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Jean-Marie Saint-Lu (Traducteur)
ISBN : 2868694446
Éditeur : Actes Sud (10/08/1993)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 30 notes)
Résumé :
En 1969, Minaya, un jeune étudiant, découvre le manuscrit posthume d'un certain Jacinto Solana, abattu en 1947 par la police franquiste. Désireux d'enquêter sur la vie et la disparition du poète, il se rend à Magma, une bourgade où Solana a écrit son oeuvre et où vit encore Manuel, l'oncle de Minaya. En interrogeant les rares survivants de la guerre civile et avec l'aide d'Ines dont il devient vite l'amant, il fait surgir le passé de Magma et des énigmes que l'on cr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Woland
  24 août 2011
Beatus Ille
Traduction : Jean-Marie Saint-Lu
Bien qu'il s'ouvre en l'an de grâce 1969, qu'un Gainsbourg, sous d'autres cieux, qualifiait à jamais d'"érotique", "Beatus Ille" est un roman sur la Guerre civile espagnole. Un de plus, soupireront certains, excédés et sûrs de découvrir un énième éloge manichéen de ce conflit particulièrement fratricide, avec les Bons - les Républicains - d'un côté, et les Méchants - les Franquistes - de l'autre. Eh ! bien, non ! Ce n'est pas seulement la construction du roman qui est complexe même si parfaitement maîtrisée : la réflexion qui la soutient l'est encore plus.
Né le 10 janvier 1956, Muñoz Molina n'a pas connu la guerre. Mais il connaît par coeur ses retombées, à savoir la dictature du Caudillo. Une atmosphère étouffante et cruelle contre laquelle se révolte le héros du roman, Minaya, jeune étudiant qui fuit, dès le premier chapitre, la police franquiste lancée à ses trousses car, comme tant de ses contemporains à l'époque mais avec beaucoup moins de chance que la majeure partie d'entre eux (n'est-ce pas, M. Cohn-Bendit ? )le jeune homme est atteint du virus de la contestation. La contestation sous Franco, d'extrême-gauche ou pas, c'est surtout dangereux pour celui qui la porte et Minaya préfère se faire oublier, tout au fond d'une petite ville andalouse où don Manuel, son oncle depuis longtemps perdu de vue, se fait un plaisir de l'accueillir dans sa vaste demeure.
Comme prétexte à son arrivée impromptue après tant d'années, Minaya invoque une thèse qu'il serait en train de consacrer au poète républicain abattu par les Franquistes en 1947, Jacinto Solana. Don Manuel, qui fut l'ami d'enfance de Solana et l'hébergeait encore le jour de son assassinat, ne manque pas d'être sensible au projet et ouvre grand ses portes et ses archives au jeune homme. Derrière les portes, Minaya va découvrir quelques personnages que le passé continue à hanter, de même que les hante le fantôme de Mariana, l'épouse d'un jour de don Manuel, tuée d'une balle en plein front par un tireur inconnu au lendemain même de son mariage. Quant aux archives ... Son oncle les lui a-t-il bien toutes mises à disposition ? ...
Il ne saurait être question d'aller plus loin dans le résumé de l'histoire sous peine de révéler au lecteur la clef de ce drame baroque et pourtant feutré, admirablement mis en valeur par le style riche et poétique de l'auteur. Mais, au-delà du thème central - la résolution, en quelque sorte, d'un secret de famille - c'est l'image, ou plutôt le kaléidoscope d'images tour à tour flamboyantes et ténébreuses laissé derrière elle par la Guerre civile, qui constitue le sujet de "Beatus Ille." le titre même du roman, emprunté au début d'une ode célèbre d'Horace ( "Heureux qui, loin du monde, étranger aux affaires, / Cultive avec ses boeufs, etc ...") est un clin d'oeil ironique, d'une amertume terrible, à ce monde de reflets qui entend exposer la Vérité seule et indivisible et qui, en réalité, ne montre que l'apparence des êtres et des choses quand il ne s'agit pas tout simplement de ce que l'on veut voir soi-même dans ces êtres et ces choses ...
Même si sa sympathie va sans fard aux Républicains, Muñoz Molina rompt ici délibérément avec l'angélisme manichéen qui est en général de rigueur lorsqu'on évoque la Guerre civile espagnole. S'il parle des horreurs commises par les Phalangistes, il évoque également les lynchages perpétrés par les Républicains : dans une guerre, à plus forte raison quand elle est civile, il n'y a plus d'hommes ni de femmes : il n'y a plus que des massacreurs en puissance. Dire qu'il renvoie les deux camps dos à dos serait cependant inexact : sa démonstration tend surtout à démontrer que rien n'était ni intégralement blanc, ni intégralement noir, que la Pitié n'habitait pas à demeure chez les Républicains pas plus que la Cruauté ne s'était installée définitivement chez les Franquistes. La seule chose qu'il ne parvient pas à pardonner à Franco - et que ne lui pardonnèrent pas non plus beaucoup même de ses partisans - c'est l'emploi des régiments arabo-musulmans contre le camp ennemi. En les lâchant sur les villes prises à l'ennemi, c'est l'Espagne tout entière, à nouveau fraternelle, que le Caudillo a trahie. Muñoz Molina le rappelle, avec simplicité mais fermeté.
Avec ses héros qui n'en furent jamais et ses lâches dont l'Enfer est devenu le compagnon journalier, "Beatus Ille" est un grand livre, une méditation à la fois poétique et réaliste mais surtout impartiale sur la Guerre civile espagnole - et c'est aussi un livre que vous ne regretterez pas d'avoir lu. ;o)
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Pirouette0001
  29 décembre 2015
Quelle lecture éprouvante ! Comme Muñoz Molina a malmené mon enthousiasme de lectrice avec ce livre, qui était sa première oeuvre.
Au début, je ne comprenais rien, tout était confus et peut-être que plus attentif que moi, ami lecteur, tu comprendras à la moitié ou aux deux-tiers du livre, peut-être plus tôt encore, là où je n'ai perçu où Muñoz Molina m'avait emmenée que dans les vingt dernières pages.
Alors un seul conseil, allez jusqu'au bout, laissez vous prendre par l'intrigue qui, après les cents premières pages, est devenue plus envoûtante même si comme moi vous errez au début dans le brouillard. Et bien vous en prendra. C'est tout ce que je peux dire. Ou écrire.
Car tel une truffe au chocolat entourée d'une coquille rigide, le moelleux du coeur n'a pas fait oublier le croquant un peu abrupt ou plus fade de la circonférence. Et à nouveau avec cet auteur, ce livre n'aura pas su me faire oublier 'Dans la grande nuit des temps', qui est de loin très supérieur à ceci.
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Nathalie14
  22 novembre 2017
C'est une histoire en 3 parties qui se déroule en Espagne entre 1933 et 1969 sur fond de guerre civile.
La première partie commence par la fin de l'histoire en 1969. Un narrateur dont on ne connaîtra le nom qu'à la fin (on a une idée de son identité dès la 2ème partie) place les principaux personnages. On est un peu perdu parmi ces personnages et les époques évoquées, mais rapidement on va connaître les liens qui existent entre eux. le narrateur laisse très vite la place à Minaya, un étudiant de Madrid tout juste libéré après avoir passé 5 jours dans les prisons franquistes. En 1969, Minaya, trouve refuge chez son oncle Manuel à Magina, la ville de son enfance sous le prétexte qu'il a besoin d'informations pour une thèse qu'il écrit sur Jacinto Solana, poète emprisonné, libéré puis tué par les troupes franquistes en 1947 et qui a vécu les derniers mois de sa vie chez cet oncle, ami d'enfance de Solana.
Minaya va découvrir que la maison est hantée par deux fantômes : celui de Mariana, la femme de Manuel tuée par une balle perdue le lendemain de leur mariage en mai 1937, et celui de Solana. Il va essayer de comprendre qui était Solana et ce qui s'est passé ce 22 mai 1937. Il va enquêter et chercher des indices dans des photos présentes dans la maison, dans un journal de Solana caché dans la chambre nuptiale, un cahier retrouvé, en discutant avec les gens fréquentant la maison de Manuel ou des gens ayant connu Solana. Il est aidé par Inès, une domestique dont il est devenu l'amant.
Dans la deuxième partie, nous revivons la même histoire mais racontée par Jacinto Solana de 1933 à 1947 avec deux périodes clé : 1937 et 1947.
Solana sort de 8 ans de prison en 1947 alors que tout le monde le croyait mort et trouve refuge à Magina chez son ami d'enfance Manuel qui ne l'avait pas vu depuis 10 ans. Il est là pour écrire un livre et il va revivre les moments qu'il a passés dans cette maison, notamment les moments qui ont précédé le mariage de Manuel et Mariana en 1937, le mariage lui-même et la mort de Mariana le lendemain. Solana était, lui aussi amoureux de Mariana. Les époques se mélangent dans le récit. On est parfois en 1947, parfois en 1937 et quelques fois on retourne en 1969 avec Minaya.
Puis dans la dernière partie qui est la plus courte, nous revenons en 1969. Minaya, qui pensait avoir élucidé tous les mystères, y fait une découverte stupéfiante (pour lui, pas vraiment pour nous) et découvre qui est vraiment Inès.
C'est un livre magnifique, magnifiquement écrit et remarquablement construit, mélangeant sans cesse les époques. L'auteur est capable de parler du passé, du présent et du futur dans une même phrase et il faut parfois être très attentif pour suivre. Souvent, on évoque ce que les personnages diront ou penseront plus tard de la situation qu'ils sont en train de vivre.
Il y a peu de dialogues, des phrases qui font souvent la moitié d'une page avec beaucoup d'adjectifs pour qualifier au maximum les choses décrites, les comparer à la nature, à des animaux ... Dans de rares occasions, j'ai trouvé qu'il allait un peu trop loin dans ses descriptions, ce qui alourdit les phrases. En effet, il est capable de nous décrire en détail un verre et l'eau qu'il y a dedans.
Les sentiments des personnages, leurs pensées, la ville de Magina, chaque pièce de la maison de Manuel, les ambiances, les lumières, les arbres, le fleuve, la guerre … tout est parfaitement décrit et rendu.
Certains y verront surtout un livre sur la guerre civile. Elle est moins présente que dans « Dans la grande nuit des temps », autre livre magnifique de l'auteur, chef-d'oeuvre à mon goût. Elle y a une place importante sans être ni envahissante ni prétexte à jugement de la part de l'auteur. Bien que se passant plutôt du côté des Républicains, l'auteur ne les fait pas passer pour les « bons » contre les mauvais Franquistes car il nous montre ce que sont capables de faire les Républicains, c'est-à-dire lyncher un Franquiste.
D'autres y verront plutôt un livre policier avec une enquête pour résoudre le meurtre de Mariana car la balle n'était pas vraiment perdue.
Pour moi, la guerre civile est secondaire, juste un « décor », même si elle intervient souvent que ce soit par des arrestations (des deux côtés), des emprisonnements (de Minaya et Solana) ou par l'évocation des affinités politiques des principaux personnages.
C'est un livre sur l'amitié, l'amour, une réflexion sur l'écriture, sur la transmission de la mémoire, d'une histoire personnelle et collective.
Après « Dans la grande nuit des temps » et maintenant « Beatus Ille », je ne peux que dire qu'Antonio Munoz Molina est un très grand écrivain. Beatus Ille était en plus son premier roman.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
DanieljeanDanieljean   10 avril 2016
ce qui compte, ce n'est pas qu'une histoire soit vraie ou fausse, c'est qu'on sache la raconter
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Videos de Antonio Muñoz Molina (93) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Antonio Muñoz Molina
Úbeda se reencuentra en San Lorenzo con Antonio Muñoz Molina
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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