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EAN : 9782879297293
320 pages
Editions de l'Olivier (11/04/2013)
  Existe en édition audio
3.38/5   259 notes
Résumé :
Livre audio

Dans ce recueil, les personnages courent après le bonheur et tentent de surmonter un deuil, une crise conjugale, une humiliation. L’histoire qui clôt le livre évoque Sofia Kovaleskaïa, mathématicienne russe qui vécut à la fin du XIXe siècle et qui fut l’une des premières femmes à enseigner dans une université européenne. Mais les faits bruts, ceux qui nourrissent les biographies, ne constituent pour Alice Munro qu’un arrière-plan : elle pa... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (65) Voir plus Ajouter une critique
3,38

sur 259 notes

Lorsque le Comité Nobel a décerné son prix à la nouvelliste canadienne, elle avait 82 ans et venait d'annoncer qu'elle arrêtait d'écrire. Je suppose que l'ironie de la situation n'a pas échappé à Alice Munro. Comme elle n'avait pas échappé à Doris Lessing sept ans plus tôt, pas spécialement réjouie de se voir attribuer le prestigieux prix. Trop tard, avait-elle lancé aux journalistes qu'elle avait découvert amassés devant son domicile alors qu'elle revenait du marché, son cabas sous le bras, une chance qu'elle ne fût pas déjà morte.

L'ironie, l'auto-dérision sont au moins une chose que ces deux écrivaines d'exception ont en commun. Alors que le Comité Nobel célèbre en elle « la souveraine de l'art de la nouvelle contemporaine », Munro déclare que si elle a choisi d'écrire des nouvelles, c'est parce que le format court était le seul format qui lui parût conciliable avec les contraintes de la vie de famille… Elle a d'ailleurs relativement peu écrit, eu égard à la longévité de sa « carrière » : quatorze recueils en quarante-cinq ans.

Mais que ce prix fût sans doute arrivé trop tard n'implique pas qu'il soit inutile. Bien au contraire. En récompensant une femme infiniment discrète, fuyant de tous temps les interviews et les festivals, car s'afficher en public comme écrivain « serait une vaste fumisterie », l'Académie suédoise a non seulement mis à l'honneur un genre littéraire généralement considéré comme mineur, la nouvelle, mais aussi mis en lumière une oeuvre qui, sans cela, serait probablement restée assez largement méconnue en dehors de son pays, le Canada. Certes, de grands auteurs nord-américains comme Jonathan Franzen et Joyce Carol Oates enjoignaient depuis des années au public de lire Munro, mais il faut reconnaître qu'ils n'était pas légion, ceux qui la lisaient.

Avant l'attribution du Nobel, je n'avais jamais entendu parler d'elle. Et même après, je ne me suis pas précipitée sur son oeuvre. Je me la figurais comme une petite dame parlant d'une petite voix de petites choses, je m'attendais donc à m'ennuyer un peu. Lorsque j'ai ouvert pour la première fois son dernier recueil, Trop de bonheur, et lorsque j'ai entamé la lecture de la première nouvelle, Dimensions, j'ai aussitôt ressenti une fascination proche de l'hypnose. C'était environ un an après le Nobel, à l'automne 2014, et je me souviens exactement du lieu où je me trouvais, ici à Gordes, loin de Paris où je vivais à l'époque, dans cette pièce-ci qui tient lieu de salon, dans ce fauteuil en velours rouge face à la cheminée où je m'installe souvent pour lire en fin de journée. J'ai lu la nouvelle d'une traite, et je me suis dit que même si Alice Munro n'avait écrit pour toute oeuvre que cette unique histoire, elle aurait amplement mérité le prix Nobel. Je me suis également demandée s'il était possible que les neuf autres nouvelles de ce recueil, et aussi celles de ses précédents recueils, puissent atteindre une telle intensité. Maintenant que j'ai lu pratiquement toute son oeuvre, la réponse est oui, très souvent.

Munro va à l'essentiel, chacun de ses mots est pesé au trébuchet. Ses histoires requièrent une lecture très attentive, non parce qu'elles parleraient de choses compliquées. Non parce que les phrases qui les composent seraient méandreuses ou digressives comme chez Proust ou Simon. Mais parce qu'elles disent un maximum de choses en un minimum de mots. Munro, c'est la puissance de la concision. Ce qui ne veut pas dire que son écriture est sèche et plate, absolument pas. Qu'en en juge dans cet extrait tiré de Fiction :

« Toute la sagacité de son ivresse, toute sa jubilation expulsées d'elle comme un vomi. A part ça, elle n'avait pas la gueule de bois. Elle pouvait se vautrer dans des lacs d'alcool, semblait-il, et se réveiller aussi sèche, aussi aplatie, qu'une plaque de carton. »

Dans ses dernières oeuvres, surtout, elle touche au plus près à la quintessence du langage. Quand je relis La recherche du temps perdu, je saute allègrement des passages qui m'intéressent moins sans perdre le fil de l'histoire. Il m'est même arrivé de relire l'oeuvre de Proust à l'envers, en commençant par la fin, par le temps retrouvé. Chez Munro, une lecture « à sauts et à gambades » est impossible. Sauter une phrase ou y être peu attentif a de grandes chances de vous faire passer à côté d'un élément essentiel pour la compréhension de l'histoire. Ce d'autant plus que les éléments essentiels prennent souvent l'aspect le plus anodin.

Ainsi dans Visage, le narrateur, affligé d'une large tache de naissance violacée qui lui défigure la moitié du visage, nous raconte comment sa mère, « une sainte », s'y prenait pour le préserver :

« « Cela rend le blanc de cet oeil-là d'autant plus joli et clair », fut l'une des sottises excusables que disait ma mère dans l'espoir de m'amener à m'admirer moi-même. Protégé comme je l'étais, j'avais tendance à le croire. »

Ce « protégé comme je l'étais » nous paraît parfaitement anodin. Rien de plus naturel, en effet, à ce qu'une mère dont l'enfant a le visage défiguré fasse en sorte de le protéger de l'hostilité du monde extérieur. Sauf que nous découvrirons dans la suite de l'histoire ce que recouvre effectivement cette « protection ». Car avec Munro, les choses sont rarement celles que l'on croit. Elles en cachent souvent une autre, qui en cache une autre, qui en cache…etc…

Dans Radicaux libres, nous faisons connaissance avec Nita, dont nous comprenons qu'elle vit seule et qu'elle est déprimée. Nous apprenons dès la deuxième page qu'elle vient de perdre son mari d'une façon aussi inattendue que soudaine :

« Elle n'eut pas le temps de se demander pourquoi il était en retard. Il était mort et s'était effondré contre la pancarte qui annonçait une promotion sur les tondeuses à gazon devant la porte du magasin. »

Apprenant que le mari décédé était âgé, bien plus âgé que sa femme, nous croyons avoir affaire à un récit de deuil difficile, de chagrin inexpiable et de solitude insondable, certes, mais qui s'inscrit dans l'ordre des choses. Sauf que l'ordre des choses n'est pas celui que nous croyons. Distillant ses informations au compte-goutte, Munro va nous conter une tout autre histoire, en faisant surgir au moment où on s'y attend le moins l'imprévu sous les traits d'un inquiétant jeune homme.

L'imprévu est également au coeur de Dimensions, une nouvelle qui porte à son sommet l'art de conjuguer le plus grand mystère à des révélations savamment dosées. La nouvelle s'ouvre sur Doree, qui se rend au prix d'un trajet très long et très fatigant dans une « institution » un dimanche à neuf heures du matin. Dans le paragraphe suivant, nous apprenons qu'elle est femme de ménage dans un hôtel, un travail ingrat et éreintant qu'elle aime précisément pour cela. Intrigués, nous sommes. Qui aime faire un travail ingrat et éreintant, dont il est précisé qu'il comporte « des tâches répugnantes »?

Parce qu'il « occupait ses pensées jusqu'à un certain point et lui causait une telle fatigue qu'elle parvenait à dormir la nuit ».

Dans le paragraphe suivant, nous comprenons qu'il lui est arrivé quelque chose (un événement imprévu), et que ce quelque chose fut suffisamment notable pour qu'elle ait sa photo dans les journaux, une photo prise avec ses « trois enfants, le nourrisson, Dimitri, dans ses bras, et Barbara Ann et Sasha de part et d'autre, regard tourné ves l'objectif. » Nous apprenons dans la foulée qu'elle a changé d'apparence depuis la photo, et qu'elle se fait désormais appeler par son second prénom : Fleur.

En quatre petits paragraphes et en moins de deux pages, nous voici ferrés et les questions se bousculent. Qu'a donc fait cette femme pour se retrouver reléguée dans un boulot dévalorisant? Pourquoi cette longue et éreintante expédition lors de son seul et unique jour de congé? Où sont ses enfants? Pourquoi ne veut-elle pas qu'on la reconnaisse?

Nous découvrons peu à peu les éléments, l'enchaînement de circonstances qui ont mené au drame, drame que l'on peut qualifier, après coup, d'inéluctable. Inéluctable puisque ce qui était seulement une possibilité parmi des centaines d'autres est effectivement advenu.

L'imprévu, c'est par définition un événement qui n'était pas prévu. Mais l'imprévu, ce n'est pas nécessairement ce qui n'était pas prévisible. Par tâtonnements successifs, grâce à une subtile construction faite d'allers-retours entre le passé et le présent, grâce, surtout, à une connaissance très fine des mécanismes à l'oeuvre dans les conduites humaines, Munro nous montre la succession de décisions ou de non-choix, les ramifications que les personnages ont empruntées mais qu'ils auraient pu ne pas prendre, l'enchaînement de circonstances fortuites qui les mènent inéluctablement au drame. Et c'est ainsi qu'elle réussit cette chose surprenante, paradoxale, que résume joliment la quatrième de couverture : La célébration, dans chacune de ses histoires, du mariage de l'inattendu et de l'inexorable.

J'ai dit Elle nous montre. C'est une formule trop crue ou trop simple pour qualifier l'écriture de Munro. Elle ne montre pas, elle dévoile peu à peu. Ce dévoilement n'est jamais total. Aucune explication définitive n'est apportée à des comportements dont les tenants et les aboutissants restent profondément mystérieux.

« C'est la profondeur de ce mystère, alliée à la limpidité du style, qui font la puissance de cette oeuvre ».

Florence Noiville

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J'ai enfin lu Alice Munro !

Et ça a immédiatement matché entre nous ! À tel point que j'ai couru à la librairie Arthaud pour acheter 2 autres recueils d'elle alors que je n'avais lu que les premières pages de la première nouvelle.

Alice Munro est vraiment une nouvelliste de génie (selon Wikipedia, elle n'a écrit qu'un seul roman) ! Elle arrive à instiller du suspens dans chacune de ses nouvelles alors que les personnages (sauf peut-être dans le premier texte de ce recueil) ne font rien d'exceptionnel.

Chacune des nouvelles de "Trop de bonheur" a la force d'un roman et Alice Munro manie l'art de la phrase juste qui fait mouche ! Par exemple, dans la première nouvelle, "Dimensions", elle décrit le mécanisme d'une relation toxique en une économie de phrases qui en disent bien plus long qu'un discours :

P21-22 : Après quoi elle fit plus attention à ce qu'elle disait. Elle vit qu'il y avait des choses auxquelles elle était habituée qu'une autre personne pouvait ne pas comprendre.

P23 : Cela empira peu à peu. Pas d'interdiction directe, mais un surcroît de critiques.

Voilà ! Alice Munro dit en quatre phrases ce qu'une personne victime de manipulation arrive difficilement à exprimer.

En plus, Aline Munro est très drôle quand elle fait preuve de dérision envers elle-même... comme dans la nouvelle intitulée "Fiction" :

P69-70 : Un recueil de nouvelles. Pas un roman. Voilà qui est déjà une déception. L'autorité du livre en paraît diminuée ; cela fait passer l'auteur pour quelqu'un qui s'attarde à l'entrée de la littérature, au lieu d'être assurément installé à l'intérieur.

À croire qu'elle lit dans nos pensées françaises ! MDR

Certains fâcheux disent qu'Alice Munro a eu le Nobel parce que l'académie suédoise ne voulait pas le donner à Philip Roth... Et bien je ne suis pas d'accord !

J'adore Philip Roth pourtant je me sens peu concernée par ses histoires mais il me fait découvrir un monde que je ne connais pas.

En revanche, ce n'est pas le cas des nouvelles d'Alice Munro. Elle parle de choses de tous les jours qui font surgir des impressions de souvenirs, un peu comme la madeleine de Proust ! Ce sont des histoires universelles dans lesquelles la plupart des lecteurs.trices peuvent s'identifier.

Plus jeune, je ne n'aurais certainement pas apprécié les nouvelles d'Alice Munro mais aujourd'hui c'est un de mes plus gros coup de coeur de lectrice !

"Trop de bonheur" d'Alice Munro

Traduit par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso

Éditions de l'Olivier (Bibliothèque de l'Olivier)

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♫Qu'est-ce-qu'elle veut cette conasse

le beurre ou l'argent du beurre

que tu vives ou que tu meurs?

Faut qu'elle crève de bonheur

ou qu'elle change de godasses

faut qu'elle croule sous les fleurs

(prendre ta douleur

je vais prendre ta douleur)

change de couleur...

je vais jouer au docteur♫

Ta douleur - Camille - 2005 -

"Cite-moi une seule femme vraiment importante, disait-il. Une qui ait fait tant soit peu changer le monde autrement que par la séduction ou le meurtre des hommes. Elles sont congénitalement arriérées et égocentriques, et pour peu qu'elles s'emparent d'une idée, une quelconque idée convenable à laquelle se consacrer, elles deviennent hystériques et fichent tout en l'air tant elles sont présomptueuses." page 378

Ainsi parlait Vladimir Kovalevsky (1842-1883), savant paléontologue russe époux par "convenance" de Sofia Kovalevskaïa, éminente mathématicienne russe (1850-1891)...

Théorie des équations aux dérivées partielles,

l'amour n'est pas un sentiment de la vie réelle,

fonctions elliptiques et abéliennes,

catalyseur à la Relativité restreinte d' A. Einstein.

Poète à propos des sciences mathématiques

Intuitions, éclairs qui illuminent des chiffres mythiques

La vie peut être satisfaisante sans grands accomplissements

Tout bien tout honneur, tiédeur des sentiments,

Première Universitaire à sévir dans l'enseignement...

Trop de bonheur, recueil de 10 nouvelles

Exigences de vie, combats existentiels

Alice Munro-2013- Littérature - Prix Nobel

Prix Bordin 1888 Sofia Kovalevskaïa

le Nobel de mathématiques n'existe pas !

LE BON ELEVE REVE LE NOBEL

palindrome comme pour Trop et Port

Jamais gauche en amour, c'est que t'es adroit

alors Hashtag Balance ton Porc

Bonheur jamais sans douleur

Sofia, nom d'un cratère de Lune donné en son honneur...

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Trop de bonheur ? Si vraiment il y a trop de bonheur dans ce livre, alors je veux bien écrire une théorie sur les dérivées complexes ou empoisonner mes invités avec des tiges de rhubarbe !

J'ai découvert les nouvelles d'Alice Munro avec 'Un peu, beaucoup, pas du tout' qui m'avait séduite par sa justesse et sa douceur. 'Trop de bonheur' est assez différent, nettement plus dérangeant dans ses thèmes et parfois bizarre. Meurtres d'enfants, meurtres d'enfants par des enfants, histoires glauques d'accidents, de maladies, d'amour tordu ou de souffrances, ces 10 nouvelles sont sombres et plutôt désespérées.

Pour autant, elles ne sont pas désespérantes, car le talent d'observation et d'écriture d'Alice Munro suffit à les éclairer. J'ai notamment beaucoup aimé l'astuce ironique de la veuve des 'Radicaux libres' et été ravie de découvrir le destin de Sofia Kovalevskaïa, mathématicienne de génie et première femme professeure d'université. Me voilà revenue à ma rhubarbe et aux dérivées, c'est qu'il est temps de m'arrêter...

Challenge Variétés

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Le prix Nobel récompense annuellement, depuis 1901, un écrivain ayant rendu de grands services à l'humanité grâce à une oeuvre littéraire qui, selon le testament du chimiste suédois Alfred Nobel, « a fait la preuve d'un puissant idéal .

Il est sans doute vain d'essayer de chercher, pour un auteur donné ce qui a pu convaincre les jurés, en ne lisant qu'un seul ouvrage. Et ce n'est pas Trop de bonheur qui me livrera les clefs de ce Nobel 2013.

Chaque nouvelle est centré sur un personnage qui à travers une singularité physique ou contextuelle devient le centre d'un récit. Peu de repères temporels, une situation géographique imprécise : est-ce cela qui les prive d'une réalité crédible ? Difficile en tout cas de s'y attacher, d'autant que la longueur de chaque nouvelle (une trentaine de page), n'y incite guère. Les chutes ne permettent pas non plus de s'étonner et ainsi de mémoriser l'intrigue. Quant à la dernière, qui donne le titre au recueil, j'ai carrément eu du mal à la terminer : récit alourdi par des divagations oniriques de l'héroïne, qui sont autant de prétexte pour rétablir la vérité de l'histoire de cette mathématicienne, répétitions, phrases sans harmonie :

(« il avait eu le sentiment d'être ignoré. Lui qui n'était pas habitué à être ignoré, qu'il ne s'était probablement jamais trouvé dans un salon, ou une réception, depuis qu'il était devenu adulte, où ç'avait été le cas. Tel n'avait pas été le cas à Paris d'ailleurs. »).

Doit-on incriminer la traduction?

Le plaisir n'a donc pas été au rendez-vous : mauvais choix, ou encore une fois nécessité d'aborder l'ensemble d'une oeuvre, pour comprendre la nomination. Il semble d'autre part que les thèmes abordés et les engagements politiques soient plus important pour être élu, que la valeur littéraire proprement dite

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critiques presse (3)
Bibliobs
11 octobre 2013
Signé par l'un des plus grands écrivains en exercice, la Canadienne Alice Munro, ce recueil de nouvelles illustre comme jamais son génie subtil: celui de célébrer, dans chacune de ses histoires, le mariage de l'inattendu et de l'inexorable.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaPresse
28 juin 2013
La grande force du livre est l'écriture sans complaisance de Munro, attentive aux détails insignifiants, aux moindres contradictions de ses personnages.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Telerama
10 avril 2013
Brèves histoires de vérités cachées, de fuites improbables ou de capitulations. Elle accompagne des femmes apparemment ordinaires, les regarde vivre, avec leurs contradictions et leur solitude infinie. [...] Alice Munro évoque aussi des rendez-vous inattendus, des gestes incongrus qui bouleversent une vie.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation

Un autre de mes jeux était de bâtir une maison de feuilles. C'est-à-dire que je ratissais les feuilles tombées de l'érable d'où pendait la balançoire et en emportais des brassées que je disposais sur le sol pour former le plan d'une maison. Là, le salon, ici, la cuisine, là un gros tas moelleux représentant le lit dans la chambre à coucher et ainsi de suite. Je n'avais pas inventé cette activité - des maisons de feuilles plus étendues étaient disposées et même en quelque sorte meublées, à chaque récréation dans la cour des filles à l'école, jusqu'à ce que le concierge finisse par ratisser toutes les feuilles pour les brûler.

p264

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Une autre raison de cette antipathie bougonne vient de m'apparaître et il est bizarre que je ne m'en sois pas avisé plus tôt. Nous étions tous deux handicapés, victimes manifestes d'une disgrâce physique. On pourrait croire que cela constitue une raison de faire cause commune mais c'est souvent le contraire qui se produit, chacun risquant de se voir rappeler par l'autre ce qu'il préférerait oublier.

p197

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Dostoïevski s'y était peut-être assis, ce pauvre Fiodor Mikhaïlovitch dans son lamentable état nerveux, ébloui par Anna, la soeur de Sofia.(...)

Mais en fin de compte elle tenait trop à son propre rayonnement et, pressentant peut-être qu'il lui faudrait le sacrifier à celui de Fiodor Mikhaïlovitch, préféra l'éconduire. Il la dépeignit dans l'Idiot sous les traits d'Aglia et épousa une jeune sténographe.

p335 & 342

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Pendant très longtemps le passé se détache de nous facilement et, selon toute apparence, automatiquement, parfaitement. Ce n'est pas tant que les scènes du passé disparaissent mais plutôt qu'elles perdent tout intérêt. Et puis il se produit un retournement, ce qui était terminé et réglé ressurgit, réclamant l'attention, réclamant même qu'on tente d'y remédier, alors que l'absence et l'impossibilité absolues et tout remède crèvent les yeux.

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Il y avait une chose en particulier que Joyce adorait voir pendant ce retour chez elle, quand elle s’engageait sur le chemin de leur domaine. A l’époque, beaucoup de gens, même certains des propriétaires de chaumines, installaient des portes-fenêtres à deux vantaux qu’on appelait portes patio – même si, comme Jon et Joyce, on n’avait pas de patio. On n’y mettait d’ordinaire pas de rideaux et le double rectangle de lumière semblait un signe ou une promesse de confort, de sécurité, et de plénitude retrouvée. Pourquoi les portes vitrées faisaient naître ce sentiment plus que les fenêtres ordinaires, Joyce n’aurait su le dire.

Peut-être parce que la plupart n’étaient pas seulement faites pour regarder vers l’extérieur, mais pour ouvrir directement sur l’obscurité de la forêt, et montrer sans détour le havre du foyer. Visions de gens en pied devant le fourneau ou la télé – scènes qui l’enchantaient même si elle savait qu’elles n’auraient rien d’extraordinaire vécues de l’intérieur.

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Samedi 19 septembre 2020 / 9 h
Florence Seyvos et Anne Alvaro nous font parcourir l'univers de Sisyphe est une femme, l'essai de Geneviève Brisac, à travers l'évocation d'Alice Munro, Marguerite Duras, Rosetta Loy...
Florence Seyvos est écrivaine et scénariste. Les Apparitions, Prix Goncourt du premier roman 1995 et le prix France Télévisions 1995. L'Abandon, 2002, le Garçon incassable, 2013 (prix Renaudot poche). Elle a également publié à l'École des loisirs une dizaine de livres pour la jeunesse et coécrit avec la réalisatrice Noémie Lvovsky les scénarios de ses films, comme La vie ne me fait pas peur (prix Jean-Vigo), Les Sentiments (prix Louis-Delluc 2003) ou Camille redouble. Elle publie en septembre 2020 Une bête aux aguets, aux éditions de l'Olivier.
Anne Alvaro est actrice de théâtre et de cinéma. Elle a joué dans des pièces mises en scène par Georges Lavaudant, Claude Guerre ou Hubert Colas. Au cinéma dans le film Danton d'Andrzej Wajda en 1981, et dans quatre films de Raoul Ruiz. En 1999, elle reçoit le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour son rôle dans le film d'Agnès Jaoui, le Goût des autres et une seconde fois en 2010 pour le personnage de Louisa dans le Bruit des glaçons de Bertrand Blier.
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