Quartett”, traduit de l’allemand par Jean Jourdheuil et Béatrice Perregaux est publié aux éditions de Minuit. Source : France Culture
+ Lire la suite
Dans la catégorie : ThéâtreVoir plus
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Théâtre (83)
autres livres classés : hamletVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Titres d'oeuvres célèbres à compléter

Ce conte philosophique de Voltaire, paru à Genève en 1759, s'intitule : "Candide ou --------"

L'Ardeur
L'Optimisme

10 questions
775 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature française , roman , culture générale , théâtre , littérature , livresCréer un quiz sur ce livre