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Claude Bleton (Traducteur)
ISBN : 2868697453
Éditeur : Actes Sud (10/08/1993)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 18 notes)
Résumé :
Paru en 1989 en Espagne et en 1991 à Actes Sud, on pourrait presque dire que Beltenebros est un roman de jeunesse. Et pourtant, quelle maestria, quelle maturité dans ce roman aux accents chandleriens où la mémoire est déjà le thème majeur et qui s’inscrit d’emblée dans une œuvre romanesque majeure.
Darman, exilé espagnol à Londres, est membre d’un réseau anti-franquiste. C’est une sorte de tueur à gage au service de la cause républicaine. La guerre est finie ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
LiliGalipette
  29 août 2013
« J'étais venu à Madrid pour tuer un homme que je n'avais jamais vu. » (p. 11) le capitaine Darman est un tueur à gages à la solde d'un réseau antifranquiste qui continue d'agir 20 ans après la fin de la guerre. Envoyé un peu partout en Europe, Darman est un agent froid et efficace qui accomplit ses missions sans ciller, mais qui souhaiterait se retirer. « Je ne leur devais rien et n'avais aucune envie de leur réclamer quoi que ce soit, pas même le temps que j'avais gaspillé à servir leurs rêves délirants de conspiration et de retours vengeurs. » (p. 22) En outre, cette mission à Madrid réveille le souvenir d'un autre meurtre, 20 ans plus tôt, quand Darman avait dû exécuter un ami traître au réseau. Des années plus tard, le capitaine s'interroge : a-t-il eu raison ? Walter était-il vraiment coupable ? « J'ai exécuté ma part de cruauté et de destruction et j'ai mérité l'opprobre. Les effets de l'amour ou de la tendresse sont fugitifs, mais ceux de l'erreur, ceux d'une seule erreur, n'ont pas de fin, comme une maladie carnivore et incurable. » (p. 129) Ici, c'est Andrade que Darman doit exécuter, un nouveau traître à la cause. Dans la ville madrilène, Darman est pris au piège de ses souvenirs, des faux-semblants et du passé qui ne demande qu'à ressurgir. Et il plane l'ombre de Beltenebros, le traître qui a collaboré avec la police de Franco. Qui est-il ? Où se cache-t-il ? « Beltenebros, on ne peut le découvrir parce qu'il sait vivre dans l'obscurité. » (p. 220)
L'univers mis en scène par Molina est sombre, nocturne, mal famé, louche et tout à fait inquiétant. Avec le passé qui frappe à la porte de sa mémoire et qui ne demande qu'à entrer et tout recouvrir, Darman embarque dans une odyssée intérieure qui malmène ses certitudes. On assiste à un processus inéluctable : dans une progression macabre, l'intrigue se déploie jusqu'à étouffer le héros pour mieux lui ouvrir les yeux. Tous les éléments traditionnels du polar sont au rendez-vous : le héros fatigué et désabusé, la très belle femme énigmatique, la proie innocente ou non et l'organisation supérieure implacable. Mais le roman dépasse ces codes quand la manipulation que subit Darman vire au cauchemar. « On voulait que je refasse les mêmes pas, que j'entende exactement les mêmes sons qu'alors. » (p. 210) Antonio Munoz Molina insuffle à ses pages un petit air de David Lynch avec l'inquiétant glissement des choses et la perte de contrôle de son héros. « Après tant d'obscurité, chaque chose que je regardais devenait une incitation pressante à déchiffrer ce qui me crevait les yeux et m'imposait l'évidence hermétique de sa candeur. » (p. 85) le traqueur devient traqué et le mystère s'épaissit avant l'ultime épiphanie, alors que les ruines de la mémoire et de la compréhension se redressent lentement pour dévoiler l'évidence et faire sortir Beltenebros de l'ombre.
Ce roman m'a été recommandé par un ami très cher. Il a bien fait, très bien fait. Moi qui ne suis pas vraiment sensible aux polars, j'ai été subjuguée par cette intrigue cauchemardesque. de plus, une lecture qui s'ouvre sous le haut patronage de Don Quichotte annonce à coup sûr un palimpseste de la littérature espagnole. Mais il serait bien réducteur de cantonner Beltenebros à cette définition. Ce roman est également un hommage au roman noir américain et au cinéma du même genre. Beltenebros, c'est comme un vieux film en noir et blanc avec un héros en pardessus et feutre mou, une femme fatale en talons aiguilles et rouge à lèvres carmin, mais avec en plus l'angoissante certitude que tout n'est qu'apparence et que le rideau va bientôt se déchirer.
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henrimesquida
  24 mars 2017
Le roman est constamment plongé dans une ambiance nocturne et mélancolique. Une ambiance triste aussi. Tous les personnages sont des solitaires, tous les décors sont tristes à pleurer. Des banlieues bétonnées et sordides, des boîtes de nuit sinistres, les anciens cinémas désaffectés... Loin des images cartes-postales de l'Espagne, on est ici dans la crasse du quotidien le plus terne.
Et c'est dans un tel décor que se déroule l'action, comme une tragédie. Car il y a un caractère implacable dans cette histoire. Quoi qu'il fasse, Darman ne peut pas échapper à sa mission. Et pourtant, il passe son temps à chercher des échappatoires, des solutions de repli. Mais n'arrive que ce qui doit arriver; Et Darman est comme prisonnier d'un destin qui le dégoûte.
Comme son titre l'indique, nous sommes donc dans un roman sombre, bien écrit en phrases généralement longues. La fin s'étire un peu et s'enfonce trop dans le glauque, mais l'ensemble, plutôt court (200 pages) se lit vite et avec intérêt.
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cyba
  20 juin 2014
Publié en 1989.
Madrid. Darman, membre d'un réseau antifranquiste constitué en Europe dès la fin de la guerre civil espagnole, vient à Madrid pour tuer un homme qu'il n'avait jamais vu. Il va faire une relecture de son propre passé.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   14 août 2017
Cette ville ressemblait à toutes les villes d'Angleterre ou de France, à ces villes qui, à la nuit tombée, abandonnent leurs artères aux automobilistes qui viennent de très loin et les traversent sans leur accorder un seul coup d'œil.
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LiliGalipetteLiliGalipette   29 août 2013
« Sans doute avait-elle su dès le début que le véritable traître était un autre et qu’il était invisible : Beltenebros, l’homme qui se cachait dans l’ombre et derrière une fausse loyauté, celui qui continuait de vivre impuni grâce aux morts symétriques de Walter et d’Andrade, qui respirait en ce moment même, immobile derrière la braise d’une cigarette, dans une des chambres de l’Universal Cinema. » (p. 218)
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LiliGalipetteLiliGalipette   19 août 2013
"Depuis des années, j'avais perdu l'habitude du désespoir." (p. 21)
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LiliGalipetteLiliGalipette   29 août 2013
« J’aimais à calculer le nombre de vies possibles qui me restaient en marge de chacun des actes que je n’arrivais pas à mener à terme. » (p. 44)
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LiliGalipetteLiliGalipette   29 août 2013
« En la regardant, je la vis soudain comme le simulacre d’une autre femme qui n’avait pas existé, qui avait hanté les rêves et les désirs de plusieurs hommes. » (p. 167)
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