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Critique de chocobogirl


chocobogirl
  18 novembre 2012
Dans un petit village isolé où personne ne s'arrête jamais, excepté le facteur, et où la vie semble être un sac de briques accroché au cou de ses habitants en pleine noyade sociale et financière, un gamin a décidé de tuer tout le monde. Pour d'obscures raisons, il s'attèle à trucider les habitants un par un, en faisant preuve de beaucoup d'ingéniosité.

Cette adaptation du roman éponyme de Jean-Luc Luciani (que je n'ai pas lu et dont je ne peux juger l'adaptation) est une oeuvre à la fois noire et cynique. On y suit les pensées et les actes de ce petit garçon qui, persuadé d'avoir commencé à tuer dès sa naissance (sa mère) construit un plan fort réfléchi pour arriver à ses fins : tuer tous les habitants du village, sa propre famille compris. A travers la narration de ce personnage dont nous ne connaîtrons pas le nom, nous allons suivre la fin tragique de chacun d'entre d'eux. le petit frère qui décède d'un accident de balançoire, l'institutrice qui se prend un coin de bureau dans l'oeil, un gamin qui s'empale dans un piège à sanglier, un autre qui se noie dans la vase, etc...
Seule la petite Laurie trouve quelque peu grâce à ses yeux et, pour cela, devra mourir la dernière.

Vous l'aurez compris, inutile de chercher un peu de lumière dans cette histoire à la fois malsaine et oppressante. le gamin tueur est effrayant de sang-froid et d'absence de remords et de compassion. Il nous explique ses faits et gestes avec une certaine naïveté, fautes d'orthographe à l'appui, tout en faisant preuve d'une résolution incompréhensible. Sa seule volonté est d'achever tout le monde et de partir, dans le monde, hors de cette communauté bien peu amène. Si les enfants seront les premiers à subir sa violence, les adultes ne seront pas en reste. Et d'une certaine façon, on pourrait presque le comprendre ! Les habitants de ce petit village vivent en vase clos, dans une misère crasse qui les enfoncent dans la médiocrité, la méchanceté et la perversion. Chômage, misère, folie, avarice, luxure, inceste, infidélité, racisme... les adultes de ce groupe donnent de beaux exemples d'immoralité et sont prêts à planquer les cadavres dans le jardin pour continuer à toucher les pensions de ces derniers. Aucun des personnages ne semble pouvoir être sauvé ici.
Cette descente aux enfers s'avère pourtant surprenante. le contraste entre un propos profondément noir et une narration enfantine et innocente donne un effet totalement décalé qui donne presque envie d'en rire. On s'étonne à attendre la suite du récit avec impatience, s'interrogeant sur les limites sans cesse repoussées du jeune assassin.

Mais si le scénario en perturbera certains, on ne pourra que s'enthousiasmer pour son traitement graphique. Dans une palette aux tons ocres et bleu nuit, Munoz a imaginé un univers oppressant dont l'ambiance crépusculaire est rendue à la perfection. Son trait offre à la fois un côté naïf avec des traits épais, appuyés, et un côté très travaillé sur le grain, la lumière, donnant ainsi beaucoup de profondeur et de densité. Un aspect qui m'a fait un peu penser au dessin de Tirabosco, dont j'apprécie aussi le travail. Les personnages sont fort bien croqués et leurs expressions mises en avant. Par exemple, on ne peut oublier le regard perdu et désespéré de Laurie dans un lit où elle ne devrait pas être.

Un léger bruit dans le moteur est un album qui ne manquera pas de troubler son lecteur. Une histoire hors-norme qui ne vous laissera pas indifférent. Laissez-vous embarquer malgré tout dans ce cauchemar sauvage qui, tout en piétinant toute forme de morale, montre l'aspiration d'un jeune garçon à une vie "normale" en dehors de ce village inhumain. Faut-il aller au bout de son inhumanité pour retrouver une quelconque forme d'humanité ? La question est posée. En attendant, nous pourrez toujours vous régaler de l'étrange beauté qui ressort de ces pages, sublimé par le dessin de Munoz.
Un petit coup de coeur pour ma part !
Lien : http://legrenierdechoco.over..
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