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Critiques sur Carnation (10)
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trust_me
17 septembre 2014
Dessinateur formé à Angoulême, Xavier Mussat a choisi de rester sur place à la fin de ses études. En 1998, le studio dans lequel il travaille s'attaque à la réalisation du dessin animé « Kirikou et la sorcière » de Michel Ocelot. Une fois ce travail titanesque terminé, les productions suivantes, formatées pour la télévision, lui paraissent bien fades. Décidé à se lancer dans la BD, il abandonne son job et se retrouve du jour au lendemain à dépendre des ASSEDIC. C'est à cette époque que débarque dans sa vie Sylvia, jeune femme instable, fragile et un peu sauvage. le début d'une relation tumultueuse dont il ne sortira pas indemne…

Xavier Mussat ne nous épargne rien dans cet album introspectif, disséquant la moindre parcelle de ses moments passés avec Sylvia, de leur rencontre à la rupture, du désir au rejet, de la tendresse à l'indifférence. Comment Sylvia l'a isolé de ses amis, comment elle l'a dévoré peu à peu, comment il n'a pu faire face à son instabilité chronique. Leur histoire est un grand huit permanent dont la toxicité sonne comme une évidence mais avec laquelle ils finissent par s'accommoder. « On ne s'enferme pas dans une relation secouée de tant de dissemblances sans que quelque chose ne finisse par changer. Au début on cherche les similitudes et on s'indigne des désaccords, on essaie de tordre la matière. Et puis, ne parvenant ni à extraire ni à modifier ce corps étranger, on intègre les paradoxes. On apprend à aimer et on se surprend à vouloir que cet amour devienne véritable. »

Deux cent quarante pages d'une mise à nue complète pour une histoire d'amour tellement tumultueuse qu'elle ne pouvait qu'être émouvante. Oui mais voila, je n'ai pas été touché une seconde par ce récit beaucoup trop intime pour moi. Sans doute parce que je déteste avoir l'impression de jouer les voyeurs. L'ensemble est aussi bien trop bavard. Joliment écrit mais avec des tonnes de récitatifs au verbiage très, très plombant.

Visuellement, par contre, c'est impressionnant. Je trouve la prise de risque formidable et je dois bien reconnaître que les nombreuses allégories présentes quasiment à chaque page sont aussi variées qu'originales.

Un exercice purificateur, une catharsis sans doute nécessaire, mais cette séance de psychanalyse géante m'a laissé de marbre. Rien à faire, je suis allergique à l'autofiction, même en BD !


Lien : http://litterature-a-blog.bl..
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edea
24 juillet 2014
Quel artiste que ce Xavier MUSSAT qui manie aussi bien le feutre que le stylo...des dessins d'une densité incroyable associés à un texte soigné font de ce roman graphique autobiographique un livre puissant.

L'auteur nous livre sans détours ses interrogations, ses angoisses, ses joies, ses espoirs, ses déconvenues,ses amours, ses fuites et ses retours dans lesquels chacun peut se retrouver.

C'est avec une certaine distance que Xavier MUSSAT raconte son histoire que tout à chacun peut s'approprier et fait de son récit un ouvrage ouvert et non nombriliste comme beaucoup d'autobiographie le sont.

Cette BD est toutefois un peu difficile d'abord car elle fourmille de références et oscille souvent entre poésie et onirisme, il faut donc prendre son temps pour découvrir cet album, voire même le relire plusieurs fois pour en saisir toutes les subtilités.

J'ai aimé son trait ciselé et précis. Une vraie belle découverte que j'ai faite grâce à Babelio et les éditions Casterman que je remercie de m'avoir envoyé ce bel ouvrage.
Lien : http://edea75.canalblog.com/..
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flixrossier
28 octobre 2014
Louable intention que celle de Xavier Mussat de relater une passion amoureuse ravageuse en un épais album, joliment édité...
Hélas, bien que l'ouvrage se lise aisément d'un bout à l'autre, cette auto-psychanalise est totalement dénué d'humour. L'auteur relate sa chute dans une pénible relation dont on se demande bien pourquoi elle aura duré si longtemps. le dessin noir et blanc aux traits finement tramés et les personnages caricaturés à l'extrême rappellent plus le dessin d'humour que le rendu réaliste qu'aurait mérité cette histoire.
Reste la fâcheuse impression d'une complaisance du malheur partagée par une équipe de jeune gens au romantisme complètement désuet.
Néanmoins, ce récit au long cours, honnête et sans fard, mérite le respect.
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Little_Daisy
26 septembre 2014
« Les histoires d'amour finissent mal en général » et l'auteur l'a bien compris. A travers Carnation, il nous offre une vision d'un couple brisé, d'un amour impossible.

Tout d'abord parlons de l'ouvrage. Carnation est un projet de longue date publié en 2014 chez Casterman. Sa couverture, sobre, donne envie de plonger son nez dedans. le contour délicat et dorée de cette jeune fille contraste au bleu nuit. le contraste sera d'ailleurs fort à propos au sein de la BD. Carnation ça veut dire « teint d'une personne, coloration des chairs ». le reste de la BD est en noir et blanc. En 256 pages l'auteur nous montre ce qu'est un corps. Plus qu'une autobiographie, c'est clairement une autopsie que Mussat fait sur lui-même. Aujourd'hui professeur, il retourne à l'époque où il vivait à Angoulême et où il travaillait sur Kirikou … Un passé lourd où il a rencontré Sylvia.
Le second thème de cette bande dessinée est la création artistique, le questionnement sur ce que cela implique et sur les ressentis des artistes. Notamment le blues post Kirikou.

Mussat aborde également l'amour sous toutes ses formes dans Carnation. L'amour comme sentiment, l'amour de la chair, la place de l'amitié face à l'amour. L'auteur porte un regard presque une analyse sur ce sentiment. de la naissance de l'amour à la haine, Mussat nous donne à voir la naissance d'un couple, puis un couple qui se déchire. Souvent on se demande comment après être tombé amoureux, on peut en arriver à se séparer. L'auteur a compris et cherche à le dire par cette BD. Ce n'est pas une réponse générale, juste un cas précis, un exemple qui peut finalement nous rappeler nos histoires de vies à nous, à tout à chacun. Est-ce que l'amour est plus fort que la destruction ? Peut-on aimer et détruire l'autre ? Voici ce que Carnation dévoile en partie car comme tout le monde sait en amour rien n'est figé.
Un dessin délicat, parfois morbide, parfois dur et cruel mais toujours en adéquation avec le propos. Un ouvrage magnifique par la forme, original par son traitement du fond. Une autobiographie qui n'est pas égocentrée, un ouvrage qui m'a profondément touché. Un ouvrage qui ne laisse pas de marbre.

Le genre des histoires d'amour est ici revisité sous un jour nouveau. Un questionnement universel qui n'en finira pas de faire couler de l'encre !
Lien : http://chickon.fr/2014/08/04..
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alouett
17 septembre 2014
Xavier Mussat débarque à Angoulême en 1989 pour suivre une formation en Arts Pla. Une fois le diplôme en poche, n'ayant nulle part où aller réellement, il décide de s'y installer. Après avoir participé à un collectif BD en 1994, il décroche un poste dans une société qui fait de l'animation ; il aura notamment l'opportunité d'intervenir sur la réalisation de Kirikou et la sorcière. Au bout de deux ans, sur un coup de tête, il démissionne afin de pouvoir se consacrer entièrement à la réalisation d'une bande dessinée autobiographique (Sainte famille, paru en 2002 chez Ego comme X) ; l'événement déclencheur de ce premier album fut la reprise de contact avec son père.

C'est dans ce contexte artistique et personnel qu'il fait la rencontre de Sylvia. Cette jeune femme paumée s'incruste dans son cercle d'amis. Attiré par cette dernière, il va progressivement s'éloigner de toutes ses connaissances et se consacrer presque entièrement à elle. Une étrange relation platonique s'installe entre eux. L'ambiguïté de la jeune femme orchestre leurs rencontres. Quant à Xavier, il s'est mis en tête de l'aider à se sortir de cette période de doutes (personnels, professionnels…) et met inconsciemment ses projets artistiques en latence. Au fil des mois, leur couple se structure maladroitement sur des bases bancales.

L'album s'ouvre en 2006, au moment où l'auteur quitte Angoulême pour aller s'installer à Paris. Il est enfin parvenu à prendre la résolution de tourner définitivement la page de cette relation pourtant terminée depuis plusieurs années. Entre temps, il a terminé son ouvrage autobiographique (Saint famille) mais n'a pas de perspectives professionnelles concrètes.

Carnation est le récit d'une relation destructive et ravageuse. Ce témoignage est un exutoire. L'auteur a trouvé-là le moyen de panser les dernières cicatrices infligées par cette liaison et réalise un dernier inventaire des moments marquants de ce couple éphémère.

-

La part de symbolique est omniprésente dans la narration. Eprouvé par cette relation affective, Xavier Mussat reprend le fil de son étrange couple sans chercher à l'embellir, sans l'enlaidir d'amertume… il me semble qu'il est parvenu à le faire avec suffisamment de recul. Son incompréhension reste inchangée.

Ce récit autobiographique se focalise sur le lien autodestructeur qui s'est tissé progressivement. Egoïste et profiteuse, son ex-compagne suscite un mélange d'attraction-répulsion avec lequel on doit composer pendant la lecture. Je ne suis pas parvenue à ressentir une quelconque forme d'empathie pour elle ; agacée par son ambiguïté et son inconsistance, j'ai eu du mal à tenir compte de sa souffrance psychique. Elle cherche ses limites et ne parvient pas à faire croire à sa pusillanimité. Elle mène une quête d'identité qui semble vaine. Pour autant, elle m'a fascinée. Impossible d'anticiper ses actions, ses réactions, elle dit tout et son contraire. On essaye de la cerner. L'auteur a eu le même mouvement à son égard, il s'aide de nombreuses suggestions verbales et graphiques pour rendre compte de cela. Les non-dits permanents laissent le lecteur face à ses propres interprétations et conclusions. Il se heurte à un échec et les quelques 240 pages de l'album qui ne nous suffiront pas pour la comprendre. Ce qui donne du corps et délimite un peu cette femme, c'est finalement l'apparence que l'auteur lui donne. Fine et féline, aussi mystérieuse que belle, on la sent dangereuse et dans une incapacité totale d'identifier ses propres désirs…

Les métaphores visuelles de l'album sont atypiques et singulières. Dès la première page, le lecteur est témoin d'un échange entre le narrateur et un vautour. Je m'attendais donc logiquement à ce que le rapace soit un personnage récurrent dans le récit mais il n'en est rien… pas de façon directe du moins. Cependant, le côté morbide est omniprésent dans le récit.

La veine graphique n'est pas sans me rappeler des auteurs comme Charles Burns ; peut-être cette comparaison hâtive tient-elle au fait que l'on est face à un emploi permanent de la métaphore (essentiellement visuelle). le ton est donné dès la première de couverture où l'auteur dissèque symboliquement cette femme pour tenter de la comprendre. Comment est-elle faite ? de quoi est-elle faite ? Comme lui, on aimerait pouvoir faire de cette femme une souris de laboratoire, vérifier que tout est à sa place, chercher ce qui dysfonctionne… On essaye, comme lui, de trouver la cause de ce déraillement psychique afin de rationaliser les choses et contenir sa propre incompréhension. Cette femme est le genre d'individus qui force à se remettre en cause. Les propos de Xavier Mussat ne répondent à rien et laissent les questions intactes, vierges de toute explication. En fin de compte, pourquoi a-t-il mis autant de temps à accepter l'échec de cette relation ? D'ailleurs, la démarche de l'auteur est-elle réellement d'observer les faits pour tenter de se les approprier enfin ? Et pourquoi n'y a-t-il aucune pudeur dans la manière de rendre compte de ses sentiments ?
Lien : http://chezmo.wordpress.com/..
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Loubhi
24 août 2014
Avis et commentaires :

J'avoue avoir beaucoup à découvrir en matière de BD et cette nouvelle expérience et totale découverte, à la vue de sa couverture et à la lecture de sa thématique, m'a tout d'abord intrigué puis un peu effrayé.

Ces sentiments, probablement liés à ma faible habitude de ce type de lecture, se sont vite estompés pour se changer en un véritable intérêt sur cette tranche de vie autobiographique, plutôt perturbée, mêlant complexité des illustrations à des traits plus simplifiés, véritable reflet d'un récit de qualité.

Entre juin 1993 et août 2006, Xavier Mussat, l'auteur de ce livre, s'installe à Angoulême pour exercer un métier qui l'intéresse depuis toujours ; la BD. Impliqué pendant un temps dans la préparation de « Kirikou », il se cherche à la fin de cette préparation, il prend son indépendance, sans vrai succès entre projet plus ou moins perso et Pôle Emploi et va donc vivre une longue parenthèse, à Angoulême, plutôt désoeuvré professionnellement mais alors particulièrement débordé par le côté personnel entre ses copains, eux aussi, dans la BD, dont certains plutôt perturbés et surtout par sa relation de nature assez toxique et complexe avec Sylvia.

Être plutôt perturbé, Sylvia, a dans le domaine de sa vie privée et encore plus dans la vie amoureuse, une nature exceptionnellement torturée. C'est tout le coeur du problème de l'auteur, entretenant une cour assidue auprès de cette égérie, les relations, entre ces deux êtres vont se révéler d'une rare complexité, hésitant entre relation amicale, amoureuse, passion, ils vont chacun à leur tour, alterner le rôle de bon copains, confidents, entremetteurs, puis amant et cela en total décalage. On se rapproche, dans les faits, plus d'une relation sado maso voir d'une grande proximité avec les moeurs de la mante religieuse dans sa vie amoureuse que d'une classique histoire d'amour. S'ils vivent le plus souvent en autarcie totale, leur relation torturée, certains amis, parfois plus qu'intrusifs, sont de passage et apportent un peu de piment dans ce couple.

Entre folie, chantage affectif, dépendance financière, dépendance affective, sexe fusionnel, trahisons, période de chômage, dépressions et tentatives de suicides, Sylvia et l'auteur vont nourrir une relation hautement toxique, l'ensemble totalement incompris et mal appréhendé par les derniers amis et la famille de chacun.

Pour rester au plus près de ce récit, un bestiaire des plus variés, de dessins chocs, de traits simplifiés, tout est mis à profit pour que le lecteur soit aussi bien plongé dans l'histoire de ces deux personnages que dans la visualisation et la concrétisation des émotions, des évènements et des lieux. Histoire autobiographique mais aussi parfaite illustration du milieu de la BD et de son système dans la ville qui lui est dédiée.

Un bonheur et un plaisir.
Lien : http://passiondelecteur.over..
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Zazette97
09 août 2014
En librairie depuis le 28 mai, "Carnation" est le second album autobiographique - après "Sainte Famille" - de l'illustrateur et scénariste français Xavier Mussat.

1993. Xavier termine ses études artistiques à Angoulême et trouve un boulot qui paie bien mais ne l'enthousiasme pas vraiment et renforce son sentiment de solitude.
Il rencontre Alice, une jeune mère au foyer mariée avec laquelle il entretient une relation platonique et pour qui il dépense sans compter.
Alice finit par divorcer et trouve du boulot à Paris. Xavier, sentant qu'elle n'a plus besoin de lui se détache à son tour. Alors qu'Alice finit pourtant par lui céder, son désir pour elle s'évanouit complètement.
Xavier s'investit dans un projet de grande envergure qui l'occupera durant 2 ans : "Kirikou et la sorcière".
Au terme du projet, il sait qu'il ne pourra plus jouer les moutons comme avant et démissionne, sans réel plan de carrière.
C'est à cette période qu'il croise la route de Sylvia, jeune femme paumée, éternelle insatisfaite et toujours en colère, qu'il aimera plus que de raison...

Bien que "Carnation" soit centré sur la relation toxique que Xavier entretient avec Sylvia, il rend également compte d'un background qui devait fatalement les réunir.
Sylvia a quitté la Bretagne pour Angoulême avec dans l'idée de rencontrer des artistes et de se faire une place dans leur monde. Or elle ne semble pas cultiver un talent particulier et vivote en attendant que quelque chose se passe.
Ce qui est aussi le cas de Xavier qui cherche vaguement l'inspiration et vit du RMI.
Il n'y a ni ambition ni projet derrière leur refus de la norme, seulement un déni de l'échec.

Xavier et Sylvia se sont enfermés dans une relation casse-gueule qui se veut plus de l'ordre de la dépendance affective que de l'amour.
Xavier voit peut-être en Sylvia un challenge, un coeur à conquérir, mais la jeune femme est tellement imprévisible qu'il ne parvient pas à s'en saisir et se retrouve finalement enchaîné à elle.

Les amis ont progressivement disparu. Autoritaire et égoïste, Sylvia isole Xavier de tout et de tout le monde, surtout de lui-même.
Trouvant toujours un moyen de le tirer un peu plus vers le bas, elle passe son temps à le culpabiliser, à souffler le chaud et le froid, poussant le chantage affectif à l'extrême.
Repliés sur eux-mêmes dans une spirale malsaine que chacun entretient à sa manière, ils ne peuvent en sortir qu'à condition que l'un des deux coupe les ponts.

La première partie - l'avant Sylvia - m'a beaucoup fait penser à l'univers de Larcenet. Personnage central en pleine crise existentielle et créative, incapable de s'engager avec une femme ou de gérer la relation compliquée avec son père, il prend parfois l'envie à Xavier de quitter le monde civilisé pour lui préférer la nature.
La comparaison s'arrête là.
Du reste, le choix du noir et blanc et les illustrations parsemées de symboles et de concepts rendent compte du caractère chaotique de cette relation et de l'état d'esprit du narrateur.
La représentation des deux personnages principaux ne laisse aucun doute quant à qui mène la barque: Xavier, qui arbore un monosourcil qui lui barre le front et lui donne un air constamment soucieux, courbe l'échine, éreinté et recroquevillé sur lui-même, face à une Sylvia dont la malice se devine à ces yeux énormes et ce petit nez pointu.

Il faudra du temps à Xavier Mussat pour réaliser la portée de la violence psychologique subie au quotidien et 10 ans pour parvenir à coucher son introspection sur 250 pages.

On ne lit pas "Carnation" sans émotion et sans l'envie de jouer les arbitres et de secouer Xavier pour lui éviter de s'enliser complètement.
Un album riche, fort dont j'ai vraiment aimé la profondeur psychologique appuyée par un traitement graphique vraiment original.
Je suis certaine que "Carnation" trouvera ses lecteurs si ce n'est pas déjà fait :)
Lien : http://contesdefaits.blogspo..
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outofzebra
16 octobre 2014
Selon Frédéric Beigbeder, critique et romancier en vue,  l'autodérision est l'ingrédient indispensable d'une bonne autobiographie. On évite ainsi d'infliger au lecteur un examen de conscience pénible.
La force d'ouvrages tels que les « Confessions » de Rousseau, le « Candide » de Voltaire, ou encore « Mort à crédit » de Louis-Ferdinand Céline, tient de fait largement à la capacité d'autodérision de leurs auteurs (y compris Rousseau, bien qu'il soit plus réputé pour son style ou ses idées morales).
« Carnation » est le récit des illusions et désillusions sentimentales d'un jeune dessinateur, Xavier Mussat, demeurant à Angoulême après y avoir fait ses études, puis entamant une carrière dans le dessin-animé (sous la houlette de Michel Ocelot/Kirikou). Pas ou peu d'autodérision dans ce récit autobiographique, cependant l'auteur évite l'écueil de l'auto-complaisance. Il a le mérite de suggérer que la conjugaison amoureuse de deux âmes un peu paumées est sans issue autre que fatale ; et de rappeler aussi cette vieille analogie qui remonte à l'Antiquité, entre les amours humains et la prédation ou la chasse (indiquée par l'arc et les flèches d'Eros), en se représentant d'emblée, dès les premières pages de ce récit qui en compte 250, sous l'apparence d'un vautour. Le lecteur est ainsi incité à se poser la question : - Quelle sorte de prédateur sexuel suis-je ?, de façon utile en des temps où, pour le besoin de la consommation, les publicitaires martèlent et forgent du matin au soir une idée de la liberté comme la satisfaction de l'instinct ou de la passion, afin d'augmenter les recettes.
Cette figure du vautour, sur laquelle l'auteur aurait été mieux inspiré de se concentrer afin de lui donner une tournure plus poétique, est une figure baudelairienne particulièrement moderne. Contrairement au tigre ou au lion, le vautour humain, dévoreur de charognes et non de proies vives, peut plus facilement se bercer de l'illusion de l'amour ; en effet, il ne tue pas lui-même ses proies, mais se nourrit des restes. Les femmes, autour desquelles X. Mussat tourne, ont toutes eu le coeur brisé par quelque jeune fauve.
La patience dont fait preuve Xavier Mussat, doté d'un physique plutôt ingrat, à l'égard de jeunes femmes belles et désirables qui ne consentent que de guerre lasse à le laisser entrer dans leur lit, prouve à ses yeux qu'il les aime et ne se contente pas de les convoiter. X. Mussat se comporte comme un bon Samaritain du sexe. Mais les vautours ne font-ils pas que se délecter des restes laissés par les tigres ?
Cette peinture des moeurs de jeunes gens assez réfractaires à la société de consommation, tout en étant paradoxalement obsédés par des questions sentimentales, est psychologiquement ou sociologiquement intéressante alors que la société française se divise sur des questions d'ordre sentimental sur fond de manoeuvres politiciennes. Consciemment ou pas, X. Mussat illustre le propos du contempteur le plus radical de la culture moderne, Nietzsche, qui décrit celle-ci imprégnée de moraline judéo-chrétienne masochiste. L'expression de « bon samaritain du sexe » rend bien l'idée développée par ce philosophe ultra-conservateur d'un dieu passé dans les moeurs, complètement absorbé par la morale, à la fois invisible et omniprésent, la morale occidentale chrétienne s'avérant un facteur de mystification des relations sociales catastrophique. La place grandissante prise par la fiction ou l'onirisme dans l'art moderne trahit aussi cet excès de sentimentalisme religieux.
La connotation macabre du duo amoureux central que forment Xavier et Sylvia, jeune Briochine mi-allumeuse, mi-allumée, est renforcée par un dessin plutôt atone.
L'amour humain est tout aussi improbable que l'existence de dieu, et ces deux preuves sont liées. C'est là le point positif de « Carnation » et la morale qu'on peut en retirer. En détruisant les preuves de cet amour, qui prenait la forme d'un érotisme bizarrement altruiste, X. Mussat atteint une sorte d'athéisme amoureux, garant d'une plus grande indépendance vis-à-vis d'une société très largement régentée par le principe de « l'attrape-couillon ».
Lien : http://fanzine.hautetfort.co..
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CamilleCoursault
29 novembre 2016
Carnation est d'abord un magnifique objet, fruit d'un travail éditorial soigné. Signet, couverture cartonnée et gaufrée, trait doré rappelant la gravure lui confèrent un aspect luxueux. L'illustration intrigue, subjugue par sa force symbolique et donne furieusement envie d'ouvrir l'album. La typographie annonce elle aussi le contenu : les lettres A du nom de l'auteur et du titre, symétriquement positionnés sur la couverture, semblent fonctionner en miroir. Miroir de l'altérité, miroir de l'introspection dans lesquels pourra se mirer et se « réfléchir » le lecteur. La force de ce récit cathartique réside en sa capacité à transformer une histoire intime en oeuvre littéraire, à universaliser une expérience personnelle, autobiographique. Autour du drame d'un enchaînement de relations amoureuses « toxiques » vécues par l'auteur, qui trouve son apogée avec Sylvia, sont passés au crible les métiers de l'image, la complexité et les méandres des relations familiales, de l'amitié ou encore la conjoncture économique des années 90.
Utilisant au maximum les potentialités symboliques du graphisme, Xavier Mussat propose une illustration inventive riche de sens, qui complète, augmente le texte à la manière de David B, Craig Thompson ou Philippe Squarzoni. Ainsi emprunte-t-il les personnages-balais de Fantasia (p. 21) pour appuyer sa critique acerbe de l'industrie du dessin animé, véritable usine culturelle faisant appel à la main-d'oeuvre peu onéreuse de chômeurs non qualifiés.
Xavier Mussat fait voir et questionne avec tact l'éternel recommencement de comportements nocifs et destructeurs dans lequel des hommes et des femmes se trouvent pris au piège, à travers des relations sentimentales basées sur des malentendus : pure attirance sexuelle, besoin de domination, élans protecteurs, fuite de la solitude se camouflent derrière la cristallisation amoureuse...

« Est-ce que tu crois qu'on est capable de s'infliger inconsciemment ce qui va contre soi ? On serait à ce point maso qu'on s'éprendrait de ce qui nous détruit ? » (p. 110)

Carnation invite à un retour sur nous-même, remuant nos années d'errances, qu'elles soient nos vingtaines ou nos trentaines, sur les psychodrames surjoués que nous avons pu vivre, explosions de violences et d'agressivité jalonnant notre quête de l'autre masquant une quête de soi. Comme les mains qui soulèvent délicatement la peau de la jeune femme sur l'illustration de couverture, ce récit nous pousse à disséquer notre propre intimité passée, à laquelle nous avons tourné le dos, celle que nous avons cru laisser derrière nous, mais qui est toujours là dans nos entrailles. Xavier Mussat illustre deux voies parallèles, à mon avis jamais définitivement suivies ou abandonnées, celle d'une complaisance dans le malheur inconsciente ou consentie, celle d'une recherche d'équilibre et d'apaisement.

« La soie, la joie... le bonheur ! Ne reviens pas ! » (Pigalle, Ne reviens !)

Lien : http://5emedecouverture.blog..
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domrl
01 février 2015
Une BD qui "décortique, dissèque" un moment précis de la vie du héros, par le texte et par le dessin. Fort !
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