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Sylvain Ledda (Autre)
EAN : 9782081512122
368 pages
Éditeur : Flammarion (19/08/2020)
3.7/5   620 notes
Résumé :
"J'ai bien envie d'écrire notre histoire. Il me semble que cela me guérirait et m'élèverait le cœur. Je voudrais te bâtir un autel, fût-ce avec mes os..."
C'est ainsi que le 30 avril 1834, un mois après la fin du séjour mouvementé des deux écrivains-amants à Venise, Alfred de Musset faisait part à George Sand de son projet de "confession."
Or, ce roman quasi-autobiographique où le badinage le cède bientôt à la tragédie intime apparaît aujourd'hui comme... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (50) Voir plus Ajouter une critique
3,7

sur 620 notes

michfred
  24 juin 2015
Une "Confession" d'un romantisme échevelé...
Musset-Octave s'y livre avec une fièvre exhibitionniste qui ne m'a guère contaminée..et m'a plutôt donné envie de prendre le large! Chacun sait qu'il y raconte, sous une forme romancée, ses amours tumultueuses avec la belle (?) Aurore Dupin alias George Sand..Assez indigestes au demeurant..
Restent deux chapitres, passionnants: le premier, très sobre, et programmatique. Je vous le recopie intégralement, ne tremblez pas: il ne contient qu'une phrase, la voici: "Je veux être Chateaubriand ou rien". Point. Musset n'est guère adepte de telles concisions!
Le second est beaucoup plus touffu et consiste dans une véritable analyse -à chaud- de ce "mal du siècle" qui frappa la génération perdue de 1830, celle qui avait grandi dans l'odeur de poudre des guerres napoléoniennes et sous les dorures de l'Empire, et qui vit, avec la chute de Napoléon, s'envoler ses rêves de gloire. Les hommes prirent l'habit noir du deuil et des allures de beaux ténébreux, les femmes, blanches fiancées trahies, commencèrent la longue route de leur émancipation...Un divorce profond s’installa entre eux.
Cette analyse lucide, complète, à la fois historique, sociologique, psychologique, sexuelle et morale de la crise d'une génération, faite à chaud et sans le moindre recul, mais avec la maturité d'un vieil homme revenu de tout, alors que Musset était encore jeune et fringant-et pas trop abîmé par la boisson- m'a toujours sidérée par son acuité et sa justesse...
Le reste est daté, excessif et rasoir..Mais les deux premiers chapitres, vraiment, valent le détour!
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Dixie39
  18 décembre 2015
Je me suis emballée à la lecture des premiers chapitres : une écriture sublime et cette analyse du mal-être de la jeunesse post-napoléonienne, m'a vraiment transportée. Mais voilà, pour le reste, même si le style est toujours sublime, que de belles phrases jalonnent tout ce livre passé à la postérité littéraire, je n'ai pas su garder cet enthousiasme et au fur et à mesure de la lecture, j'étais partagée entre l'agacement et l'envie d'abandonner le livre en cour de route...
Franchement, il fait peur cet Octave ? Tout Musset qu'il est, il ne m'aurait donné qu'une seule envie : Fuir ! Fuir le plus loin possible !
Je garderai en tout cas le souvenir admiratif de ces premiers chapitres qui ne sont que pures merveilles.
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candlemas
  20 mars 2018
Contrairement à ce que j'ai lu d'autres critiques, je n'ai pas été déçu par cette lecture, sans doute parce que je savais assez précisément à quoi m'attendre.
Avec ce livre publié en 1836, le romantisme initié en Allemagne et engagé en France par le souffle hugolien prenait un tour morbide. Toute une génération née après le cataclysme de la Révolution se sent alors perdue, et écrit son amertume, son désespoir, son dégoût de tout et sa perte d'idéal.

Roman autobiographique, La Confession d'un Enfant du Siècle -qui porte donc bien son nom- s'inspire de la vie De Musset, "enfant terrible", et de sa passion ayant tourné court avec George Sand, pour conter les amours de cet homme-enfant qui se laisse porter par la passion de l'instant, sans parvenir à se raccrocher ni au passé, ni à l'avenir.
Voilà pour le thème du livre. Maintenant, qu'est ce que j'ai trouvé dans ce livre de si conforme à mes attentes ?
D'abord, on ne peut pas reprocher à Musset de ne pas être sincère lorsqu'il met en scène dans son -seul- roman les affres de l'amour et de la passion, qu'il a réellement vécues avec George Sand. Il décrit avec lucidité les débordements issus de l'ascenseur émotionnel généré par le sentiment amoureux. La femme y tient certes le mauvais rôle, et son épanchement par le "Je" nous fait parfois prendre en pitié cet perpétuel insatisfait qui sombre successivement dans la débauche et la jalousie, là où la vie , et surtout la mort, de l'auteur, s'avère bien moins romantique.
Ensuite, avec quel art de la langue Musset réalise-t-il sa confession ! Proche du Lys dans la Vallée de Balzac ou des Confessions de Rousseau, son roman prend parfois des allures de poème en prose. Aussi, si je peux comprendre qu'on ne puisse s'identifier à ce personnage de tout jeune homme, agaçant par son auto-persécution, son caractère morbide menant l'histoire au mélodrame, je ne me suis pour ma part pas ennuyé, considérant le lyrisme franc, à la fois pathétique et enflammé, de son épanchement. S'il faut le lui reprocher, pour moi alors il faut y intégrer Baudelaire, Verlaine et Rimbaud. Et, sinon, si l'on accepte de se laisser porter par l'émotion au delà des petitesses du réel le temps de poème, pourquoi ne pas le faire à la lecture de 300 pages de roman ?
Enfin, et je rejoins là la plupart des commentaires, l'un des aspects les plus originaux du roman est sans doute ce dédoublement de personnalité de l'auteur qui nous fait percevoir le caractère désabusé des intellectuels et artistes de ce début de XIXème siècle. Sans doute, historiquement, ne trouve t-on un tel dégoût de la vie et des hommes dans la littérature française que dans l'entre-deux-guerres. Il me semble que ce qui fait d'Alfred le dandy aux prostituées le digne représentant de cette "génération sacrifié" -ou qui se pense telle- est cette double voix qu'il emploie : il est à la fois ce jeune homme névrosé, instable, égocentré, et à la fois un vieillard, rongé par une vie brûlée prématurément, qui s'observe lui-même avec une douloureuse lucidité... Musset aura pratiquement tout écrit son oeuvre avant Les Confessions de 1836, et sombrera, durant ses 20 dernières années, dans l'alcool et la dépression...
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PiertyM
  28 juin 2014
La Confession d'un enfant du siècle
Un livre complètement possédé! Rien n'y est normal ou juste, tout est à l'extrême comme si l'enfant du siècle avait peur que l'on ne croit point à sa confession, que l'on ne prête pas d'oreille à son appartenance à ce siècle à la fois de l'intelligentsia et de la débauche, une référence qui a été en partie la cause de son malheur....
Oui Octave nous décrit d'abord le siècle auquel il appartient, ensuite il nous plonge dans l'histoire de la maîtresse qui a marqué sa jeunesse...en fait tout cela n'a été que des prémisses pour nous mener à comprendre la folle vie amoureuse qu'il aura plupart avec Brigitte-la-Rose, une femme qu'il aimera de tout son coeur mais le mal du siècle planté outrageusement dans le coeur et dans les pensées d'octave transformera cet amour en une espèce de torture passionnelle...
En effet, c'est une autobiographie, une histoire sur la liaison amoureuse entre l'auteur et George Sand. Une liaison tumultueuse entre deux génies de la littérature française.
L'histoire en elle-même n'est pas du tout belle, on aurait parfois envie de dire à Octave hé merde tu en fait un peu trop mec, espèce de crétin! Mais ce qui enivre dans ce livre est la puissance avec laquelle l'auteur y est mis toute son âme... la consonance des mots, des phrases est tellement exquise qu'on oublie son aspect trop idéaliste...ça se lit à haute voix pour sentir cette musicalité...
J'avoue que j'ai eu un grand plaisir à lire ce livre à haute voix et d'être possédée par les pensées de l'auteur, même si je n'ai pas épousé ses folies!!!
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Darkcook
  21 mai 2021
Dévorer Les Caprices de Marianne et redécouvrir Musset m'a fait me jeter et dévorer son roman autobiographique fameux (dont j'ai pourtant lu des choses mitigées au fil des années ici), et je me suis de nouveau régalé... Musset fabrique une ode à son histoire d'amour avec George Sand, et le personnage-narrateur Octave (encore ! Il y en avait un dans Les Caprices de Marianne), dans La Confession d'un enfant du siècle, est quasiment aussi transparent vis-à-vis De Musset que Bardamu ne l'est pour Céline. La Confession d'un enfant du siècle tient donc d'un hommage à la grande histoire d'amour De Musset, d'un roman-confession justement, où le processus par lequel passe le personnage est semblable au sien et sert comme de livre d'excuses à Sand pour avoir détruit leur relation. Mais Musset convoque aussi Les Souffrances du jeune Werther de Goethe et La Nouvelle Héloïse de Rousseau comme références, et on peut aisément voir La Confession d'un enfant du siècle comme son propre Werther, particulièrement au livre III.
Ayant dit ça, le roman commence par une introduction totalement inattendue, où Octave/Musset historicise son mal-être, puisqu'il se dit "enfant du siècle", donc produit, victime de son époque. Il explique par un topo historique, faire partie de la génération dont les pères se sont battus pour Napoléon. Les pères avaient un but, un objectif, un sens à leur existence, à leur destinée. Les enfants, sous la Restauration, avec un espèce d'entre-deux retour à la monarchie d'avant/espérance pleine de frustration pour un avenir meilleur, se trouvent coincés dans une époque qui semble s'être arrêtée en gare sur le train de l'Histoire. Perte de repères, de valeurs, désespoir : Musset explique que la génération devient blasphématrice de par ses désillusions, s'abîme dans les idées anglaises et allemandes d'un Byron ou d'un Goethe, et cela expliquera ensuite notamment ses errances morales, son libertinage et ses allers-retours passionnels vis-à-vis de Dieu.
L'on entame après cela véritablement le roman avec la très célèbre nuit où Octave découvre que sa bien-aimée le trompe. S'ensuit alors une immense chute psychologique, son personnage étant baigné de tout un idéal pastoral détruit en une nuit par cette seule infidélité. le monde que s'était bâti Octave est anéanti, et son ami Desgenais, sorte de mauvais génie (pas de jeu de mots...), le pousse alors à oublier sa dulcinée en s'abandonnant aux joies du libertinage. L'on pourra rire ou être frustré des éternels scrupules d'Octave à céder à la jouissance continuelle prônée par Desgenais, car on se dit que (mais c'est peut-être moi...) une sorte de Carpe Diem épicurien jouisseur perpétuel le guérirait de ses questions existentielles sur le siècle ou sur l'explosion de son idéal pastoral, en attendant éventuellement mieux. le livre II est donc celui de sa débauche, mais débauche forcée, suite d'épisodes où il se résigne à adopter des moeurs et un comportement prescrits, mais qui ne parviennent jamais à lui faire oublier sa dulcinée originelle. On est loin de l'expérience salvatrice que semble vivre Desgenais et que l'on espérerait pour Octave. Cette deuxième partie se referme sur la mort de son père et son exil à la campagne, dans la demeure familiale.
L'on en arrive pour moi alors à l'apothéose du livre, qui est d'ailleurs commentée à juste titre comme l'acmé du bonheur d'Octave par l'excellent Sylvain Ledda dans mon édition Garnier-Flammarion. La partie III est Les Souffrances du jeune Werther version Musset : Après un repli sur lui-même dans la maison du deuil et au milieu d'une campagne et nature mirifiques, Octave rencontre une nouvelle femme, Brigitte Pierson, avatar de George Sand. Elle éclipsera tout : La première maîtresse à l'infidélité traumatique et le tourbillon du libertinage. le livre III baigne dans un univers extraordinaire où Octave retrouve ses idéaux, avec une nature célébrée comme il se doit. le conte de fées s'y termine comme il se doit avec la conquête de Brigitte Pierson, mais je ne choisis pas justement par hasard le verbe "se termine"...
Dès le livre IV, une fois qu'Octave et Brigitte Pierson devraient vivre cet amour formidable, en happy end pastoral, comme en rêvait Octave depuis le début, le fait d'être enfin en couple (j'ai l'impression de parler comme un ado d'aujourd'hui) le fait tout d'un coup s'asseoir sur ses acquis et il sombre dans une jalousie paranoïaque perpétuelle qui entraînera la chute de leur relation. C'est surtout là que Musset semble confesser, à travers son double de fiction, comment il a torpillé son histoire avec Sand par les propres échauffements de son esprit et en devenant abominable : Jamais certain en totalité que Brigitte ne reproduira pas la trahison de sa première maîtresse, démangé par des pulsions irraisonnées restes de son libertinage et de ses discussions avec Desgenais, il n'aura de cesse de tourmenter Brigitte en s'enfonçant dans le soupçon obsessionnel toqué ou en lui disant regretter ses maîtresses précédentes. J'essaie de ne pas spoiler et vous laisse imaginer la fin, surtout que tout est mis sur la table : Rupture, suicide, maladie de Brigitte...
Le livre V est le retour à Paris censé être l'antichambre provisoire avant un voyage extraordinaire censé réparer toute leur histoire d'amour et tout le mal qu'Octave a causé à Brigitte. En réalité, on se doute bien que ce sera le dernier clou du cercueil de leur histoire...
Cela faisait très longtemps que je n'avais pas dévoré un classique avec une telle voracité et rapidité, et pourtant submergé par le boulot. Tous les ingrédients y étaient : Histoires d'amour tragique, XIXe romantique... J'ai a-do-ré. le roman est vraiment un régal du début à la fin, tant dans ses descriptions que dans le lyrisme De Musset et les références constantes (on apprend plein de choses justement de par l'excellence des commentaires de Ledda) aux autres oeuvres De Musset, aux auteurs et artistes qui l'ont influencé... On s'amusera, enrichi par les commentaires, des leitmotivs de l'auteur, notamment du double, omniprésent... Mon édition bénéficie de passages entre crochets qui sont des élans ou digressions supprimés un temps par Musset, dont on pourra estimer de la valeur ajoutée ou au contraire du caractère superflu, c'est selon. On peut à la limite préférer Les Souffrances du jeune Werther, trouver que tout ne se vaut pas toujours dedans, considérer Octave comme ridicule et insupportable par moments, se dire que Musset ne se hissera jamais sur mon podium personnel avec Hugo et Baudelaire, mais cela faisait vraiment très longtemps que je n'avais pas été aussi enthousiaste avec un roman. Je viens d'en offrir un deuxième exemplaire à un de mes proches, et vraiment, je le recommande fortement, pour tous les fans de l'époque et du romantisme !
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Citations et extraits (133) Voir plus Ajouter une citation
Lily13Lily13   29 septembre 2017
La Confession d’un enfant du siècle (1836)

Pendant les guerres de l’empire, tandis que les maris et les frères étaient en Allemagne, les mères inquiètes avaient mis au monde une génération ardente, pâle, nerveuse. Conçus entre deux batailles, élevés dans les collèges aux roulements de tambours, des milliers d’enfants se regardaient entre eux d’un œil sombre, en essayant leurs muscles chétifs. De temps en temps leurs pères ensanglantés apparaissaient, les soulevaient sur leurs poitrines chamarrées d’or, puis les posaient à terre et remontaient à cheval.
Un seul homme était en vie alors en Europe ; le reste des êtres tâchait de se remplir les poumons de l’air qu’il avait respiré. Chaque année, la France faisait présent à cet homme de trois cent mille jeunes gens ; et lui, prenant avec un sourire cette fibre nouvelle arrachée au cœur de l’humanité, il la tordait entre ses mains, et en faisait une corde neuve à son arc ; puis il posait sur cet arc une de ces flèches qui traversèrent le monde, et s’en furent tomber dans une petite vallée d’une île déserte, sous un saule pleureur.
Jamais il n’y eut tant de nuits sans sommeil que du temps de cet homme ; jamais on ne vit se pencher sur les remparts des villes un tel peuple de mères désolées ; jamais il n’y eut un tel silence autour de ceux qui parlaient de mort. Et pourtant jamais il n’y eut tant de joie, tant de vie, tant de fanfares guerrières dans tous les cœurs ; jamais il n’y eut de soleils si purs que ceux qui séchèrent tout ce sang. On disait que Dieu les faisait pour cet homme, et on les appelait ses soleils d’Austerlitz. Mais il les faisait bien lui-même avec ses canons toujours tonnants, et qui ne laissaient de nuages qu’aux lendemains de ses batailles.
C’était l’air de ce ciel sans tache, où brillait tant de gloire, où resplendissait tant d’acier, que les enfants respiraient alors. Ils savaient bien qu’ils étaient destinés aux hécatombes ; mais ils croyaient Murat invulnérable, et on avait vu passer l’empereur sur un pont où sifflaient tant de balles, qu’on ne savait s’il pouvait mourir. Et quand même on aurait dû mourir, qu’était-ce que cela ? La mort elle-même était si belle alors, si grande, si magnifique, dans sa pourpre fumante ! Elle ressemblait si bien à l’espérance, elle fauchait de si verts épis qu’elle en était comme devenue jeune, et qu’on ne croyait plus à la vieillesse. Tous les berceaux de France étaient des boucliers ; tous les cercueils en étaient aussi ; il n’y avait vraiment plus de vieillards ; il n’y avait que des cadavres ou des demi-dieux.
[…]
Alors ces hommes de l’Empire, qui avaient tant couru et tant égorgé, embrassèrent leurs femmes amaigries et parlèrent de leurs premières amours ; ils se regardèrent dans les fontaines de leurs prairies natales, et ils s’y virent si vieux, si mutilés, qu’ils se souvinrent de leurs fils, afin qu’on leur fermât les yeux. Ils demandèrent où ils étaient ; les enfants sortirent des collèges, et ne voyant plus ni sabres, ni cuirasses, ni fantassins, ni cavaliers, ils demandèrent à leur tour où étaient leurs pères. Mais on leur répondit que la guerre était finie, que César était mort, et que les portraits de Wellington et de Blücher étaient suspendus dans les antichambres des consulats et des ambassades, avec ces deux mots au bas : Salvatoribus mundi.
Alors s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse. Tous ces enfants étaient des gouttes d’un sang brûlant qui avait inondé la terre ; ils étaient nés au sein de la guerre, pour la guerre. Ils avaient rêvé pendant quinze ans des neiges de Moscou et du soleil des Pyramides ; on les avait trempés dans le mépris de la vie comme de jeunes épées. Ils n’étaient pas sortis de leurs villes, mais on leur avait dit que par chaque barrière de ces villes on allait à une capitale d’Europe. Ils avaient dans la tête tout un monde ; ils regardaient la terre, le ciel, les rues et les chemins ; tout cela était vide, et les cloches de leurs paroisses résonnaient seules dans le lointain.
Première partie, chapitre II
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Dixie39Dixie39   18 décembre 2015
La première fois que j’ai vu une assemblée quelconque, publique ou non , ouverte à quelqu’une des trente mille femmes qui ont, à Paris, permission de se vendre, j’avais entendu parler des Saturnales de tout temps, de toutes les orgies possibles, depuis Babylone jusqu’à Rome, depuis le temple de Priape jusqu’au Parc-aux-Cerfs, et j’avais toujours vu écrit au seuil de la porte un seul mot : Plaisir. Je n’ai trouvé non plus de ce temps-ci qu’un seul mot : Prostitution ; mais je l’y ai toujours vu ineffaçable, non pas gravé dans ce fier métal qui porte la couleur du soleil, mais dans le plus pâle de tous, celui que la froide lumière de la nuit semble avoir teint de ses rayons blafards, l’argent.
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OrpheaOrphea   17 septembre 2010
Trois éléments partageaient donc la vie qui s'offrait alors aux jeunes gens : derrière eux un passé à jamais détruit, s'agitant encore sur ses ruines, avec tous les fossiles des siècles de l'absolutisme ; devant eux l'aurore d'un immense horizon, les premières clartés de l'avenir ; et entre ces deux mondes...quelque chose de semblable à l'Océan qui sépare le vieux continent de la jeune Amérique, je ne sais quoi de vague et de flottant, une mer houleuse et pleine de naufrages, traversée de temps en temps par quelque blanche voile lointaine ou par quelque navire soufflant une lourde vapeur ; le siècle présent, en un mot, qui sépare le passé de l'avenir, qui n'est ni l'un ni l'autre et qui ressemble à tous deux à la fois, et où l'on ne sait, à chaque pas qu'on fait, si l'on marche sur une semence ou sur un débris.
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Aurel82Aurel82   06 août 2019
Il n'en faut pas douter, l'amour est un mystère inexplicable. De quelques chaînes, de quelques misères, et je dirai mêmes de quelques dégoûts que le monde l'ait entouré, tout enseveli qu'il y est sous une montagne de préjugés qui le dénaturent et le dépravent, à travers toutes les ordures dans lesquelles on le traîne, l'amour, le vivace et fatal amour, n'est pas moins une loi céleste aussi puissante et aussi incompréhensible que celle qui suspend le soleil dans les cieux. Qu'est-ce que c'est, je vous le demande, qu'un lien plus dur, plus solide que le fer, et qu'on ne peut ni voir ni toucher? Qu'est-ce que c'est que de rencontrer une femme, de la regarder, de lui dire un mot et de ne plus jamais l'oublier? Pourquoi celle-là plutôt qu'une autre? Invoquez la raison, l'habitude, les sens, la tête, le coeur et expliquez si vous pouvez.
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JaneEyreJaneEyre   29 août 2015
Pendant les guerres de l'empire, tandis que les maris et les frères étaient en Allemagne, les mères inquiètes avaient mis au monde une génération ardente, pâle et nerveuse. Conçus entre deux batailles, élevés dans les collèges aux roulements de tambours, des milliers d'enfants se regardaient entre eux d'un œil sombre, en essayant leurs muscles chétifs. De temps en temps leurs pères ensanglantés apparaissaient, les soulevaient sur leurs poitrines chamarrées d'or, puis les posaient à terre et remontaient à cheval.
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« C'est l'histoire de Cléo de 13 à 48 ans, racontée par celles et ceux qui l'ont connue, aimée ou parfois simplement croisée, tout au long des années 90. Un vers De Musset m'a accompagnée dans l'écriture ; a rejailli sur chacun des chapitres, chacun des personnages : "A défaut du pardon, laisse venir l'oubli". **Chavirer**, c'est l'histoire des gestes qu'on n'a pas fait, et du pardon que l'on accorde, ou pas, et plus encore, de ce que l'on se pardonne, ou pas. » Lola Lafon
Plus d'informations sur le roman : https://rentree.actes-sud.fr/
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