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Corinne Atlan (Traducteur)
ISBN : 2877303845
Éditeur : Editions Philippe Picquier (23/04/1999)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 555 notes)
Résumé :
Au Japon, les nouveau-nés abandonnés dans les consignes des gares sont voués à une mort certaine. Deux d'entre eux pourtant, Hashi et Kiku, vont vivre. La vie de ces deux enfants est une plaie béante qui ne se cicatrise pas, un cri qui ne se tait pas. Le cauchemar les hante, leur univers s'est réduit aux parois d'une consigne, un monde sans espoir où l'on cherche une échappatoire tout en sachant qu'elle n'existe pas. Autour d'eux, un brouillard épais et pesant s'est... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (44) Voir plus Ajouter une critique
isabelleisapure
  30 janvier 2017
Il y a généralement beaucoup de poésie et de délicatesse dans la littérature japonaise, c'est probablement la raison pour laquelle j'aime m'y réfugier si souvent.
Mais, cette fois-ci, je suis chez Ryu Murakami, et la douceur, le romantisme, la poésie ne sont pas les qualificatifs les plus appropriés pour son oeuvre.
Ici, tout est sombre, glauque, violent, morbide. Il n'y a ni amour, ni tendresse dans ces lignes et pourtant malgré ça, j'ose à peine le dire, mais j'ai adoré ce livre.
Il s'agit d'une deuxième lecture que j'ai abordée avec une certaine crainte, tant le souvenir que j'en avais était celui d'un livre inoubliable.
Le thème du roman est l'abandon et la construction d'un être humain soumis dès sa plus tendre enfance, à la cruauté la plus atroce.
Kiku et Hashi ont été abandonnés par leurs mères respectives dans des casiers de consigne automatique d'une gare de Tokyo. Tous deux ont connu l'angoisse et la terreur de l'enfermement dans un espace sombre, étroit et étouffant.
Contre toute attente, les deux enfants sont sortis indemnes de leurs prisons et sont adoptés par un couple qui vit sur une île isolée.
Mais la vie de famille ne leur apporte pas la sérénité. Ils continuent à s'attacher à ce qui leur ressemble : maisons en ruine, village abandonné, chiens errants, marginaux de toute sorte.
Kiku découvre qu'il peut canaliser la violence qui l'habite en devenant champion de saut à la perche.
Hashi entame une quête identitaire qui le conduira dans les bas-fonds de Tokyo et fera de lui un célèbre chanteur de rock.
En conclusion, ces bébés, devenus des hommes dans le sang et les larmes ont su me convaincre, s'il en était besoin, que tout être humain se construit dès ses premiers instants sur terre.
Un livre inclassable, violent et beau, sombre et drôle.
Pour la deuxième fois, j'ai adoré !
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bodi
  16 février 2013
Je m'attendais, après avoir lu des critiques, à un récit hyper violent et d'une cruauté exacerbée, à peine tolérable. Je n'y ai pas vu plus de violence que celle qu'on propose aujourd'hui à nos enfants dans leurs jeux sur console, moins de violence que dans nos journaux télévisés et les films 3D dont nos ados (et nos jeunes adultes) se délectent , à peine plus de violence que dans les faits divers quotidiens de notre presse écrite, juste un peu plus de violence que celle de nos routes et de nos villes… Murakami Riû a vu juste, en 1980 c'est quasi notre société d'aujourd'hui qu'il décrit. En forçant le trait il nous montre jusqu'où elle peut nous mener. Il nous fait prendre la distance en y ajoutant de l'humour, de la poésie (noire) et parfois un peu d'irréel. J'ai lu ce livre sans aucune lassitude, attendant impatiemment le moment de le reprendre pour en continuer la lecture. La prose est rapide, dense, elle foisonne de détails et d'imagination. Les survivants de la consigne automatique resteront dans ma mémoire longtemps.
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Luniver
  14 juin 2013
Hashi et Kiku ont été chacun abandonné par leur mère dans une consigne de gare, comme plusieurs autres enfants la même année. Ils ont cependant été les seuls à survivre, et grandissent ensemble dans un orphelinat. Cette difficile entrée dans la vie ne manque pas de laisser des traces : crise de violence, ou renfermement sur soi. Pour les calmer, on leur fait écouter par hypnose le battement de coeur qu'il devait entendre avant de naître.
Mais les crises ne se calment que pour un temps : Hashi devient obnubilé par le son qu'on lui a fait écouter, et est prêt à tout pour l'attendre à nouveau. Il cherche à retrouver sa mère, part à Tokyo, se prostitue et devient une star du rock, mais son obsession pour le son ne fait que croître. Kiku trouve un instant le repos dans la pratique du saut à la perche, puis part à la recherche de la « datura », drogue puissante qui transforme celui qui le respire en assassin fou furieux, dans le but de le répandre dans tout Tokyo.
Deux personnalités torturées dans un univers sombre et violent, ça forme un livre qui ne laisse pas indifférent. Beaucoup d'autres thématiques sont abordées : la surmédiatisation des malheurs, l'univers carcéral, la mise à l'écart de tous les « originaux », confinés dans un quartier abandonné (et attaqués au lance-flamme par la police !)
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kuroineko
  12 février 2013
Kiku et Hashi sont deux bébés abandonnés par leur mère respective dans un casier de consigne automatique. Elevé dans un orphelinat catholique puis par des parents adoptifs, ils grandissent et semblent se destiner à la musique (Hashi) et au saut à la perche (Kiku). Ils vécurent heureux entourés de l'amour qu'ils ne reçurent pas au départ... sauf que nous sommes chez Murakami Ryû et que ce dernier ne se pose guère comme chantre du bonheur et de la joie de vivre.
Suivent 500 pages s'attachant tour à tour à chacun des frères adoptifs, leur chemin se croisant parfois. C'est sombre, violent et désespérant. Les deux adolescents semblent être condamnés à porter leur casier de consigne automatique en eux, prisonniers de cette boîte étouffante et claustrophobante.
Murakami Ryû dénonce les dérives de la société contemporaine. Travaillant sur le mode de l'anticipation, il place son histoire dans les années 90 alors que lui-même a écrit ce roman en 1980. Il aborde des thèmes qu'on retrouve dans ses autres récits: la violence, la folie, le paraître et l'absence d'idéaux, ...
Mon avis reste contrasté sur ce roman. J'ai eu envie de continuer pour connaître le devenir des deux protagonistes. Mais j'ai trouvé la fin longue et aux rebondissements excessifs.
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scarlett12
  29 octobre 2017
Premier livre japonais !
Un choc !
Je vais pas résumer l'histoire déjà bien racontée par le 4ème de couvertures et par les différentes critiques.
Un livre glauque ? Oui mais plein de souffrances primaires.
Un livre Gore ? Oui, parfois mais avec la folie d'une souffrance viscérale.
Un livre psychologique ? Oui, en partie.
Un livre abominable ? Oui, sûrement !
Un OVNI de la littérature à mon sens.
Cette histoire m'a passionnée bien que très longue (500 pages pleines et bien serrées du début à la fin), j'étais curieuse de connaître la suite de vie de nos deux "frères" adoptés.
Un style fluide, parfois poétique mais parfois redondant aussi.
Une fin assez longue avec des personnages sans grand intérêt (entre autres).
Bref, je ne parviens pas à classer ce livre dans une catégorie plutôt qu'une autre mais je l'ai aimé et ai dégluti son histoire à toute allure.
Je conseillerai pourtant à son auteur de consulter les ouvrages traitant de "la résilience" de Boris Cyrulnik car il y abus quand même .... mais livre apprécié et que ne n'oublierai pas de sitôt !
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Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation
EmniaEmnia   04 mai 2014
- Moi j'attends, je ne sais pas trop quoi mais j'attends.
- Mais tu attends quoi ? Tu auras beau attendre, rien ne viendra jamais, ton attente n'est qu'un prétexte à ne rien faire, une illusion. Perdue dans un désert aride, tu avales du sable en croyant boire de l'eau.
Une illusion, et alors ? Je vois des mirages, je sais, et alors ? J'en ai marre de l'eau, plutôt qu'une vieille eau croupie je préfère mille fois des grains de sable qui grincent entre les dents et déchirent la gorge jusqu'au sang, je suis malade à vomir de respirer ce vieil air stagnant, mon ennui finira par recouvrir la terre et j'allumerai un feu avec, tandis que toi, pour retenir ton envie de vomir, tu écoutes toujours les mêmes vieilles chansons sans te rendre compte à quel point elles t'ennuient, comme un vieux qui va à la pêche pour passer le temps, mais moi mon ennui j'irai le brûler au soleil, il deviendra un énorme ballon d'air chaud qui se transformera en énorme nuage et quand ce nuage crèvera une pluie lourde se mettra à tomber sans s'arrêter jusqu'à ce que tes poumons en pourrissent d'humidité, les trottoirs mouillés finiront par se fendre, les flaques s'élargiront en petites rivières coulant entre les buildings, le niveau de l'eau montera tous les jours jusqu'à ce que l'humidité empêche tout le monde de respirer et que les palétuviers poussent entre les fentes du béton, et la ville les rues les arbres s'écrouleront, pourriront dans l'eau et deviendront des nids d'insectes venimeux comme tu n'en as jamais vu, les insectes pondront des œufs d'où des larves sortiront en rampant et c'est alors que tes cauchemars d'alcoolique et d'overdose de sperme commenceront à se réaliser, les insectes viendront de nourrir de tes chairs pourries, ta chambre de malade deviendra un repaire de vers et d'araignées mais ce que j'attends le plus viendra seulement après tout ça, quand la pluie sera calmée : un soleil dix fois plus gros qu'avant se lève, et moi je vis avec Gulliver en haut d'une de ces tours restées debout et je regarde en bas et je vois des forêts tropicales et des fleurs de jungle et des gens brûlés par les fièvres, voilà ce que j'attends, voilà ce que je désire.
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scarlett12scarlett12   29 octobre 2017
La peur avait pris possession de lui, une peur dont toutes ses cellules portaient le souvenir intime, la peur, non de la faim ou de la mort, mais la peur du temps. D'un temps infiniment long durant lequel il avait eu faim et cru qu'il allait mourir. Les bébés ne comprennent pas ce qui leur arrive, ils ignorent quand cela va s'arrêter, mais le temps passé à avoir peur imprègne leurs cellules. Hashi avait passé treize heures dans ce casier de consigne, treize heures de plein été, treize heures d'aboiements de chiens, de cannes d'aveugle tapotant sur le sol, de bouteilles dégringolant dans les machines automatiques, de kaxons, de vieux papiers tourbillonnant dans le vent, de toux de vieillards, d'eau coulant au fond d'un seau, de crissements de freins au carrefour, d'une radio au loin, d'enfants plongeant dans une piscine, de frôlements de jupe, de rires de femmes, de ses propres sanglots, de bruits de bois, de plastique, de fer, de frôlements de peau douce de femmes, de langue râpeuse de chien, dans des odeurs de sang, , de vomissures, de sueur, de médicament, de graillon, de parfums. Toutes ces sensations étaient reliées entre elles par le souvenir : Tu es inutile, personne ne veut de toi, personne n'a besoin de toi.
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FreakycatFreakycat   17 octobre 2012
- Attends, Kiku, t' es un gosse abandonné, tu m'as dit, non?
- Mmm.
- Tu dois détester ta mère, non?
- Tu veux dire celle qui m'a abandonné?
- Ouais, tu la détestes?
- Mmm, oui, je crois.
- Tu voudrais la tuer, ta mère, non? Celle qui t'a mis au monde?
- Je la connais pas.
- Mais si tu te mettais à tuer tout le monde, tu finirais bien par la tuer elle aussi un jour.
- C'est un peu dur pour les gens qui ne m'ont rien fait, non?
- Mais tu as le droit pourtant, après ce que ta mère t'a fait. Tu as le droit de tuer tout le monde. Si tu veux je t'apprendrai une formule magique.
- Une formule magique? Pour quoi faire?
- Tu n'auras qu' à réciter ça le jour où tu auras envie de tuer tout le monde, ça marche, je t'assure. Rappelle-toi cette formule : Datura, datura.
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LuniverLuniver   08 juin 2013
Puis la ville recouverte de cendres magnifiques, des enfants ensanglantés déambulant dans les rues, au milieu des chiens sauvages, des vautours et de la vermine. Ces images le libérèrent, le délivrèrent de la vision de lui-même enfermé au cœur de l'été dans une horrible boîte sombre et étroite. Comme un serpent qui mue, sa vieille peau partait en lambeaux, la carapace se brisant, des souvenirs profondément enfouis resurgissaient. Les souvenirs d'un été, dix-sept plus tôt. La force qui avait soutenu ce bébé hurlant de toutes ses forces, luttant contre l'atroce chaleur étouffante du casier de consigne, cette force commençait à resurgir du tréfonds de lui-même. Il se rappelait la voix qui l'avait encouragé à survivre, et cette voix disait : Tue, tue, détruis, détruis-les tous ! Cette voix résonnait à nouveau, en arrière-plan du brouhaha de la ville en contrebas avec ses minuscules silhouettes, ses voitures comme des jouets miniatures. Tue, tue, détruis, détruis-les tous ! Tu ne veux pas devenir une momie sous un drap rougi de sang ? Alors détruis, encore et encore, réduis cette ville en cendre.
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UnityUnity   12 octobre 2015
Rien n'a changé, ce sont toujours des gens qui n'ont rien à voir avec nous qui viennent nous tarabuster et nous dire ce qu'il faut faire. Rien n'a changé depuis l'époque où on hurlait enfermés dans nos casiers de consigne, maintenant c'est une consigne de luxe, avec piscine, plantes vertes, animaux de compagnie, beautés nues, musique et même musées, cinémas et hôpitaux psychiatrique, mais c'est toujours une boîte même si elle est énorme, et on finit toujours par se heurter à un mur, même en écartant les obstacles et en suivant ses propres désirs, et si on essaie de grimper sur ce mur pour sauter de l'autre côté, il y a des types en train de ricaner tout en haut qui nous renvoient à coups de pied en bas. On tombe par terre, évanoui, et on se réveille en prison ou à l'asile, ah il est habilement dissimulé leur mur, il y a des plantes, des petits chiots à longs poils, des bassins, des poissons tropicaux, des séances de cinéma, des expositions de tableaux, des femmes nues à la peau douce, mais de l'autre côté il y a des murs, avec des gardes partout et une tour de guet d'une hauteur hallucinante. Quand le brouillard de plomb se dissipe un instant, ils sont là : le mur, la tour de garde, et qu'on en ait peur ou qu'on se mette en colère, ça ne change rien, quand on se révolte parce qu'on n'en peut plus de rage ou de parano, c'est la prison, l'hôpital psychiatrique ou un cercueil plombé qui vous attendent, il n'y a qu'une solution : foncer dans le tas, pulvériser tout ce qui se présente, retourner à zéro, réduire tout ça en cendres !
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