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Critiques sur Comme l'ombre qui s'en va (7)
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Pirouette0001
  04 septembre 2016
James Earl Ray, délinquant de droit commun et ségrégationiste, a avoué l'assassinat de Martin Luther King lorsqu'il a été arrêté à Londres, alors qu'il s'apprêtait à prendre un avion pour Bruxelles, pour se rétracter ensuite, définitivement. Toujours très mauvais signe de fuir. Pourquoi quitter Memphis et le continent américain s'il n'était pas coupable ? Alors qu'au jour d'aujourd'hui, on ne sait toujours pas très bien ce qui s'est passé. James Earl Ray est-il innocent ? Peu probable, mais a-t-il agi seul ? Un des fils de King l'a aidé dans ses procédures en révision. Etait-ce un complot comme semble l'attester le procès d'autres personnes qui a suivi la mort de James Earl Ray ? Ou était-ce plus compliqué et l'Etat américain a-t-il lui-même commandité le meurtre de l'élément dérangeant qu'était Martin Luther King ? Aucune réponse.

Muñoz Molina, lui, a choisi l'option de James Earl Ray coupable solitaire. Et cela n'est finalement pas très important.

Car l'auteur nous emmène dans la fuite de cet homme qui passera quelques jours à Lisbonne et n'est-ce pas là pour l'auteur un merveilleux prétexte, pardon, une très belle occasion, de nous parler de l'élaboration de son ouvrage, Un hiver à Lisbonne, il y a trente ans déjà. Et de là, à nous parler de création littéraire et de sa vie à lui.

Seul bémol, dans la relation des faits et de la psychologie de Ray, Muñoz Molina tourne parfois en rond. On peut y voir d'innombrables variations sur un même thème ou des répétitions un peu fastidieuses. Cela a ralenti ma lecture mais ne m'a pas empêchée de prendre plaisir à lire ce nouvel opus.
Mon trio de tête reste toutefois inchangé et on y trouve Un hiver à Lisbonne (l'original) avec Dans la Grande nuit des temps et Pleine lune.
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horline
  30 mars 2017
Tenter de reconstituer fidèlement le passé conduit parfois à s'en éloigner. S'émanciper des faits, prendre des chemins détournés, écrire une autre histoire dans l'histoire... Sous l'effet peut-être de « l'intoxication par les lectures et les recherches » qui donne cette sensation étrange de se remémorer le passé comme si on l'avait vécu, Antonio Munoz Molina avec Comme l'ombre qui s'en va s'est intéressé à l'assassin de Martin Luther King, James Earl Ray. La découverte fortuite de la fuite de ce dernier à Lisbonne a suscité au fond de l'auteur une résonance intérieure et la nécessité d'écrire non pas une mais deux histoires au coeur d'un même récit.

Il y a une histoire vraie romancée, celle de Ray qui a tenté de gagner l'Afrique via Lisbonne après avoir tiré sur une figure majeure de la lutte des droits civils, et une histoire intimiste, celle de l'auteur qui raconte la déliquescence de son premier mariage. La cavale d'un meurtrier et la fuite d'un écrivain plein d'ambition pris au piège d'une vie personnelle et professionnelle insatisfaisante. Et le lien entre les deux : a priori Lisbonne où chacun éprouve la nécessité de recourir à la fiction, soit pour se réinventer sans cesse sous une fausse identité, soit pour inventer et donner vie aux autres à travers un deuxième roman Un hiver à Lisbonne.
Mais au fil des pages, ce sont les obsessions de l'auteur espagnol qui guident le récit ; la volonté de pénétrer la conscience d'un homme quelconque, presque invisible, qui a dû mener une vie clandestine. Partant à la recherche de détails, de sensations, de traces forcément fragiles et aléatoires, l'auteur trace des lignes de fuite à son travail d'archivage, il use de son pouvoir d'imagination pour réactiver toutes les dimensions d'un événement sur lequel le temps a passé et qu'aucune archive ni aucun fait ne saurait révéler. Biographie romancée ou exofiction, quelque soit le terme, l'auteur reconstitue le parcours du fugitif avec un phrasé mesuré, conscient de révéler un portrait arbitraire mais aussi convaincant. La réalité ayant parfois quelque chose d'insaisissable, l'auteur suggère que « jamais elle n'a dit le plus important de ce qu'elle aurait eu à dire »_ à charge de l'écrivain de faire le pont entre la réalité et la fiction pour rendre l'histoire intelligible. Méticuleux, l'auteur espagnol s'adonne à l'exercice avec la discipline et la rigueur qu'on lui connaît.

La démarche de A. Munoz Molina est d'autant plus intéressante qu'elle écarte le reproche récurrent de vouloir réécrire L Histoire, ou de faire de James Earl Ray sa créature. S'il se sert de la fiction pour dessiner les contours de cette histoire, c'est pour mieux faire tomber les masques. Avec la maturité qu'est la sienne, l'auteur se met à nu, dévoilant ses secrets d'écriture dans un récit qui construit et déconstruit le processus littéraire. Déterminé ou est-ce le besoin d'anticiper les reproches propres à ce genre de roman, il démystifie les liaisons entre la vérité et la fiction, ou comment l'écriture peut s'entourer de manipulations, d'impostures, de subterfuges. le roman a le mérite de la transparence narrative...

Et transparence narrative sans aucune limite puisque l'auteur se livre totalement, sans mesure, jusqu'à l'impudeur, jusqu'à l'ennui...ses ambitions d'écrivains étant intimement liées à sa vie familiale.
Malgré le talent de conteur de Molina, le pouvoir de séduction de sa plume élégante, la suavité de la langue si naturelle et sophistiquée à la fois,j'ai le sentiment d'avoir été un peu bernée : l'auteur impose un lien bien artificiel entre lui et Ray lorsqu'il décompose leur vie respective. Les correspondances sont à mon goût bien dérisoires. En refermant le livre, j'ai eu le sentiment que l'assassin n'était qu'un personnage secondaire, presque une excuse pour ventiler les obsessions personnelles de l'auteur, sa quête de reconnaissance sociale vampirise le texte. Au lieu de tenter de scruter les motivations de l'assassin, Molina laisse le récit « biographique » glissé vers le récit autobiographique, le texte-miroir devenant alors un subterfuge pour écrire sur soi et parler de ce que Lisbonne a fondamentalement changé dans sa vie.
Antonio Munoz Molina fait partie de ces auteurs qui m'ont toujours impressionnée par leur dextérité et leur intelligence émotionnelle. Si j'ai apprécié sa démarche didactique, j'ai été en revanche moins séduite par l'exercice d'équilibriste qu'il s'est imposé en mettant en parallèle sa vie et celle de James Earl Ray.
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LeaTouchBook
  27 octobre 2016
Voici ma première incursion dans l'univers d'Antonio Munoz Molina et je peux vous dire que cela a été un régal !

Je ne lis pas assez de littérature hispanique mais j'essaye de rattraper cette lacune, ce livre a deux temps est vraiment une très belle surprise, une très belle découverte, une lecture fascinante ! Nous sommes en 1968 et l'assassin de Martin Luther King prend la fuite. Nous sommes en 2013 et l'auteur Molina chemine sur les pas du meurtrier. Deux hommes qui vont se livrer, un roman autobiographique et biographique à la fois. Une mise en parallèle de deux existences qui n'avaient pourtant rien en commun...

Qui est cet homme qui a pu tuer l'un des hommes les plus importants du XXème siècle ? Qu'a t-il ressenti pendant et après cet acte odieux ? Qu'a t-il fait ? Qu'a t-il pensé ? Ce sont de nombreuses questions, des interrogations posées par l'écrivain qui va entrer dans la tête de ce personnage, lui donner une voix, une conscience. Bien sûr qu'il s'agit d'une oeuvre de fiction mais on voit tout le travail d'Antonio Munoz Molina pour suivre les traces de James Earl Ray... L'idée même de se raconter en racontant la vie d'un autre est aussi très ingénieuse, car elle mêle les sentiments et donne encore plus de profondeur à l'ensemble.

Comme dans tout mystère historique, l'auteur décide de faire un choix. le complot ou le meurtrier solitaire ? Il choisit le second pour mieux impacter sur le lecteur. Peu importe que ce soit la vérité, c'est sa vérité et la nôtre pendant le temps de cette lecture. On y croit, on se met dans la peau de chacun, L Histoire se mélange à l'histoire et nous sommes embarqués. J'ai eu grand plaisir à lire ce récit car il est à la fois extrêmement intéressant dans son contenu et émouvant dans son introspection des pensées de Ray et Molina.

En définitive, je vous recommande chaudement cette très belle lecture !

Lien : http://leatouchbook.blogspot..
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blandine5674
  24 décembre 2016


Intéressant, mais long, parfois fastidieux. Chapitres alternés par la cavale de l'assassin de Martin Luther King, avec l'écrivain qui se met en scène. Une bonne partie se passe à Lisbonne où James Earl Ray a séjourné plusieurs mois. L'auteur se rendra également à Memphis où eut lieu l'assassinat et particulièrement à la chambre 306. Un bel hommage aux musiciens de jazz. Nombreux détails de vêtements et d'ingrédients alimentaires, mais peu de réponse aux motivations, pas de psychologie, peu de détails d'enquête, etc. Plaisir et agacement en même temps, qui me laisse sur une difficulté d'opinion.



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marieclaude64
  12 septembre 2016

Ecrire une biographie de l'assassin de Martin Luther King en la vivant de l'intérieur. Réfléchir sur sa vie d'écrivain. Deux vies qui se rencontrent à travers l'écriture mais aussi à travers une ville Lisbonne.
Il faut se laisser entraîner dans l'écriture de A.Munoz Molina. de longues phrases, le sens du détail, un rythme musical pour servir une pensée profonde. Un grand écrivain.
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nilebeh
  30 novembre 2016
Ce gros livre, dense et extrêmement riche s'articule autour de deux trajectoires qui, dans un espace-temps différent, se croisent à Lisbonne. L'une correspond à la cavale de James Earl Ray, l'assassin du Pasteur Martin King le 4 avril 1968 à Memphis (Tennessee), l'autre au séjour de l'auteur, Antonio Muñoz Molina, dans la capitale portugaise en 1987. L'un fuit, l'autre cherche à construire un roman qui deviendra son premier grand succès, « L'hiver à Lisbonne », thriller mené sur un rythme de jam-session.
L'auteur effectue un énorme travail d'enquêteur, de journaliste d'investigation, en se penchant sur une masse extraordinaire de documents qui restituent les faits et gestes de James E. Ray à Lisbonne. Documents qu'il intègre à l'histoire – presque- véridique du meurtrier auquel il prête sentiments, émotions et stratégies pour ne pas se faire repérer. Ainsi naît un « personnage » au sens littéraire du terme, très fouillé, nourri, qui finit par nous devenir familier. Nous savons (presque) tout de lui : son apparence, son histoire, sa haine des Noirs, le milieu pauvre dont il est issu, véritable terreau aux idées ultra-réactionnaires, sur la base du complot, de la duplicité (médias menteurs, politiques corrompus sauf Mc Carthy, pasteurs noirs à la solde des communistes infiltrés dans le FBI, etc.). Cela n'excuse rien de l'horreur du crime perpétré depuis la minable salle de bains d'un hôtel minable de Memphis.
D'un autre côté, Muñoz Molina engage une réflexion sur l'acte d'écrire, saisissant le rapprochement entre les quelques jours passés à Lisbonne par J.E.Ray et ceux que lui-même y a passés pour préparer son roman « Un hiver à Lisbonne ».
Enfin, il se glisse dans la peau du pasteur assassiné pour restituer ce que furent ses derniers moments. Et là, cela devient un peu excessif, on finit par se lasser du procédé.

Le livre est intéressant, dense, documenté mais à la fin passablement indigeste. C'est dommage car les réflexions et analyses, tant sur le plan de la création littéraire que sur le tragique fait divers en lui-même, méritent qu'on s'y attarde et qu'on y réfléchisse, le sujet du racisme et de l'intolérance étant malheureusement encore d'actualité aujourd'hui.
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clement_M
  22 février 2017
L'idée du livre est superbe : suivre le tueur de Martin Luther King et se questionner sur la littérature dans le même temps.

Mais, les chapitres qui portent sur le tueur sont bordéliques et le récit n'avance pas. Quant aux réflexions littéraires de l'auteur, elles sont malheureusement diluées à l'extrême dans ce livre. Résultat : je me suis ennuyé ferme et j'ai laissé tomber ce livre au bout de 110 pages.
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