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EAN : 9782757890684
528 pages
Points (19/08/2021)
3.18/5   28 notes
Résumé :
Muni d'un carnet, d'une paire de ciseaux et de son smartphone, Antonio Muñoz Molina marche dans Paris, New York, Madrid, Lisbonne. Au fil de ses pérégrinations, des silhouettes surgissent tandis que d'autres s'esquivent et, soudain, au détour d'une ruelle, apparaissent Baudelaire, Edgar Allan Poe ou Fernando Pessoa.

Les pages s'écoulent au rythme de la vie, tel un immense collage de tout ce que le promeneur voit et entend : affiches, prospectus, bruit... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Pecosa
  09 mars 2018
Un andar solitario entre la gente, le dernier roman d'Antonio Muñoz Molina m'a laissée sur le bas-côté de la route. Dire que j'ai peiné à le terminer serait un euphémisme et je suis bien triste de ne pas être aussi enthousiaste que la majorité de ses lecteurs.
Le narrateur, un peu dépressif, se promène dans les rues de Madrid, de New-York, de Paris, et nous livre ses observations. Au cours de ses déambulations, surgissent des hommes, des noms, des bruits, des bribes de conversations, des pensées, des interrogations, des collages, des slogans publicitaires. Comme d'illustres prédécesseurs, Baudelaire, Walter Benjamin, Federico Garcia Lorca, Antonio Muñoz Molina est le piéton qui témoigne et partage ses observations sur la ville, sur les nouveaux modes de vie et de consommation, sur la beauté et la laideur de notre monde.
Si j'ai eu beaucoup de mal à terminer ce roman (qui n'en est pas un) de 494 pages, ce n'est pas à cause de la structure fragmentaire car j‘adore son ouvrage Séfarad, qui est un de mes livres préférés. Le narrateur de Un andar solitario entre la gente m'a laissée de glace, les slogans publicitaires, les injonctions des réseaux sociaux, les collages, la manifestation intempestive de la modernité m'ont fatiguée (était-ce le but de cette oeuvre?). Le seul élément qui m'aura poussée à terminer cette lecture harassante et finalement pour moi inconsistante est l'érudition d'Antonio Muñoz Molina et son amour pour les romanciers tels Quincey, Pessoa, Whitman. Finalement je me suis sentie très seule dans cette longue déambulation au milieu d'inconnus.
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5Arabella
  09 novembre 2020
Ce promeneur est sans doute l'auteur lui-même, qui se balade, explore, les paysages urbains, à Madrid, Paris, New-York... Mais il semble régulièrement croiser le chemin, suivre, entrapercevoir, une silhouette qui se dérobe, qui disparaît lorsqu'il pense l'avoir retrouvée, d'un homme qui comme lui parcourt la ville, récupère des prospectus, catalogues, affiches etc ; essaie de classifier, de garder trace de la vie telle qu'elle est, telle qu'elle se transforme, telle qu'elle va disparaître sans doute en un cycle de plus en plus rapide de transformations. Une sorte de double, de négatif, de l'écrivain lui-même peut-être.
Mais il y a aussi tous les promeneurs illustres qui les ont précédés. de grands artistes, comme De Quincey, Wilde, Baudelaire, Joyce, Benjamin, Poe...Poe qui écrivit une nouvelle intitulée L'homme des foules, dans laquelle le narrateur, observant les passants se trouve attiré par un homme qu'il va suivre, et avec qui il n'arrivera pas à établir le contact, un peu comme Antonio Muñoz Molina n'arrive pas vraiment à communiquer avec l'homme qui apparaît régulièrement, et dans divers lieux, qu'il parcourt. Les artistes évoqués par l'auteur sont des génies acculés, méconnus par leurs contemporains, démolis par des drogues, par la misères, par le rejet de leurs oeuvres ou de leurs personnes. Et qui eux aussi arpentent les rues, tentent de saisir avec leurs yeux aiguisés l'esprit de leur temps, les ambiances, les décors, les passants. Comme Benjamin qui aura rassemblé un gigantesque matériel en vue d'un ouvrage monumental, le livre des passages, qui ne sera jamais véritablement écrit, qui va se résumer à de la documentation, des morceaux, des projets... Une sorte de splendide ruine de ce qui aurait pu être un magnifique monument. Mais le destin tragique de Benjamin, qui l'a transformé en exilé misérable, tentant de survivre tant bien que mal grâce à quelques travaux alimentaires, ne lui permettra pas de donner corps à son projet jusqu'à la fin prématurée de sa vie.
Ce sont ces passages, dans lesquels Antonio Muñoz Molina évoquent ses illustres prédécesseurs, qui m'ont le plus passionné. Il réussit à créer des personnages, à communiquer sa passion pour leurs oeuvres, à nous donner la sensation de partager leurs destinées, même si pour ce faire il procède parfois à des schématisations des vies véritables de certains d'entre eux. Mais peu importe, il fait flamboyer le destin des divins miséreux créant des merveilles dont d'autres tireront des profits après leurs morts. Certains de ces passages m'ont rappelé les volumes du Manifeste incertain de Frédéric Pajak, en particulier ceux qui évoquent Walter Benjamin. D'autant plus qu'Antonio Muñoz Molinain insère dans son livre, des images, photos ou reproductions de tableaux, moins nombreux certes que les dessins dont Pajak illustre ses livres. Il y aussi de très beaux paragraphes consacrés à l'auteur lui-même, à la femme qu'il aime, à son déménagement etc. J'ai en revanche trouvé un peu trop long parfois et par moments répétitifs, les passages décrivant le monde contemporains, les publicités, décors, atteintes à la planète etc. Globalement, je pense que ce beau livre aurait encore gagné à être un petit peu plus ramassé.
Mais peu importe. J'ai aimé déambuler avec Antonio Muñoz Molina dans les villes qu'il traverse, l'entendre me parler de tous ces artistes, et évoquer ce qu'il aime et ce qui le dérange, de manière libre, sans hâte, à son rythme. Un voyage à recommencer dans d'autres livres de l'auteur.
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Creisifiction
  03 novembre 2020
Pardon, estimado señor Muñoz Molina, mais vous auriez pu nous épargner cet ouvrage : plus de 500 pages d'un verbiage aussi inutile !
Je vous cite :
« le sol vibre à l'approche du train. Ne pas monter ni descendre après le signal sonore. Je regarde les visages des gens et prête attention aux voix. Je suis tout ouïe. Je me place près de quelqu'un qui parle au téléphone dans le wagon, presque tout le monde regarde avec concentration l'écran de son portable »
Ou encore, environ 300 après après:
« Des publicités fixées avec de la colle, du ruban adhésif et même du sparadrap sont placardées sur toutes la surface des réverbères et des poteaux des feux de signalisation. Achète votre voiture. Jeune fille bolivienne propose ses services pour s'occuper de personnes âgées et effectuer tout type de travaux domestiques. Transports et déménagements. Achète Or. Achète Argent. Serruriers de confiance. Pose de fenêtres. Peintre espagnol»
Non, sans blague, pourquoi diable, estimado señor, perdre votre temps à écrire (et faire perdre ensuite le nôtre à les lire !) des centaines de pages de sornettes de la sorte, dignes du pire des écrivains en herbe ?
Vous avez avoué, je le sais pour l'avoir lu dans un entretien que vous aviez accordé au Nouvel Observateur, que l'écriture de cet opus vous avait permis de sortir d'une période difficile de dépression. C'est très bien. Il est bien connu de tous l'effet cathartique, thérapeutique que l'écriture peut revêtir pour tout un chacun. Hélas, il me semble qu'aucun viatique ne puisse en lui-même être forcément gage d'une bonne littérature!
Ce que votre éditeur nous présente en quatrième de couverture comme étant le registre de vos pérégrinations dans des villes aussi emblématiques que New York, Lisbonne, Madrid, Paris, ayant abouti à un véritable «éloge érudit d'une flânerie» m'a peut-être fait croire, à tort, que cette lecture pourrait constituer un bon moyen de faire connaissance à la fois avec vous et avec votre plume. Je m'attendais secrètement à retrouver le plaisir des délicieuses divagations que j'avais éprouvé en lisant G.W. Sebald ou chez le Rousseau des « Rêveries du Promeneur Solitaire ». Quelle déception, je n'ai retrouvé rien de tout cela !
D'ailleurs où êtes-vous exactement, estimado señor Muñoz Molina, derrière cet amas d'impressions que vous acceptez sans discrimination de transcrire, souvent sans queue ni tête, de ces bouts de descriptions de tout et de n'importe quoi, de cet immense collage d'informations de toutes sortes qui ne cesse de se disloquer sans direction précise ? Mû par la tentation de « tout écrire », auriez-vous pu, au fond, faire une place à vous-même de manière claire, ou en tout cas suffisamment cohérente pour qu'on puisse vous y reconnaître ? J'ai eu l'impression que vous n'y êtes pas, vous-aussi, qu'en tant que fantôme, à l'instar de ces nombreux auteurs (Baudelaire, Pessoa, Poe...), toutes ces silhouettes que vous glissez dans les décors que vous traversez et dont on se demande la plupart du temps ce qu'elles peuvent bien fabriquer là...
« Tout écrire », voyons, señor Muñoz Molina, quelle ambition, quel rêve insensé pour un écrivain !
Qui veut tout, dit la sagesse populaire, risque de n'obtenir rien ...
Pardonnez-moi, estimado señor, mais j'ai abandonné votre livre en cours de route et je dois vous avouer que je l'ai refermé un peu en colère. Toutefois, croyez-moi, je ne suis pas quelqu'un de rancunier, et surtout je n'aime pas proférer des jugements hâtifs ou définitifs. J'essaierai, je vous le promets, de lire plus tard un de vos vrais romans. Pour cela, et pour me départir de cette première mauvaise impression, je compte aussi sur les billets et les éventuels conseils des lecteurs si nombreux, il me semble, qui apprécient votre oeuvre. Là, il me faut néanmoins un peu de temps avant de réessayer.
Bien à vous !
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cprevost
  23 décembre 2020
Il y a quelque chose de fascinant dans ce qui s'entend, se ramasse et se voit, qui dans l'iphone du fond d'une poche de l'écrivain s'enregistre, qui à son carnet se colle à la page et s'ajoute à la pointe du crayon. Muñoz Molina vagabonde dans Paris, New York, Madrid et se souvient.

Il raconte ici ses histoires, ses expériences qui l'inscrivent dans l'espace si décrié des villes. Un tissu de mots et de récits entre le réel et les gens alors semble résorber la distance avec la familière étrangeté et réaccorder le citadin à ce qui l'entoure. Il écrit, dans « Un promeneur solitaire dans la foule » , sous une forme esthétique et juste, le plus profond de l'expérience urbaine mal désignée, dévalorisée et aujourd'hui reléguée. Il lance ainsi des passerelles et ravive merveilleusement l'attention aux autres, aux choses et aux lieux. Muñoz Molina dans ces pages est à la fois ancré dans l'ici et le maintenant de l'époque et arrimé dans le deçà et l'hier du passé des écrivains et des artistes qui hantent les lieux et l'inspirent.

L'écrivain espagnol donc, sac au dos, crayon et enregistreur à portée de main, s'est immergé dans les grandes villes de sa connaissance. L'élan irrépressible de sortir dans la rue, de tout noter pour ne rien oublier ont donné un livre foisonnant qu'il n'avait pas prévu d'écrire. « Flâner, dit-il, c'est rejoindre Stendhal et sa définition du roman comme un miroir qui se promène au bord d'une route. Cela permet de s'abandonner à ce que la vie nous offre ; à accepter de façon inconditionnelle le réel. Il se crée alors un ordre narratif et poétique, mais qui dépend complètement du hasard.» Avec lui « nous pensons d'ailleurs » et la vie quotidienne semble alors se nourrir de mythes : les écrans de moniteurs, de portables, d'ordinateurs ; les messages d'informations, de publicités … Isolés des actualités qui les font naître, ils apparaissent soudainement pour ce qu'ils sont : l'idéologie du formatage et de la surveillance. L'écrivain, comme en passant et après Roland Barthes , décrypte ici les mythes avec le souci de réconcilier le réel et les hommes, la description et l'explication.

Écrivain promeneur au travail, il nous présente littérairement l'urbain où s'entrecroisent les vies célèbres et inconnues, passées et présentes ; un urbain de sons mêlés, de couleurs criardes, de déchets invasifs et de mots intrusifs. Il déambule poétiquement en compagnie d'un passé toujours présent d'auteurs qui, dit-il, lui ont appris à voir et à écrire. Dans le dédale des rues, il met ses pas dans ceux abandonnés de Charles Baudelaire, de Thomas de Quincey, d'Edgar Poe ou bien de Walter Benjamin bientôt en allé. Roman pourtant, totalement, puisqu'à Madrid et New York il échange avec un mystérieux personnage de papier, sorte de « juif errant » d'un passé grenadin enfuit ; roman encore puisqu'il passe sans prévenir du je au il et semble donner la parole à un autre lui-même ; roman toujours puisqu'il fait surgir au « coin » d'une page l'inquiétude, le basculement d'un cataclysme toujours probable.

L'impression est forte à la lecture de ces carnets de voir se faire la littérature, d'apercevoir ce qu'une subjectivité fait secrètement au lecteur. Un rare plaisir.
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henrimesquida
  22 avril 2021
expressive, un documentarisme journalistique et une plongé dans la culture. En raison de ces états divers et
La narration, la description et la méditation intègrent la méthodologie de exercice littéraire brillant marqué par une curiosité vitale, une confiance en soi expressive, un documentarisme journalistique et une plongé dans la culture. En raison de ces états divers et de son ironie cachée, un livre captivant, mais difficile. C'est un livre d'artisan, différent, au style très libre et unique. Mais ce n'est pas un roman. C'est un monologue intérieur qui boit de la réalité et tente de refléter le monde dans lequel nous vivons. On y entends ces voix celle, narrative de l'auteur se mélangeant aux voix de la ville moderne et à celles de son passé;
Ecriture extrêmement dense , parfois volontairement confuse et soulante, voir obsessionnelle. Plus qu'une lecture L'auteur propose une expérience de lecture singulière.
Pour moi une expérience forte ,presque inoubliable ou Muñoz Molina sur un rythme lent de sonate, propose des images qui dénoncent la destruction du monde livre un chant poétique à l'écologie non sectaire à amour de la vie, tout en nous donnant des indices sur la façon dont il est devenu lui même écrivain par rapprochement avec Poe, Pessoa, De Quincey, Whitman, Dickens, Lorca...
tout cela donne certes un livre clivant, difficile, que vous pourrez détester ou adorer.
J'essaye quand même de raconter les grands traits de cette narration:
C'est un livre qui ouvre de nombreuses portes, et qui nous mènera à une multitude d'auteurs que, probablement, nous n'avons pas encore lus. L'auteur nous raconte l'histoire d'un narrateur qui suit un marcheur anonyme à travers la ville, qui prend des notes, mémorise toutes sortes de stimuli audiovisuels (j'achète de l'or et de l'argent, par exemple, des matériaux de démolition purs) et fouine les gros titres des journaux des gens à côté de lui dans le métro. On ne connaît pas le nom du narrateur ou du marcheur, mais on sait ce que ressentent Thomas de Quincey, Charles Baudelaire, Fernando Pessoa, Edgar Allan Poe, James Joyce, Walter Benjamin, Herman Melville, Federico García Lorca ou Walt Whitman. Tous ces écrivains, justement, sont des descripteurs et ils nous pont parlé, dans de nombreux cas, de villes qu'ils ne connaissaient pas ou qu'ils affrontaient pour la première fois, et c'est là que réside une grande partie du secret de ce livre, car souvent le la nous ne savons plus très bien de quelle ville il nous parle, car ce qu'il veut, c'est que nous comprenions comment nous ne connaissons pas nos propres villes et comment nous sommes des étrangers dans notre propre monde. Nous portons un téléphone portable qui nous fait baisser la tête qui nous isole du monde qui nous entoure et nous ne lisons pas dans la rue ce que la ville nous propose comme écritures : Nous ne lisons pas les publicités sur les murs qui cachent des vies entières. En marchant isolément, nous avons perdu la merveilleuse habitude d'écouter des conversations au coup par coup et d'imaginer d'où vient cette phrase et où elle va. Si nous analysons seulement la moitié d'une conversation téléphonique - celle de l'interlocuteur qui est à côté de nous - nous pouvons imaginer quelle était la question ou quelle aurait été la réponse. Les écrivains ne tirent-ils pas souvent de ces ficelles et ces bribes de conversations entendues pour construire leur propre monde? créer son propre monde à partir de celui de quelqu'un d'autre à peine entraperçu fait partie du génie de l' écrivain. c'est tout le contraire. Il sait que nous ne jouissons pas tous de son plaisir quotidien, et plutôt il nous dit qu'il est heureux comme ça, et que nous l'aimons aussi. Il est heureux ainsi, malgré une légère rechute d'une vieille dépression. Il a réalisé, dans la vraie vie, un cahier avec des coupures de presse et des publicités, des dessins et des photographies et peut être vu partiellement entre le texte. Et il semble qu'il ait passé un merveilleux moment avec cette expérience.
Muñoz Molina manie le langage avec tant d talent et d' habilité, que l'on peu lire ce livre de façon relativement fluide et facile malgré son étrange format.
S'il pouvait passer pour un vieux bougon ressassant que le "monde c'était mieux avant", et que "maintenant il va trop vite", ce n'est finalement pas l'impression qu'il nous laisse; au contraire. Il est un peu dépressif certes, mais il aime ça et nous dit que nous aussi on pourrait s'exercer à ce curieux exercice et en fin de compte aimer ça!
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critiques presse (6)
LePoint   10 novembre 2020
[Une] somptueuse déambulation urbaine et littéraire.
Lire la critique sur le site : LePoint
LaCroix   09 novembre 2020
Écrivain de la mémoire, de l’exil et des retrouvailles, Antonio Muñoz Molina nous transporte vers la polyphonie des villes avec un récit du monde contemporain.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeMonde   12 octobre 2020
Mots de passe. De Madrid à New York, où il a vécu, l'écrivain espagnol cultive un art de la déambulation poétique. Dans son nouveau livre, « Un promeneur solitaire dans la foule », il sonde la désolation et le fracas des villes du XXIe siècle.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Liberation   28 septembre 2020
Le promeneur Antonio Muñoz Molina rend compte du monde contemporain à travers choses vues, pubs, réminiscences littéraires.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeFigaro   17 septembre 2020
De New York à Paris en passant par Madrid et Lisbonne, une singulière balade buissonnière.

Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeFigaro   17 septembre 2020
De New York à Paris en passant par Madrid et Lisbonne, une singulière balade buissonnière.

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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
5Arabella5Arabella   07 novembre 2020
Je sors dans la rue à la tombée de la nuit. C’est le couchant tardif du premier soir de l’été. J’entends la rumeur de forêt des arbres et du lierre dans les jardins du quartier. J’entends des voix de gens invisibles qui dînent en plein air de l’autre côté de murs couronnés de plantes grimpantes ou de seringats, séparés de la rue par des rangées de cyprès de l’Arizona. Le ciel est bleu marine dans sa partie la plus haute et bleu clair à l’horizon, où se découpent les silhouettes des toits et des cheminées comme un diorama de fausse nuit en Technicolor. Je ne veux rien savoir du monde. Je ne veux m’informer de rien d’autre que ce qui parvient à mes oreilles et ce que voient mes yeux en ce moment même. La rue est plongée dans un tel silence que je peux entendre mes pas. Le vacarme du trafic paraît très lointain. J’entends dans la faible brise le bruissement des feuilles d’un figuier et le lent remous de houle à la cime d’un grand platane. J’entends le sifflement des hirondelles qui fendent l’air de leurs acrobaties vertigineuses. L’une d’elles a effleuré si proprement l’eau d’un étang en chassant un insecte qu’elle n’a pas provoqué la moindre ondulation. J’entends les claquements de l’écholocalisation des chauves-souris. Bien plus de vibrations que ne peuvent en capter mes grossières oreilles humaines ébranlent simultanément l’air à cet instant. L’air traversé par un dense réseau de signaux radio transmettant toutes les conversations sur les téléphones portables qui ont cours en ce moment dans la ville. Je veux être tout ouïe et tout yeux, comme l’Argos de la mythologie, un corps humain bulbeux couvert de globes oculaires et de paupières qui s’ouvrent et se ferment, ou d’yeux sans paupières semblables à ceux de la porte de Carmen Calvo. Je pourrais être un super-héros de Marvel : Eyeman, l’Homme-Yeux, un monstre de film de science-fiction des années 1950. Je pourrais être un quelconque inconnu et l’Homme Invisible, plutôt celui du film de James Whale que du roman de H. G. Wells. C’est dans le film qu’est la poésie.
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DunadanDunadan   15 août 2021
Ces derniers jours, il y a eu pour toute chose une horloge, un chronomètre pressant. Chaque chose est un sablier qui marque le temps parce que son contenu ou sa taille diminue, une horloge de shampoing dans la douche, une horloge de gel indiquant la fin de ces mois, de cette retraite, de ma vie dans cette ville. Le pot de miel dont chaque matin je me suis servi [...] est presque vide. Il n'y a plus de calendrier aux cases numérotées à marquer d'une croix. Mais peu importe, car tous ces objets sont des horloges. [...] Il y a une horloge, une clepsydre de mots qui se déverse sur le papier depuis ma main et la pointe du crayon lorsque j'écris. Quand je marchais seul dans la ville pendant des heures, les jambes étaient les aiguilles de l'horloge qui mesure le temps grâce au rythme binaire de mes pas. En milieu d'après-midi, au milieu de la nuit, les bruits métalliques du chauffage dans les tuyaux et les radiateurs étaient une autre horloge, de même que l'air qui remplit les poumons et en ressort un moment plus tard dans un sifflement doux avant d'y pénétrer de nouveau. Les grains de graphite du crayon étaient les grains de sable de l'horloge de l'écriture.
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5Arabella5Arabella   08 novembre 2020
Tu l'a vue un jour pour la première fois et aussitôt il t'a semblé que tu l'avais toujours connue. Depuis lors, au fil des années, tu la retrouves, étonné, dans un restaurant ou un hôtel où vous arrivez par des chemins différents, et au auras toujours le sentiment de la voir pour la première fois.
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DunadanDunadan   28 avril 2021
James Joyce affirme que les faits à venir projettent une ombre anticipée sur le présent. Le passé qui aurait pu survenir imprimé une ombre similaire sur les événements postérieurs. Cet espace-temps conjecturel est peuplé de fantômes dont les visages flous apparaissent derrière une tenture et traversent incognito les lieux où ils auraient pu vivre.
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DunadanDunadan   18 avril 2021
Tous les papiers qui jonchent le sol, les mégots, les prospectus, les verres en plastique, les publicités pour des massages pour acheter de l'or ou des voitures, tout cela s'agite, mêlé aux feuilles sèches, dans de brèves turbulences, feuilles d'arbres, plastique, papiers, détritus, les gouttes éparses d'une pluie invisible et rapide tombent comme des aiguilles sur le visage, traversent la chemise d'été, ruissellent sur les pare-brise sales des voitures garées là depuis très longtemps, transforment en pulpe de papier les publicités restées des jours prisonnières sous les balais des essuie-glaces.
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